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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 2 décembre 2023 26 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileSécuritéEnvironnement & énergieInstitutions & élections

Jean-Luc Mélenchon : "Il n'y a plus de Nupes, c'est un constat, mais ce n'est pas de mon fait"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 63 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:00OuverteRéponse directe

    Si la politique était affaire de météo, en un mot, quel temps fait-il en France ?

  • 1:30OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que cette manifestation d'ultra-droite vous a inspiré ?

  • 2:56RelanceRéponse partielle

    Comment vous comprenez cette décision du tribunal administratif d'autoriser la manifestation ?

  • 3:36OuverteRéponse directe

    Il y a aussi des manifestations auxquelles vous avez refusé de participer ?

  • 6:15OuverteRéponse partielle

    Votre parole est très attendue pour que vous vous expliquiez sur des mots que vous avez écrits ou prononcés.

  • 6:55RelanceÉludée

    Qu'est-ce qui vous a empêché de dire l'évidence et de parler d'attaques terroristes du Hamas ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:25Invité politiqueFait
    « Non, il n'est pas vrai que nous dépendions exclusivement de l'opinion israélienne pour que cesse le massacre à Gaza. »
  • 1:05Invité politiqueFait
    « Il fait froid, très froid. De pauvres gens grelottent, ne sont pas chauffés, ne sont pas nourris. »
  • 2:15Invité politiqueFait
    « Il y a maintenant plusieurs années que les services de renseignement intérieur indiquent que l'un des principaux dangers de violence vient de l'ultra-droite. »
  • 2:25Invité politiqueFait
    « Il y a un rapport de l'Assemblée nationale qui a été fait par un macroniste et un écolo, donc je n'y suis pour rien, et qui dit qu'en général, la violence dans la société baisse, mais augmente la violence politique. »
  • 4:12Invité politiqueChiffre
    « Cette manifestation, il n'y a eu que 100 000 personnes dans tout le pays, alors que nous sommes innombrables et par millions. »
  • 4:21Invité politiqueFait
    « Ce pays n'est pas raciste, ce pays n'est pas anti-sémite. »
  • 5:27Invité politiqueChiffre
    « Personnellement, j'ai fait l'objet de deux tentatives d'attentats, d'assassinats. L'un a été condamné à 9 ans et l'autre à 18 ans. »
  • 5:39Invité politiqueChiffre
    « Trois ont été agressés dans la rue. »
  • 16:42Invité politiqueChiffre
    « Il est mort plus de monde en 42 jours qu'il n'en est mort en 4 ans de siège à Sarajevo. »
  • 19:24Invité politiqueFait
    « La France a pris une position ridicule et l'a fait partager par 10 de votre pays. »
  • 19:30Invité politiqueFait
    « Nucléaire civil. »
  • 21:56Invité politiqueFait
    « C'est seulement depuis 2008 qu'il y a plus de monde qui vit en ville qu'à la campagne. »

Temps de parole

  • Jean-Luc Mélenchon79 %
  • Présentateur16 %
  • Locuteur non identifié5 %

1,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Invité du grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, sa parole est très attendue, plusieurs semaines qu'il ne s'est pas exprimé dans les médias. Il parcourt la France avec une série de conférences autour de son dernier livre « Faites mieux ! » fondateur de la France Insoumise, co-président de l'Institut La Boétie. Vos questions, vos réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Jean-Luc Mélenchon.

0:25
Jean-Luc Mélenchon

Oui, bonjour. Écoutez, je voudrais d'abord dire quelque chose. Non, il n'est pas vrai que nous dépendions exclusivement de l'opinion israélienne pour que cesse le massacre à Gaza. On va y venir, on va y venir Jean-Luc Mélenchon. Non, il faut tout de suite qu'on y vienne pour qu'on dise qu'il reste la possibilité de faire des sanctions et surtout que l'opinion publique mondiale montre qu'elle désapprouve absolument ce massacre. Et cet après-midi, nous nous retrouverons à 14h Place de la République pour ça.

0:51
Présentateur

Puisque vous avez lancé un appel à défiler pour la paix, on va y revenir à la situation au Proche-Orient Jean-Luc Mélenchon. Bienvenue, en tout cas, merci d'être sur France Inter ce matin. Si la politique était affaire de météo, en un mot, quel temps fait-il en France ?

1:05
Jean-Luc Mélenchon

C'est l'hiver. Il fait froid, très froid. De pauvres gens grelottent, ne sont pas chauffés, ne sont pas nourris. Des enfants sont dans la rue la nuit. C'est l'hiver. C'est l'hiver. Et des fascistes manifestent, bras tendus, vociférants, menaçant tout le monde. Et surtout ceux qui n'ont pas à leurs yeux la bonne couleur de peau ou la bonne qualité de cheveux.

