Interview d'Emmanuel Macron | France 3 et France Bleu Poitou
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 20 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse partielle
Vous avez choisi votre Premier ministre ?
- 0:45OuverteRéponse directe
Le profil sera plutôt un homme ou une femme ?
- 1:15OuverteRéponse directe
On ne connaîtra pas vos candidats législatifs d'ici le 2nd tour ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Marine Le Pen est arrivée en tête dans 19 000 communes. Vous dans 7 000. Qu'avez-vous à dire à la France rurale ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Comment préserver les services publics en zone rurale ?
- 5:30OuverteRéponse directe
Les régions issues de la loi NOTRe ne sont-elles pas devenues trop grandes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Emmanuel MacronFait
« Nous irons au bout de cette recomposition politique entre une droite réactionnaire qui veut sortir de l'Europe et de l'euro, qui veut le repli de la France sur ses frontières nationales. »
- 4:00Emmanuel MacronPromesse
« Je doublerai les maisons pluridisciplinaires de santé qui permettent d'attirer des professionnels et d'avoir une offre de soins là où 30% de nos départements n'ont plus de continuité des soins. »
- 4:30Emmanuel MacronPromesse
« Il n'y aura plus de fermeture d'écoles dans le monde rural, dans les 5 ans qui viennent. »
- 10:30Emmanuel MacronChiffre
« On dégagera l'équivalent de 60 milliards d'économies par an. »
- 12:00Emmanuel MacronChiffre
« Je rémunère les services environnementaux à hauteur de 200 millions d'euros. »
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Bonjour à tous. Bonjour Emmanuel Macron. Bonjour.
Vous êtes l'invité ce matin de France 3 et France Bleu pour 20 minutes d'entretien, comme l'était hier Marine Le Pen et à mes côtés Delphine Garneau, rédactrice en chef de France Bleu Poitou. Bonjour Emmanuel Macron. Nicolas Dupont-Aignan a apporté son soutien à Marine Le Pen hier et dans la foulée, elle a dit qu'elle avait choisi son Premier ministre.
Vous aussi, vous avez choisi votre Premier ministre ? J'ai évidemment en tête des profils, des personnes, mais le temps viendra. Le temps est d'abord celui du deuxième tour de cette élection présidentielle.
Mais ce qui s'est passé hier de ce côté de l'échiquier politique, c'est une clarification, c'est une recomposition politique qui est en cours. Je le dis depuis dimanche soir, nous irons au bout de cette recomposition politique entre une droite réactionnaire qui veut sortir de l'Europe et de l'euro, qui veut le repli de la France sur ses frontières nationales et qui, à mes yeux, porte un projet d'affaiblissement du pays. Et de l'autre côté, un bloc progressiste, celui que je porte, avec des femmes et des hommes de la société civile, mais aussi venant de la gauche, du centre et de la droite sociale pro-européenne, du gaullisme, et qui ont vocation aujourd'hui à travailler ensemble.
Et enfin, un bloc protestataire sur l'aile gauche qui ne se retrouve dans aucune de ses offres. La vie politique française a tourné une page dimanche soir et nous irons au bout de cette refondation. Et le profil, c'est plutôt un homme ou plutôt une femme ?
Le profil, c'est plutôt quelqu'un de compétent, avec l'autorité qui permettra de diriger un gouvernement ramassé, d'une quinzaine de membres paritaires et qui aura apporté des réformes essentielles pour le pays, mais qui sont difficiles à construire. Et on ne connaîtra pas non plus le nom de vos candidats législatifs d'ici le deuxième tour ? Je n'exclus pas d'en révéler à nouveau.
Beaucoup ? Quand ? Ou la totalité ?
Pas la totalité, parce que cela doit se terminer après le deuxième tour de la présidentielle. Mais la Commission nationale d'investiture a quasiment achevé son travail. Et donc maintenant, c'est une question d'opportunité, mais nous sommes prêts à présenter 577 candidats aux législatives pour reconstruire justement en totalité cette majorité présidentielle.
Emmanuel Macron, on va parler territoire, ruralité ce matin sur France Bleu et France 3. Marine Le Pen est arrivée en tête dans 19 000 communes. Vous, vous êtes arrivée en tête dans 7 000 communes.
