La banalisation d'Éric Zemmour avec Thomas Legrand et Jean-Michel Aphatie - C à Vous - 10/09/2021
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 90 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 38 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:30OuverteRéponse partielle
La question de l'immigration les rassemble ?
- 2:13OuverteÉludée
Vouloir la remigration, ce n'est pas être raciste ?
- 2:33OuverteÉludée
Vous n'êtes pas raciste ?
- 4:56OuverteRéponse directe
Nous avons fabriqué Éric Zemmour, comment ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00IntervenantFait
« Ne pensez-vous pas qu'il est irréaliste de chasser 5 millions de musulmans français ? »
- 2:06IntervenantFait
« Je sais, c'est irréaliste, mais l'histoire est surprenante. »
- 4:17IntervenantFait
« Les musulmans, qu'ils le disent ou qu'ils ne le disent pas, pensent tous, même ceux qui ne disent rien, que les djihadistes sont des bons musulmans. »
- 4:58IntervenantFait
« En lui donnant la parole, en ne le contrariant pas, en lui laissant dire n'importe quoi. »
- 6:15IntervenantChiffre
« Zemmour, le soir à 19h, c'est 600 000 personnes. »
Temps de parole
- Intervenant39 %
- Intervenant 227 %
- Intervenant 322 %
- Présentateur12 %
≈ 2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Un sujet d'étonnement que vous traitez ce soir, la banalisation d'Éric Zemmour.
Oui, sa banalisation et son installation en douceur comme personnage politique, candidat éventuel à l'élection suprême, dont on débat à longueur de plateau de la stratégie du potentiel électoral, de sa capacité de nuisance à l'égard de Marine Le Pen ou du candidat de droite, mais presque jamais du fond de ses propos, de son idéologie et de ses imprécations qui marquent pourtant, je le crois, une rupture dans le débat démocratique français.
C'est ce qu'on disait il y a 30 ans de Jean-Marie Le Pen.
On disait il y a 30 ans que le FN n'était pas un parti comme les autres, vous vous souvenez. Et justement, Jean-Marie Le Pen ne s'est jamais complètement banalisé. La droite avec Jacques Chirac a su maintenir à quelques accointances près un cordon sanitaire avec le FN, alors qu'aujourd'hui, Éric Zemmour est jugé fréquentable par un certain nombre de leaders LR. Laurent Wauquiez échange avec lui, Éric Ciotti est prêt à voter pour lui, etc. Avec le recul, la leupénisation des esprits, expression inventée par Robert Boninter il y a 35 ans, apparaît moins forte que la zémourisation du débat public.
Et pourtant, malgré ses saillies, ses provocations et ses fréquentations, Jean-Marie Le Pen n'est jamais allé aussi loin qu'Éric Zemmour dans un projet qui sort du cadre républicain. Là où Le Pen prenait une forme de république autoritaire et nationaliste, Zemmour rejette explicitement la République, la philosophie des Lumières, les acquis de la Révolution. Il appelle à rompre avec l'État de droit, qualifié de moyen d'entraver la volonté populaire. Je cite là quelques phrases de son discours d'il y a deux ans à la Convention de la droite de Marion Maréchal.
La question de l'immigration les rassemble ?
Pas exactement. Quand Le Pen vantait la préférence nationale ou l'immigration zéro, de même que sa fille aujourd'hui, il arrive à Zemmour d'évoquer une remigration. C'est un terme qui court à l'extrême droite depuis 40 ans, qui a été mis en avant par le bloc identitaire et par le théoricien du grand remplacement Renaud Camus et qui consisterait à contraindre les immigrés à retourner dans leur supposé pays d'origine. On se souvient de son interview au Corriere de la Serra qui avait fait scandale en 2014. Ne pensez-vous pas qu'il est irréaliste de chasser 5 millions de musulmans français ? Réponse de Zemmour. Je sais, c'est irréaliste, mais l'histoire est surprenante.
Et puis en janvier dernier, dans son émission, sur CNews, en défense du bloc identitaire.
Vouloir la remigration, ce n'est pas être raciste. C'est considérer qu'il y a trop d'immigrés en France, que ça pose un vrai problème d'équilibre démographique et identitaire, que l'identité de la France est en danger. Et donc, c'est dire, voilà, on va renvoyer les immigrés qui ne s'assimilent pas. C'est ce qu'a fait la France pendant un siècle. Vous n'êtes pas raciste ? Mais ce n'est pas du tout être raciste que de dire ça. Le général de Gaulle n'était pas raciste. Léon Blum n'était pas raciste. Dans les années 30, on renvoie des immigrés italiens et polonais parce qu'ils sont au chômage et qu'on estime qu'ils ne s'assimilent pas. Et c'est la gauche qui fait ça. Ils ne sont pas racistes.
C'est Léon Blum.
Alors, historiquement, c'est faux comme ce soit chez Zemmour. Si le gouvernement Blum a bien procédé à des reconduites à la frontière, il n'a pas expulsé en masse les Italiens et les Polonais, et encore moins les Espagnols qui fuyaient la guerre par centaines de milliers. En tout cas, la propagation des lubies anti-musulmanes d'Éric Zemmour, de ce qu'il appelle la lutte à mort entre les races et les religions, la diffusion d'idées qui étaient frappées d'illégitimité depuis la libération, tout cela pose question, renvoie chacun, médias et politiques, à leur responsabilité. Et je pense, mérite mieux que nos débats politiciens du moment sur la stratégie Zemmour.
La zémorisation du débat public ?
Moi, je pense qu'Éric Zemmour, c'est Jean-Marie Le Pen en pire. Je dis dans ce livre, je rappelle dans ce livre des propos d'Éric Zemmour, qui datent de 2006, mais il n'a jamais varié sur les femmes, l'homosexualité. Son homophobie est scandaleuse. Et vous parlez de la responsabilité des gens. J'ai eu une discussion il y a quelques semaines avec Benard-Henri Lévy, à qui j'ai reproché, je l'ai reproché plusieurs fois par SMS, et puis on s'est croisés, on en a parlé, d'aller débattre avec Éric Zemmour sur ses news. Bon, évidemment, la discussion s'est plutôt mal terminée que bien. Mais jamais on n'a donné à Jean-Marie Le Pen une émission de télévision.
Et tout le monde vient défiler devant lui, débattre devant lui. C'est un candidat déclaré, acteur officiel, débat politique en France. C'est l'arbitre intellectuel et politique en France. Mais comment on est arrivé à ça ? Je cite une phrase d'Éric Zemmour qui dit « Les musulmans, qu'ils le disent ou qu'ils ne le disent pas, pensent tous, même ceux qui ne disent rien, que les djihadistes sont des bons musulmans. C'est du racisme intégral. C'est scandaleux de laisser dire, de continuer à donner une tribune à Éric Zemmour, comme si ce qu'il disait était devenu banal. Nous sommes devenus fous, et vous avez raison, Éric, et j'en ai énormément sur...
Patrick, excusez-moi, Patrick, bien sûr que les médias ont leur part de responsabilité. Évidemment, nous avons fabriqué Éric Zemmour. Et l'autocritique là-dessus, tintin, et puis...
Nous avons fabriqué Éric Zemmour, comment ?
En lui donnant la parole, en ne le contrariant pas, en lui laissant dire n'importe quoi. L'interview du Corriere de la Serra, ça a été un scandale, un scandale. Moi, j'étais à RTL à l'époque, et bien le lendemain matin... Il a été viré d'Italé après ça.
Le lendemain matin...
Éric Zemmour est allé sur RTL, et Yves Calvi a fait une interview. Éric, vous vous êtes mal expliqué, on ne nous a pas bien compris. Vous pouvez nous expliquer, Éric ? Bon, écoutez, c'est pitoyable. Oui, alors... Je me fais des compétences. Je... Je... Je... Je... Je... Je... Je signe tout ce qui vient être dit par mes deux confrères. Je rajouterai un... Quelque chose de moins grave dans l'analyse, mais... La droite réactionnaire, très classique, ça c'est une droite anti-républicaine qui avait disparu depuis 1945 et qui revient, qui a toujours existé en France et qui revient, qui est une droite qui pense que la République c'est la gueuse et qui déteste tout ce que la République a pu faire.
Et cette droite est fascinée... Maurassienne. Maurassienne. Elle est fascinée depuis toujours par la capacité qu'a eue la gauche de gagner les batailles culturelles. Elle est fascinée par Gramsci, ce penseur italien qui a théorisé la bataille culturelle, les majorités culturelles. Et là, elle est en train d'essayer de faire pareil. Mais Zemmour, Zemmour, le soir à 19h, c'est 600 000 personnes. Yann Barthez en a deux fois plus, vous en avez beaucoup plus. France Inter, à la même heure, en a beaucoup plus. Et vous avez Valeurs Actuelles qui fait une une sur Valeurs Actuelles qui doit vendre 40 000 exemplaires, là où le nouvel homme s'en vend deux ou 300 000.
Et Valeurs Actuelles fait des unes sur le phénomène Zemmour parce qu'il fait 600 000 téléspectateurs. Et il y a une mousse comme ça. Alors la mousse existe, mais c'est de la mousse. Alors moi, je dis vous, la bête, présidente. Vous avez plus de téléspectateurs, deux fois plus de présidents. Mais c'est un piège redoutable. Faisons de la mousse. Est-ce que j'aurais dû faire la chronique ? Est-ce qu'on aurait dû y passer cinq minutes ? Oui, c'est un cercle vicieux. C'est bien, c'est bien. Mais c'est bien. C'est bien de l'avoir dit.