1:28
Présentateur

Alors, beaucoup de questions à vous poser, Jean-Luc Mélenchon. Rassemblement hier soir, et vous en parliez ou vous l'évoquiez, sans vous entendu, en plein cœur de Paris, à l'appel d'un groupe d'ultra-droite. Cette manifestation lancée pour réclamer, je cite, justice pour Thomas, cet adolescent tué à Crépaule il y a près de deux semaines, des saluts nazis, des slogans « Français, réveille-toi, tu es chez toi », crier devant le Panthéon. Qu'est-ce que ça vous a inspiré ?

1:52
Jean-Luc Mélenchon

D'abord, un immense dégoût. Mais en même temps, j'y vois le signal d'une époque. La banalisation de l'extrême droite a évidemment favorisé son extrémisation. Et nous voici rendus maintenant à ce genre de démonstration. Ce qui est certain, c'est que c'est une erreur totale de diagnostic qui a été faite par toute une série d'observateurs. Il y a maintenant plusieurs années que les services de renseignement intérieur indiquent que l'un des principaux dangers de violence vient de l'ultra-droite.

Et vous savez qu'il y a un rapport de l'Assemblée nationale qui a été fait par un macroniste et un écolo, donc je n'y suis pour rien, et qui dit qu'en général, la violence dans la société baisse, mais augmente la violence politique. Et celle-ci est exclusivement le fait de l'ultra-droite qui s'attaque aux personnes. Alors on dit des fois, dans les manifs de gauche, il y a aussi des violences. Oui, mais ce sont premièrement des violences contre des biens et deuxièmement, ce sont des violences qui sont faites en dehors de la volonté des organisateurs de ces manifestations.

2:56
Locuteur non identifié

Mais justement, là, le préfet voulait interdire cette manifestation à la demande du ministre de l'Intérieur parce qu'il craignait des troubles à l'ordre public. Et c'est le tribunal administratif qui a dit non, elle va avoir lieu. Comment vous la comprenez cette décision ? Vous êtes comme Gérald Darmanin, scandalisé par cette manifestation ?

3:11
Jean-Luc Mélenchon

Il faut faire très attention parce qu'il y a un parallélisme des formes qui serait évidemment fait en cinq minutes. C'est que nous-mêmes, nous faisons l'objet d'interdictions systématiques dans toutes les manifestations en défense de la population de Gaza. Par exemple, c'est le cas en Haute-Garonne et plusieurs départements où les préfets interdissent systématiquement. Et donc, des fois, à la dernière minute, la justice permet.

3:36
Présentateur

Il y a aussi des manifestations auxquelles vous avez refusé participer.

3:40
Jean-Luc Mélenchon

Pardon ? Il y a des manifestations auxquelles vous avez refusé de participer ? Non, il y en a une à laquelle il n'y a pas des manifestations à Libadou. Toutes les manifestations qui se déroulent en défense de la population de Gaza contre les massacres, et pour la libération des otages, la va-de-soi, et pour le cesser le feu immédiat, nous y sommes. Nous ne sommes pas allés à la manifestation du 12 novembre... A l'appel du président du Sénat et de l'Assemblée nationale.

Exactement, qui a été un événement pitoyable dans la mesure où, compte tenu des conditions dans lesquelles elle a été convoquée, cette manifestation, il n'y a eu que 100 000 personnes dans tout le pays, alors que nous sommes innombrables et par millions. Ce pays n'est pas raciste, ce pays n'est pas anti-sémite. Mais surtout, ça a été un événement considérable, c'est que la peine d'indignité nationale qui touchait l'extrême droite, ce jour-là, a été levée. Et on a fait une manifestation contre l'antisémitisme avec des antisémites.

4:34
Locuteur non identifié

Mais donc là, vous dites quoi ? Que cette manifestation, le tribunal a eu raison de l'autoriser parce que liberté d'expression ?

4:40
Jean-Luc Mélenchon

Je ne dis pas ça, je ne dis rien du tout, le tribunal intervient et décide ça. Maintenant, comment se fait-il qu'il y ait dans notre pays des organisations qui puissent s'en prendre aux personnes, qui puissent faire actes publics de racisme, qui puissent faire des saluts nazis et le reste ? Pardon, mais ces gens-là, on sait qui c'est. Ce n'est absolument pas des passants dans la rue qui, tout d'un coup, surgissent. Non, c'est reconstitution de ligue dissoute. Monsieur Darmanin n'a rien fait. Le groupe Génération Identitaire a été dissous et il s'est reconstitué.

