Face à Face : Didier François - 08/05
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Questions et réponses
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- 1:00OuverteRéponse directe
Que s'est-il passé cette nuit ?
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Comment ? Quels moyens ?
- 2:47RelanceRéponse directe
Cela veut dire que physiquement, la distance de combat entre les destroyers américains et...
- 5:19OuverteRéponse directe
Ce qui s'est passé cette nuit montre la supériorité. Ceux qui en sortent gagnants de cette bataille ?
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On essaie de comprendre comment ça s'arrête ensuite.
- 7:44OuverteRéponse directe
On va y venir sur ces négociations, et sur la raison pour laquelle l'un comme l'autre, au fond, alors que les combats font rage, parlent toujours d'un cessez-le-feu.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« il y a eu une véritable bataille navale dans le détroit d'Hormuz. »
- 1:11InvitéFait
« il y a eu une véritable bataille navale dans le détroit d'Hormuz. »
- 1:40InvitéFait
« les moyens qu'ils ont utilisé, vraiment, ils ont tiré toute la gamme. »
- 2:10InvitéFait
« les destroyers américains sont des destroyers de la classe Harley Burke qui font de la défense anti-missiles. »
- 3:33InvitéFait
« le Fandcom et donc certainement le président Trump ont décidé d'aller frapper l'origine de l'attaque, l'île de Kesh. »
- 4:03InvitéFait
« Ils ont aussi détruit les lanceurs de missiles qui ont été repérés, certains assez loin, puisqu'il y en avait dans la région de Shiraz. »
- 4:29InvitéFait
« on voit la volonté absolue des Iraniens de garder la main sur le Détroit. »
- 4:57InvitéFait
« la marine américaine a quand même montré un savoir-faire et un courage assez important. »
- 5:26InvitéFait
« Militairement, sans aucun doute, ce sont les Américains. »
- 8:11InvitéChiffre
« les estimations qui avaient été faites par les services de renseignement occidentaux, en tout cas en Europe, c'était qu'ils avaient certainement encore les moyens de tirer ce qu'ils tiraient avant le cessez-le-feu, donc il y a maintenant trois semaines, environ 30 missiles balistiques par jour pendant deux mois. »
- 13:48InvitéChiffre
« 9 à 12 mois, c'est l'estimation générale si les Iraniens arrivent à militariser. »
Temps de parole
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Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe. Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Didier François. Bonjour. Un plaisir de prendre le temps avec vous ce matin parce qu'évidemment vous connaissez bien, éditorialiste défense de BFM TV. Et on a particulièrement besoin de vos lumières pour comprendre ce qui s'est joué cette nuit et pour comprendre aussi le décalage entre les mots et les faits.
Ce qu'il se joue sur le terrain et les paroles des uns et des autres, des destroyers américains touchés, des îles iraniennes visées, les Émirats arabes unis qui parallèlement activent leur défense aérienne et pourtant officiellement une broutille, nous dit Donald Trump. Commençons par les faits. Que s'est-il passé cette nuit ?
Alors cette nuit, en fait à 22h20 en heure universelle, il y a eu une véritable bataille navale dans le détroit d'Hormuz. Comme vous l'avez dit tout à l'heure, 110 minutes c'est pratiquement deux heures. Et en plus, il y a trois navires de guerre américains, des frégates, et particulièrement des frégates anti-missiles, qui ont décidé de re-rentrer à l'intérieur du golfe Persique, donc de traverser le détroit d'Hormuz en venant de l'océan Indien. Et ils ont été pris très très violemment à partie par les gardiens de la Révolution qui ont vraiment essayé d'utiliser tout ce qu'ils avaient pour les en empêcher.
Comment ? Quels moyens ?
Alors les moyens qu'ils ont utilisé, vraiment, ils ont tiré toute la gamme. Du missile anti-navire, donc ce sont des missiles qui rasent les flots et qui normalement se bloquent sur la cible et cherchent à toucher en général la salle des machines pour les exploser. Donc ça c'est du missile de type chinois C-802 pour les spécialistes. Enfin bon voilà, ils ont utilisé des drones kamikazes pour essayer aussi de saturer la défense anti-aérienne rapprochée des navires, parce que les navires ils ont de la défense lointaine. Les destroyers américains sont des destroyers de la classe Harley Burke qui font de la défense anti-missiles. Donc ils ont traité les missiles.
Ils ont traité ensuite les drones kamikazes avec les armes de bord et particulièrement avec un truc qui s'appelle le phalanx. Je ne sais pas si vous avez déjà vu dans les films, c'est une espèce de mitrailleuse rotative qui tire très très très vite un nombre très considérable de munitions. Et puis ensuite il y avait des vedettes rapides qui sont arrivées en essaim pour essayer là aussi de saturer les défenses immédiates et qui ont traité au canon de 127 et à la mitrailleuse lourde. C'est pour vous dire qu'on s'est rapprochés extrêmement près, puisque les distances de combat...
Ça veut dire que physiquement, la distance de combat entre les destroyers américains et... C'est quelques centaines de mètres. C'est une véritable bataille navale.
Il y a eu une... pour que ça dure 110 minutes, donc presque deux heures, ils ont vraiment été harcelés. Et les Iraniens ont mis tout ce qu'ils avaient à disposition pour essayer de toucher ces trois navires. Aucun n'a été endommagé. Tous les trois sont passés. Ils ont détruit l'ensemble des moyens qui avaient été engagés contre eux. Et dans la foulée, comme évidemment ils n'étaient pas tout seuls, ils étaient entourés d'une bulle de protection, de renseignements, de guerres électroniques, avec des avions à wax qui surveillaient, des ravitailleurs en vol, des chasseurs.
Dans la foulée, le Fandcom et donc certainement le président Trump ont décidé d'aller frapper l'origine de l'attaque, l'île de Kesh, qui est juste en face de Oman. Je ne sais pas si vous voyez le détroit d'Hormuz, cette espèce de... Désormais, je pense que tout le monde a en tête ce coude. Cette espèce de coude, on est vraiment juste à la pointe de ce coude-là. C'est un endroit qui s'appelle Moussadam. Et ils ont été frappés au-dessus de la grande île de Kesh, que maintenant tout le monde connaît. Quelle île longue ! Le port de Bandar Abbas, qui est le port essentiel des gardiens de la Révolution.
Et un autre endroit qui s'appelle Minab, et qui était le centre de commandement de cette opération, par les Pazarans. Là, donc ça, ça a été détruit. Ils ont aussi détruit les lanceurs de missiles qui ont été repérés, certains assez loin, puisqu'il y en avait dans la région de Shiraz, donc à l'intérieur des terres iraniennes. Mais ils les ont repérés pendant les tirs, et ils ont été détruire les lanceurs.
Parce qu'effectivement, en quelque sorte, ils étaient sortis...
Ils ont sorti du bois, si je puis dire, enfin en tout cas de leur planque. Et donc, ils ont été repérés et détruits. Ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est qu'il y a plusieurs choses. D'abord, un, on voit la volonté absolue des Iraniens de garder la main sur le Détroit. Voilà, parce que quand même, ils ont, malgré le cessez-le-feu, essayé d'engager à nouveau. Puisque les deux des navires qui étaient dans la bataille d'hier, étaient les deux premiers navires qui, il y a trois jours, vous vous rappelez, étaient passés, avaient pris déjà 16 missiles et les avaient arrêtés.
Donc il y a quand même, de la part des Iraniens, une vraie volonté de garder le contrôle et même de s'attaquer à la marine américaine. La marine américaine a quand même montré un savoir-faire et un courage assez important. Parce que rentrer dans ces eaux qui sont des... Il faut oser. Bah oui, parce qu'elles ne sont pas bien profondes. Il n'y a pas beaucoup de place pour manœuvrer. Il faut vraiment être certain de ses capacités techniques.
Mais de fait, ce qui s'est passé cette nuit montre, manifeste la supériorité. Ceux qui en sortent gagnants de cette bataille, si je puis-je vous permettre. Militairement, ce sont les Américains.
Militairement, sans aucun doute, ce sont les Américains. Puisque pour la troisième fois, leurs navires rentrent et les Iraniens se montrent incapables de les arrêter. En revanche, l'objectif qui était au départ, celui du projet Freedom...
De libérer et de débloquer le détroit d'Armose.
Je pense que néanmoins, cette opération montre que, autant les navires militaires américains sont capables de se défendre, et que le dispositif militaire américain est assez robuste pour qu'il se permette de risquer des destroyers et donc des hommes dans le détroit. Autant pour les armateurs et les équipages des navires commerciaux et civils. On le voit bien avec le tir sur le vracier, le porte-container de CGACGM. Là, il y a un problème. Parce que les navires civils, eux, n'ont pas cette capacité de défense.
Et vous voyez bien que, dans une opération de cette nature-là, quand bien même il y aurait eu les destroyers américains qui auraient fait barrage, il y aurait eu des risques que les vedettes contournent et touchent les... Donc, autant militairement, il n'y a aucun doute sur la supériorité, les capacités tactiques de la flotte américaine, autant pour mettre en confiance le trafic maritime commercial, là, c'est un échec.
Didier François, on essaie de comprendre comment ça s'arrête ensuite. C'est-à-dire que ces 110 minutes, on comprend, on a l'impression, effectivement, que c'est une sorte de tir croisé de feu non-stop. Puis, effectivement, la riposte américaine sur l'île. Et puis, soudain, les canons se taisent ?
Alors, déjà, parce que les ennemis sont détruits. En général, à la guerre, ça peut aussi arriver. Pour le coup, les passes d'Aran ont été mis en échec. Et donc, leurs moyens ont été... En tout cas, les moyens engagés par les passes d'Aran ont été détruits. Alors, il leur en reste certainement. Mais, en tout cas, ils ont décidé que, halte au feu, ça ne passait pas. Il valait mieux s'arrêter là. Donc, voilà, ça doit prendre l'unitaire.
Après, la deuxième chose qui est intéressante dans cette affaire, c'est que les deux réactions, les réactions des Iraniens, puisqu'on a eu un communiqué dès hier soir, des gardiens de la Révolution, qui expliquent qu'ils ont mis en défaite l'ennemi, qu'ils les ont verglés, mais qu'ils ne remettent pas en cause le cessez de feu. Et pareil, côté américain, où Trump explique que finalement, tout ça s'est très bien passé, que c'était magnifique, que c'était formidable, que les armes américaines sont extraordinaires, avec tous les superlatifs habituels. Mais lui aussi, il ne remet pas en cause le cessez-le-feu.
Et pendant cet incident, les négociations continuaient sur le fameux memorandum d'entente.
On va y venir sur ces négociations, et sur la raison pour laquelle l'un comme l'autre, au fond, alors que les combats font rage, parlent toujours d'un cessez-le-feu. Mais est-ce que ça veut dire aussi que finalement, l'Iran continue à avoir dans son panier des missiles, des drones kamikazes, des navettes rapides ? Donc au fond, la capacité iranienne est encore très solide.
Elle existe, elle est réelle. Les estimations qui avaient été faites par les services de renseignement occidentaux, en tout cas en Europe, c'était qu'ils avaient certainement encore les moyens de tirer ce qu'ils tiraient avant le cessez-le-feu, donc il y a maintenant trois semaines, environ 30 missiles balistiques par jour pendant deux mois. Voilà. Là, on voit que sur les deux engagements qu'ils ont faits, à chaque fois, ils n'ont tiré qu'une quinzaine. Donc ils ont encore du stock. C'est très difficile de savoir le stock qu'ils ont réellement, parce qu'on connaît le stock de départ. On sait ce qu'ils ont tiré. En revanche, on ne sait pas ce qui a été détruit.
La difficulté, c'est de trouver exactement ce qui a été détruit. On voit des rapports contradictoires entre le renseignement militaire américain et la CIA. Il y a des discussions entre spécialistes. Honnêtement, on voit des tas de trucs dans la presse. Les spécialistes entre eux, eux-mêmes, hésitent et font à leurs autorités des rapports extrêmement prudents. En revanche, sur les drones, là, pour le coup, on ne sait pas. Parce que le drone, ça ne se produit pas sur des usines lourdes. Ça peut se produire dans des ateliers, etc. De manière plus rapide et moins chère. Voilà.
Donc là, honnêtement, personne n'a visibilité sur les capacités drones réelles qui sont sûrement existantes et sûrement nombreuses, parce que c'est une spécialité des Iraniens.
Il y a eu cette bataille, donc cette véritable bataille, 110 minutes, vous le dites, de feu croisé cette nuit. Et puis, il y a les Émirats Arabes Unis qui, parallèlement, disent avoir activé leur défense aérienne. À quoi est-ce que cela correspond ? Qu'est-ce qu'il s'est passé là ? Ou est-ce qu'ils ont anticipé qu'il puisse se passer ?
Alors, en fait, on est exactement dans la même phase qui a commencé il y a trois jours avec le fameux projet de Freedom, Liberté, qui était d'essayer d'ouvrir la route de circulation maritime sud d'Hormuz. Pas celle qui passe près de l'Iran, mais celle qui passe près de Oman et de l'Arabie Saoudite. Donc, on voit qu'il y a eu deux choses. Une attaque militaire contre les moyens militaires américains, ça, on vient d'en parler. Et il y a eu, parallèlement, des attaques de missiles contre les Émirats Arabes Unis. Pourquoi ?
Parce qu'ils voulaient taper sur le port pétrolier qui est hors du détroit d'Hormuz pour empêcher les Émirats Arabes Unis d'exporter son pétrole sans passer par Hormuz et mettre pression sur les Émirats Arabes Unis. On sait qu'il y a deux jours, les Émirats Arabes Unis ont eux-mêmes fait une frappe de riposte exactement aux mêmes endroits que ceux qu'ont pris les Américains hier soir, entre autres avec des Mirages 2000-9. Ils ne l'ont pas rendu public parce que les Iraniens parce que les Iraniens de leur côté aussi ont... Ils ont d'ailleurs nié. On nié, exactement. Ils ont tiré, mais on dit non. C'est la réponse du berger. On ne les vise pas. Absolument. Réponse du berger à l'hébergeur.
Je tiens, tu ne tiens pas la barbichette. On est dans quelque chose qu'il faut bien comprendre. Ça paraît totalement contradictoire parce qu'on parle d'un côté de négociations et de l'autre côté, on voit que ça tape dans tous les sens. En fait, c'est normal, presque. Enfin, je veux dire, c'est idiot à dire, mais c'est presque normal parce que pendant les négociations, chacun veut mettre en avant ses forces. La force des Iraniens dans les négociations, c'est le bloqueur Mouz. Et donc, ils veulent montrer...
Donc, on ne négocie bien qu'un pistolet sur la tempe.
Exactement. C'est John Woo. Vous savez, quand les gars se tournent autour avec des pistolets, c'est exactement ça. Donc, les Iraniens veulent rentrer dans ces négociations. Eux, ils veulent obtenir une chose, c'est le déblocage de leur argent gelé et de leurs avoirs gelés depuis maintenant beaucoup d'années, mais surtout depuis 2018. Il y a une centaine de milliards. C'est très important pour eux et c'est au centre de leurs demandes. Les Américains, de leur côté, veulent le nucléaire. Ça, c'est très important. Et les pays de la région veulent les missiles balistiques et le soutien aux organisations terroristes. Donc, en fait, on est en train de...
Qu'est-ce qu'ils veulent ? Ils veulent que ça dispasse. Oui, c'est ça. Ils ne le souhaitent pas. Ils souhaitent qu'on discute. Ils souhaitent que dans les négociations, il y ait la destruction de la capacité nucléaire et la destruction des organisations terroristes.
La discussion, pour les pays de la région, c'est les missiles balistiques et la destruction des trucs...
Et de ce point de vue-là, il y a un intérêt à peu près commun entre les pays du Golfe et Israël ?
Oui, tout à fait. Alors, c'est pour ça qu'aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est les discussions en cours, c'est la préparation des négociations. Ce ne sont pas encore des négociations.
Nous ne sommes pas encore dans les négociations, nous sommes dans les pré-négociations.
Ils sont en train de négocier ce qu'on appelle un mémorandum d'entente. C'est-à-dire, ils se mettent d'accord sur de quoi on va parler. Les Américains veulent absolument parler du nucléaire, de l'enrichissement et du stock d'uragnement enrichi. Ce qu'au départ, les Iraniens ne voulaient pas discuter. Les Iraniens voulaient absolument discuter de leur argent et ce que les Américains ne voulaient pas lever les sanctions tant que le reste était. Ce sont ces deux points-là sur lesquels,
véritablement, on sent que c'est la clé. C'est la clé.
L'argent, ça a toujours été la clé pour les Iraniens. Indépendamment de l'idéologie, on a eu le même problème qu'on avait le Eurodif. C'est aussi un petit peu
la clé pour les Américains, non ?
Alors, ça va l'être aussi, bien sûr. Mais pour eux, le nucléaire est quand même très très important. La menace nucléaire est réelle par rapport à leurs ailes. Et la troisième chose qui reste, les missiles et le soutien au groupe terroriste sera reportée à des discussions régionales entre les pays de la région et l'Iran après les discussions américano-iraniennes.
On va revenir aussi sur la question du rôle de la France avec le Charles de Gaulle qui est en route vers cela. Mais un mot, puisque vous parliez des renseignements et de leur grande prudence à savoir quelles sont les capacités ou non de l'Iran, il y a ce renseignement américain cité par l'agence Reuters qui croit savoir que l'Iran n'est qu'en réalité qu'à 12 mois de la bombe atomique. Est-ce que ça, c'est crédible ?
9 à 12 mois, c'est l'estimation générale si les Iraniens arrivent à militariser. Donc c'est un peu complexe, c'est un peu compliqué. Mais oui, à la louche, le problème d'avoir...
En tout cas, ils ne sont pas dans l'impossibilité.
Alors, il faudrait qu'ils aient l'accès à leur stock. Il faut qu'ils puissent passer à 90% depuis 60%. Ça, ce n'est pas le plus difficile. Mais enfin bon, pas sous le feu, c'est compliqué. Mais ce qui est inquiétant dans l'affaire, c'est qu'on s'est rendu compte que pendant les bombardements, ils avaient des équipes de scientifiques qui cherchaient la militarisation puisque lors d'une frappe israélienne qui avait été faite en suivant un scientifique par hasard, ils ont frappé à un endroit où ils ont rendu compte qu'il y avait 20 scientifiques qui étaient en train de travailler sur la militarisation de la bombe. Ça ne veut pas dire qu'elle l'est réalisée aujourd'hui.
Il y a encore des tas de choses à faire, le détonateur, etc. Mais la volonté, en tout cas, elle est là et les stocks d'enrichissement d'uranium, 440 kg, potentiellement, c'est 11 bombes. Donc c'est pour ça qu'il y a cette question du nucléaire qui est portée. Ce n'est pas immédiat comme menace, mais potentiellement, c'en est une réelle.
Didier François, Hormuz, bloqué ou pas bloqué, en vrai ? De fait, bloqué.
Toujours bloqué ? Oui, en fait, ça coule à filet d'eau très... Là, je pense que sur les prochains jours, les armateurs vont faire très attention. Après la bataille de cette nuit,
évidemment, la prudence sera de mise avec donc notre porte-avions qui a pris la route, qui a traversé le canal de Suez, qui est, j'imagine, quelque part dans la mer Rouge au moment où on se parle.
À la louche, le porte-avions, il fait 700 km par jour, potentiellement, 20 nœuds, enfin 15, 20 nœuds. Oui, lui et son groupe aéronaval, il faut à peu près trois jours pour arriver sur la zone. Après, ça dépend de la mer, ça dépend de plein de trucs, mais il sera entre Djibouti et l'Yémen, donc sur le BD3 de Bab el-Manded dans les jours qui viennent.
L'endroit un peu crucial ?
C'est crucial parce que c'est ce qu'on appelle en termes militaires la poignée de l'éventail. Ça leur permet à la fois de pouvoir ravitailler s'il y a besoin à Djibouti, de pouvoir rester en veille et en sécurité sur Bab el-Manded qui, pour nous, est un des trois importants puisque le commerce avec l'Asie pour l'Europe passe par là et d'être à 48 heures de la possibilité de se porter sur Hormuz si l'idée qu'on avait d'essayer de créer une coalition internationale dans le cadre du droit sur la liberté de circulation après la réunion du 17 avril à Paris avec une cinquantaine de pays allait se concrétiser.
J'en viens à cela parce qu'Alice Ruffaut, la ministre déléguée aux armées hier matin, disait qu'ils en avons pris le leadership avec les Britanniques, semble-t-il, mais les Britanniques n'ont pas la manifestation physique ce qui est quand même, j'avoue, depuis le début de cette guerre, c'est aussi un des points qui est très surprenant. C'est-à-dire que la marine britannique n'est pas au rendez-vous.
Non mais c'est un drame.
C'est un drame.
La marine britannique, c'était quand même... L'armée britannique, il faut bien savoir qu'en Europe, avec la France, c'était une des seules armées qui vraiment tenait la mer avec des capacités de combat, une expérience, une tradition, une culture. Honnêtement, le fait que l'armée britannique aille mal est une très mauvaise nouvelle pour les Européens et un très mauvaise nouvelle pour la France. C'est des problèmes de budget. Ils ont été encore plus loin dans les coupes que ce que nous avons fait, dans la privatisation d'un certain nombre de moyens, c'est une catastrophe. Il ne faut vraiment pas faire ça.
Est-ce que, véritablement, nous avons pris le lead et pourquoi faire ?
Alors oui, on a pris le lead parce qu'on est les seuls, effectivement. On l'a vu depuis le début mars. La première phase, rappelez-vous, on a quand même rappelé le porte-avions et l'ensemble de notre flotte pour aller protéger l'Union Européenne face à Chypre. Deuxième phase, on est capable aujourd'hui, grâce à ce porte-avions qui est quand même une puissance incroyable. On a dessus, on a la capacité de faire du renseignement, on a une vingtaine de rafales qui sont capables de faire absolument toutes les tâches.
De ce point de vue-là, on m'a dit, alors moins que les Américains en termes de nombre mais en capacité, ça permet d'être autonome en appréciation de situation, en renseignement, en coordination, en commandement et donc de pouvoir mettre autour de nous un certain nombre de pays qui voudraient participer avec du déminage, avec de la négociation, avec de la logistique, avec des frégates de défense. A fluidifier le jour venu ce détroit. On en a besoin vu ce que ça nous pèse. Parce que pour tous les gens qui disent qu'est-ce qu'on va foutre là-bas, il suffit de voir le prix de l'essence pour comprendre que ça nous touche quand même.
Et justement, un mot pour le dire, vous l'avez vu évidemment à notre boutonnière, vous comme moi, nous portons ces fameux bleuest, c'est une tradition, c'est un hommage aux soldats blessés, aux familles endeuillées, aux pupilles de la nation, aux victimes d'actes terroristes. 8 mai aujourd'hui, la mémoire au fond est particulièrement ravivée par le contexte actuel.
Mais c'est important en fait, on se croyait dans un monde sans guerre pendant 70 ans et on a eu cette chance. Alors, nous en Europe occidentale, la guerre elle existe ailleurs, moi ça fait 40 ans que je couvre les guerres. Aujourd'hui, je pense que c'est important le devoir de mémoire, de se rappeler, enfin, la guerre, on ne la veut pas toujours. Regardez nos grands-parents, ils ne la voulaient pas. En 1938, on a essayé d'apaiser un dictateur qui nous a imposé la guerre et qui a envahi la France une année plus tard. La guerre, ce n'est pas parce qu'on ne la veut pas qu'on ne l'a pas, donc il vaut mieux savoir d'où on vient pour pouvoir savoir où on va.
Oui, merci Didier François, éditorialiste défense à BFM TV, un honneur.