Paul Molac, député LIOT du Morbihan | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Il est têtu comme un Breton et ça tombe bien. Mon invité a passé l'essentiel de sa vie à défendre la langue et la culture bretonnes, y compris au palais Bourbon. Générique ...
Bonjour Paul Molac. -Bonjour. -Le 8 avril 2021 avec quelques collègues députés, vous vous êtes rendus sur les marches du palais Bourbon, et vous avez entonné ces quelques notes.
Hymne breton ...
C'est l'hymne breton, "Bro Gozh Ma Zadoù". C'était pour célébrer l'adoption de votre loi sur l'enseignement des langues régionales à l'école. C'est une loi qui fait qu'un élève en Bretagne peut apprendre les maths ou la géographie en breton.
Ca s'appelle l'enseignement immersif. Ce que vous célébrez ce jour-là devant le palais Bourbon, c'est une victoire contre quoi ? -C'est une victoire de la démocratie, des territoires sur la technocratie. -Et une certaine conception de la République ?
Celle portée par Jean-Michel Blanquer par exemple ? -Sur une norme définie par l'Etat qui devrait s'imposer à tous, y compris dans ce que vous devez parler et être. Donc on sort de la politique pour s'attacher à façonner le citoyen, y compris sa culture, selon une norme qui viendrait de Paris.
Ce qui a été fait bien souvent. Et nous, on dit non. On a une langue. -Je parlais de la conception de Jean-Michel Blanquer.
Vous vous êtes opposé à lui, quand il était ministre de l'Education nationale. Il a appelé à rejeter votre loi. Il a pas été entendu. -Non, effectivement.
Les 2/3 du groupe LREM de l'époque a voté la loi. Mais c'est une conception de l'Etat, et comme il le dit lui-même, en France, c'est l'Etat qui fait le citoyen. Je pense qu'en démocratie, c'est le citoyen qui fait l'Etat. -On en parlera plus tard.
Pour en revenir à cet hymne breton sur les marches du palais Bourbon, on sent chez vous un côté provocateur. Vous aimez défier l'autorité, le pouvoir central ? -J'ai toujours été comme ça, mes enseignants s'en plaignaient.
Là, c'est un hasard. Les collègues voulaient chanter quelque chose en breton. Bon alors, y a bien des chansons à boire, mais c'était pas le lieu.
Et j'ai pensé : "Le seul air qu'ils doivent connaître "avec quelques paroles, "ça doit être le "Bro Gozh"." -C'est un symbole fort, un hymne régional. -Oui. -National pour vous. -Alors, oui, mais si on prend les Gallois par exemple, ça ne pose pas de problème.
On a le même air avec les mêmes paroles. Eux en gallois, nous en breton. Ca pose pas de problème quand ils le chantent là-bas.
C'est pas tourné contre quelqu'un. On dit ce qu'on est. Mais faut pas le voir comme un nationalisme belliqueux, revengeur, ou quoi que ce soit. -Vous vous êtes engagé à 17 ans, pour défendre la culture, l'identité bretonne.
Vous avez recueilli des traditions orales du pays gallo d'où vous êtes originaire. Et vous vous êtes inscrit aux cours du soir pour apprendre la langue bretonne. Pourquoi ce besoin de vous tourner vers cette identité bretonne ? -Dans mon parcours scolaire, je m'étais interrogé sur le fait que nous étions en Bretagne et qu'on ne m'en parlait jamais à l'école.
Ca me paraissait bizarre. J'ai commencé par chercher moi-même. Donc j'ai demandé à Noël, quand j'étais en 5e, un bouquin d'histoire de Bretagne.
Y avait pas énormément de bibliothèques à l'époque. Et donc, mes parents ont pris dans la librairie du coin. Et j'ai lu l'histoire de Bretagne que j'ignorais.
Je crois qu'une partie de mon combat est partie de là aussi. -Sur la langue bretonne, c'est une langue parlée encore aujourd'hui dans le Finistère. Vous êtes du Morbihan.