Et maintenant, on a beau jeu de protester à propos d'une décision de justice, comment se fait-il que ces gens soient en état d'organiser une manip de cette nature ? C'est ça le vrai problème. Et il y en a plein le pays, et pardon, je voudrais maintenant dire un mot. Oui, d'abord. Oui, nous payons cher, d'accord ? Personnellement, j'ai fait l'objet de deux tentatives d'attentats, d'assassinats. L'un a été condamné à 9 ans et l'autre à 18 ans. Trois de nos amis ont eu leur domicile incendié. Nous sommes dix à vivre sous menace de mort. Trois ont été agressés dans la rue. Et j'en passe, et les agressions contre nos téléphones, quelqu'un parmi nous a dû changer trois fois d'adresse.

Je vous signale que c'est ça le prix que nous payons, nous les insoumis, mais parmi d'autres. Nous le payons à cette forme de banalisation de l'extrême droite qui a eu lieu pendant toute cette période. Et pardon de vous le dire, je sais que vous allez mal le prendre, parce que ça touche d'autres corporations, mais le système de l'information en continu qui a besoin sans cesse d'événements qui font le buzz, ont banalisé et donné un poids à cette extrême droite qu'elle n'a pas.

6:11
Présentateur

Pas seulement. Vous avez dit il y a deux jours à Rochefort que vous avez été vous-même affecté par les accusations d'antisémitisme, que vous en aviez pris l'habitude, mais que vous ne le supportiez toujours pas. Votre parole est très attendue pour que vous vous expliquiez ou qu'on comprenne, Jean-Luc Mélenchon, une série de mots que vous avez écrits, prononcés, ou pas dits justement, pas prononcés, qui ont pu choquer, blesser, révolter, y compris dans votre propre camp. Dites les mots.

6:37
Jean-Luc Mélenchon

Qu'est-ce qui vous a empêché ? Vous aussi, vous avez des silences qui nous posent problème. Laissez-moi terminer ma phrase, Jean-Luc Mélenchon. Non mais attendez, par exemple, le traitement des prisonniers dans les prisons israéliennes qui viennent d'être... Attendez, je n'ai pas terminé ma question. Non mais comme ça vous aurez le temps de répondre. Les mots qui ont blessé, nanana.

6:54
Présentateur

C'est un constat. Qu'est-ce qui vous a empêché de dire l'évidence et de parler d'attaques terroristes du Hamas pour la plupart civiles le samedi 7 octobre ? Non. C'est ça les mots qui ont blessé, pardon, Libadou. Les mots qui n'ont pas été prononcés. Les mots qui n'ont pas été prononcés. Voilà, et qui ont choqué, qui ont révolté, et qui vous ont valu par exemple d'être accusés d'un sémitisme.

7:13
Jean-Luc Mélenchon

Par une petite poignée de gens, névrotiquement manieurs du rayon paralysant, qui est d'accuser d'antisémite tout ce qui bouge et qui n'est pas de leur avis. Et voilà comment, au début, bon Mélenchon avait pris l'habitude, voilà que Macron s'est retrouvé accusé d'antisémitisme, voilà que M. De Villepin s'est retrouvé accusé d'antisémitisme, mais les miroirs bientôt vont être accusés d'antisémitisme. Où va-t-on comme ça ? C'est incroyable, je suis un homme politique. Je suis donc responsable des paroles que je prononce. En pensant qu'un jour ou l'autre, nous exercerons le pouvoir. Et nous aurons donc, à ce moment-là, des comptes à rendre sur le vocabulaire que nous utilisions.

Nous n'avons jamais contesté le fait que des actes puissent être de nature terroriste, c'est-à-dire destinés à faire la terreur. Dans l'attaque du 7 octobre, il y a des actes terroristes, des actes terroristes. Donc vous ne qualifiez pas le groupe Hamas de terrorisme ?

8:06
Présentateur

Non, attendez.

8:08
Jean-Luc Mélenchon

C'est ce qu'on vous a reproché. Non, non, oui, mais je m'en fous de ce qu'on me reproche. Moi, ce qui m'importe, c'est ce que je pense. Mais M. Ali Badou, je me saute. Il n'y a pas indifférent. Vous le disiez publiquement il y a deux jours à Rochefort. Voilà, d'accord. Allez, je ne sauterai pas l'accord d'Ali Badou, d'accord ? Je suis responsable de mes propos et je dis ce que je veux. Par conséquent, je dis qu'il y a des actes destinés à semer la terreur. Dans l'attaque du Hamas, il y avait quatre casernes qui étaient visées et une rêve partie. Alors, pardon, ce n'est pas un objectif militaire, une rêve partie et personne ne me le fera dire.

