[SOCIETE] Bruno Clavier, psychanalyste transgénérationnel #CCVB
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:53InvitéFait
« C'est long parce que du coup vous analysez toute la famille, tout l'environnement familial, toute l'histoire. »
- 4:45InvitéFait
« Eh bien, beaucoup de femmes, parce que c'est assez féminin, vont hériter des histoires d'amour de leurs ancêtres, mais sans le savoir. »
Temps de parole
- Invité66 %
- Présentateur32 %
- Locuteur 13 %
≈ 1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Bruno Clavier, merci d'être avec nous. Vous êtes l'auteur d'un livre intitulé Les fantômes familiaux. Ces fantômes familiaux, c'est sans doute ça, ce sont ces gestes inconscients qu'on reproduit et qui sont inscrits en quelque sorte, non pas dans notre ADN, mais dans nos comportements.
C'est-à-dire que les fantômes familiaux, ce sont des traces, des mémoires, c'est les mémoires de nos ancêtres, c'est leurs émotions que nous portons en nous et qui sont souvent inconscientes et qui nous font faire des choses qui nous échappent. Donc c'est vraiment des émotions parasites en fait, et on va les voir dans des comportements de répétition, et en particulier quand, moi je suis psychanalyste en fait, et psychologue, et quand on fait une psychanalyse ou une thérapie, et puis que ça résiste, qu'on fait toujours les mêmes choses malgré le fait qu'on en parle et tout ça, et bien ça peut être de cet ordre-là.
C'est une façon d'expliquer au fond qu'il y ait certains blocages.
Voilà, c'est ça. Surtout quand ça résiste à des choses qu'on ne comprend pas et que malgré tout on le fait. Alors dans ce cas-là, c'est que ça n'appartient pas à la personne, mais que ça appartient à un de ses ancêtres, ça peut être ses parents, ses grands-parents, ses arrière-grands-parents.
Est-ce que vous avez des exemples concrets où vous vous êtes rendu compte qu'il y avait des répétitions ? On a lu ici ou là que par exemple il y avait des accidents, alors ça c'est des factuels, c'est pas des traumatismes psychologiques, mais c'est un accident de voiture se reproduisait au même âge.
Oui, c'est ça. Et en plus, il y a ce qu'on appelle des dates anniversaires, c'est-à-dire que c'est les mêmes âges, même date, ou vous avez la même chose avec les mêmes prénoms. Quand vous portez le prénom de quelqu'un qui a eu un mauvais passé, ça peut influencer sur votre passé. Donc on a des tas d'exemples comme ça de répétitions assez surprenant.
Et vous, vous avez été confronté à ce genre d'exemple, évidemment ?
Ah bah oui, parce que j'en reçois beaucoup et j'en reçois beaucoup d'enfants, notamment c'est très intéressant avec les enfants. Parce que j'ai des tas de cas d'enfants qui portent donc des choses qu'ils ignorent et quand ils apprennent les histoires de leur famille, ils guérissent. C'est comme ça que ça marche.
Alors par exemple, est-ce que vous avez eu un enfant que vous avez traité qui avait un problème et vous avez pu déceler que c'était un problème transgénérationnel ?
Ah oui, j'en ai beaucoup, j'ai presque ça. Mais pour vous donner un exemple, là c'est un petit détail parce que c'est pas un symptôme très lourd, mais c'est un enfant qui parlait comme ça et il vivait toujours comme ça avec sa main. Voilà, comme ça, puis il avait une toute petite voix, puis c'est un enfant de 5 ans et il était toujours comme ça, il avait cette espèce de manie. Et quand il apprit que sa grand-mère s'était pendue, il arrêtait. Alors c'est un peu tragique ce que je vous raconte, c'est comment ça va pas bien. Oui, non mais c'est intéressant.
C'est comme un fardeau inconscient qu'on porte sur nos épaules. Vous, comme psychanalyste, vous n'arrivez pas à trouver la solution, mais en étudiant la généalogie de votre patient, finalement vous trouvez la clé pour ouvrir la porte.
Oui, exactement. Alors c'est une étude, il faut, ça prend du temps.
C'est long parce que du coup vous analysez toute la famille, tout l'environnement familial, toute l'histoire.
Oui, il y a un savoir-faire pour savoir à peu près où aller. C'est-à-dire que je vois, suivant ce qui se passe, je parle pour les enfants par exemple.
Oui, on se demande quels outils vous utilisez justement pour remonter ces traumatismes de nos ancêtres.
Quand c'est les enfants, c'est facile, ça se voit dans les dessins, dans les jeux, dans les symptômes ou dans la façon dont ils font des symptômes, des tics, les tocs, les obsessions, vous savez, et puis les phobies.
Mais c'est d'autant plus intéressant à cet âge-là, qu'évidemment c'est inconscient. Et eux ne connaissent pas l'histoire de leur famille.
En tout cas, ça se transmet. J'ai des choses très étonnantes. J'ai des enfants qui me dessinent même des visages d'ancêtres qui n'ont pas connu ou qui vont avoir des caractéristiques. Qui transmet des peurs à nos enfants en plus. Donc on peut transmettre des non-dits, des choses.
C'est pour ça que le poids des secrets de famille, c'est un peu ça. Alors il n'y a pas que les secrets. Il n'y a pas que les secrets.
Il y a majoritairement des lourds secrets, mais des fois ce n'est pas des secrets, mais c'est des choses qu'il faut simplement leur expliquer, leur dire.
Et le fait de le dire et de l'expliquer, est-ce que ça résout le problème ? Pour les enfants, oui. Pour les enfants, oui. C'est immédiat.
Oui, oui, vraiment. Il faut qu'ils puissent savoir. Mais les parents ont peur, souvent ils disent que ça va les traumatiser ou des choses comme ça, alors que ça les libère.
Et vous dites que donc c'est des problèmes familiaux aussi. Vous traitez l'enfant, est-ce que tout de suite, automatiquement, vous allez vouloir traiter les parents parce qu'ils doivent porter le même fardeau ?
Oui, mais à partir du moment où les enfants vont savoir, les parents reprennent leur histoire et c'est leur histoire. Et pour les adultes, c'est la même chose. Sauf que les adultes, c'est plus long, mais même la connaissance par les adultes guérit.
On dit que par exemple, le fait que dans notre arbre généalogique, il y a eu un enfant mort, ou par exemple, il y a eu un enfant non désiré, ou un enfant de l'amour, comme on disait autrefois, c'est-à-dire hors des liens du mariage, ça se lit, vous arrivez à le déceler ?
Tout à fait, on le voit et on le voit, ce qui est très drôle, c'est qu'on va le voir dans les générations d'aujourd'hui, alors que ce n'est pas du tout les mêmes problématiques. Par exemple, il y a ce que j'appelle le fantôme de Prince Charmant. Eh bien, beaucoup de femmes, parce que c'est assez féminin, vont hériter des histoires d'amour de leurs ancêtres, mais sans le savoir.
Ah oui, donc on le voit sur le tableau.
Alors là, c'est une femme avec qui j'avais travaillé, Francine, elle était mariée avec un Bertrand, mais elle était amoureuse à son travail d'un Julien, qui ne voulait pas d'elle. Donc elle était... Amour impossible. Amour impossible. Et puis, on va travailler ensemble pendant des mois et des mois, et il n'y a rien à faire. Elle est amoureuse, ça ne marche pas, mais elle est amoureuse. Et je lui ai dit, allez demander à votre mère, elle a peut-être quelque chose qu'elle ne vous a pas dit. Et puis elle demande à sa mère, et puis sa mère lui dit, quand elle était petite, je vais te dire mon secret. Et là, ce qui était intéressant, c'est que son mari et son père avaient le même prénom.
Et sa mère lui a dit, je vais te dire, j'avais un amant quand tu étais petite, tu avais 4 ans, il s'appelait Julien, mais j'ai arrêté pour préserver la famille. Et donc, elle ne l'avait jamais su, parce que c'était un secret total. Et elle avait... Vous voyez ce qui est intéressant, c'est de retrouver... Elle est tombée amoureuse d'un Julien, mais avec le même... Mais ce qui est horrible, c'est qu'il y a eu un enfant mort, alors je l'ai dit qu'il s'appelait Bertrand. Ce qu'on allait vous dire, c'est que le Bertrand, lui, on voyait qu'il était responsable des choix amoureux. C'est-à-dire que sûrement que Noémie, qui était la grand-mère, avait été très triste de perdre ce garçon.
Et du coup, les filles, c'est comme si elles se sentaient obligées d'épouser des Bertrand.
D'épouser un Bertrand contre leur soeur. J'ai deux dernières questions. Une, comment on peut faire, quand on est parent, par exemple, pour éviter de transmettre à son enfant des choses qui nous viennent de notre passé ? Parce qu'on peut prendre le problème dans le sens inverse. Vous, vous résolvez les problèmes, mais on peut peut-être éviter de transmettre les problèmes.
Alors, pour éviter les enfants, moi, j'ai tendance à leur dire, de leur dire la vérité, puisqu'ils savent tout. Les enfants savent tout, mais ils ne savent pas ce qu'ils savent. Mais ils savent tout. Si vous avez grand-père qui meurt, il faut lui dire. Il ne faut pas lui cacher, parce qu'il le sait d'une certaine façon. Maintenant, si c'est des secrets trop lourds, des choses trop lourdes, je conseille aux parents d'aller voir un psy, de débriefer ça avec le psy, et après d'aller le raconter à leur enfant. Mais pas de leur dire directement aux enfants, parce que ça les agresse un peu. Mais on n'est pas tous malades de nos ancêtres.
Ah non, ce que je veux dire, c'est qu'en majorité, on est héritier de leur vertu. Sinon, on ne serait pas là, quoi. De leur courage, de leur fierté, de tout ça. Mais moi, je ne m'occupe que de ce qui ne va pas, quoi. D'accord.
En tout cas, merci. C'est passionnant. De toute façon, la psychogynologie, c'est vraiment un univers de recherche scientifique vraiment intéressant. Je renvoie à la lecture de votre livre, Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, petite bibliothèque Fayot. Merci beaucoup.