Dans votre département, on parle plus le breton depuis 5 siècles. Pourquoi vouloir vous raccrocher à une langue qui est plus vraiment ancrée dans votre territoire ? -Sur Ploërmel, oui, mais le reste du Morbihan, non.
Je suis pas loin de la zone historique qu'on appelle Basse-Bretagne. Et comme je le dis, je m'appelle Molac, c'est un nom breton. Je suis né à Ploërmel, et je vis à Taupont, ce sont des noms bretons. -Y a un village Molac pas loin de chez vous.
Ce gilet que vous portez là, c'est un gilet breton, on l'appelle le glazik, vous le portez dans l'hémicycle depuis votre réélection en 2022. Vous le portez sur la photo officielle prise de vous à l'Assemblée. C'est un geste politique et en même temps, ce gilet fait pas partie de vos traditions locales.
Il vient du Finistère, de Quimper. -Oui, alors... -Ma question, c'est : est-ce que c'est pas artificiel, avec un côté folklore dans tout ça ? -Les traditions, vous savez, ça se modifie.
On croit que c'est figé, mais non. A l'Assemblée nationale, je voulais pas quelque chose qui soit noir. Parce que déjà, c'est gris et bleu souvent profond...
Je voulais trouver quelque chose avec un peu de couleurs. Chez nous, y en avait pas vraiment ou en broderie. Je suis allé puiser dans la tradition cornouaillaise où c'est un bleu.
Quelques fois, ça peut être rouge d'ailleurs. Quand j'ai vu mon collègue Moetai... -Moetai Brotherson, de Polynésie. -Avec sa chemise à fleurs, avec son espèce de kilt, je me suis dit qu'il fallait changer un peu.
On est tous un peu corbeau. -Vous avez trouvé un débouché politique à ce combat en 2012, vous avez été investi aux législatives, dans le Morbihan, avec le soutien du PS, d'Europe Ecologie, et de l'Union Démocratique Bretonne. On est un peu venu vous chercher mais finalement, la politique est la suite logique du combat que vous menez. -Oui, mais je cherchais pas à être élu.
J'avais plutôt cherché à travailler dans les associations. Et j'étais devenu comme ça président de l'association pour l'enseignement du breton à l'école publique, au niveau Bretagne. Je travaillais comme ça car je me voyais pas...
Je suis peut-être trop indépendant pour être dans un parti. -Une fois élu, vous avez poursuivi votre combat. Ca a donné lieu parfois à des prises de parole étonnantes. -Le fait que la République lie la langue française avec la citoyenneté m'a toujours paru curieux.
Il n'empêche que quand le français est la langue commune, et on le comprend bien. Mais je dirais que...
Il parle breton. Donc la langue de mon coeur et de mon âme est bien le breton. Ca ne fait pas de moi un Français pire que les autres.
Pas forcément meilleur non plus, d'ailleurs. Mais la langue ne fait pas le citoyen. -La langue ne fait pas le citoyen.
Et vous allez même un peu plus loin, dans une interview, en vous définissant comme un citoyen français de nationalité bretonne. Ca veut dire que vous ne vous reconnaissez pas dans la nation française ? -Je pense que la nation française est plurielle.
La nation française n'est pas le clone ou la norme que l'Etat a voulu nous imposer. -Vous vous identifiez à cette pluralité de la nation française ? -Oui, bien sûr.
Il faut faire une différence entre ce qui est nos droits politiques que nous exerçons ensemble, et pour l'intérêt général, je l'espère. Ca, c'est le politique. Je dis bien que je suis citoyen français.
Je m'inscris dans cette chose politique. Après, la nation, c'est ce qui m'est propre. Et donc quand...
Et de dire, il n'y a qu'une seule nation en France...
Je prendrais les paroles de Pierre Joxe, le statut sur la Corse : Peuple corse, partie intégrante du peuple français. -Une nation, c'est partager un destin, un projet commun. Vous ressentez ça vis-à-vis du territoire français ? -Oui, nous partageons des choses en tant que Français, mais nous partageons aussi des choses en tant que Bretons. -Si je veux devenir breton, dans votre conception de la nationalité, que faut-il faire ? -Vous habitez en Bretagne ? -Si j'y vis, je peux ? -Vous êtes breton, c'est tout.