Mais quand on prend le vocabulaire de la guerre contre le terrorisme, quand on parle de terrorisme, d'une organisation qui a pour but le terrorisme, alors on passe dans un autre registre de vocabulaire. Ce n'est plus la loi et le droit international, c'est la lutte du bien contre le mal. Dont se réclame M. Netanyahou et l'inventeur de tout ça, M. Samuel Humtinton, penseur nord-américain qui a établi que dorénavant il y avait un choc des civilisations dont l'islam serait le protagoniste face au gentil Occident. Voilà ce que le vocabulaire, je ne veux pas utiliser. Donc je parle de crimes de guerre et je dis, et je redis, et je re-redis que tous les crimes de guerre doivent être punis.

C'est la raison pour laquelle, s'il y avait des sanctions, pardon monsieur...

9:22
Présentateur

Même dans votre propre camp, Jean-Luc Mélenchon, on a entendu François Ruffin, député français-soumise, qui vous a répondu dans le monde, en regrettant, je cite la parole de votre groupe, que cette parole ne soit pas à la hauteur de la gravité des événements. Ce sont ses mots.

9:35
Jean-Luc Mélenchon

Parfait. Ses mots lui appartiennent et ce n'est pas mon avis. Donc il a tort. Écoutez, arrêtez, la provoque, oui c'est ça, il a tort, machin, vous aimez la baston, le peuve. C'est vous qui pourrissez la vie politique de ce pays. A provoquer sans arrêt, au lieu de discuter tranquillement des idées de ce que l'un, de ce que l'autre dit, il faut que ce soit par nécessité violent, contradictoire. Je vous parle de moi, monsieur Badou, et vous allez écouter ce que je dis.

Et je dis que entrer dans la guerre contre le terrorisme, c'est accepter un vocabulaire qui n'est pas le nôtre et qui nous éloigne d'une chose qui, elle est très précise, le crime de guerre et la convocation de la Cour pénale internationale. Et puisque vous citez François Ruffin, vous aurez le bon goût de vous rappeler qu'il vient de publier une tribune dans laquelle il demande qu'Israël soit amené, le gouvernement d'Israël, monsieur Netanyahou, à la Cour pénale internationale et que la Cour pénale internationale puisse entrer à Gaza, ce que j'approuve absolument, et que nous défendons au Parlement européen.

Si nous ne mettons pas de l'ordre, nous avons besoin d'un monde ordonné, pas d'un monde multipolaire, d'un monde ordonné autour de la loi et des organisations internationales. Si vous ne comprenez pas ça, tous ceux qui m'écoutent, alors vous êtes partis dans une logine de guerre sans fin. Il nous faut l'ordre international. Nous n'avons rien d'autre, hélas, que cet ordre international. Et nous autres Français, nous devrions en être particulièrement fiers, parce que la première société des nations a été à l'initiative d'un Français Aristide Briand, et qu'ensuite l'ONU que nous avons, qui est pleine de défauts, mais du moins existe-t-elle, sinon nous serions abandonnés aux fauteurs de guerre.

11:13
Locuteur non identifié

Et là, je ne vous parle pas de crime de guerre, mais d'une explosion des actes antisémites, qui est une réalité en France depuis le début du conflit au Proche-Orient. 1 500 actes ont été commis, en tout cas recensés, c'est trois fois plus qu'en 2022. Qu'est-ce que vous avez à dire, à faire, à proposer face à la montée de cette haine ?

11:29
Jean-Luc Mélenchon

Alors, d'abord qu'on se comprenne bien. Il y a les actes antisémites, il y a les actes anti-arabes, qui sont islamophobes, il y en a par centaines. Alors ceux-là, vous n'en connaissez pas les chiffres, évidemment, et c'est seulement parce que vous n'avez que ces chiffres-là que vous les mentionnez. Ce que je veux dire, oui, parce que vous n'en parlez pas.

11:49
Locuteur non identifié

Il y a des rapports qui montrent la montée de la discrimination dans tous les domaines, dans tous les secteurs.

11:55
Jean-Luc Mélenchon

Il y a des actes contre les musulmans et contre les arabes dans ce pays. C'est pas mal, on progresse. Mais ce que je veux dire fondamentalement, il faut que vous m'entendiez. Nous sommes, nous, anti-racistes. Nous sommes engagés dans la lutte anti-sémitisme, contre l'anti-sémitisme. Pourquoi ? Parce que c'est nous que ça menace, comprenez-le bien. Le venin que l'ennemi va diffuser dans le peuple, que nous avons intérêt à unir autour de ses revendications communes, c'est le racisme. L'ennemi, c'est qui, pardon ? Pardon ? L'ennemi, c'est qui ? L'ennemi, c'est l'adversaire, le système en place, l'ordre, autrefois on disait l'ordre bourgeois, le capitalisme. Pourquoi ?

