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interviewLCP — La Politique et moi (sur YouTube)· 3 février 2025 13 min

Stéphane Viry, Philippe Séguin pour mentor

Audio original de l'émission.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Mon invité est plutôt du genre précoce. Il a été élu conseiller municipal à l'âge de 19 ans, premier adjoint au maire à 27 et il s'est retiré de la politique à 32. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais il a replongé pour devenir député.

Générique ...

Bonjour, Stéphane Viry. -Bonjour. -En 1989, vous avez été le plus jeune conseiller municipal de France élu dans l'équipe de Philippe Séguin à Epinal et vous avez découvert ce qu'est la vie d'un élu local.

On a trouvé votre témoignage recueilli en 1992. Vous aviez 22 ans. Témoignage recueilli par Image Plus. *-Je m'étais pas fait à l'idée d'être l'assistante sociale d'un quartier d'Epinal. *On vient nous solliciter parce que le fossé *n'a pas été curé, parce que le ramassage des ordures ménagères *a été fait une heure après. *Je n'avais pas ce souci, le ramassage *des ordures ménagères ou le souci des papiers qui traînent dans la rue.

Ce n'était pas ce qui m'intéressait le plus dans une activité *municipale, même si c'est important. -Vous aviez un peu idéalisé le fait d'être un homme politique local et vous avez découvert une réalité un peu différente. -Oui.

C'était une découverte. Mon engagement est le fait du hasard, c'était pas programmé. Une proposition en 1989 d'être sur la liste d'un homme que j'admirais en tant que maire.

Je rejoins son équipe, je suis élu, alors que c'était pas prévu. En effet, on idéalise l'action, la façon d'être positif, de construire des projets. On s'aperçoit que l'attente citoyenne est un peu différente, mais ça a été une belle école, je ne regrette rien.

Je crois que ça a construit ma personnalité, mon parcours. -Ce côté assistante sociale que vous évoquez, il existe aussi, quand on est député ? Ca fait partie du job ? -En effet, dans l'imagerie populaire, ça fait partie de la fonction, mais pas statutairement.

Le député vote la loi, contrôle l'action du gouvernement et défend un territoire, mais on est très sollicités par des citoyens qui viennent demander qu'on accélère un dossier, qu'on rétablisse des droits, qu'on les écoute. Ca fait partie de la fonction. J'apprécie d'être au contact, sonder, me faire engueuler. -C'est aussi un moyen de vous sentir utile ? -Oui, et puis aussi d'apaiser.

On est souvent le dernier recours, la dernière oreille. On apporte parfois la solution. Pas toujours, on a pas tout le pouvoir.

Parfois, des citoyens viennent nous voir pour un passe-droit. Là, c'est plus difficile. C'est pas parce qu'on est député qu'on doit contourner la loi pour obtenir des faveurs.

Mais notre fonction est de chercher à apaiser, à expliquer, à faire en sorte qu'on se sente mieux dans ce collectif. -Dernier détail, mais ça m'a marqué. Quand vous parlez, vous avez 22 ans.

On a l'impression que vous en avez 35. Vous avez toujours été comme ça ? -Je sais pas, peut-être que la caméra me faisait être un peu sérieux.

Au début de la vie, on se sent investi d'une mission qu'on n'a pas. Non, je pense pas avoir été...

En tout cas, ça a accéléré ma vie. Lorsqu'on est élu aux côtés d'un mec comme Séguin, il te façonne, il te façonne dans ta façon de te construire, de regarder la France. J'ai peut-être été plus exigeant sur moi, sur des choses...

Je sais pas, je pourrais pas vous dire précisément. -On va parler de Philippe Séguin. Vous l'avez dit, il a joué un rôle clé dans votre engagement.

Vous l'avez évoqué d'un mot, mais comment ça s'est fait ? Comment vous vous êtes retrouvé sur cette liste ? -Je vais être cavalier...

Un casting. A l'époque, l'idée, c'est d'avoir un ou deux jeunes sur sa liste. J'avais été membre du Conseil des jeunes d'Epinal, j'avais fait des actions sympas, je m'étais fait repérer.

