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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 12 mars 2021 24 minComplaisantDivertissementEnvironnement & énergieSantéÉducation & rechercheNumérique

Étienne Klein : "la pandémie nous montre qu’à la fin c’est la science qui gagne"

Au micro : Ali BaddouSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:57OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on vit un âge d'or pour la science aujourd'hui ?

  • 1:44OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'il faut retenir des avancées scientifiques ?

  • 1:59OuverteRéponse directe

    Faut-il retenir d'abord les doutes sur les vaccins ?

  • 2:17OuverteRéponse directe

    Le mot doute, qu'est-ce qu'il veut dire aujourd'hui ?

  • 3:37OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'une idée de génie ?

  • 4:20OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le pendant d'un Eureka ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:26Invité politiqueFait
    « Cette pandémie nous montre qu'à la fin, c'est la recherche qui gagne. »
  • 2:26Invité politiqueFait
    « La science et la recherche, c'est deux choses différentes. »
  • 2:31Invité politiqueFait
    « La Terre est ronde, l'atome existe, l'univers observable est en expansion. »
  • 3:52Invité politiqueFait
    « Être génial en science, c'est à la fin avoir raison. »
  • 4:31Invité politiqueFait
    « Parfois, c'est des processus qui peuvent être très lents. »
  • 11:06Invité politiqueFait
    « Einstein pose des questions d'enfants dont il dira qu'il les a résolus avec un cerveau d'adulte. »
  • 14:35Invité politiqueFait
    « On ne peut pas avoir une conception scolaire de la démocratie. »
  • 19:26Invité politiqueFait
    « Les complotistes ne sont pas des gens irrationnels, ce sont des gens hyper rationnels. »

Temps de parole

  • Invité politique59 %
  • Présentateur34 %
  • Invité4 %
  • Présentateur 22 %

2,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Alibadou, le 7-9. L'invité du grand entretien ce vendredi 12 mars, il est physicien, philosophe des sciences, formidable vulgarisateur, directeur de recherche au commissariat à l'énergie atomique, voix familière de France Culture, producteur de l'émission La Conversation Scientifique. C'est le prof de science qu'on aurait tous rêvé à voir. Bonjour Etienne Klein.

0:27
Invité politique

Bonjour Alibadou.

0:27
Présentateur

Et bienvenue sur France Inter, heureux de vous recevoir, vous dialoguerez avec les auditeurs d'Inter dans une dizaine de minutes, je rappelle le 01 45 24 7000 ou l'application France Inter, il y a déjà des questions qui vous attendent. Etienne Klein, vous publiez deux livres chez Flammarion, La Physique selon Etienne Klein, c'est un recueil qui réunit plusieurs de vos œuvres. Et puis Idées de génie, 33 textes qui ont bousculé la physique avec Gauthier Depambourg et c'est toujours chez Flammarion. Est-ce qu'on vit un âge d'or pour la science aujourd'hui, Etienne Klein ? Je le dis parce que face à la pandémie, plusieurs vaccins ont été inventés en un temps record.

Un an seulement, on a le sentiment qu'il y a quelque chose qui se passe qui aurait sans doute été impossible il y a encore quelques années.

1:15
Invité politique

J'ai l'impression que vous faites allusion à ce vaccin dit à ARN messager, qui est une découverte absolument géniale, qui remonte à une idée très ancienne, mais qui s'est développée rapidement. Et je pense qu'en effet, cette pandémie nous montre qu'à la fin, c'est la recherche qui gagne. Il y a beaucoup de controverses. Des gens qui ont beaucoup parlé au-delà de leurs compétences, au-delà de l'état du savoir de l'époque, mais à la fin, c'est par la démarche de la recherche qu'on répond aux questions qui ont fait l'objet de débats souvent prématurés.

1:44
Présentateur

Qu'est-ce qu'il faut retenir ? Qu'il y a donc ces avancées absolument spectaculaires, donc la production de vaccins, ou est-ce qu'il faut, sans aller jusqu'aux anti-vax, ou est-ce qu'il faut retenir d'abord qu'il y a des doutes ? Des doutes, par exemple, sur le vaccin AstraZeneca. On en entendait parler dans le journal des pays qui ont suspendu la vaccination avec ce produit. La France qui continue. Bon, le doute, il a sa place, ou est-ce qu'on ne doit pas y faire attention quand on n'y connaît rien, Étienne Klein ?