Parce qu'il a en face de lui le très grand nombre. Donc nous devons l'unifier. Et lui, comment voulez-vous qu'il le divise ? Aujourd'hui, il ne peut pas dire aux gens, « Beau, c'est dur, ça va aller mieux demain. » Parce que ce n'est pas vrai. Si vous bossez dur, ça ne va pas mieux pour vous. Par conséquent, il ne lui reste qu'une arme. C'est le racisme et l'extrême droite. Donc nous sommes les premiers, la première ligne de la lutte contre le racisme. Tous les racismes. Parce que c'est nous que ça divise. Les autres, ça ne les divise pas, ils sont tranquillement chez eux. Vous inquiétez pas, quand ils sont riches, ils se supportent tous les uns les autres.

Mais c'est parmi les pauvres, c'est parmi les travailleurs, que le racisme fait les plus grands dégâts. C'est la raison pour laquelle la première lutte de la ligne, alors on m'a dit que j'exagérais, mais c'est la vérité pure et simple, parce que ça participe de notre stratégie politique, l'unité du peuple, et le refus absolu de sa division sur des motifs indépassables. Parce que le racisme, c'est ce que vous voulez qu'on dise, quand quelqu'un est convaincu que quelqu'un, à cause de sa religion ou de sa couleur de peau, est infréquentable, qu'est-ce que vous voulez qu'on raconte ? On passe derrière, on dit « mais vous êtes faux, réfléchissez ».

Mais le temps d'extirper ce venin est tellement long, tellement compliqué. La France a connu ça, vous savez, d'innombrables fois.

13:38
Présentateur

Quand Éric Zemmour parle de la France qui contiendrait aujourd'hui deux peuples, qu'est-ce que vous lui répondez ?

13:45
Jean-Luc Mélenchon

Que ça prouve une bonne foi qu'il ne comprend rien à l'identité de la République française. La France, bien sûr...

13:51
Présentateur

Vous avez plusieurs fois parlé de créolisation, ce qui est l'antipode, justement, de son expression.

13:56
Jean-Luc Mélenchon

Oui, oui, alors ça le rend malade, mais il fallait bien que je trouve un mot qui me permette de faire comprendre comment l'universalisme était un facteur de rassemblement et non de division. Parce que c'est vrai, Ali Badou, que dans le passé, moi je suis un homme engagé depuis longtemps, on ne souciait pas trop des détails. Donc on disait, allez hop, bon, voilà, l'universalisme, il n'y a que ça de vrai. Et puis il y a des tas de gens qui souffraient parce que leur différence de couleur de peau ou de religion faisait qu'ils étaient exposés à toutes sortes d'avanis et ils avaient l'impression que des gens comme moi, on ne tenait pas compte.

C'est pourquoi je suis entré dans le détail, j'ai réfléchi. Alors je dis à Zemmour la première chose. Le peuple français, M. Zemmour, n'est pas une ethnie. Le peuple français est un peuple rassemblé par un contrat politique qui s'appelle liberté, égalité, fraternité, qui est un contrat laïc. Il n'y a donc qu'un seul peuple français, un et indivisible, qui répond de la communauté légale, c'est-à-dire des droits que nous partageons. La créolisation, ça veut dire une chose que M. Zemmour et quelques autres n'ont pas compris.

Les peuples se mélangent culturellement, pauvres amis, pas seulement parce qu'ils font des enfants ensemble, ça c'est le métissage, mais il y a une qualité supérieure, typiquement française, la créolisation, c'est-à-dire que les cultures s'interpénètrent et font jaillir du nouveau. C'est en français, le poète Édouard Glissant, qui a fait naître ce concept de créolisation et la France est en pleine créolisation,

15:18
Présentateur

virgule, tant mieux. Encore une question sur le conflit israélo-palestinien, c'est une région du monde et un conflit que vous connaissez depuis longtemps. On a été quand même surpris jeudi de vous entendre comparer Gaza et Guernica, comme ce que vous avez dit à Rochefort. Est-ce que vous comprenez que ça puisse choquer, cette comparaison ? En 1937, ce sont les avions allemands, les avions nazis, qui bombardent Guernica pour appuyer l'armée fasciste de Franco. Et comparaison n'est pas raison. Ou expliquez-nous, Jean-Luc Mélenchon, Gaza et Guernica.

