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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 18 novembre 2025 38 minContradictoireMixteÉconomie & entreprisesNumérique

Intelligence artificielle : quels bouleversements pour demain ? : IA : une bulle spéculative peut-elle exploser ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 12 %Attaque 4 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 34:53PrésentateurFait
    « si une bulle éclatait tout de même qui paierait aujourd'hui les pots cassés de cette affaire »

Temps de parole

  • Invité43 %
  • Invité 230 %
  • Présentateur21 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Présentateur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait. Ces derniers mois, acteurs privés et publics ont massivement investi dans l'IA. Selon le cabinet Gartner, à travers le monde, les dépenses dans l'IA devraient atteindre environ 1 500 milliards de dollars cette année. Plus de 2 000 milliards en 2026, soit près de 2% du PIB mondial. Résultat, une augmentation rapide des prix des actions et des valorisations boursières. Pourtant, beaucoup d'effleurons internationaux dans ce domaine peinent à être rentables. Et de plus en plus d'acteurs craignent ainsi la formation, puis l'éclatement d'une bulle spéculative. Alors, ces inquiétudes sont-elles justifiées ?

On peut considérer, peut-on considérer ces investissements dans l'IA comme raisonnables, crédibles ? Est-il censé de comparer la situation actuelle à celle de la bulle Internet dans les années 2000 ? Deux invités ce soir enjoués par leur sujet, Julien Pillot. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes économiste et enseignant-chercheur à l'INSEC Business School. Face à vous, Benjamin Pajot. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes chercheur associé au Centre Géopolitique des Technologies de l'IFRI. Merci à vous deux d'être présents ce soir dans Question du Soir. AI, babou. AI, babou. AI, babou. La bulle de l'IA. La bulle dans l'IA.

1:26
Invité

La bulle de l'IA. C'est une sorte de bulle technologique. Les bonnes idées comme les mauvaises sont financées. Et les investisseurs ont du mal à distinguer les bonnes idées des mauvaises. C'est probablement ce qui se passe aujourd'hui. Vous avez un niveau de spéculation qui est extrêmement élevé aujourd'hui. Vous avez des dépenses d'investissement qui sont extrêmement élevées et qui vont finir par avoir un impact dans la vraie vie.

1:49
Présentateur

La vague actuelle d'investissement dans les technologies fait écho au boom de la fin des années 90.

1:59
Invité

A l'époque, c'était Internet. Aujourd'hui, c'est l'IA. Nous sommes évidemment face à une bulle spéculative géante.

2:10
Présentateur

Alors, je voudrais vous parler d'un homme pour commencer. Il s'appelle Michael Burry. Michael Burry, on sait que Wall Street aime bien les mythes et les grands récits. C'est l'homme qui avait prédit en 2008 la crise des subprimes, à peu près avant tout le monde. Et cet homme-là prédit une nouvelle chute, un nouveau krach boursier dans le domaine de l'intelligence artificielle. Il vient de miser plus d'un milliard de dollars sur l'effondrement des actions de deux mastodontes du secteur, Palantir et Nvidia. Est-ce qu'à votre avis, Julien Pillot, cet homme-là, Michael Burry, a raison ?

2:45
Invité

Est-ce qu'il a raison ? Il a intérêt à avoir raison puisqu'il est jugé parti dans l'affaire, puisqu'il mise sur la décroissance ou le dégonflement des valorisations des boîtes que vous venez de citer, Quentin. Il n'en demeure pas moins que Michael Burry, sur les dernières années, pour ne pas dire sur la dernière décennie, a fait plus de mauvais paris que de bons paris. D'accord ? Donc sa parole peut être remise en doute. Il ne s'agit pas de remettre en doute en question ses capacités analytiques, mais peut-être plus sa capacité à pouvoir être clairvoyant sur le court et le moyen terme.

Et la question qu'il pose en filigrane, c'est finalement, est-ce que ces valorisations sont arrivées à un tel niveau qu'elles ne peuvent plus que redescendre ? Et si oui, jusqu'à quel niveau peuvent-elles redescendre ? Donc la question, c'est la question de la bulle. Et une bulle, c'est quoi ? C'est finalement quelque chose qui se forme lorsque beaucoup d'investisseurs ont les mêmes anticipations de valorisation autour d'une industrie particulière. Aujourd'hui, on parle de l'IA. et on vienne à pouvoir mettre de plus en plus d'argent dans les entreprises qui se positionnent comme étant les pionnières de cette industrie.

Aujourd'hui, des entreprises comme Palantir, comme CarWave, ou comme Microsoft, Amazon, ou Google par exemple,

4:00
Présentateur

ou OpenHike avec JGPT. Voilà pour la définition de la bulle, mais alors vous n'échapperez pas, Julien Piau, à cette question-là. Votre analyse personnelle, est-ce qu'on est dans un moment de formation de cette bulle dans le domaine de l'intelligence artificielle ?

4:15
Invité

Il y a des valorisations effectivement qui ont pu gonfler de façon extrêmement rapide et probablement de façon trop rapide au regard de la capacité des entreprises à générer du résultat dans l'économie réelle. Là, il y a une vraie déconnexion, mais quelque part, ce n'est pas tout à fait anormal parce que les marchés d'innovation, et c'est ce qu'est finalement l'intelligence artificielle, sont des marchés qui s'intéressent davantage à la capacité des entreprises à lever des fonds plutôt que les capacités à très court terme d'entreprise à faire des bénéfices sonnants et très bouchons. À être rentable. À être rentable. La question du dégonflement de la bulle va se poser.