Pour moi, c'est très simple. On est sur un territoire. Ce territoire suinte d'une histoire, d'une culture.
Vous venez là, vous faites avec les autres, vous en faites partie, point. -A l'Assemblée, vous avez été membre des groupes écologiste, socialiste, LREM, et enfin Liberté et Territoires, LIOT aujourd'hui. Vous n'avez jamais adhéré à un parti, vous l'avez évoqué.
Pourquoi ? -Je me sens pas à l'aise dans les partis. J'aime pas les embrigadements.
On vous dit qu'il faut faire comme ça. On trouve toujours des petits chefs qui vous disent ce que vous avez à faire. Et ça, je suis un peu trop indépendant pour ça. -C'est pour ça que vous avez quitté d'abord le groupe écologiste, puis socialiste, et en 2017, vous avez rapidement quitté LREM. -Le groupe écologiste, je l'ai pas quitté, il a implosé.
Je me suis retrouvé sans groupe. Il a fallu que je trouve quelque chose. -En 2017, vous êtes dans LREM et vous avez été vite mal à l'aise. -Oui. -"J'ai découvert des parlementaires qui attendaient "les ordres du gouvernement. "Et ne servaient pas de contre-pouvoir." Ca vous a agacé. -Oui, car un député n'est pas là pour soutenir le gouvernement.
Il est là parce qu'il y a une séparation des pouvoirs. On revient aux philosophes. -Mais si la majorité soutient pas le gouvernement... -Vous pouvez soutenir le gouvernement tout en lui expliquant que certaines choses ne sont pas possibles.
Or là... -Vous aviez pas votre mot à dire ? -C'était le cas ! -Aujourd'hui, vous êtes dans le groupe LIOT, qui rassemblent des élus corses des ultramarins, et des élus en rupture avec leur famille politique.
Votre point commun serait d'être incasable. Vous rentrez pas dans les cases. Mais cela fait-il une ligne politique ? -Si vous regardez nos votes, vous verrez que oui. -Y a une certaine liberté de vote. -Oui, mais quand on regarde bien.
On se retrouve sur ces questions dont on parle. Ce qui nous caractérise, c'est un grand pragmatisme. Donc les grandes idées, c'est bien.
Mais si elles ne s'incarnent pas avec des choses réelles, c'est du blabla. Donc ça, on est là-dessus. On a tous une sensibilité par rapport à nos territoires d'origine. -Ca, c'est...
C'est intrinsèque au groupe LIOT. -Tout à fait. -C'est l'heure de notre quiz, à présent.
Je vais commencer des phrases, ça va être à vous de les terminer. C'est bon, on y va ? Quand un député breton rencontre un député corse... -Ils se parlent. -En quelle langue ? -En français et ils se comprennent. -D'accord.
J'aurai gagné mon combat pour la culture bretonne, le jour où... -Le jour où on proposera l'enseignement du breton dans les écoles en Bretagne. -Ce qui n'est pas le cas. -Ce n'est pas le cas aujourd'hui. -Entre chanter sur scène ou prendre la parole dans l'hémicycle...
Si vous deviez choisir ? -C'est plus plaisant sur scène. Dans l'hémicycle, on défend des choses qui sont de l'organisation globale. -Mais ce que vous aimez le plus ?
Vous êtes chanteur, dans un groupe. -Ferzaè. Oui, les deux me tiennent à coeur.
C'est complémentaire. -On va écouter quelques notes justement, que vous reconnaîtrez sans doute. Folklore breton Vous retrouvez ?
C'est vous qui chantez. "La Ridée de..." -"Ridée de Josselin." -Et ça, ça fera partie de votre vie après l'Assemblée nationale ? -Je pense jusqu'au moment où je pourrai plus monter sur scène. -On termine en musique.
Merci beaucoup Paul Molac d'être venu. -Merci de m'avoir invité. ...
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Paul Molac