15:50
Jean-Luc Mélenchon

Oui, chaque fois que je fais un discours quelconque, ce qui rend maintenant mes prises de parole compliquées. Quelqu'un trouve un mot que j'ai dit, ou comme vous l'avez dit tout à l'heure, que je n'ai pas dit, ce qui est encore mieux que tout. Non, j'ai regardé la conférence dans son intégralité, c'est vous qui avez fait la comparaison. Je sais, vous avez regardé. Bien sûr que j'ai fait cette comparaison. Pourquoi ? Alors expliquez-nous. Quand le tableau a été fait par Picasso, c'était les premières fois où l'on voyait apparaître le concept de guerre totale.

Alors il y avait eu le début de la guerre totale pendant la guerre de 1914, mais c'était la première fois qu'on voyait comment des puissances alliées, alors il faut d'abord, avant toute chose, penser aux êtres humains, vous voyez, bon je sais que c'est un détail, mais les gens se font la guerre sur le dos des autres. Et Guernica est frappée, pourquoi ? Parce qu'on avait massacré tout le monde. Alors là, il y avait des paquets de gens, y compris des fachos qui étaient sous les bombes. Donc le sujet n'était pas purement politique, il était sur qu'est-ce que le concept de guerre totale.

Voyez-vous, à Gaza, si vous ne le savez pas, je vous l'apprends, il est mort plus de monde en 42 jours qu'il n'en est mort en 4 ans de siège à Sarajevo. D'accord ? C'est un massacre de masse. Prenez le problème par le bout que vous voulez, on dirait que ça choque, mais bien sûr que ça choque un massacre de masse. Toutes les personnes, quelles que soient leurs religions, quelles que soient leurs appartenances politiques, j'ai des amis qui partagent beaucoup d'affection, comme d'autres partagent beaucoup d'affection pour les Palestiniens, pour les Israéliens, ce que je comprends, mais qui sont eux-mêmes choqués.

Ne croyez pas qu'une identité nationale ou une religion vaille solidarité avec les massacres. De même, quand il y a de la violence islamiste, les premières victimes, qui c'est les musulmans eux-mêmes, aujourd'hui à l'échelle du monde, de même là, nous devons protester toujours au nom de l'humanité. Il faut se rappeler que nous sommes le peuple humain, peu importe notre religion ou notre couleur de peau. Une bombe qui tue des gosses, tue nos gosses, quels qu'ils soient, et que le gosse qui est mort, soit israélien ou qui soit palestinien, cela est insupportable. Chaque vie en vaut une autre.

S'il n'y a pas des gens comme nous pour le faire, et vous voyez quelle pression nous subissons, c'est que nous sommes obligés continuellement de nous justifier. Mais c'est ceux qui massacrent et qui ne disent rien qui devraient se justifier.

18:00
Locuteur non identifié

Le peuple humain qui se retrouve en ce moment à Dubaï pour la COP28, puisque notre avenir est en jeu. Ah ça c'est clair, mal barré. Et alors voilà, justement, qu'est-ce que vous en attendez de cette COP ? Ce matin, la France a réussi à séduire une vingtaine de pays pour les amener à multiplier les installations nucléaires, pour tripler l'énergie nucléaire d'ici 2020.

18:19
Jean-Luc Mélenchon

Si il y a une stupidité, c'est bien celle-là. Car on se rassemble pour lutter contre le dérèglement climatique, naturellement, commençons par dire, on espère toujours beaucoup. Quand a été terminée la COP21 de Paris, on espérait tous beaucoup. Et d'ailleurs, on s'était donné le mot entre nous pour se féliciter, se réjouir, applaudir et acclamer. La plupart d'entre nous connaissaient le côté bidon de la conclusion, puisque la première conclusion était il ne faut pas augmenter la température de plus de 2 degrés, et que les îles sont nues en disant « Non, on va bien signer, mais à 2 degrés, on est noyés. » Donc, marquez 1,5.

18:53
Locuteur non identifié

Et il y a un fonds de compensation ?

18:53
Jean-Luc Mélenchon

Oui, oui, un fonds de compensation pour nager, c'est ça, pour créer des bouées. Non, mais attendez, je plaisante à peine. Il y a un endroit en Inde où, comme ils sont inondés régulièrement, la seule parade qu'ils ont trouvée, c'est d'apprendre à nager à tout le monde. Mais là, pardon, je termine juste cette histoire, on savait que les engagements des États, à ce moment-là, la COP21, aboutissait à une augmentation de la température de 3,5 degrés. Par conséquent, nous sommes entrés dans le changement climatique, il est irréversible. La France a pris une position ridicule et l'a fait partager par 10 de votre pays. Parce que, figurez-vous...

19:25
Présentateur

Le triplement de la capacité nucléaire d'ici 2050.