Quelques semaines avant les élections, on te propose de rejoindre l'équipe, t'es dans une position inéligible, en fin de liste. Séguin ayant été un bon maire, il a été plébiscité et je me suis retrouvé embarqué dans cette très belle aventure et j'ai appris, j'ai découvert. J'avais 19 ans.

D'être plongé dans un monde, effectivement, d'adultes, c'est compliqué, à 19 ans, alors que t'es étudiant, que t'as envie d'être avec tes potes. -Vous avez poursuivi vos études. -Oui, en parallèle, mais tu te retrouves dans des commissions. -Sur les finances publiques. -M.

Séguin m'avait demandé d'être rapporteur à 19 ans, donc tu te mets dans des bouquins inimaginables. A l'époque, je gérais l'argent de poche de mes parents. Donc, ça a été des moments forts et qui m'ont construit, et de belles rencontres. -"Il m'a façonné sans le dire." Qu'est-ce qu'il a façonné ?

Qu'avez-vous gardé de lui dans sa façon de faire de la politique ? -Je l'ai lu, écouté, observé. J'ai eu des moments privilégiés, probablement, avec lui, pendant des années, des apartés comme ceux-là.

Il était assez puissant, au niveau de la France, il a contribué à l'élection de Jacques Chirac. Il avait une vision du pays, de la République, de l'égalité des chances, de la cohésion sociale. Quand je raisonne en politique par rapport à des choix, qui sont parfois compliqués, j'ai cet ADN. -En 1995, il a fait de vous son adjoint aux finances et deux ans plus tard, il a quitté Epinal pour se consacrer à sa carrière politique nationale, prenant la tête du RPR et se projetant aux municipales de Paris.

En quittant Epinal, il vous a proposé de prendre sa succession à la mairie ? -Ca a été évoqué, mais c'était pas ma place. J'avais l'idée de vivre autrement que par la vie politique.

Il y avait à l'époque Michel Heinrich, un bon premier adjoint. Il fallait respecter l'ordre des choses. Je peux vivre sans politique.

Je ne suis pas addict à la politique. Je ne regrette pas ces premières parties de ma vie professionnelle que j'ai dévolues à cette action pour Epinal. Je n'avais pas l'idée de faire ça toute ma vie. -Après le départ de M.

Séguin, vous êtes l'adjoint de M. Heinrich. A 2001, à l'âge où certains entrent en politique, vous, vous la quittez.

Pourquoi ? -Parce que...

Je voulais être autonome et ne pas dépendre de la vie politique. La vie politique est une mission. Tu as un mandat pour exercer un certain temps.

Moi, je dis que politique, ce n'est pas une profession. C'est quelque chose que tu accomplis parce que tu as été candidat et que tu as été élu. Je voulais pas être dépendant de ça.

J'avais fait des études de droit, je voulais m'installer, exercer la profession d'avocat, je ne voulais pas faire les deux choses en même temps. Je me suis donc retiré de la vie politique. -Vous n'aviez pas aussi perdu la flamme ?

Je cite : "Je n'ai plus la motivation "me permettant de contracter un engagement pour 6 ans." -Je crois que c'est normal. Je pourrais vous dire la même chose avec la fonction que j'exerce. -Vous n'avez plus la flamme ? -Si.

On a l'enthousiasme, la hargne d'aller chercher des choses, d'aller prendre ce qu'on peut pour les citoyens. Après, ce sont des fonctions astreignantes, parfois douloureuses, parfois frustrantes, il faut avoir toujours au fond de soi cette volonté, cette capacité physique, psychique, à aller chercher quelque chose. Je m'étais engagé à 19 ans, j'en avais 31. 12 ans, à cet âge-là. -C'était la fin d'un cycle ? -J'aspirais à autre chose. -Cette autre chose a pris la forme, 6 ans plus tard, d'une autre forme d'engagement en tant que président du club de foot d'Epinal, que vous avez fait passer de CFA 2 en National.

Vous voyez des points communs entre la politique et l'engagement associatif ? -Oui. C'est pour moi la même chose, tu donnes de ton temps pour une cause commune.

Quand tu t'engages dans une association, que ce soit une amicale de parents, un comité des fêtes, un comité d'entreprise ou toute autre association, tu ne le fais pas pour toi, tu le fais pour autrui. Dans la politique, tu le fais par rapport à un mandat. Dans une association, à un moment, on te propose de porter un club associatif, tu prends le projet, tu le crées et tu essayes d'embarquer des bénévoles, des forces vives, qui ont peut-être la même idée que toi de faire avancer les choses.

La politique, c'est la même chose. -Vous y avez vécu les meilleurs moments de votre vie. -Je le confirme. -Vous y avez trouvé des choses que la politique ne vous donnait pas ? -La simplicité, peut-être...

De la générosité humaine. Le club de foot d'Epinal, c'est une belle histoire. Je parle pas des résultats.

On se retrouve avec des bénévoles, dans un comité directeur. On est tous différents, mais on a cette idée de bosser pour ce club. Il y a des moments de doute, des nuits blanches. "Comment je vais gérer ça ?" Il y a des contraintes, un minibus pour les gamins, mais ça, au fond de moi, j'ai trouvé un épanouissement très profond et sincère.

Si j'ai une sensation qui me manque, c'est bien celle-ci. -Vous vous êtes engagé dans la fondation Agir pour l'exclusion et dans l'association Jeunesse et culture, qui fait de la prévention. Finalement, ce n'est là que vous êtes heureux ?

Dans ce côté qu'on évoquait au début de l'émission d'assistant social ? -Oui. J'aime ça.

Vous savez, on a tous une vocation. Moi, j'aime le collectif, j'aime avancer des idées, j'aime chercher à trouver des solutions, mais pas pour moi, pour des causes, pour des objectifs, pour des utopies, parfois. -Vous êtes revenu en politique en 2014 aux côtés du député-maire d'Epinal, Michel Heinrich.

Dans la perspective du non-cumul des mandats, il devait laisser un mandat de maire ou de député et il vous a proposé, pas de choisir, mais de décider où vous tenteriez votre chance. Vous avez choisi les législatives pour devenir député. Pourquoi ? -C'est l'histoire de France, la constituante, c'est le droit.

En étant avocat, j'ai peut-être ce réflexe, mais sans aucun doute, ce sont les législatives. On s'inscrit dans l'idée qu'à terme, car je rentre en 2014, à terme, pour 2017, je puisse potentiellement obtenir une investiture. C'était l'idée de voir où on allait aller, et on est allés à l'investiture en 2017. -C'est l'heure du quiz.

Je vous explique le principe. Je vous propose de compléter des phrases qui sont en lien avec votre histoire, votre parcours. On y va ? "Si Philippe Séguin était encore président de l'Assemblée..." -Il serait devenu président de la République. -Je pensais que vous parleriez des débats dans l'hémicycle agité, comment ça serait. -Il serait malheureux, car il aimait beaucoup cette institution.

Il serait un chouïa plus autoritaire que la présidente actuelle. "Jouer au foot aux côtés de députés "LFI ou RN..." -Aucun problème. -Vous jouez au foot avec les parlementaires. -Oui.

Je continue à jouer à côté d'Epinal, c'est un moment de rayonnement. On n'a pas d'identité, pas de fonction, pas d'âge, on partage un truc. J'aime cette fraternité, j'aime ce sport.

Qu'on porte un maillot, mes collègues LFI ou RN ont été élus par le suffrage universel. Je ne vais pas les distinguer. J'avais invité à Epinal François Ruffin à venir faire un match avec mon équipe de vétérans.

Le sport, c'est autre chose. Il faut respecter les fondamentaux. -"Etre député, "c'est renoncer à..." -A une partie de soi.

C'est...

C'est compliqué. -C'est compliqué ? -Voilà.

Non, mais...

Il faut mesurer les conséquences que ça peut avoir pour tes proches, pour tes enfants. Etre député, c'est renoncer à tout le reste. -Il n'y aura pas de troisième mandat ? -Je m'inscris pas dans la durée, j'ai pas l'idée de finir ma carrière dans une action politique, je l'ai toujours dit.

J'ai l'idée de proposer autre chose, une autre contribution. -Vous savez pas encore quoi. -Nous verrons bien. -Merci beaucoup, Stéphane Viry, d'être venu. -Merci à vous.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...

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