"On a une formidable opportunité de redonner de la compétitivité à la France", affirme Jean-Pascal Tricoire de Schneider Electric
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Comment la technologie peut nous aider à faire des économies d'énergie ?
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Est-ce que la France est compétitive en la matière avec son énergie nucléaire notamment ?
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C'est-à-dire qu'il vaut mieux créer des emplois, des entreprises, etc. en France qui vont consommer l'énergie qu'on produit plutôt que de la vendre à l'étranger ?
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L'arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses tergiversations notamment sur les droits de douane changent-ils la donne pour une entreprise comme la vôtre ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:16InvitéPromesse
« Il faut à la fois, bien sûr, de l'efficacité, c'est-à-dire que la PrimeRénov' soit appliquée là où elle doit être appliquée. »
- 1:48InvitéFait
« Mais le futur de la décarbonisation, ce sera l'électrification, passer aux pompes à chaleur, passer à des procédés et puis ensuite la digitalisation qui permet de piloter sa maison et toutes ses facilités de façon automatique. »
- 2:30InvitéChiffre
« Je pense que c'est formidable pour la France. D'abord, si on prend un petit peu de recul par rapport à l'équation, le futur est électrique. »
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France Info. Bonsoir à toutes et à tous. Comment la technologie peut nous aider à faire des économies d'énergie ? C'est le cœur de métier de Schneider Electric, géant de l'énergie et de l'automatisation dont vous êtes le président du conseil d'administration. Jean-Pascal Tricouard, bonsoir.
Bonsoir.
Invité ECO de France Info ce soir, vous avez été président du directoire pendant 20 ans et vous avez donc passé la main il y a quelques mois pour prendre la tête du conseil d'administration. Schneider Electric est une entreprise mondialisée. Vous réalisez plus de 90% de votre chiffre d'affaires hors de l'hexagone mais vous restez une entreprise française. L'entreprise est cotée à Paris, cinquième valorisation du CAC 40.
Alors en marge de la conférence des Nations Unies qui démarre à Nice, Emmanuel Macron a poussé un coup de colère contre le détricotage de certains dispositifs comme MaPrimeRénov' qui, vous le savez, subventionne les Français pour les aider à s'équiper pour consommer moins d'énergie. Est-ce qu'il a raison de s'agacer ? Est-ce qu'il faut de la visibilité dans la politique de la rénovation énergétique ? Ou est-ce qu'il faut avant tout de l'efficacité, Jean-Pascal Tricouard ?
Il faut les deux. Il faut à la fois, bien sûr, de l'efficacité, c'est-à-dire que la PrimeRénov' soit appliquée là où elle doit être appliquée. Mais il faut aussi de la visibilité parce que derrière la PrimeRénov' il y a des projets de famille vis-à-vis de leur maison qui est l'endroit le plus important pour chacun d'entre nous. Et puis, il y a des tas d'artisans qui font et refont les appartements pour les rendre plus efficaces en énergie, réduire la facture et puis aussi réduire l'impact en carbone. Et donc, s'il y a une seule chose, c'est que je pense que la PrimeRénov' n'a pas suffisamment intégré les nouvelles technologies.
Elle est beaucoup utilisée pour ce qu'on appelle l'efficacité passive, c'est-à-dire l'isolation, des choses qui sont assez traditionnelles. Mais le futur de la décarbonisation, ce sera l'électrification, passer aux pompes à chaleur, passer à des procédés et puis ensuite la digitalisation qui permet de piloter sa maison et toutes ses facilités de façon automatique. Et ça, ça n'a pas suffisamment pris en compte à la fois par les filières et à la fois par ma PrimeRénov'.
Alors aujourd'hui, il y a de plus en plus d'industries et notamment en France qui requièrent des quantités de plus en plus importantes d'électricité. On pense évidemment aux gigafactories, aux data centers. Est-ce que la France est compétitive en la matière avec son énergie nucléaire notamment ?
Je pense que c'est formidable pour la France. D'abord, si on prend un petit peu de recul par rapport à l'équation, le futur est électrique. Donc aujourd'hui, on est dans un monde qui fonctionne à 20% à l'électricité et dans 20 ans, ça sera le double. On n'a jamais vu cette inflexion et c'est simple à expliquer. C'est le véhicule électrique, toutes les nouvelles technologies. Vous avez parlé des data centers, la pompe à chaleur dans les bâtiments qui est quatre fois plus efficace que les procédés traditionnels de chauffage ou de climatisation. Donc le futur est bien évidemment électrique. Alors maintenant, en France, on a un atout incroyable.