19:29
Jean-Luc Mélenchon

Nucléaire civil. Attendez, laissez-moi au moins dire pourquoi, c'est absurde. Bien sûr, il y a de nombreuses questions des auditeurs également. Oui, oui, attendez, il faut penser à la tête d'œuf qui a trouvé ça. Figurez-vous que dans le changement climatique, il se passe une chose tout à fait bizarre, c'est le réchauffement. Et voyez-vous, quand ça se réchauffe, eh bien, ça réchauffe l'eau. L'eau des fleuves, qui est moins dense, et l'eau est plus chaude, et par conséquent, ne peut pas refroidir le nucléaire. Alors, outre les dangers spécifiques du nucléaire, l'idée est ridicule. Voilà, je redis ridicule.

Et bien digne de quelqu'un qui se préoccupe surtout de l'avenir de l'industrie nucléaire, davantage que de la sauvegarde de l'humanité, et surtout de l'avance...

20:09
Locuteur non identifié

Vous parlez d'Emmanuel Macron, là.

20:10
Jean-Luc Mélenchon

Mais évidemment, c'est un acquis illuminé au nucléaire. Au lieu de développer, comme on devrait le faire en ce moment même, les méthodes que l'on a, par exemple, dans la rate de Brest, ou bien dans le fleuve Gironde à Bordeaux, qui est de mettre en place des machines qui utilisent le mouvement mécanique de l'eau, gratos, et non, et non polluants, il s'en va chercher le nucléaire, qui coûte des milliards, et dangereux, et nécessite des installations, et tout un ensemble sécuritaire qui pose problème. Vous verrez, rappelez-vous bien de ce que je vous dis, les gens, un seul coup, et c'est fini pour nous les Français. Un seul incident, et c'est fini.

Pourquoi on a besoin du personnel nucléaire pour démonter tout ça ?

20:48
Présentateur

Alors, d'un mot, il y a aussi des nombreuses questions d'auditeurs, on va y venir, parce qu'elles sont essentiellement politiques ce matin, mais il y a un sujet qui est important, c'est celui que met en avant le réalisateur Lajli, dans un film, Bâtiment 5, qui sort en salle aujourd'hui. C'est la question du logement. Vous dites que la ville est une nouvelle conflictualité, qu'elle crée de l'exclusion, et même une ségrégation. Pourquoi est-ce que cette question de la violence est indissociable de celle du logement, selon vous ?

21:15
Jean-Luc Mélenchon

Bon, alors d'abord, parce que le logement, c'est l'angoisse numéro un des gens qui n'arrivent plus à bouquer la fin de mois. Ils n'ont qu'une peur, c'est qu'on les fiche dehors de leur logement. Et comprenez pourquoi ? Le film s'en mercredi prochain, Bâtiment 5. Il n'y a pas besoin de faire de démonstration. C'est l'angoisse absolue parmi les 4 ou 5 fonctions essentielles de la vie humaine. Il y a de pouvoir disposer d'un endroit à soi pour pouvoir y être en sécurité, dormir, se nourrir et vivre en famille. Par conséquent, oui, c'est une question centrale. En ce qui concerne ma description de la ville, j'insiste pour vous dire une chose. La ville est un fait sociologique absolument nouveau.

Comme on a le nez collé dessus, on ne s'en rend pas compte. Mais c'est seulement depuis 2008 qu'il y a plus de monde qui vit en ville qu'à la campagne. C'est un bouleversement par rapport à des millénaires. Si bien que maintenant, nous avons une humanité essentiellement concentrée en ville et qui forme peuple parce qu'elle dépend entièrement des réseaux collectifs. Vous ne pouvez pas vivre sans électricité, sans eau, sans gaz, etc., qui tous dépendent des réseaux. Et c'est ce qui m'a amené à conclure à l'existence d'un acteur nouveau, le peuple, ces gens qui dépendent de ces réseaux. Et j'étudie ça dans mon livre parce que c'est un fait totalement nouveau.

22:25
Présentateur

Vous appelez ça le peuplisme et je recommande à ceux qui s'y intéressent de lire votre livre. Il y avait de très nombreuses questions d'auditeurs Jean-Luc Mélenchon et ils portent essentiellement sur la France insoumise, la NUPES. Certains vous reprochent l'outrance, le bruit et la fureur. Pourquoi cette méthode d'expression ? C'est le cas de Claire, de Christophe. Et vous étiez donc jeudi à Rochefort et vous avez prononcé devant un large public

22:48
Locuteur non identifié

l'avis de décès de la NUPES. C'est ça qu'on a entendu dans vos paroles. Il n'y a plus de NUPES, en fait, ce qu'on a construit est déjà détruit. C'est ce que vous avez dit. Vous assumez ces paroles ?