Vous apparaissez comme le candidat des villes. Qu'est-ce que vous voulez dire à cette France rurale qui a finalement laissé un message de souffrance ? Alors d'abord, il n'y a pas deux Frances.
Je refuse, moi, en quelque sorte cette analyse. Il y a une France. La clé, c'est de réconcilier justement ces territoires et de donner la même capacité aux territoires les plus ruraux de réussir comme les autres.
Donc d'abord, moi, je les incite à regarder la réalité des projets. La ruralité, elle a besoin d'une France ouverte et d'une France conquérante. Je le dis avec beaucoup de force.
Nous étions hier à Montréal avec Jean-Pierre Raffarin. On a vu un projet de gastronomie, une école qui va s'ouvrir, qui est un projet qui va créer 300 emplois. Il n'existe que parce qu'on a un chef qui rayonne à l'international et parce qu'il a pu attirer des capitaux chinois.
La France ouverte. Notre agriculture, elle a besoin de l'Europe et de l'ouverture. Dans toutes nos régions, les exploitants agricoles, ils produisent pour exporter.
Quand vous êtes dans l'ouest de la France, que vous êtes producteur de lait, 40% de ce que vous produisez va à l'export de manière directe ou en étant transformé. Si vous fermez la France, vous perdez ces marchés-là. L'Europe, c'est ce qui nous protège.
C'est ce qui permet à travers la politique agricole commune de répondre justement à des déséquilibres. Le problème a été la réforme de 2008 qui a enlevé des protections. Je veux les remettre.
Donc, je veux que tout le monde prenne conscience du fait que le projet de Mme Le Pen n'est pas un projet pour la ruralité. Il peut répondre à une colère, mais il n'y apporte pas de solution. Moi, je veux apporter des solutions concrètes à la ruralité.
D'abord, par le déploiement partout de la fibre et de la 3G, 4G. Il n'y a pas de réussite dans la ruralité si on n'accède pas au numérique. Mais comment vous contraignez les opérateurs de téléphonie mobile à aller là où ils n'ont pas envie d'aller ?
Parce qu'il n'y a pas de rentabilité. En zone intermédiaire, les zones urbaines, ils y vont. Les zones intermédiaires, il y a les contrats qu'on appelle AMI.
Ils sont en train d'y aller. Je leur donne 18 mois pour finir le travail. Dans toutes les zones ensuite non denses et qui ne sont pas toujours rentables, ils interviennent à travers ce qu'on appelle des réseaux d'initiatives publiques.
Je leur donnerai 18 mois pour terminer ces déploiements, qu'il s'agisse de la fibre ou de la 3G, 4G. Si à l'issue de ces 18 mois, ils n'ont pas pris leurs responsabilités, l'État se substituera à eux pour le faire dans le cadre du plan d'investissement que j'ai décidé. Emmanuel Macron, invité de France Bleu et France 3 depuis Poitiers.
Comment préserver les services publics en zone rurale ? Vous annoncez le non-remplacement de 120 000 fonctionnaires. Alors, ça n'a rien à voir avec justement la préservation des services publics.
Je vais y revenir. Moi, je l'ai dit, je veux qu'on augmente encore le nombre de maisons de services au public qui permettent, dans les villages, les centres-bourgs, de maintenir les services publics en les regroupant dans une maison commune, en utilisant d'ailleurs ce que permet de faire Internet et en regroupant les effectifs pour maintenir une présence. Ensuite, je l'ai dit, il faut, sur plusieurs services publics, décider d'un moratoire, en particulier les écoles.
Il n'y aura plus de fermeture d'écoles dans le monde rural, dans les 5 ans qui viennent, parce que la ruralité en a besoin pour réattirer, réenclencher son attractivité, ce qu'elle est en train de faire. On peut les regrouper. On peut faire des regroupements, mais il n'y aura plus de fermeture.
Parce que ça s'inquiète aussi, les gens, même les regroupements. Mais il n'y aura pas de fermeture de classe. C'est ça qui est très important, parce que quand un regroupement se traduit par une fermeture, c'est un problème, c'est ce qui inquiète, c'est ce qui pénalise une commune.
Et puis le troisième point en matière de santé, je doublerai les maisons pluridisciplinaires de santé qui permettent d'attirer des professionnels et d'avoir une offre de soins là où 30% de nos départements n'ont plus de continuité des soins. Pour faire tout cela, on peut, en même temps, moderniser notre action publique. Je l'ai dit, dans les cinq ans qui viennent, 500 000 fonctionnaires d'État, de la sphère sociale et des collectivités publiques partiront à la retraite.
Moi, je dis compte tenu de la modernisation, compte tenu des gains qu'on doit faire en termes d'efficacité collective, en faisant mieux, parfois avec moins, on peut ne pas renouveler 120 000. 120 000 sur 500 000. En faisant quoi ?
En investissant, en particulier, là aussi, dans les services numériques, la réorganisation. Vous pouvez dégager énormément de postes en investissant dans, justement, les services en ligne, ce que les services de l'État ont trop peu fait. Certains l'ont bien fait, d'autres moins bien.
Et aussi, en regroupant, en créant de l'efficacité. Moi, je suis très attaché au maillage de notre territoire par nos communes, nos intercommunalités, nos départements et nos régions. Simplement, dans les zones les plus urbaines, on a décidé de créer des métropoles.
Ces métropoles, aujourd'hui, elles doivent pouvoir, dans quelques dizaines de cas, se regrouper avec les départements, et en particulier en région parisienne. Je prends un exemple. Les Bouches-du-Rhône.
Le département a une vingtaine de communes hors de la métropole ex-Marseille. Est-ce que ça a encore du sens de maintenir un département des Bouches-du-Rhône avec la métropole ? Mais on ne touche pas, par exemple, à la Charente.
On ne touche pas aux Deux-Sèvres, à ces départements. Je l'ai dit, je suis un Girondin pragmatique. Ça va vous parler dans la région ?
Donc, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que la France, ça n'est pas un bloc homogène. C'est un peuple, un pays indivisible, mais il n'est pas homogène.
Et donc, dans le Grand Paris, je suis pour supprimer les départements. Lorsqu'il y a des grosses métropoles, comme ça a été fait, par exemple, entre le Rhône et Lyon...
Qu'est-ce qu'il y a comme autre département ? Ce seront les départements et les métropoles qui le décideront. Mais les grandes métropoles ont vocation.
Lille, Lyon, on est en train de le faire. Marseille, Toulouse, d'évidence, ces métropoles ont vocation à absorber le département, ses compétences. Vous gagnez à ce moment-là en efficacité et vous permettez de dégager des effectifs.
De la même façon, quand les communes le souhaitent, moi, je ne souhaite pas forcer les communes à se regrouper. Mais quand elles le souhaitent, elles peuvent gagner énormément d'efficacité en mutualisant des services et en décidant, à quelques communes, d'avoir des services communs. Donc, on peut vouloir la qualité du service public, la proximité, en étant collectivement responsable.
Et là aussi, je vous le dis, regardez les projets. Mme Le Pen, elle vous propose de raser gratis. Elle remet la retraite à 60 ans pour tout le monde.
Elle vous propose d'augmenter les postes de fonctionnaires. Elle baissera les impôts. Ça n'existe pas.
C'est un projet aberrant et donc dangereux. Parce que ça veut dire que derrière, soit il y a des impôts cachés, soit il y a une dette qui va exploser. Ce seront les impôts pour nos enfants.
Elle ne permet pas de construire le pays. Donc, je vous le dis très clairement, le projet que je porte, il est cohérent. Il suppose une prise de responsabilité.
Enfin, toutes celles et ceux qui nous écoutent aujourd'hui le savent. On ne fait rien sans prendre ses responsabilités, sans conduire une action concertée, mais qui est aussi conquérante. Parce que moi, je crois que notre ruralité, elle a tout pour réussir.
Emmanuel Macron, il est bientôt 8h20 sur France 3 et France Bleu. Est-ce que les régions issues de la loi NOTRe ne sont pas devenues trop grandes ? La Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est.
Est-ce que le maillage territorial, imaginé par François Hollande, vous convient aujourd'hui ? Je ne l'aurais pas fait comme ça. Maintenant, je n'ai pas envie de perdre du temps à le redéfaire.
Les grandes régions sont là. Il faut les faire vivre. Il faut maintenant les aider à se développer.
Il y a des exécutifs qui ont été élus, qui travaillent. Moi, je veux qu'on avance. Je suis un pragmatique.
En dessous de ces régions, il y a des départements, il y a des métropoles, il y a des communes et des intercommunalités. Tout cela doit pouvoir exister. Si on redétricote tout, si on supprime les régions, tout bonnement et simplement, comme propose Mme Le Pen, quelle sera la conséquence ?
Une paralysie pendant un an, deux ans, trois ans de nos territoires, nous n'en avons pas besoin. Et derrière, surtout, une recentralisation, parce qu'il faut bien voir ce que ça veut dire. Supprimer les régions pour avoir 100 départements, ça veut dire que les départements n'assumeront pas les compétences des régions en développement économique, en infrastructures de transport, en rayonnement.
Ça veut dire que c'est Paris qui le reprend. Je ne suis pas favorable à ce qu'on décide partout en France depuis Paris. Et les régions sont à cet égard importantes.
On va parler des communes également. L'une de vos mesures phares, c'est d'exonérer 80% des Français de la taxe d'habitation. Et c'est la principale ressource des communes.
N'allez-vous pas les impauvrir ? Ça, c'est une inquiétude des élus. Non, parce que c'est l'État qui paiera cette taxe.
Je fais ça pour les classes moyennes...
Un engagement pérenne ? Et les classes populaires françaises. Oui, et je vous explique comment.
C'est l'impôt le plus injuste, socialement et territorialement. Si vous gagnez une fois le SMIC ou cinq fois le SMIC pour le même appartement, vous allez payer la même taxe d'habitation. Et c'est un impôt qui est injuste territorialement parce qu'il est trois à quatre fois supérieur, ça peut être même beaucoup plus haut, dans une ville moyenne de province par rapport à une grande métropole, dont Paris.
Oui, mais c'est un tiers des ressources des communes. Mais donc ça, je vous dis, cet impôt, c'est celui qu'il faut supprimer en priorité par rapport à l'impôt sur le revenu. Il est très injuste.
Et c'est la double peine pour les classes moyennes. Je veux dire qu'un couple qui ne peut pas vivre dans la métropole et qui y travaille, il va avoir une heure, une heure et demie, deux heures de trajet. Et sa taxe d'habitation va être supérieure à celui plus aisé qui peut se loger en centre-ville.
Donc je le supprime pour 80%. Ça représente 10 milliards d'euros. Comment je les finance ?
Sur les économies que je dégage. Précisément parce que j'ai une politique responsable, comme on en parlait tout à l'heure, pour la fonction publique. Et donc, à horizon 2022, on va progressivement faire des économies.
On dégagera l'équivalent de 60 milliards d'économies par an. Mais l'État a toujours promis de compenser et il le fait rarement. Il le fait, simplement, c'est la dynamique qui ne suit pas et donc je vais le garantir.
J'utilise 10 milliards de ces 60 milliards d'économies pour supprimer cette taxe d'habitation. Et tous les six mois, il y aura une évaluation indépendante faite par la Cour des comptes, soumise à cette conférence des territoires que je crée autour du Premier ministre, qui examinera la réalité de la compensation par l'État et qui, surtout, va permettre de suivre l'évolution des bases. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Quand vous êtes une commune et que vous accueillez de nouveaux habitants, il faut aussi vous compenser la taxe d'habitation de ces nouveaux habitants qui viennent chez vous. Mais mon souhait, dans la durée, c'est qu'on modernise notre fiscalité locale. Il est important que les communes gardent leur autonomie fiscale, mais elles doivent le faire sur un impôt plus intelligent que la taxe d'habitation.
On va parler d'agriculture parce que la ruralité, c'est aussi le monde agricole. C'est peut-être d'abord le monde agricole. Quand il parle d'Europe, on sait que vous êtes européen, souvent le monde agricole voit des contraintes, de la concurrence, des subventions bien sûr aussi, mais d'abord des contraintes et de la concurrence.
Comment on concilie une Europe libérale et une agriculture française protégée et soutenue ? Je veux d'abord avoir un mot pour la viticulture et l'arboriculture. Ces derniers jours, ces dernières semaines, partout en France, nous avons des exploitants agricoles dans ces secteurs qui ont été durement frappés par les aléas climatiques, en particulier le gel, et qui ont pour certains perdu jusqu'à 80-90% de leur récolte.
Et je veux leur dire que si je suis élu, l'État sera là et prendra ses responsabilités pour évidemment les aider à passer ce moment difficile. Ensuite, l'agriculture française, elle a besoin d'Europe, mais en effet d'une Europe plus intelligente et plus pragmatique. C'est si vrai qu'hier, la FNSEA, le principal syndicat des exploitants agricoles, a pris ses responsabilités avec beaucoup de courage en combattant le projet du Front National et en appelant à défendre le projet européen.
Et donc, nous avons des décisions à prendre au niveau français pour les agriculteurs. Je l'ai dit, je veux qu'ils vivent du prix payé dignement et donc qu'on revoie les filières et que lorsqu'on demande à des agriculteurs, à des exploitants, de vendre leur production à perte pour pouvoir justifier des prix payés par la grande distribution, ça n'est plus soutenable. Mais comment vous contraignez ?
Parce qu'on a bien vu quand même dans le débat récent sur les prix qu'on n'arrive pas à contraindre aujourd'hui la grande distribution. Parce qu'on a ce qu'on appelle la loi de modernisation de l'économie qui a imposé des règles. Dès le début du quinquennat, je mettrai en place des états généraux de l'alimentation où toutes les parties prenantes seront autour de la table.
Je demanderai que chaque filière signe un contrat qui garantisse que le prix payé soit cohérent par rapport au prix de production. S'il ne l'est pas, je suspendrai l'application pour cette filière de la loi de modernisation de l'économie. Et j'inciterai les producteurs à s'organiser en organisation de producteurs pour pouvoir peser dans cette négociation.
Ensuite, je mets en place, dès le début du quinquennat, un plan d'investissement agricole. 5 milliards d'euros pour aider les agriculteurs à moderniser leurs exploitations et à aller de l'avant pour pouvoir justement repartir vers une production soit en circuit court, soit plus écologique, soit plus moderne qui leur permettra de dégager plus de marge. Je rémunère les services environnementaux à hauteur de 200 millions d'euros.
Et j'ouvre une nouvelle négociation de la PAC, la politique agricole commune, qui permet de répondre aux nouveaux défis. Et que doit-on négocier dans cette PAC 2020 ? Les mécanismes de garantie qui permettent, lorsqu'il y a justement une grande volatilité des prix, un marché mondial qui s'effondre, comme on l'a connu sur le lait, ou plus récemment sur la viande, et bien d'apporter des garanties aux exploitants pendant 6 mois, 1 an, 1 an et demi, pour éviter qu'ils ne tombent en effet dans la faillite.
C'est une Europe concrète dont on a besoin, mais cette Europe, elle protège. Ensuite, j'ai été très clair quand j'ai été justement voir les agriculteurs, et j'y retournerai tout à l'heure, je supprimerai dès le début du quinquennat toutes les surtranspositions qui ont été faites en matière agricole, entre autres. C'est un peu technique, là, pour nos éditeurs et nos téléspectateurs.
C'est très important, parce que je peux vous dire, un agriculteur le sait. On décide de règles communes en Europe. On appelle ça des directives.
Lorsqu'on les transpose en France, on rajoute encore d'autres règles, ce qui fait qu'on pénalise un agriculteur français par rapport à un espagnol, un italien ou un allemand. Je supprimerai ce qu'on a rajouté, et je garantirai qu'on applique la règle européenne de la même façon partout. Aujourd'hui, on empêche certains agriculteurs d'utiliser des produits phytosanitaires.
Les mêmes producteurs, je pense la fraise, la carotte, la cerise, le même producteur en Espagne et en Italie, il a une dérogation, la règle européenne ne s'applique pas pareil. Ils deviennent fous, à juste titre. Donc, pas trop de règles et la même application partout en Europe.
France Bleu et France 3, excusez-moi de vous interrompre, mais je vois l'heure qui tourne. Invité de France Bleu et France 3 depuis Poitiers. Alors, on va parler transport, on va changer complètement de registre.
Les bus Macron, les bus qui portent votre nom, apparaissent comme une concurrence déloyale aux trains express régionaux. C'est faux pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'ils se sont massivement développés dans des endroits où il n'y avait plus de TER, où il n'y avait plus de liaison.
Et parfois, il y en avait comment ? Je vous défie, avant que cette réouverture soit faite, de rejoindre Lyon à Bordeaux, où tous les points intermédiaires dans cet axe transversal, il n'y avait pas de TER. Donc, on a ouvert un secteur, celui des cars, qui s'est massivement développé.
On est passé de 100 000 voyageurs par an avant la réforme à aujourd'hui plus de 4 millions. Vous imaginez ? Donc, on a créé de la mobilité.
Et il y a plus d'un million de personnes, ça a été prouvé par une étude indépendante il y a quelques mois, qui ne se déplaçaient pas et qui se déplacent grâce à ces cars, pour la famille, pour la culture, pour le loisir, pour le travail. On a ensuite remplacé surtout massivement du déplacement par voiture ou covoiturage. C'est donc beaucoup plus écologique et beaucoup plus économique.
Sur la concurrence faite au train, une règle a été mise dans la loi. Elle est garantie par un régulateur indépendant qui s'appelle l'art à faire. Dès qu'il y a une demande d'autorisation sur une ligne qui concurrence un train express régional qui a été aidé par la région, eh bien, il y a une autorisation qui doit être demandée.
Si cette concurrence est jugée déloyale, la ligne n'est pas ouverte. Il y a eu plusieurs dizaines de cas où cette autorité a interdit l'ouverture de la ligne d'autocar. Emmanuel Macron, sur la grande vitesse, dans votre programme, aujourd'hui, on semble lire que vous n'avez pas très envie de continuer à investir sur la grande vitesse.
On va inaugurer bientôt Paris-Rennes, Paris-Bordeaux. Est-ce qu'avec vous, il n'y aura pas de nouvelles lignes à grande vitesse en France ? La priorité sur le ferroviaire et la grande vitesse, c'est l'investissement dans les équipements courants.
Il est faux de dire qu'en France, on va pouvoir développer du TGV partout. Donc pas de Bordeaux-Toulouse ? Non, non, ça, c'est faux.
Sur celui-ci, je me suis même exprimé clairement pour dire qu'il fera partie, puisqu'il est engagé. Les grands projets engagés, il faut aller au bout. Mais il ne faut pas en annoncer de nouveau de manière irresponsable.
On a un vrai besoin sur le ferroviaire, qui est l'investissement dans les infrastructures existantes. Je ne rappellerai pas les drames que nous avons vécu ces dernières années en raison de la vétusté du réseau. Et donc, on doit d'abord investir pour que les rails soient justement à la pointe et pour que la totalité de l'équipement de la SNCF soit à la pointe.
Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui. Ensuite, sur le déploiement de nouvelles infrastructures de transport, il faut raisonner, comme on dit, de manière multimodale, c'est-à-dire regarder tous les moyens de transport, le ferroviaire, l'aérien de proximité, le routier, que ce soit autoroute, deux fois deux voies nationales, et les mobilités intra-urbaines. Ce qui veut dire que dès le début du quinquennat, là aussi, j'ai pris un engagement clair, on mettra en place, après concertation, une trajectoire sur cinq ans, en définissant, dès le premier semestre de mon quinquennat, si je suis élu, les priorités en termes d'infrastructures de transport.
C'est ce que j'appelle l'accès au territoire. Il faut favoriser l'accès au territoire. Quand vous êtes dans un petit village, parfois aujourd'hui dans une sous-préfecture, votre problème d'accès n'est pas d'avoir un autoroute ou n'est pas d'avoir forcément un TGV à 50 ou 100 km.
C'est d'aller vers la métropole. C'est d'aller vers, exactement, la métropole la plus proche qui va tirer votre territoire, la zone économique qui est pertinente pour vous. Et ça se regarde territoire par territoire, de manière pragmatique, avec les bons investissements faits dans le bon temps, c'est-à-dire le plus vite possible.
Emmanuel Macron, invité de France Bleu et de France 3, ce matin, nous arrivons au terme de cet entretien. Candidat d'En Marche à la présidentielle, merci d'avoir été parmi nous. Cette interview est retransmise sur le réseau France 3 à midi et bien entendu sur les sites et les réseaux sociaux de France Bleu et de France 3.
Je vous souhaite une bonne journée. Merci à vous. Bonne journée.
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Emmanuel Macron