2:17
Invité politique

Je pense que le mot doute, c'est un mot qui veut dire trop de choses aujourd'hui. Et pendant la pandémie, on a mis en scène la science d'une façon qui semblait la confondre avec la recherche. Or, la science et la recherche, c'est deux choses différentes. La science, c'est encore plus de connaissances qu'on n'a pas lieu de remettre en cause. Par exemple, la Terre est ronde, l'atome existe, l'univers observable est en expansion. C'est des choses qui sont connues. On peut les contester au nom d'un scepticisme radical.

2:43
Présentateur

Oui, il y a des platistes, il y a des gens qui doutent même que la Terre est ronde.

2:45
Invité politique

À ce moment-là, il faut douter de tout, y compris de son propre doute. Et puis, ce corpus de connaissances bien établi, il est incomplet. Donc, il pose des questions dont nous ne connaissons pas les réponses. Par exemple, d'où vient que l'antimatière a disparu de l'univers primordial ? On n'en sait rien. Est-ce qu'il existe une vie extraterrestre ? On n'en sait rien. Et parce qu'on n'en sait rien, mais on se pose la question, on fait de la recherche. Et donc, le doute à avoir de façon consubstantielle avec la recherche. Et si vous confondez la science et la recherche, alors l'idée de doute vient coloniser l'idée même de science. Et on en arrive à ce raccourci, la science c'est le doute.

Mais si la science c'est le doute, alors moi avec mon bon sens, mes croyances, mon ressenti, je peux dire ce qu'il faut penser de tel ou tel traitement, médicament, technologie.

3:32
Présentateur

Il n'y a pas de réchauffement climatique parce que j'ai froid ? Parce que je ne le sens pas. Oui, parce que je ne le ressens pas. Qu'est-ce qu'une idée de génie, Étienne Klein ?

3:40
Invité politique

Alors, ça dépend de la discipline dont on parle. Il y a des génies en littérature, il y a des génies en art, il y a des génies en science. Donc, ils partagent cette propriété commune d'avoir du génie, mais dans le cas des scientifiques, il faut qu'à la fin, ce que j'appelle le réel, même si c'est un mot un peu chargé, le réel leur donne raison. Donc, être génial en science, c'est à la fin avoir raison.

4:02
Présentateur

À la fin avoir raison, mais malgré tout, il y a une forme de mythologie du génie scientifique et on la partage pour beaucoup, cette idée que tout à coup, il y a une forme de révélation. Eureka, le génie, c'est celui qui arrive à résoudre un problème. Jusqu'ici, insoluble ou mystérieux ?

4:20
Invité politique

Oui, enfin, ceux qui racontent les Eureka dont vous parlez, ils ne disent jamais ce qui se passe pendant. Il y a un avant et un après, mais pendant, on ne sait pas trop ce qu'il advient.

4:28
Présentateur

Le pendant, qu'est-ce que c'est ?

4:29
Invité politique

Eh bien, justement, il n'y a pas toujours un pendant. Parfois, c'est des processus qui peuvent être très lents. Ça peut être un questionnement qui mature très doucement, comme chez Einstein. Oui, on va y revenir, Einstein. Et le fait d'être génial, ce n'est pas le fait de partager cette propriété qui s'appellerait le génie. C'est la rencontre entre un type d'intelligence et les problèmes d'une époque. Et dans le cas d'Einstein, c'est assez clair. Il a posé des questions à propos de l'électromagnétisme à la fin du XIXe siècle et qui l'ont conduit à une révolution qui s'appelle la relativité.

Mais Einstein, aujourd'hui, peut-être qu'il ne serait pas aussi génial, puisque les problèmes d'aujourd'hui ne correspondraient pas forcément à sa façon de poser les questions.

5:08
Présentateur

1905, c'est une date importante, justement, pour la science et pour les découvertes d'Einstein. Et on peut dire que 115 ans ou 116 ans après, qui comprend ce qu'est la relativité générale ou la relativité restreinte ? Comment expliquer la physique quantique, par exemple ? Parce que c'est totalement contre-intuitif, Étienne Klein.

5:30
Invité politique

Mais toute la physique est contre-intuitive, la physique moderne. Faire de la physique, comme disait Gaston Bachelard, que j'aime citer, c'est penser contre son cerveau. Penser contre son cerveau. Oui, c'est-à-dire, quand on vous explique à l'école, en classe de seconde, je crois, le principe d'inertie, un corps qui n'est soumis à aucune force, un mouvement rectiligne, uniforme, c'est absurde. Personne n'a jamais vu un mouvement inertiel. Et donc, Galilée, qui est l'inventeur de ce principe, invente l'idéal d'un mouvement qui ne s'amortisse pas, qui ne s'amortit pas, pour comprendre l'amortissement qu'on observe dans les mouvements qui nous entourent.

Et donc, il y a quelque chose de toujours choquant, de contre-intuitif dans l'énoncé des principes de la physique. Et la physique quantique ou la relativité n'ont fait qu'accentuer cette tendance qui se trouve déjà dans la physique classique.

6:19
Présentateur

Mais si on remonte, justement, au XVIIe siècle, si on remonte à Galilée, quand vous dites qu'il produit quelque chose de contre-intuitif, pourquoi est-ce que vous présentez son texte en disant qu'il concocte un plan d'évasion ? Comme un prisonnier qui veut s'évader, en quoi est-ce que Galilée veut s'évader, et de quel enfermement ?

6:38
Invité politique

Des apparences. Des apparences ? C'est-à-dire qu'il comprend que les lois physiques contredisent les phénomènes qu'elles expliquent. Quand je regarde tomber des corps, des pierres de masse différente, par exemple, je vois bien que les grosses pierres tombent plus vite que les plus petites. Et donc l'observation m'induit à penser, comme on l'a toujours pensé pendant des millénaires, qu'un corps tombe d'autant plus vite qu'il est plus massif. Et Galilée comprend que cette loi contient une contradiction interne, et qu'en fait tous les corps tombent à la même vitesse, ce qui n'est pas ce qu'on voit dans l'atmosphère. Ça ne se voit que dans le vide.

Et à l'époque de Galilée, on doutait des séances du vide, on était même contre son existence la plupart du temps, et de toute façon on ne savait pas le réaliser. Donc il a inventé un énoncé qui ne correspond à aucune situation qu'on peut observer empiriquement. Et c'est ça l'ouverture dont je parle.

7:26
Présentateur

Et c'est la même chose pour Newton, c'est la même chose pour Einstein, c'est la même chose pour ces génies que nous croisons dans ce livre, où vous avez réuni 33 différents textes.

7:39
Invité politique

Avec l'aide de Gauthier de Bambourg, un jeune doctorant en histoire des sciences qui s'intéresse beaucoup à ces questions comme moi.

7:45
Présentateur

Mais c'est pour faire oeuvre d'historien, justement, ou est-ce que c'est pour nous donner accès, finalement, à des inventions, des connaissances qu'on devrait connaître en réalité, mais qui nous sont pour le plus souvent étrangères ?

8:02
Invité politique

L'idée, elle vient d'un constat tout bête. Moi, je fréquente des philosophes, et je vois que les philosophes ont un rapport aux oeuvres du passé très fort. Un philosophe, c'est quelqu'un qui a lu un peu d'Aristote, un peu de Kant, un peu d'Heidegger, et s'il ne l'a pas fait, il ne peut pas se prétendre philosophe. Alors qu'un physicien, il peut tout à fait être extrêmement brillant, même génial, sans jamais avoir lu un texte de physicien.

8:22
Présentateur

Oui, mais alors à quoi ça sert ? Parce qu'en philosophie, on peut se dire que la question de la mort, par exemple, ou la question de Dieu, elles sont aussi anciennes que l'homme et qu'elles se posaient déjà au 5e siècle avant Jésus-Christ. La science, on se dit que pour l'étudier, pour devenir scientifique, il faut s'arrêter sur les dernières découvertes, que l'histoire ne sert à rien.

8:43
Invité politique

Voilà, exactement, il faut avoir lu des articles récents, connaître les manuels de physique qui enseignent les théories dont on se sert, mais on peut utiliser tous les jours EGAL MC2, la formule d'Einstein, sans avoir lu l'article dans lequel Einstein pose cette formule. Et moi, ce que je pense, c'est qu'aujourd'hui, où il y a une confusion entre connaissance et croyance, comprendre comment les connaissances sont devenues les connaissances dans l'histoire des idées permet de leur donner un statut particulier qui empêche de les confondre avec les opinions.

9:11
Présentateur

On connaît tous la formule E EGAL MC2, mais combien d'entre nous savent ce qu'elle veut dire ? Qu'est-ce que ça veut dire que connaître ou savoir que EGAL MC2 ? Et est-ce que vous pourriez nous expliquer, très simplement, ce que ça permet d'expliquer ?

9:27
Invité politique

Ça veut dire que si, dans le cas d'Einstein, c'est très simple, il suffit de lire son papier, vous prenez un corps qu'on chauffe et il met de la lumière. La lumière n'a pas de masse. Elle peut être invisible, la lumière infrarouge qui émette nos radiateurs, elle est invisible. Cette lumière n'a pas de masse. Le corps émet de la lumière, donc il perd de l'énergie, mais l'énergie qu'il perd n'a pas de masse. Donc, notre intuition nous fait penser que, du coup, le corps perd de l'énergie sans perdre de masse. Et Einstein nous montre que c'est faux. Même si l'objet qu'il émet pour perdre de l'énergie n'a pas de masse, le corps en question perd de la masse par la formule EGAL MC2.

C'est ça le point de départ. Et ensuite, cette formule s'est généralisée à toutes sortes d'autres situations.

10:08
Présentateur

Et elle nous permet de comprendre quel phénomène ?

10:12
Invité politique

Pratiquement tout, en fait. Pratiquement tout ? Dès qu'il y a une transformation d'énergie, même la digestion EGAL MC2, quand un crayon tombe sous l'effet de la gravité, il augmente son énergie, donc son inertie, donc sa masse apparente, etc. Donc, c'est une formule qui ne joue pas que dans la bombe atomique ou dans les réacteurs nucléaires, comme on voudrait nous le faire croire.

10:34
Présentateur

Et les questions de l'espace, il est question du temps. J'ai sous mes yeux une pendule qui indique le temps à la seconde près. 8 heures, 32 minutes, 38 secondes, 39, 40, 41, 42 secondes. Je pourrais continuer comme ça jusqu'à la fin des temps. Vous, c'est un sujet qui vous a beaucoup occupé, justement. Essayez de comprendre ce que peut représenter, comment définir le temps. Qu'est-ce qu'elle nous dit, cette horloge ? L'horloge de France Inter.

11:00
Invité politique

C'est vrai que l'article d'Einstein de 1905, celui du mois de juin, qui contient ce qui deviendra la théorie de la relativité, Einstein pose des questions d'enfants, dont il dira qu'il les a résolus avec un cerveau d'adulte. Une des questions, c'est qu'est-ce que je veux dire quand je dis qu'un train arrive à 7 heures à la gare ? Alors, si je suis dans la gare, c'est-à-dire que je suis sur le cas, je vois le train qui arrive, il y a une coïncidence entre la petite aiguille de ma montre qui indique le chiffre 7 et l'entrée du train en gare. Les deux événements coïncident. Ils ont lieu au même moment, au même endroit. Et Einstein continue.

Qu'est-ce que je veux dire si je dis qu'un train arrive à 7 heures à la gare de Lyon, par exemple, si je suis à Marseille ? Et là, il faut transmission d'une information. Comment ? Et puis, troisième question, qu'est-ce que je veux dire si je dis qu'un train arrive à 7 heures à la gare de Lyon si je me déplace par rapport à la gare de Lyon ? Et là, tout le monde est par terre.

11:54
Présentateur

Tout le monde est par terre.

11:55
Invité politique

Et c'est pour répondre à ces questions qu'il a inventé cette théorie de la relativité restreinte.

12:00
Présentateur

Et du coup, oui, ça permet de comprendre ce que dit une montre ou ce qu'elle ne dit pas. Et comment on peut se représenter le temps.

12:06
Invité politique

Il n'y a pas plus de temps dans une montre que dans une table. Il n'y a pas plus de temps dans une montre que dans une table. Le temps loge hors de l'horloge, comme dirait l'autre.

12:14
Présentateur

Ça fait partie d'un certain nombre de paradoxes et de choses assez formidables qu'on découvre à vous lire, à vous écouter. Il y a par exemple un chat, un chat qu'on ne verra jamais sur Instagram, en l'occurrence, c'est le chat de Schrödinger. Pourquoi est-ce que lui, on ne le verra jamais sur les réseaux sociaux ?

12:31
Invité politique

Il essaie de montrer à l'échelle macroscopique les choses qui se passent au niveau microscopique.

12:37
Présentateur

Rappelez-nous l'histoire, Étienne Clare.

12:38
Invité politique

Ce que dit un mécanique quantique, c'est qu'on peut décrire les systèmes physiques, quels qu'ils soient, des électrons, des galaxies, tout ce qu'on veut, par des entités mathématiques qui sont capables de s'ajouter entre elles. Donc on généralise la loi de l'addition. Si A et B sont deux états possibles d'un système, la physique quantique nous dit A plus B est aussi un état possible du système. Ce qu'on n'a jamais vu dans notre vie courante. Les choses ne se superposent pas. Et Schrödinger a inventé ce chat qui, par le biais d'un stratagème diabolique, manifeste à son échelle, qui est macroscopique, l'état de superposition des particules quantiques.

13:14
Présentateur

Il met le chat dans une boîte.

13:16
Invité politique

Ensuite, il y a un atome radioactif qui peut se désintégrer. Au bout d'un certain temps, il y a une 100 sur 2 que l'atome se soit désintégré. S'il l'a fait, il a cassé une fiole de poison, qui libère le poison, qui tue le chat. Et donc le chat est quantiquement décrit comme étant un chat vivant plus un chat mort. Je dis bien plus, et non pas à la fois vivant et mort. Il est vivant plus mort. Et tous les débats de la mécanique quantique qui durent depuis les années 30, ou un peu avant, qu'est-ce que veut dire plus ?

13:47
Présentateur

Très belle question. Que veut dire plus ? Beaucoup de questions au standard de France Inter. Etienne Klein, et on va tout de suite filer au standard. Bonjour Dominique. Bonjour Ali. Et bienvenue dans le 7-9. Bonjour M. Etienne Klein. Je suis très heureuse de pouvoir vous poser une question. Depuis la pandémie, les responsables politiques se tirent dans les pattes. Les Français n'ont plus confiance, y compris dans la science. Le génie serait de pouvoir transférer votre humanité et votre intelligence scientifique dans le cerveau de nos politiciens. Mais dites-moi, M. Etienne Klein, est-ce possible de l'enseigner ? Réponse, Etienne Klein. D'enseigner quoi, là ?

Merci Dominique pour votre question. D'enseigner la science et vos connaissances des cerveaux politiques, pour le dire vite.

14:35
Invité politique

Bon, moi je suis contre la stratégie des boucs émissaires d'attaquer les uns et les autres. Moi j'aimerais pas être ministre de la Santé aujourd'hui. Vous l'entendez peut-être à ma voix, mais je sors du Covid. C'est pas une maladie très simple. C'est pas du tout une grippette. Et je pense que on ne peut pas avoir une conception scolaire de la démocratie. On peut pas demander aux citoyens, ni même aux politiques, d'avoir des compétences sur tous les sujets qui sont si importants comme la génétique, la virologie, le changement climatique, l'énergie, etc.

Et donc il faut simplement faire en sorte que ces idées de science dont nous parlons là soient connues par ceux qui sont intéressés à les connaître. C'est passionnant de lire ces textes. Oui c'est passionnant. Lire les textes de Blaise Pascal sur le vide, mais ça a tombé par terre d'abord parce qu'il y a la beauté de la langue, et puis il y a le génie de Blaise Pascal qu'on connaît bien, qu'il parle en physicien ou en philosophe d'ailleurs. Et donc moi j'essaie de rendre ces connaissances-là accessibles, mais je maintiens qu'on a le droit de ne pas s'intéresser à la science. On doit simplement écouter les scientifiques lorsque les questions posées réclament des compétences de ce type.

15:44
Présentateur

Bonjour François. Bonjour. Bienvenue. Vous êtes ancien universitaire.

15:51
Invité

Voilà. J'ai 30 ans d'expérience en culture scientifique, en particulier un travail avec un homonyme de M. Klein qui est Didier Klein, ma région Bourgogne-Franche-Comté. Et j'ai remarqué une chose et puis ensuite une question. J'ai remarqué que nombreux étudiants que j'avais étaient des gens que j'avais vus ou qui avaient été vus par des collègues dans des laboratoires universitaires. Donc je pense que la culture scientifique a pour but de dédramatiser l'accès aux sciences. Deuxièmement, à un moment où les croyances prennent le pas sur la connaissance, c'est important de faire de la formation avant l'information.

Et enfin, ma question, est-ce qu'il ne serait pas intéressant d'insister pour que dans les programmes scolaires, collèges et lycées, pour amener le plus de jeunes aux sciences, que ces programmes de culture scientifique deviennent obligatoires, comme il y a de l'éducation civique, on pourrait imaginer de l'éducation scientifique. Parce que c'est très, très, très important.

16:53
Présentateur

Merci François pour votre question. Etienne Klein ?

16:56
Invité politique

Si je comprends bien, l'idée c'est d'enseigner l'histoire des sciences...

17:00
Présentateur

Oui, une vraie culture scientifique, pas seulement les sciences.

17:02
Invité politique

Mais l'histoire des sciences est beaucoup trop vaste. On n'a pas les professeurs pour enseigner l'histoire des sciences à tous les niveaux. Donc moi ce que je propose c'est beaucoup plus simple. C'est à tous les niveaux scolaires, depuis la maternelle jusqu'au troisième cycle, on raconte aux élèves ou aux étudiants l'histoire d'une découverte. L'histoire d'une découverte ? Exemple ? Par exemple, en primaire, on explique aux enfants comment on a su que la Terre est ronde. Tout le monde sait que la Terre est ronde, mais personne ne sait dire comment on l'a su. Et c'est obligatoire, on est d'accord, mais ça n'est pas noté.

Il ne faut pas que ce soit un obstacle, que ça crée des crampes mentales chez les étudiants. Et puis, à mesure qu'on progresse en âge, on apprendra des découvertes un peu plus compliquées. Mais, on raconte la vraie histoire. Pas la légende. Ceux qui se sont trompés n'étaient pas les moins intelligents. Et donc, ce qui fait qu'à la fin, une connaissance devient une connaissance, c'est que le réel a servi d'arbitre. Et c'est ce moment-là qu'il faut saisir pour montrer que les connaissances finissent par s'émanciper des croyances qui, parfois, étaient aussi intelligentes que les connaissances en question.

18:05
Présentateur

Sur l'appli France Inter, Jean-Philippe vous pose la question suivante. Faut-il empêcher les gens d'exprimer leurs ressentis si leurs connaissances sont incomplètes ? Les gens posent, poursuit Jean-Philippe, les gens posent sans doute de bonnes questions auxquelles les scientifiques doivent essayer de répondre.

18:21
Invité politique

Oui, on m'a reproché d'avoir mis en avant un mot qui est l'ultra-crépidarianisme. Le fait de parler au-delà de ses compétences, mais je n'ai rien contre. Je pense que la vie sociale...

18:29
Présentateur

C'est ce qu'on a beaucoup entendu pendant le Covid. Je le rappelle, vous avez publié un texte chez Gallimard qui était passionnant. Et en gros, c'est « Je ne suis pas médecin, mais... »

18:37
Invité politique

Mais en fait, la vie sociale en République, en démocratie, elle suppose qu'on pratique tous l'ultra-crépidarianisme. Vous êtes au café avec vos amis, je parle d'un temps ancien, et vous discutez de tout au-delà de vos compétences et c'est ça qui fait qu'une discussion a vraiment lieu. Simplement, quand il s'agit de science, toutes les opinions ne sont pas équivalentes. Vous avez le droit de dire que vous ressentez que la Terre est plate, ça n'empêche pas qu'elle soit ronde.

19:03
Présentateur

Oui. même si vous rencontrez un platiste, et là, pour le coup, c'est une question d'un autre Jean-Philippe qui vous demande comment parler à un platiste, à quelqu'un qui remet tout en question, y compris les photos satellites, ce qui est une manière d'affiner ce par quoi nous avons commencé, à savoir ce rapport, oui, de dénégation face au réel.

19:25
Invité politique

Mais les complotistes ne sont pas des gens irrationnels, ce sont des gens hyper rationnels. Hyper rationnels ? Oui, ils appliquent la rationalité dans un chantier restreint en minimisant le nombre de causes. Et en plus, ils inversent la charge de la preuve. Au motif que l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence, ils vous demandent à vous de prouver qu'il n'y a pas eu de complot, ce qui est impossible. Vous connaissez l'argument de la théière de Russell, qui était un double génie, un génie en science, en logique notamment, et prénomène de littérature. Oui. Et il rencontre quelqu'un qui prétend qu'il existe une théière qui circule dans l'espace aux confins du système solaire.

Une théière ? Une théière. Et Russell lui dit comment est-ce que vous pouvez le prouver ? Et l'autre lui répond c'est à vous de me prouver qu'elle n'existe pas. Ce qui est impossible.

20:12
Présentateur

C'est impossible et donc la théière sera toujours quelque part dans l'espace pour quelqu'un. On peut toujours le croire.

20:17
Invité politique

On peut toujours le croire même si on ne peut pas le prouver.

20:19
Présentateur

Quand je parlais de ces idées de génie que vous avez donc réunies dans ce petit livre qui paraît chez Flammarion, il y a des questions auxquelles on ne trouvera jamais de réponse. Par exemple, la question d'où vient l'univers ? Et d'où vient qu'il y a un univers ? Ces questions, on n'arrête pas de se les poser, de se les reposer. Les religions, les sciences, les croyances sont toutes une réponse pour essayer de répondre à ce mystère.

20:49
Invité politique

Qu'est-ce qu'on en fait de ces questions-là ? On continue de les poser. Il y a des questions métaphysiques auxquelles la physique ne répondra jamais. Par exemple, quel est le statut des lois physiques ? Est-ce que les lois physiques sont transcendantes ? Est-ce qu'elles sont immanentes ? Est-ce que si l'univers est né, il est né dans un cadre législatif qui était déjà fixé ? Ou est-ce que les lois physiques sont apparues au cours de l'évolution de l'univers ? pour régler le comportement des particules et des objets que l'univers contient ? Mais personne n'en sait rien. Personne n'en sait rien ? On pose la question mais parfois on la laisse de côté.

Par exemple, quand on parle de l'origine de l'univers, on le fait toujours à partir d'un cadre théorique préexistant. Sous-entendu, les lois qui expriment cette théorie étaient déjà actives au moment de la création de l'univers. Mais dans ce cas-là, d'où viennent-elles ? Est-ce qu'elles ont préexisté à l'univers dont elles régissent les comportements ? Voilà des questions auxquelles on ne saura à mon avis jamais répondre.

21:44
Présentateur

Mais ce sont des questions passionnantes malgré tout et qu'il est intéressant de reprendre à l'infini. Mais si je vous parle très simplement la physique, on dit que c'est l'étude de la nature, des lois de la nature, des lois qui régissent l'ensemble des choses qui composent le monde de l'infiniment petit à l'infiniment grand. Bref, la nature, est-ce qu'elle s'écrit en symbole mathématique pour le dire vite ?

22:09
Invité politique

C'est l'idée géniale de Galilée qu'il n'a pas lui-même vraiment exploité, mais que ses successeurs comme Newton ont investi de façon très efficace. En fait, les mathématiques qu'utilisent les physiciens, ce n'est pas toutes les mathématiques, c'est une partie des mathématiques. Ce sont des formalismes qui sont riches en invariants, comme on dit. Et donc, on doit se demander si les mathématiques ne prolongent pas dans le domaine de l'invisible, de l'infiniment petit ou l'infiniment grand, les mécanismes de la vision. C'est-à-dire qu'on fait jouer des principes des variances. Quand vous voyez devant vous un verre, vous dites que c'est un verre.

Mais pour en être sûr, il faudrait que vous en fassiez le tour et que vous vérifiez que quel que soit le point de vue sous lequel vous le regardez, ça reste un verre. Et vous ne le faites pas. C'est-à-dire que votre vision va utiliser une sorte de logiciel pour, à partir d'un point de vue particulier, conclure de façon générale sur la forme de l'objet en question et même sur son identité.

23:04
Présentateur

Ça veut dire qu'on a tous des idées de génie au fond. Pour savoir qu'un verre est un verre, par exemple, je le dis en souriant. Mais c'est vrai qu'on est loin de ceux qui sont les auteurs dont les 33 textes sont réunis dans ce livre Idées de génie. 33 textes qui ont bousculé la physique. C'est donc copublié avec Gauthier Depambourg à la collection Champs-Sciences chez Flammarion. Et puis, la physique, selon Étienne Klein, c'est des œuvres scientifiques avec une préface inédite, un livre massif qui lui aussi paraît chez Flammarion, mais qui permet de prendre la mesure de votre travail et de votre œuvre. Merci infiniment, Étienne Klein, d'avoir été l'invité de France Inter ce matin.

à suivre, le carrefour du 7-9. France Inter est un livre massif.

23:49
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada

Étienne Klein : "la pandémie nous montre qu’à la fin c’est la science qui gagne" · Pourquijevote