22:57
Jean-Luc Mélenchon

C'est-à-dire que j'ai lu, j'assume en général mes paroles si vous le voulez dire. Mais vous avez planté le dernier clou dans le cercueil de la NUPES ? Non, pas du tout. J'ai lu les journaux et j'ai écouté vos chroniques. Vous ne cessez de dire depuis le premier jour que la NUPES ne vivra pas, qu'elle va mourir, qu'elle est morte et ainsi.

23:11
Locuteur non identifié

C'est pas nous qui disons ça.

23:12
Jean-Luc Mélenchon

Non, bien sûr. Vous, vous n'êtes pour rien dans la diffusion d'informations. Il n'y a plus de NUPES, ce sont vos mots, Jean-Luc Mélenchon. D'abord, je commençais par dire que c'est parce que j'ai accordé de l'intérêt à ce que vous disiez. C'est quand même gentil de ma part, non ? Puisque les journalistes disent qu'il n'y a plus de NUPES, j'ai dit qu'il n'y a plus de NUPES. Mais pour maintenant cesser avec la plaisanterie et regarder les choses bien en face, il n'y a plus de NUPES, c'est un constat. Mais ça n'est pas mon fait. C'est le Parti communiste qui a voté. Vous entendez les gens ? C'est pas moi qui ai décidé ça.

Le Parti communiste qui avait déjà maintenu sa candidature à l'élection présidentielle et nous a fait rater le deuxième tour a voté qu'il n'y avait plus de NUPES. Les socialistes ont voté qu'ils faisaient un moratoire dont ils ne donnent ni la raison, ni les délais, mais ils ont retiré le mot NUPES de l'appellation de leur groupe. Quant au vert, ils ont décidé qu'ils interrompaient tout travail commun. Écoutez-moi bien. Je ne sais toujours pas pourquoi. Alors il y a les phrases « Le bruit et la fureur ». Vous avez juste 10 ans de retard. J'ai prononcé ces mots qui sont des vers de Shakespeare et le titre du plus grand roman du XXe siècle, de Faulkner, qui est « Le bruit et la fureur ».

Quel malheur j'ai fait ce jour-là de prononcer un mot en espérant que les intellectuels que sont les journalistes le repéraient. C'était il y a... Écoutez-moi. C'était il y a 12 ans. Eh bien depuis 12 ans, vous me recevez. Alors, revenons à 2023. Eh bien, je suis très fier parce que, au moins, moi, j'ai lu Shakespeare.

24:38
Présentateur

Revenons à 2023. La NUPES est donc enterrée. Mais comment se porte votre mouvement ? Vous dites qu'il n'y a plus de NUPES.

24:46
Jean-Luc Mélenchon

Oui, ben voilà. Alors vous faites la conclusion. La suite, vous voulez aussi me dire ce que je vais faire pendant que vous y êtes à Libadou ? Non, j'aimerais juste comprendre. Alors écoutez, ben si vous aimez comprendre, taisez-vous, écoutez-moi. Voilà. L'accord NUPES a été rompu et abrogé par 3 des 4 parties, dont un qui a voté. Maintenant, nous, qu'allons-nous faire ? Nous, la NUPES, c'est une forme tactique d'une stratégie. La stratégie, c'est l'union populaire. C'est elle qui, par exemple, nous conduit à lutter contre tous les racismes. Nous continuerons l'union populaire. Et nous le continuerons sur quelle base ?

La base du programme que tous ces gens ont signé avant de le dénoncer après avoir pris leur place aux élections législatives. Et donc, nous ferons toujours la même méthode, inouïe, unique dans toute l'histoire de la gauche et toute l'histoire de France, les candidatures communes au premier tour. Donc, nous disons à tout le monde, qui que vous soyez, où que vous soyez, l'union populaire continue et nous ferons une liste de l'union populaire aux élections européennes avec des gens venus d'un peu tous les horizons qui veulent continuer l'union sur la base du programme partagé. Rien n'est plus clair que ce que je viens de dire.

25:50
Présentateur

Rien n'est plus clair, mais on aurait eu encore beaucoup de questions à vous poser. Merci Jean-Luc Mélenchon d'avoir été l'invité de France Inter. Faites mieux ! Point d'exclamation. Je ne sais pas s'adresser à nous. Mais en tout cas, c'est le chemin vers la révolution citoyenne

26:03
Jean-Luc Mélenchon

qui a publié chez Odile Jacob. Merci à vous deux pour votre patience matinale.

26:07
Présentateur

Écoutez, merci en tout cas d'avoir répondu à nos questions. Merci à vous deux.

Jean-Luc Mélenchon : "Il n'y a plus de Nupes, c'est un constat, mais ce n'est pas de mon fait" — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote