Gaëtan Dussausaye, député "Rassemblement National" des Vosges | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Jordan Bardella le surnomme le couteau suisse, mais c'est Marine Le Pen qui l'a repéré. Mon invité a su se rendre indispensable au RN tout en gardant un côté insaisissable. Générique --- Bonjour Gaëtan Dussausaye. -Bonjour, merci de votre invitation. -L'avantage quand on reçoit des députés assez jeunes, c'est qu'on retrouve assez facilement des traces de leur passé sur Internet.
Et en ce qui vous concerne, c'est un passé musical, on va le voir, assez bruyant. Guitare électrique --- Alors ce guitariste qu'on voit là, torse nu, avec des tresses, un pagne, qui secoue la tête, c'est vous. -Tout à fait. -Vous avez quel âge-là ? 15 ans ? -Là, je pense...
J'avais encore les cheveux longs, donc je devais avoir, ouais, 16, 17 ans je pense, quelque chose comme ça. -Et alors, votre groupe s'appelait les Bursting Creepy. -Bursting Creepy, affirmatif.
Ca veut dire quelque chose ? -Aucune idée. J'ai toujours été très mauvais en anglais.
Je m'en remettais surtout au leader du groupe qui, lui, avait un bien meilleur niveau. Et pour la tenue, je peux donner, d'ailleurs, une explication. C'est qu'en fait, on était jeunes, on n'était pas forcément très confiants de la qualité de notre musique, etc.
Et donc, on se disait que finalement, quitte à plaire au public par le biais de notre musique et du talent, on va au moins les faire rigoler en se déguisant. -Oui, parce qu'il y a eu d'autres tenues, il y a eu les cheveux verts, il y a eu vous avec un haut féminin. Et alors, c'était, vous dites, du métal festif.
Ca existe comme genre ou c'est vous qui l'avez inventé ? -Oui, c'était du punk rock métal festif. Pourquoi ?
Parce qu'en fait, on avait fait un concert. Je crois que c'était à Saint-Ouen à l'époque. Et en fait, on n'avait aucune idée du genre musical qu'on faisait.
Et un autre groupe qui se produisait en même temps que nous à cette soirée-là nous a dit : "Mais en fait, votre truc, c'est complètement barré. Il y a du punk, il y a du rock, il y a du métal et c'est festif." Et en fait, on a gardé ce truc-là. -Donc, vous avez inventé le métal festif. -Oui, alors je ne sais pas si on aura un brevet là-dessus.
Peut-être pas, mais bon, au moins, on se sera bien marrés. -Je regardais sur YouTube, parce qu'on les retrouve sur YouTube, vos chansons. L'une des plus regardées, c'est "Go fuck yourself and burn in hell".
C'était des chansons à texte que vous faisiez. -Oui, bon, après, je pense que quand on a 14, 15 ans, on a toujours un peu cet esprit un peu rebelle à dire aussi bien tantôt à ses parents, tantôt à ce qui peut incarner, d'une certaine manière, l'autorité, etc., qu'on a envie d'être tranquille, de pouvoir vivre notre jeunesse.
Bon, voilà. Après, est-ce qu'on en retrouve aujourd'hui quelques traces dans mon engagement politique ? Peut-être sur le côté un peu rebelle, antisystème, alternatif, etc.
Je pense qu'il y a forcément un peu une sorte de fil rouge qu'on peut retrouver là-dessus. -J'aimerais qu'on s'arrête sur cette image de vous, guitariste, torse nu, avec les cheveux longs, et puis l'image du député en costume cravate, cheveux courts, propre sur lui. Gendre idéal et jeune premier, ça c'est les expressions qu'on retrouve dans les portraits qui vous étaient consacrés.
Il est où le vrai Gaëtan Dussausaye entre ces deux images-là ? -Dans les deux. Parce qu'en fait, si vous voulez, j'ai toujours eu à coeur, pour le coup, d'être utile, de pouvoir m'engager, servir à quelque chose, etc.
Et en même temps, surtout d'apporter un peu une sorte de discours alternatif. Et c'est vrai que c'est un peu ce qu'on retrouve, ce côté un peu rebelle, un peu provocateur, etc. Gentiment, avec le sourire.
Vous n'avez pas besoin nécessairement de tomber dans la familiarité, dans l'insulte et l'agressivité pour défendre justement un projet disruptif et un projet de rupture. Et je pense que c'est un peu ce qu'on retrouvait, à la fois la passion pour une musique qui bouscule, qui dérange, et en même temps un engagement politique auprès du Rassemblement national, auprès de Marine et Jordan, pour, justement, essayer de faire bouger les choses et aussi aller bousculer. ce qui se passe depuis 40 ans dans la vie politique française. -Vous avez commencé à vous intéresser à la politique après une période compliquée pour vous, au collège.
Vous expliquez : "J'ai changé de collège, j'ai été confronté à des problèmes de violence, d'agression, j'en avais marre de subir quotidiennement des humiliations, c'était lourd." Vous avez été victime de harcèlement scolaire ? -Harcèlement scolaire, non.
Un milieu agressif et violent avec beaucoup d'insécurité, oui. -Et vous faites un lien entre ce que vous avez vécu à cette époque-là et le fait que vous vous êtes intéressé à la politique ? -Je pense que ça y participe.
Je pense que l'engagement ne vient pas de nulle part. Parce que je pense qu'en fait, à ce moment-là, on était souvent...
On se sentait un peu isolés, en fait, en réalité. Très souvent, quand on était confrontés à des problèmes, on allait voir les professeurs, on allait voir notre entourage, et il y avait le côté un peu "Il faut que jeunesse se passe, c'est normal". Et on se disait : "C'est pas normal." C'est pas normal qu'on ait des stratégies de contournement des problèmes, que lorsqu'on..." On fait le chemin entre l'établissement scolaire et le domicile, qu'il y ait systématiquement, quand on arrive, finalement, à traverser un groupe qui est rassemblé à la sortie du collège, le premier réflexe qu'on a, c'est de couper sa musique en se disant qu'ils vont forcément m'alpaguer, m'intimider.
Il y avait quand même un sérieux problème là-dessus. -En 2007, vous ne pouviez pas voter mais vous étiez plutôt Ségolène Royal que Nicolas Sarkozy et que vous aviez été séduit par Olivier Besancenot. Vous étiez plutôt de gauche à l'époque ? -Oui, alors après, en 2007, j'avais quoi ?
J'avais 13 ans. Donc un peu difficile d'avoir une vraie opinion politique. En fait, pourquoi je disais ça ?
Parce que j'ai toujours grandi dans un milieu, une famille qui n'était pas très politisée, qui avait plutôt une tendance, on va dire, de gauche, centre-gauche. Et j'ai toujours été scolarisé dans le public, de la maternelle jusqu'à mon baccalauréat, systématiquement, dans le public. Et je pense qu'à cette époque, quand on n'avait pas forcément les clés pour comprendre la politique, pour s'intéresser à la politique et en discuter avec des parents, avec d'autres, en fait, il y avait ce truc très manichéen de se dire : "La gauche, c'est les gentils parce qu'on veut défendre les plus faibles, ceux qui sont dans le besoin, et la droite, c'est les méchants qui veulent faire du fric." Et c'est vrai que... -C'était votre première approche de la politique ? -Oui, c'était pas très réfléchi, je vous l'accorderai, pour le coup.
Vous avez évolué jusqu'à prendre votre carte au Front national en 2011. Vous expliquez que vous avez d'abord regardé tout ce qu'il y avait dans le paysage politique, y compris la fédération anarchiste. -Oui.
Qu'est-ce qui vous a fait choisir le Front national ? -Je ne connaissais pas grand-chose à la politique. Donc, j'ai commencé à énormément lire, beaucoup de littérature, d'histoire, de politique, également à confronter mes idées avec mon entourage, des amis.
Et en fait, là, j'ai eu ce coup de coeur, c'est quasiment un coup de foudre, pour Marine Le Pen. J'allume la télé, je découvre Marine Le Pen, et là je me dis : "OK, je veux que ça soit elle." Parce qu'elle avait ce discours qui parlait de notre quotidien, qui parlait de nos soucis, qui n'était pas naïf sur les questions de sécurité, d'immigration, et qui, en plus, avait un discours disruptif sur la question de la souveraineté nationale.
Et je me suis senti représenté. -Vous vous êtes retrouvé là-dedans, mais votre mère, pas du tout, visiblement, parce que quand elle a appris que vous aviez pris votre carte au FN, à l'époque, elle a dit : "Je ne veux pas de ça dans notre village, tu ne tractes pas dans le village." Elle avait honte. -Vous savez, à l'époque, s'engager au Front national, c'était compliqué.
On n'était pas encore un parti qui dépasse aujourd'hui systématiquement les 30 %. Le processus de dédiabolisation qui a été engagé par Marine Le Pen n'avait pas encore été jusqu'à son terme. Et donc, il y avait une grosse appréhension de ce qu'était le Front national. -Votre ascension au sein du Front national a été très rapide et vous la devez en grande partie à Marine Le Pen.
Trois ans après avoir pris votre carte, c'est elle qui vous a nommé président du FNJ, le Front national de la Jeunesse. J'imagine que c'est très formateur comme responsabilité. Qu'est-ce que ça vous a apporté de plus utile pour vous, aujourd'hui, en tant que député ?
D'abord, c'est important, vous l'avez dit... ce parcours, je le dois exclusivement à Marine Le Pen.
Deuxième élément de réponse, qu'est-ce que j'en ai appris ? Beaucoup de choses. Parce que, pour la petite anecdote, lorsque Marine m'a nommé directeur du Front national de la Jeunesse, on s'est donc entretenu dans son bureau, et je lui ai dit : "Bon alors, C'est quoi un peu les missions ?" Et elle me dit : "Tu dois apprendre à tout faire.
Pars sur le principe qu'aujourd'hui, tu ne sais rien, il faut tout apprendre." -D'où votre surnom donné par Jordan Bardella, le couteau suisse. -C'est un peu ça, oui, tout à fait. -Jordan Bardella, qui vous a succédé à ces responsabilités-là, comme quoi, effectivement, c'est formateur.
Et alors, à l'époque, quand vous êtes à la tête du FNJ, vous participez à la création de la cocarde étudiante, donc un syndicat. -Pas du tout. J'ai vu ça sur ma page Wikipédia.
J'ai participé à une conférence organisée par la cocarde étudiante. -La première conférence de la cocarde étudiante. -Je salue leur action, parce qu'elle est vachement utile. -Vous êtes, lors de cette première conférence de la cocarde étudiante, aux côtés d'un certain Alexandre Loubet, qui était, à l'époque, avec Nicolas Dupont-Aignan, mais qui est devenu député du Rassemblement national.
Et vous fréquentiez aussi les bars de la rue des Canettes, dans le quartier Saint-Sulpice, à Paris, où se retrouvait toute une droite souverainiste, on va dire, qui allait du Front national aux Jeunes Pop de l'UMP et aux membres de Debout la France, à l'époque. Ca a créé des liens, tout cela ? Des liens qui perdurent aujourd'hui ? -Droite souverainiste mais même gauche souverainiste.
Il y avait quelques chevènementistes. -Oui, il y avait aussi les membres de l'association SciencesPistes, Critique de la raison européenne, aussi. Mais en fait, c'est vrai qu'on était toute une génération qui ne partageait pas du tout le logiciel politique qui était celui, finalement, qui était la règle depuis 40 années de vie politique.
Et quand on se retrouvait dans ces moments-là, notamment dans ces soirées, même si on avait des engagements qui étaient différents, il y en avait qui étaient chez Dupont-Aignan, d'autres qui étaient déjà avec Marine Le Pen, d'autres même à l'UMP, encore à l'époque, en fait, on savait qu'on était un peu une sorte de nouvelle génération et qu'on avait un autre discours, un autre regard sur les choses et qu'un jour ou l'autre on finirait par faire de la politique ensemble. Et je suis évidemment ravi de voir qu'aujourd'hui, on est tous embarqués dans le vaisseau amiral du Rassemblement national et qu'on fait enfin de la politique ensemble. -Dans les différents portraits de vous qui ont été réalisés dans la presse, on lit que vous étiez proche de Marine Le Pen, mais aussi de Florian Philippot et de Jordan Bardella.
Comment on peut être tout cela à la fois ? Est-ce qu'on n'est pas encore sur cette personne aux multiples visages qu'on a vus au début entre le jeune rockeur et le député ? Vous avez un côté un peu insaisissable, on a du mal à vous situer.
Non, je pense qu'en fait, il y a le...
Il y a beaucoup de transparence avec moi, que quand on me parle, on sait ce que je pense, on sait le regard que j'ai sur les choses. Vous n'êtes dans aucune chapelle précise au sein du Rassemblement national ? -Peut-être que je le dois à mon parcours de philosophie, j'ai fait des études de philosophie, donc c'est vrai que quand vous faites de la philosophie, d'office, on vous apprend un peu à avoir un esprit large, curieux, à réfléchir, à vraiment faire peser le pour et le contre, à entendre l'intégralité des positions et des avis qui peuvent exister sur un sujet. -On va passer au quiz de "La politique et moi" à présent.
Donc le principe, je vous explique. Je vous propose un début de phrase et vous allez devoir compléter, donner la suite. J'ai fini par couper mes cheveux car... -Parce que je rentrais à la fac. -Ah, c'est ça qui vous a...
C'est pas la politique ? -Non. -Au début, au Front national, vous aviez encore les cheveux mis longs, il y a eu une phase intermédiaire. -Oui.
A un moment donné, je me suis dit : "Est-ce que je les laisserais repousser ?" Et finalement, je me suis dit que ça ne faisait pas très sérieux. Je n'ai rien contre les aux cheveux longs, j'en croise beaucoup en concerts.
Mais c'était vraiment...
Je passais de ma ville dans l'Essonne à la fac, au coeur de la capitale de Paris, et je me suis dit : "Vu qu'il va y avoir un changement dans ma vie, autant le faire maintenant, ça fait un moment que j'y pensais. -Entre Aristote, Rousseau ou Spinoza, je choisis... -Aristote.
Parce que les trois sont des philosophes que vous appréciez particulièrement ? -Que j'ai plus lu que les autres, pour le coup. Mais chez Aristote, il y a une idée particulière que j'aime beaucoup.
C'est celle de la pluralité des opinions, c'est vraiment les principes même de la démocratie. Il y a, chez Aristote, les fondements du fonctionnement démocratique et surtout, il y a quelque chose qui me fascine, c'est que ça a beau dater de siècles et de siècles entiers, toutes les questions et les problématiques qui sont posées par Aristote subsistent et on n'a toujours pas les réponses. Et je trouve ça vraiment fascinant. -Vous avez arrêté vos études pour la politique quand vous êtes devenu, alors pas président du FNJ, mais directeur national.
Ca crée une frustration chez vous de ne pas être allé au bout de ces études de philosophie ? -Je ne sais pas. Je n'ai pas forcément tendance à faire cet exercice d'introspection.
Peut-être qu'un psy vous dirait que c'était une grande erreur, d'ailleurs. Mais non, je pense qu'en fait, les choses se sont présentées comme telles. Et aujourd'hui, je ne regrette pas mess choix.
Ca ne m'empêche pas de lire des ouvrages philosophiques. -Enfin, au moins avec Georges Marchais... -Ah... -Vous avez un petit faible pour lui.
J'ai lu ça. -Je ne suis pas son plus grand spécialiste mais au moins avec lui, il y avait encore des communistes qui se respectaient. Ce sera le mot de la fin.
Merci à vous d'être venu dans "La politique et moi". -Merci beaucoup. Générique de fin
Gaëtan Dussausaye