Emmanuel Macron, spectateur de la colère française
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[Musique] L'édit politique sur européen avec le Figaro. Bonjour Vincent Trémolet de Viller. Bonjour Dimitri.
Bonjour Anissa. Bonjour Paul et bonjour à tous. Vincent.
Hier soir pendant plus de 3h d'émission Emmanuel Macron a tenté de reprendre la main politiquement. Vous nous rappeliez ici même hier matin bah qu'il aime bien le président ce genre d'exercice. Alors est-ce que vous l'avez trouvé à son aise ?
Non je l'ai trouvé plutôt mal à l'aise Dimitri. Il était souvent débordé, dépassé. Il faut dire que tout était bizarre dans cette émission hein.
On ne savait pas s'il s'agissait d'un président, d'un candidat, d'un commentateur ou d'un punchin ball. Pendant plus de 3h, Emmanuel Macron a été à la fois le spectateur des colères françaises et le défenseur satisfait de son bilan, les interlocuteurs défilaient pour exposer leur réquisitoire et l'on se disait "Mais que diable est-il allé faire dans cette galère ?" Personne ne l'obligeait hier soir à quitter l'Élysée pour rejoindre la pleine Saint-Denis.
Il n'était pas tenu de participer à une émission hachée, hostile et à bien des aspects complètement stériles. On attendait Emmanuel Macron, mais c'est l'abilibiné, la redoutable Agnè Verdier Moligier, signature europein, et l'efficace Robert Ménard qui ont tenu la main et dominé la conversation. Nous espérions des annonces, il a fallu se contenter d'analyse.
On nous avait promis une projection vers l'avenir. Ce fut un retour perpétuel vers le passé. On croyait retrouver le débatteur brillant et fantasque.
On a assisté au calvaire d'un homme désarmé qui peit à dissimuler son impuissance. Il n'avait rien à gagner et peut-être qu'il y a beaucoup perdu. Mais politiquement, vous pensez qu'il y a perdu ?
Bien, cet exercice médiatique était censé clore la période de trouble provoquée par la dissolution et faire la preuve que le chef de l'État avait retrouvé son autorité et le résultat est complètement inverse. La crise démocratique paraît plus profonde que jamais. Un chef de l'État que l'on présente comme omnipotent a exposé publiquement son impuissance.
Un pays en proie des tourments existentielles a vu le président de la République répéter sur chacun des sujets qu'il n'a pas tout bien fait mais que depuis 8 ans, il n'a pas à rougir de son bilan. Quel tableau désolant que celui d'un chef de l'État qui montre les courbes d'un graphique pour faire la preuve de l'efficacité de sa politique ? Quel spectacle pénible que celui d'un président de la République malmené qui aussi entre le vous avez raison et j'ai quand même bien fait les choses.
Alors nettement, Emmanuel Macron hier soir avait prévu de faire passer deux messages. Le premier c'était ne pas subir et pendant 3 heures, il n'a fait que subir les critiques et les reproches. Le second message c'était agir pour être libre.
Et l'on comprend que si l'action et la condition de la liberté, c'est la route de la servitude qui s'ouvre devant nous, tant Emmanuel Macron donnait l'impression de ne plus avoir la main sur aucun levier. Bon, il faut dire que la forme même de l'émission Vincent ne lui était pas favorable hein. Non.
Et que l'état du pays non plus. Déficit, sécurité, immigration. Les sujets ont défilé dans leur vérité cruelle sans que jamais n'apparaisse le début d'une décision, l'esquise d'une action.
La politique était réduite à une forme poussive de divertissement médiatique. Alors, on nous dira que le chef de l'État est allé au contact, qu'il a percé des bulles pour parler au français et que finalement, ils lui seront reconnaissants d'avoir accepté de prendre ce risque. Je crois plutôt que les téléspectateurs, en plus de perdre leur temps, ont certainement abandonné toute espérance d'un changement de politique dans les deux années qui viennent.
Le macronisme fondé sur la dynamique du succès et les ressources de la séduction est en fin de vie. Il s'accroche à des référendums nébuleux, insaissa mais la forme politique qui a fasciné la France en 2017 est épuisée. Le poison de la dissolution continue de ronger l'autorité et l'influence du président de la République.
Cette réalité implacable que nous étions en train d'oublier, cette émission aura eu pour seul effet de nous la rappeler. Les dito politique sur Europe. Merci Vincent Trémolet de Villerre et à la une du Figaro ce matin face aux colères Emmanuel Macron défend son bilan.
Merci Vincent. Yeah.