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interviewLe Média (sur YouTube)· 1 juillet 2023 9 min

UBER FILES : MAIS POUR QUI BOSSE MACRON DEPUIS DIX ANS ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche. Après 4 mois de travaux, la commission d'enquête parlementaire sur les "Uber files", demandée par la France Insoumise, rendra ses résultats courant Juillet, soit pile un an après la révélation du scandale. Les "Uber files", ce sont ces quelques 124 000 documents internes, datant des années 2013-2017, qui ont fuité grâce à l'ex lobbyiste en chef d'Uber pour l'Europe de l'Ouest, Mark MacGann.

Le traitement de ces documents par le consortium international des journalistes d'investigation, mettait notamment en évidence les pratiques agressives de lobbying d'Uber pour s'implanter dans différents pays et y changer les réglementations. La commission parlementaire cherchait à faire la lumière sur ces pratiques de lobbying auprès de différents décideurs français, mais aussi sur les conséquences économiques, sociales et environnementales du modèle Uber. Mais son volet le plus politique vise à comprendre à quel point Macron a servi de VRP de luxe à Uber en 2015, quand il œuvrait à disrupter le marché des véhicules de transport avec chauffeur, contre l'avis du reste du gouvernement qui y voyait une concurrence déloyale pour les taxis. - En 2015, Uber, attaqué de toutes parts en France, dispose d'un allié secret au sein du gouvernement : Emmanuel Macron, ministre de l'économie.

C'est ce que révèle l'enquête "Uber files". - Vous allez voir, il est difficile de dégager un récit vraiment commun de toutes ces auditions lors de la commission, et puis de toutes façons la Macronie protège son patron. [Musique générique] Donc d'un côté il y a l'ex ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et l'ancien secrétaire d'État chargé des transports Alain Vidalies qui défendent leur gouvernement de l'époque face au cynisme d'Uber et à la ligne libérale de Macron.

Sans pour autant charger ce dernier trop directement, parce que cela reviendrait à concéder qu'il les a roulés dans la farine. L'ancien Premier ministre Manuel Valls lui, a plutôt défendu l'ancien ministre de l'Économie. Uber, par la voix de son nouveau PDG, entonne le refrain du : "on a changé, il y a eu peut-être par le passé quelques mauvais diagnostics, mais on a bien avancé par la négociation." Le gouvernement actuel dit en gros la même chose : rien de répréhensible dans le passé, et ce qui compte c'est de voir les progrès effectués depuis 6 ans.

Mark MacGann le lanceur d'alerte lui, a considéré que le Macron de l'époque était dans son rôle, qu'il n'y avait pas de corruption à proprement parler, mais un manque de transparence dommageable pour la démocratie. Cependant, cette audition est accablante pour l'ancien ministre de l'Économie. - En effet le zèle du Macron de l'époque est confirmé : Uber et Macron ne sont pas seulement sur la même longueur d'onde idéologique, non, il y a eu de véritables connivences.

Son travail pour arrondir les angles avec la DGCCRF, son intervention pour faire sauter l'arrêt préfectoral interdisant Uber à Marseille, les échanges de SMS lors des perquisitions, et la confirmation de l'existence du fameux deal entre Macron et les dirigeants d'Uber. Bien que la plupart des participants auditionnés préfèrent évoquer un simple accord beaucoup moins sulfureux. Uber abandonnait son système "Uber Pop" totalement illégal, qui mettait en relation un client avec un quidam qui devenait chauffeur le temps d'une course.

En échange Macron s'engageait à faire assouplir la loi Thévenoud qui réglemente l'activité des VTC, notamment en faisant baisser considérablement le nombre d'heures nécessaires de formation pour devenir chauffeur. Vous vous souvenez peut-être du SMS lunaire révélé par les "Uber files", dans lequel Macron écrit à Travis Kalanick l'ancien PDG d'Uber, que Bernard Cazeneuve avait accepté le deal. Moi j'aime bien le relire avec en tête la musique du parrain. [Lecture du texte] - Mais devant les députés, Cazeneuve comme Valls ont démenti catégoriquement avoir eu même connaissance de ce genre de négociations avec Uber.

On ne saura pas ce qui s'est vraiment passé. Lorsque l'affaire des "Uber files" est sortie en Juillet 2022, Macron a fait mine d'assumer. - Mais je l'assume à fond !

J'ai vu des chefs d'entreprise étrangers : l'horreur ! Je les ai vus ça a toujours été officiel ! Avec des collaborateurs !

J'en suis fier ! S'ils ont créé des emplois en France, je suis hyper fier de ça ! Et vous savez quoi ?

Je le referai demain et après-demain. Très sincèrement comme disait un de mes prédécesseurs, ça m'en touche une sans bouger l'autre. Minimiser est en effet la stratégie de la Macronie depuis le début.

Pourtant lors de sa campagne de 2017, Macron avait caché le truc : - On s'est battus pour avoir une loi, d'accord ? Qui est-ce que je trouve en train de faire du lobbying dans un restaurant de luxe ? Votre directeur de cabinet... - Attendez, pardon, là vous faites des accusations. -...

Au mois de Juillet il y a eu un article, on voyait clairement votre directeur de cabinet, des députés, des sénateurs, en train de manger avec un peu l'écosystème du VTC, les... - Attendez, on ne peut pas dire tout et n'importe quoi.

En fait, pour faire la lumière sur le rôle exact de Macron et déterminer s'il y a eu entente illicite, il eut été utile d'auditionner son cercle proche de l'époque. Par exemple Alexis Kohler, alors son directeur de cabinet, et surtout Emmanuel Lacresse, alors membre du cabinet de Macron, et constamment cité pendant les travaux de la commission d'enquête. C'est ce que réclamait la rapporteure, la députée LFI Danielle Simonet, mais son président le député Renaissance Benjamin Haddad a posé son veto et mis un terme aux auditions fin mai.

Donc, zone grise, entorse à l'éthique publique, absence de transparence, chacun choisira ses mots. Il reste que Macron rencontrait des représentants d'une grande société privée, et négociait quelque chose sans concertation avec son gouvernement. - Des rencontres qui ne figurent pas à l'agenda officiel de l'ancien ministre, et au cours desquels selon Le Monde, un deal secret aurait été conclu. - En fait ce qui sauvera un peu Emmanuel Macron après ces auditions, c'est que de fait, à part sur ce fameux deal, il a perdu tous les arbitrages du gouvernement.

Ce qui suggère qu'il n'a pas été pour Uber un cheval de Troie très efficace. Attendons le rapport définitif, mais il est très probable que le Macron de 2015 s'en sorte très bien. En revanche ce que j'ai trouvé très instructif, c'est qu'il se dessine un Macron de 2023 toujours au service d'Uber, notamment qui cherche à torpiller les avancées législatives européennes.

En effet, un texte important adopté par le Parlement européen en Février, prévoit une "présomption de salariat" pour les chauffeurs et livreurs uberisés. Mais le Gouvernement français, au sein du Conseil de l'Union européenne, cherche à imposer à l'inverse, la présomption d'indépendance, voulue par les lobbyistes d'Uber ou Deliveroo. Les travailleurs de plateformes demeureraient présumés indépendants, à moins qu'ils ne prouvent le contraire. - Ça m'en touche une sans bouger l'autre. - Au fond, il y a sous cette affaire des questions de souveraineté et de capture du législateur.

Le gouvernement s'est-il fait forcer la main par la société américaine, ou bien a-t-il choisi librement de profiter de l'opportunité, au moins via Bercy, de progresser sur la néolibéralisation d'un secteur de l'économie ? Ensuite, on aime souvent dire à quel point Bruxelles surplomberait l'État français, et lui imposerait de l'extérieur des réformes néolibérales. Mais ici, on voit plutôt un Parlement européen qui avance sur des propositions sociales, et un État français parfaitement souverain qui vient contrecarrer le processus.

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Et moi je vous dis à bientôt.

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