Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux États-Unis et en Israël : "L'incohérence de Trump" et "l'arrogance" de Téhéran sont les deux obstacles pour la paix
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:51OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on est complètement impuissant aujourd'hui ?
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Ça veut dire que des soldats français pourraient rester au Liban dans les années à venir ?
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Est-ce que c'est ce matin encore dans ce bras de mer que tout se joue ?
- 4:21OuverteRéponse directe
Ce statu quo dont vous parlez, il peut durer combien de temps encore ?
- 5:14OuverteRéponse directe
Après tous les ultimatums fixés par Donald Trump, ce changement de ton, c'est déjà une victoire pour Téhéran ?
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C'est plus facile de savoir ce qui se passe aujourd'hui à Washington que ce qui se passe à Téhéran. Qui décide aujourd'hui en Iran ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:56Invité politiqueFait
« la diplomatie française n'est pas sur la touche, elle est exclue par Israël, ce qui est quand même différent. »
- 1:46Invité politiqueFait
« Nous avons à Beyrouth, avec le Président de la République et ce Premier ministre, je dirais les autorités libanaises les plus attachées à une gouvernance honnête et également à désarmer le Hezbollah pour en faire un parti politique. »
- 2:26Invité politiqueFait
« Non, je ne pense pas que d'un contingent français reste au Liban sans mandat des Nations Unies. »
- 3:27Invité politiqueFait
« Oui, mais tout se joue d'une certaine manière plutôt entre Téhéran et Washington. »
- 3:35Invité politiqueFait
« il faut qu'il y ait d'un côté un vainqueur et de l'autre un vaincu. Que le premier domine sa victoire et que le second accepte sa défaite. »
- 3:51Invité politiqueFait
« Les Américains ont gagné tactiquement, ils dominent le ciel iranien, ils peuvent bombarder où ils veulent et quand ils veulent. »
- 4:00Invité politiqueFait
« les Iraniens ont gagné stratégiquement par la domination du détroit d'Hormuz qui peut mettre à genoux l'économie mondiale. »
- 4:27Invité politiqueFait
« de manière paradoxale, le blocus américain, en réalité, il sert les intérêts des Iraniens. »
- 4:51Invité politiqueChiffre
« Il a des élections dans six mois. »
- 5:32Invité politiqueFait
« Trump, en réalité, est dans une impasse. »
- 5:50Invité politiqueFait
« ils savent, ils espèrent que Donald Trump soit le premier à s'écraser, à fléchir. »
- 6:07Invité politiqueFait
« on ne peut pas imaginer dans une guerre que l'Iran céderait sur les droits d'Hormuz et que les Etats-Unis ne céderaient pas sur leur blocus. »
- 8:50Invité politiqueFait
« pour le moment, c'est évident que les Iraniens pensent qu'ils ont le bon bout, si j'ose dire, que la prise en otage de l'économie mondiale est une stratégie qui marche. »
Temps de parole
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Céline Landreau, RTL Matin. RTL Matin, 7h42. La France honore aujourd'hui le sergent-chef Florian Montorio, tué dans une embuscade au Liban, samedi. Embuscade attribuée au Hezbollah, ce que le mouvement pro-iranien dément et qui a aussi coûté la vie. On l'a appris hier au caporal-chef Anissé Girardin. Tous deux étaient engagés au sein des forces de la finule, la mission des Nations Unies au Liban. Bonjour Gérard Haro.
Bonjour.
Et merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis et en Israël, auteur de Leçon de diplomatie, La France face au monde qui vient chez Taillandier. Ses morts nous rappellent s'il le fallait, à quel point les cessez-le-feux sont fragiles en Iran, on va y revenir, mais aussi au Liban, et pour lesquels la France a été écartée des négociations qui doivent reprendre aujourd'hui à Washington. Écartée à la demande express d'Israël, nos soldats tombent, la diplomatie française est mise sur la touche. Est-ce qu'on est complètement impuissant aujourd'hui ?
D'abord, la diplomatie française n'est pas sur la touche, elle est exclue par Israël, ce qui est quand même différent. Vous savez, ce n'est pas surprenant, les Israéliens mettent sur la touche non seulement les Français, mais de toute façon les Européens. J'ai été ambassadeur en Israël, et j'ai conclu très rapidement que les Israéliens n'acceptaient que les Américains comme médiateurs, parce qu'au fond, ils sont sûrs des Américains, alors que les Européens ont une approche plus équilibrée. Donc, je ne suis pas surpris de ce point de vue-là.
En ce qui concerne notre place au Liban, je vous rappelle qu'hier, ou même peut-être aujourd'hui encore, le Premier ministre iranien, libanais, que je connais très bien, parce qu'il était ambassadeur avec moi aux Nations Unies, était à Paris, Nawaf Salam, était à Paris.
Il a rencontré Emmanuel Macron mardi, effectivement.
Et il a rencontré le Président de la République. Nous avons à Beyrouth, avec le Président de la République et ce Premier ministre, je dirais les autorités libanaises les plus attachées à une gouvernance honnête et également à désarmer le Hezbollah pour en faire un parti politique. Elle mérite donc, ces autorités, tout notre soutien.
À l'occasion de cette rencontre que vous évoquiez avec le Premier ministre libanais, Emmanuel Macron, a rappelé que la France n'avait pas l'intention de se désengager au Liban, qu'on était prêt à rester, même sur place, une fois que les forces de l'ONU, la Finule, seraient parties. On rappelle que leur mandat arrive à échéance à la fin de l'année. Ça veut dire que des soldats français pourraient rester au Liban dans les années à venir ? C'est ce qu'il faut comprendre ?
Non, je ne pense pas que d'un contingent français reste au Liban sans mandat des Nations Unies. Ce serait, je dirais, extrêmement dangereux parce que vous êtes sûr que toutes les forces de la région les prendraient comme cibles, mais nous devons apporter notre soutien au gouvernement libanais et notamment auprès des Nations Unies, auprès de l'Union Européenne. Nous pouvons aussi apporter notre soutien à l'armée libanaise en termes d'entraînement, mais aussi en termes d'armement. La solution au Liban viendra des Libanais.
Ce conflit au Liban, il est aussi collatéral de la guerre déclarée par les Etats-Unis et Israël à l'Iran il y a près de deux mois maintenant. Alors, le cessez-le-feu a été prolongé unilatéralement par Donald Trump, mais les Etats-Unis maintiennent le blocus des ports iraniens. C'est le point de crispation majeur le détroit d'Hormuz. Hier, le président du Parlement iranien a exclu toute réouverture du détroit tant que les Américains bloqueront les ports. Est-ce que c'est ce matin encore dans ce bras de mer que tout se joue ?
Oui, mais tout se joue d'une certaine manière plutôt entre Téhéran et Washington. Vous savez, pour négocier à la fin d'une guerre, il faut qu'il y ait d'un côté un vainqueur et de l'autre un vaincu. Que le premier domine sa victoire et que le second accepte sa défaite. Nous sommes dans une situation paradoxale où les deux ennemis pensent qu'ils ont gagné la guerre. Et d'une certaine manière, ils l'ont. Les Américains ont gagné tactiquement, ils dominent le ciel iranien, ils peuvent bombarder où ils veulent et quand ils veulent. Mais de l'autre côté, les Iraniens ont gagné stratégiquement par la domination du détroit d'Hormuz qui peut mettre à genoux l'économie mondiale.
Et donc, ces deux pensent qu'ils ont le temps et ils pensent qu'ils vont l'emporter. Donc, ils ne sont pas prêts à faire des concessions.
Mais moi, je pense aux auditeurs qui nous écoutent ce matin et qui subissent aussi cette guerre en voyant le prix du pétrole flambé. Ce statu quo dont vous parlez, il peut durer combien de temps encore ?
C'est évidemment la question. Parce que vous savez, de manière paradoxale, le blocus américain, en réalité, il sert les intérêts des Iraniens. Parce que plus vous fermez le détroit d'Hormuz, moins le pétrole en sort et ainsi que les autres produits, engrais, hélium, etc. et plus l'économie mondiale souffre et plus Trump est soumis évidemment à la pression de son opinion publique. Il a des élections dans six mois. Et au fond, c'est ça le bras de fer, c'est qui va céder le premier et les Iraniens sont convaincus que l'acceptation de la souffrance, de leur acceptation de la souffrance est beaucoup plus forte et beaucoup plus longue que celle de Donald Trump.
Nous sommes les otages, l'économie mondiale est aujourd'hui les otages de ce conflit absurde.
Hier soir, Washington a assuré qu'il n'y avait pas de date limite pour recevoir une proposition de l'Iran en vue d'un accord de paix. Après tous les ultimatums qui ont été fixés par Donald Trump, après les menaces de renvoyer l'Iran à l'âge de pierre, ce changement de ton, c'est déjà une victoire pour Téhéran ?
Évidemment. Trump, en réalité, est dans une impasse. Les Iraniens, vous savez, une parenthèse, les Iraniens connaissent très bien les Etats-Unis. J'ai négocié avec des Iraniens en face de moi, j'avais quand même pas mal de PhD d'université américaine. Ils connaissent les Etats-Unis, ils ont analysé Donald Trump et donc, ils savent, ils espèrent que Donald Trump soit le premier à s'écraser, à fléchir. Et ils en donnent la preuve en refusant de négocier, en posant des conditions pour négocier. Mais il faut dire, quand même, on ne peut pas imaginer dans une guerre que l'Iran céderait sur les droits d'Hormuz et que les Etats-Unis ne céderaient pas sur leur blocus.
Une négociation, c'est donnant-donnant.
Vous parliez de Donald Trump assez difficile à suivre dans ces déclarations qui se suivent et qui se contredisent. Parfois, la presse américaine raconte comment l'état-major américain cherche aujourd'hui à l'évincer de certaines réunions stratégiques trop impulsives, trop impatients. C'est ça la clé pouvoir décider sans Donald Trump ?
Oui, mais le problème c'est qu'en négocier pour une négociation, ça devient très difficile. Vous savez, parce qu'il est capable de faire des déclarations à l'emporte-pièce. Or, s'il y a un élément très important dans toute négociation, mais en particulier avec une négociation avec l'Iran, c'est de ne pas, je dirais, insulter l'autre. Et Trump disant que, par exemple, l'Iran capitule publiquement, que l'Iran accepte toutes les conditions américaines, ça provoque inévitablement un raidissement à Téhéran, d'autant que le pouvoir iranien est un pouvoir divisé, puisqu'ils ont eu la bonne idée de tuer le guide suprême qui était l'arbitre entre les différentes forces iraniennes.
Alors justement, on commente beaucoup les attermoiements de Donald Trump. C'est plus facile de savoir ce qui se passe aujourd'hui à Washington que ce qui se passe à Téhéran. Qui décide aujourd'hui en Iran ?
C'est un peu le problème. Vous savez, face à la négociation, si on me disait quels sont les deux obstacles à la négociation, je dirais d'un côté, c'est évidemment l'incohérence de Donald Trump, mais de l'autre, il y a le risque du côté iranien que, comme pour parler un petit peu de cartes, de jeux de cartes, qu'ils surjouent leurs cartes. C'est-à-dire que les Iraniens, je les connais bien, ils ont une certaine arrogance quasiment française et ils ont tendance à peut-être à considérer qu'ils sont trop forts actuellement. Ils sont convaincus d'avoir gagné la guerre, les Iraniens. Et donc, ils peuvent demander trop.
Et donc, c'est un peu le problème, d'autant plus qu'à Téhéran, en général, l'arbitre, c'était le guide suprême. Et là, il n'y a plus de guide suprême. Il est dans un état...
Tabar Amenei, depuis qu'il a été
potentiellement nommé
à la suite du décès de son père, Ali Ramenei.
Voilà, il est, pour être un peu brutal, il n'est pas fonctionnel à l'heure actuelle. Et donc, il y a des luttes et vous avez, à l'évidence, très fort, vous avez les gardiens de la révolution qui sont les plus radicaux par rapport aux clergés ou par rapport aux bureaucrates ou par rapport aux militaires. Et donc, toute décision atterrante doit être l'objet d'un arbitrage assez difficile.
Et la ligne, pour l'instant, c'est tenir coûte que coûte en espérant que Donald Trump fléchisse ?
Alors ça, pour le moment, c'est évident que les Iraniens pensent qu'ils ont le bon bout, si j'ose dire, que la prise en otage de l'économie mondiale est une stratégie qui marche et je pense qu'elle est en train de marcher. Ils sont persuadés qu'ils ont le temps pour eux. Ils sont prêts à recevoir encore des bombes. Ils sont prêts à souffrir et ils pensent...
À faire souffrir leur peuple aussi.
À faire souffrir leur peuple. Parfaitement indifférent. Vous avez raison de le souligner. Et ils pensent qu'à la fin, Trump va... Vous savez, aux Etats-Unis, on l'appelle taco. Vous savez, dans les initiales qui veulent dire qu'il se dégonfle toujours. Et donc, il y a quand même ces élections américaines dans six mois. Les midterms, les élections législatives avec des sondages qui sont absolument désastreux pour Donald Trump et les Iraniens lisent évidemment les sondages américains.
Merci beaucoup, Gérard Harrault. ancien ambassadeur de France en Israël aux Etats-Unis. On a parlé au début de cet entretien des deux soldats morts au Liban. On n'oublie pas non plus le major Arnaud Frion tué mi-mars en Irak dans une attaque attribuée à un groupe pro-iranien au début de cette guerre et derrière ces soldats, il y a des familles. À 8h15, Marc-Olivier Fogiel reçoit ce matin Jean-Marie Bockel, l'ancien ministre qui a perdu son fils, Pierre-Emmanuel, en 2019 lors d'une opération au Mali. et puis, je me suis dit,
je me suis dit, je me suis dit, je me suis dit,