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Podcast / conversationC à vous (sur YouTube)· 15 septembre 2023 9 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsSolidarités & familleÉconomie & entreprisesNumérique

Emmanuel Macron, pourquoi tant de haine ? - Alain Duhamel - C à vous - 15/09/2023

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Ces sifflets, est-ce qu'ils vous ont surpris ?

  • 1:20ComplaisanteRéponse directe

    Il n'a pas été tétanisé par les sifflets.

  • 1:24OuverteRéponse directe

    Mais vous rappelez que les présidents en général sont impopulaires en France parce qu'ils sont présidents.

  • 2:31ComplaisanteRéponse directe

    Oui, il y a le syndrome du premier de la classe, ça c'est sûr.

  • 3:46OuverteRéponse directe

    Il est trop en avance en quelque sorte ?

  • 3:55ComplaisanteRéponse directe

    Enfin, il a quand même réussi l'exploit de se faire réélire en 2022.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:42Invité politiqueFait
    « Ces sifflets, est-ce qu'ils vous ont surpris ? Non, non, ils m'ont pas surpris. »
  • 0:51Invité politiqueFait
    « Il y a un rejet massif d'une partie importante de la population, alors que là, on vient justement de voir ce qui est le paradoxe, c'est-à-dire qu'à la fois, il est terriblement sifflé, comme aucun président ne l'a été. »
  • 1:47Invité politiqueFait
    « Parce que six crises de suite qui s'emboîtent, on n'avait pas connu ça. »
  • 1:56Invité politiqueFait
    « Par exemple, Nicolas Sarkozy a eu trois crises économiques et financières. »
  • 2:39Invité politiqueFait
    « Il y a le président des riches, il est le quatrième à qui on reproche ça. Il y a eu Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy, il est quatrième. »
  • 2:48Invité politiqueChiffre
    « C'est-à-dire un sur deux depuis le début de la Ve République. »
  • 6:10Invité politiqueFait
    « On est le seul pays, ça c'est des choses un peu de base, mais qu'on n'a pas en tête toujours. On est le seul pays qui, en deux siècles, a eu 15 constitutions et 15 régimes. »
  • 8:31Invité politiqueFait
    « Bon, les Français sont le pays le plus pessimiste d'Europe. »

Temps de parole

  • Emmanuel Macron75 %
  • Présentateur11 %
  • Présentateur 210 %
  • Invité4 %

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0:00
Présentateur

C'est donc un prince balafré que vous racontez dans cet ouvrage, un monarque républicain qui s'est fait siffler devant les caméras du monde entier lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du Monde de Rugby, c'était vendredi dernier au Stade de France.

0:12
Invité

Notre sol, toutes les équipes de la Coupe du Monde de Rugby.

0:33
Emmanuel Macron

Ces sifflets, est-ce qu'ils vous ont surpris ? Non, non, ils m'ont pas surpris. Je dirais que c'était une illustration de la thèse de mon livre, c'est-à-dire qu'il a un rapport avec les Français extrêmement compliqué, qui a un rejet, j'allais dire caractériel, mais c'est plus que ça. Il y a un rejet massif d'une partie importante de la population, alors que là, on vient justement de voir ce qui est le paradoxe, c'est-à-dire qu'à la fois, il est terriblement sifflé, comme aucun président ne l'a été. Il n'est pas le premier président à avoir été sifflé, mais à ce point, non.

Et en revanche, et ça c'est son bon côté, il a été capable à ce moment-là d'improviser une réponse qui n'était pas du tout prévue et qui a fini par, bon, entraîner, je ne dirais pas, des applaudissements, mais enfin voilà.

1:20
Présentateur

Il n'a pas été tétanisé par les sifflets. Non. Mais vous rappelez que les présidents en général sont impopulaires en France parce qu'ils sont présidents. Vous dites qu'Emmanuel Macron, il est impopulaire parce qu'il est Emmanuel Macron. C'est là la nuance.