C'est-à-dire qu'on est un grand pays d'électricité avec une électricité décarbonée. Et avec le travail formidable fait par les équipes d'EDF pendant les dernières années, on a aujourd'hui un grand excédent d'électricité. Tous les ans, on a un excédent aux alentours de 14 gigawatts, c'est-à-dire 10 centrales nucléaires. On a deux choix possibles. Un, on le vend. On le vend à nos voisins, aux Allemands quand on a besoin, au Benelux. Ou on le transforme. On le transforme en avantages compétitifs. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, Jean-Pascal Tricoire ? Mais prenons des exemples. Les data centers. Donc le data center, c'est la partie qui donne naissance à l'intelligence artificielle.
Et l'intelligence artificielle, c'est bien évidemment une condition nécessaire de compétitivité dans le futur. Grâce au travail qui a été fait par RTE et qui a offert une connectivité beaucoup plus rapide au réseau, le réseau de transport d'électricité a fourni des sites directement clés en main accessibles aux grands constructeurs de data centers. La France a attiré, lors de l'EI Summit, le sommet de l'intelligence artificielle, 100 milliards d'euros d'investissement dans les data centers. Ce qui va donner lieu à la création de 50 000 jobs, ce qui est aujourd'hui ce que le secteur des data centers crée en France.
Et sur cette base, on peut créer ou donner un terrain de développement à toutes nos entreprises d'intelligence artificielle. C'est un exemple.
Est-ce que ça veut dire, Jean-Pascal Tricoire, pardon ? C'est-à-dire qu'il vaut mieux créer des emplois, des entreprises, etc. en France, qui vont consommer l'énergie qu'on produit plutôt que de la vendre à l'étranger ?
Il faut probablement faire les deux, mais on a une formidable opportunité de redonner de la compétitivité à la France. Je vais prendre un autre exemple. Aujourd'hui, lorsque vous prenez le prix du gaz en Europe et que vous le comparez aux autres continents, le prix qu'on paye en Europe est probablement de 3 à 5 fois plus cher que ce qu'on paye aux Etats-Unis. En électricité, c'est le même prix. Donc, dès l'heure qu'on pousse les usages de l'énergie vers l'électricité, on retrouve une compétitivité mondiale. Et je terminerai en disant que très souvent, quand on parle d'énergie, on parle toujours de fourniture. On parle de pétrole, de gaz, d'électricité.
Mais les transitions énergétiques ne se feront que par les usages. C'est à chacun d'entre nous d'adopter une véhicule électrique, d'adopter une pompe à chaleur, d'adopter l'efficacité énergétique et de contribuer à cette transition énergétique.
D'où la nécessité des subventions dont on a parlé au début. Quand on regarde les chiffres de croissance de Schneider Electric, on voit qu'ils sont portés en partie par les Etats-Unis. Quasiment 15% de la croissance de votre activité en un an. L'arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses tergiversations, notamment sur les droits de douane, changent-ils la donne pour une entreprise comme la vôtre ?
Pas vraiment pour Schneider, parce que depuis 20 ans, on a construit un modèle d'opération qui est unique, qui est original, qu'on appelle le multipôle ou le multi-hub, et dans lequel on veut que chaque région soit indépendante au niveau de sa supply chain, de sa fourniture, de sa fabrication, de sa recherche et développement, de son réseau de fournisseurs, de ses usines. Et donc, on a aujourd'hui aux Etats-Unis un dispositif qui marche fondamentalement aux Etats-Unis, pour les Etats-Unis. Et ça veut dire qu'on est peu affecté par les problèmes de douane.
Parce que vous avez aussi une grosse zone Asie-Pacifique.
Et on a une grosse zone Asie-Pacifique. On est très globaux. Vous avez dit tout à l'heure, 90% du chiffre en dehors de France, c'est en fait 95% en dehors de France. Notre première zone, c'est les Etats-Unis, et la deuxième, c'est effectivement l'Asie-Pacifique.
Et donc, juste pour terminer, ça veut dire que votre atout, c'est d'avoir des chaînes de valeurs qui sont spécifiques à chaque zone, et que vous n'êtes pas interdépendant, chaque zone n'est pas interdépendante les unes des autres. C'est la clé du succès aujourd'hui pour Schneider Electric, on a vu une géopolitique extrêmement mouvante.
Oui, parce que ça permet aux équipes locales de prendre des décisions rapides et d'agir à la vitesse locale. Ça permet aussi à l'écosystème, aux communautés, aux pays, de bénéficier de notre présence économique dans tous les domaines. C'est-à-dire qu'on a un industrialiste sur place. Et en Europe, par exemple, tout ce que nous vendons en Europe, est produit en Europe. Même parce qu'on est une société d'origine européenne, on exporte aussi beaucoup d'Europe vers le reste du monde.
Merci beaucoup Jean-Pascal Tricouard, président du conseil d'administration de Schneider Electric. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.
Merci beaucoup. Sous-titrage Société Radio-Canada