1:35
Emmanuel Macron

C'est même presque une différence parce qu'on voit bien qu'au-delà des questions politiques qui sont classiques, au-delà des crises qui sont moins classiques dans leur enchaînement quand même. Parce que six crises de suite qui s'emboîtent, on n'avait pas connu ça. Il y a des présidents qui ont eu beaucoup de crises. Par exemple, Nicolas Sarkozy a eu trois crises économiques et financières. Mais cette succession incroyable, diabolique de crises, c'est sans précédent. Ça crée évidemment une animosité et un ressentiment, bien entendu. Toute l'affaire des retraites est directement liée à ça.

Mais ce qui me frappe, c'est qu'il y a en dehors de l'antagonisme politique, en dehors du ressentiment social, il y a une dimension personnelle. C'est le personnage. Et alors, bon, j'essaye d'expliquer, j'aligne des hypothèses, j'essaye de les hiérarchiser.

2:31
Présentateur

Oui, il y a le syndrome du premier de la classe, ça c'est sûr. Ça a été le cas aussi pour Alain Juppé.

2:36
Emmanuel Macron

Voilà, ou Fabius, ou Laurent Fabius. Il y a le président des riches, il est le quatrième à qui on reproche ça. Il y a eu Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy, il est quatrième. C'est-à-dire un sur deux depuis le début de la Ve République. Mais évidemment, ça compte. Mais il y a plus que ça. Il y a un symbole de réussite au sein d'un... de réussite personnelle, je veux dire, au sein d'un pays hyper anxieux. Quelqu'un qui est intrinsèquement réformateur. Pas simplement réformiste. Il aime réformer. Et il pense que c'est nécessaire.

3:15
Présentateur

Oui, il est audacieux.

3:16
Emmanuel Macron

Voilà, dans un pays qui n'en a visiblement pas envie et qui se sent déjà bousculé partout. Et alors, moi j'ai une thèse, bon c'est indémontrable tel quel, mais enfin moi c'est mon interprétation. Je pense qu'il incarne le XXIe siècle, c'est-à-dire tout ce dont les Français ont peur. Le nouveau monde incertain. Il incarne la mondialisation, la numérisation, l'intelligence artificielle. Tout ce dont les gens se disent, mais qu'est-ce qui va nous tomber de plus sur la figure ?

3:46
Présentateur

Il est trop en avance en quelque sorte ?

3:48
Emmanuel Macron

Il est trop de son époque dans un pays qui n'a pas envie d'être de son époque. Et évidemment, ça complique les choses quand même.

3:55
Présentateur

Enfin, il a quand même réussi l'exploit de se faire réélire en 2022.

3:59
Emmanuel Macron

Il a aussi des qualités, heureusement d'ailleurs.

4:02
Présentateur

Il a profité, vous le rappelez, d'un double rejet. Le non à Jean-Luc Mélenchon et le non à Marine Le Pen. Mais il a été élu sans majorité absolue. Et cette situation, vous dites, c'est un purgatoire quotidien. C'est-à-dire que c'est une souffrance politique pour lui ?

4:17
Emmanuel Macron

Il a envie en permanence de faire bouger les choses dans tous les domaines. Quelquefois, juste titre, quelquefois de façon moins utile, quelquefois avec de bonnes idées, quelquefois avec des idées plus contestables. Et puis en plus, il a son côté un petit peu matamore. Dire, par exemple, chaque élève aura son professeur à la rentrée. Bon, ce n'était pas la peine de le dire. Il suffisait de dire, ça s'est peut-être un peu mieux passé que l'année dernière. Ou bien de dire, pendant les vacances, plutôt que de dire, tout ira bien en ce qui concerne les urgences, de dire, finalement, on a quand même traversé ça un poil moins mal que l'année dernière. Bon, ce n'est pas son tempérament.

Il n'est pas comme ça. Il veut innover, il veut bousculer un pays dont je ne dis pas que le pays a envie d'être inerte, mais il a envie d'être un peu rassuré, un peu cajolé. Et c'est là où il y a quand même une incompréhension réciproque. Voilà. Il a envie d'améliorer la France, et la France n'a pas envie d'être améliorée. Par lui. Et selon ses méthodes.

5:37
Présentateur

Voilà. On dit souvent que pour se disputer ou pour se fâcher, il faut être deux. Bon, donc là, vous ne vous intéressez pas seulement à Emmanuel Macron, à ses traits de personnalité, à ses défauts dont on vient de parler, mais aussi à ses Français gaulois réfractaires, selon la formule qui maintenant est devenue très populaire. Le citoyen français, écrivez-vous, est un citoyen très mécontent. Il n'est pas seulement critique, mais profondément insatisfait et pessimiste. Est-ce que ça décrit un peuple, sinon un gouvernable, du moins de plus en plus difficilement gouvernable ?

6:10
Emmanuel Macron

D'abord, la France est historiquement très ingouvernable. On est le seul pays, ça c'est des choses un peu de base, mais qu'on n'a pas en tête toujours. On est le seul pays qui, en deux siècles, a eu 15 constitutions et 15 régimes. Ça veut dire qu'il y en a 14 qui ont été rejetés d'une manière ou d'une autre. Quel est le peuple qui a rejeté 14 en deux siècles ? Ensuite, les Français, on le sait bien, parce que c'était un des grands thèmes déjà à la fin du XIXe siècle, les Français sont des citoyens mécontents parce qu'ils ont un esprit plus critique qu'ailleurs. Plus éclairé peut-être aussi.

Oui, mais d'ailleurs, quand ils sont critiques, ils ne sont pas forcément des mauvaises critiques, mais ils sont critiques. Donc, bon, plus impatients qu'ailleurs, et puis avec aussi des boucs émissaires plus qu'ailleurs, par exemple. Je prends un exemple. Les révolutions sont 9 fois sur 10 parties de Paris et largement se sont passées à Paris. Ensuite, toutes les provinces ont enterriné et suivi. Et du coup, les Français qui n'habitent pas Paris, qui sont quand même l'immense majorité, ont un antagonisme avec Paris. Et Emmanuel Macron, il incarne pour les gens l'hyper-parisien, alors que c'est quand même un bon picard comme d'autres. Mais il est ressenti comme ça. Et ce sont des facteurs...

Bon, et les Français... Presque irrationnels. Alors, les Français sont assez instables quand même, très critiques. Alors, critique, c'est une qualité en démocratie.

7:44
Présentateur

Très autonome. Oui, très autonome sur un mode beaucoup plus individualiste qu'auparavant. Vous avez rappelé de grands épisodes de l'histoire de France où il y avait des expressions collectives qui étaient largement plus fortes qu'aujourd'hui. Absolument. Dans l'air des réseaux sociaux dans lesquels nous sommes et où chacun fractionne son information et sa connaissance du monde et de la France.

8:07
Emmanuel Macron

Et la France a toujours été difficile à gouverner. Bon, le général de Gaulle avait théorisé ça. Parce que la constitution de la Sainte-Crévée République a été conçue par le général de Gaulle et par Michel Debré comme une thérapeutique contre l'instabilité des Français. Et puis, il y a ce côté, mais qui existait déjà depuis toujours, il y a ce côté décliniste des Français. Bon, les Français sont le pays le plus pessimiste d'Europe. Ça n'est pourtant pas le pays le plus malheureux d'Europe. Mais c'est ressenti comme ça. Et décliniste, quand Voltaire a écrit le siècle de Louis XIV, la conclusion, c'était décidément, maintenant, la France s'affaisse.

Bon, je crois réentendre certains essayistes célèbres d'aujourd'hui. Merci.

8:56
Locuteur

Merci. Merci.

Emmanuel Macron, pourquoi tant de haine ? - Alain Duhamel - C à vous - 15/09/2023 — Emmanuel Macron · Pourquijevote