Il y aura probablement des mécanismes de correction parce que les investisseurs aiment bien prendre de temps en temps des profits. Ils voient que les actions se sont appréciées et c'est le moment d'en vendre une partie. Et en vendant une partie des actions, ça leur permet, eux, de prendre des profits et ça contribue au décrochage du cours de bourse. C'est quelque chose d'assez évident et assez naturel, en fait.

L'éclatement de la bulle voudrait dire qu'un grand nombre d'investisseurs qui ont mis beaucoup, beaucoup d'argent dans les entreprises d'intelligence artificielle feraient tous, de façon mimétique, le pari selon lequel ces valorisations sont beaucoup trop hautes et donc il faut être parmi les premiers à vendre pour pouvoir, quelque part, rentrer dans ces investissements et en ayant ce mimétisme au niveau du désinvestissement, on crée les conditions de l'éclatement d'une bulle. Donc il faut regarder qui sont les investisseurs.

Et quand on regarde la nature et l'identité de ces investisseurs, on se rend compte que ce scénario est quand même peu probable parce que ce qui change fondamentalement avec l'éclatement de bulles technologiques comme on a pu le voir, par exemple, au début des années 2000, c'est que les investisseurs aujourd'hui sont un peu jugés partis. Les entreprises de l'intelligence artificielle sont les premiers investisseurs dans l'industrie de l'intelligence artificielle. Elles ne font pas appel tant que ça à des capitaux extérieurs en fait.

Elles font surtout appel à leurs fonds propres parce qu'elles croient mordicus que dans leur capacité à pouvoir prendre des positions dominantes dans l'intelligence artificielle, en fait ça leur généra beaucoup de profit demain, après-demain et après-après-demain. Donc ces entreprises-là sont non seulement jugées partis, elles investissent beaucoup sur leurs fonds propres et elles prennent des participations dans des entreprises que l'on présente un petit peu trop rapidement comme étant des concurrentes alors qu'en vérité, elles forment ensemble, collectivement, un espèce de club de l'IA.

Et ce club de l'IA, ils se tiennent tous un petit peu par la barbichette et personne n'a intérêt de faire autre chose que de voir la valorisation de ce club-là augmenter.

6:42
Présentateur

Alors vous avez dit énormément de choses en peu de temps, on va illustrer, décortiquer, tenter de comprendre ce raisonnement, mais avant cela, votre analyse Benjamin Pajot, est-ce qu'il y a ou non une bulle en formation, une bulle qui pourrait un jour éclater dans le domaine de l'intelligence artificielle ?

6:59
Invité

Je vais commencer par dire que je ne suis pas économiste et donc tout ce que je dis évidemment est à prendre avec des pincettes. Moi je viens des sciences politiques et de l'histoire, ça ne m'empêche pas de lire des économistes et à mon sens, il n'y a effectivement, plutôt qu'une seule bulle spéculative, trois bulles sous-jacentes qui sont en formation.

Et Julien l'a dit, c'est pas pour autant qu'elles vont éclater, c'est pas pour autant qu'elles éclateraient toutes en même temps, ça, ça peut très bien se dégonfler, il y aura effectivement des mécanismes de correction qui viendront lisser ça probablement dans le temps, parce que comme ça a été rappelé, il n'y a pas d'intérêt de ces acteurs-là, pour l'instant, à jouer les uns contre les autres, on est face à une oligarchie. Mais trois bulles dans la bulle, moi je vois effectivement la bulle spéculative dont on parle, avec cette survalorisation probablement d'acteurs dont la rentabilité, pour l'instant, n'est absolument pas garantie.

Il n'y a qu'à regarder les prévisions d'Open&I pour s'en convaincre, pas de rentabilité estimée avant 2030, et chaque année, cet horizon recule. Même chose chez Anthropik qui arrive pourtant à dégager davantage de marge sur ses produits, et donc c'est à peu près le cas sur la majorité des grandes entreprises de l'IA aujourd'hui. Donc bulle spéculative, bulle infrastructurelle, parce qu'aujourd'hui, en réalité, ces entreprises se sont lancées dans une course à la construction d'immenses centres de données à travers la planète, et particulièrement aux Etats-Unis. Et ces infrastructures ont une durée de vie limitée.

Notamment parce que les matériels sur lesquels elles sont assises, les puces en particulier, ont des durées de vie limitées par rapport au cycle d'innovation. Et donc on a des acteurs qui sont en train d'investir à coups de dizaines, voire centaines de milliards de dollars, c'est des montants mais qui sont gigantesques et dont on peine à saisir réellement la qualité, qui sont en train d'investir dans des infrastructures qui seront peut-être obsolètes avant que le cycle de rentabilité de leur technologie ne soit atteint.

8:40
Présentateur

Sur cette bulle-là, la deuxième que vous êtes en train de dessiner, quelle est la durée de vie d'un centre de données que l'on se représente là aussi très concrètement les choses ? Est-ce qu'on le sait déjà ?

8:50
Invité

Alors c'est très difficile à estimer. Pour ce qui est de la durée de vie des puces, on estime qu'au regard des cycles d'innovation, ça peut être très court, de 6 mois à 3 ans, ça dépend de quoi on parle. La vraie question par rapport à ces centres de données, c'est qu'ils sont hyper spécialisés. Ils sont construits dans une optique de développer de l'intelligence artificielle, ce qui n'est pas la même chose que de rendre des services de cloud comme peuvent le faire par ailleurs ces acteurs et sur lesquels était basée la majorité de leur croissance jusqu'alors.

Donc la question qui demeure derrière ça, c'est en cas d'éclatement d'une bulle par défaut de capacité à rentabiliser les produits de ces entreprises, que faire de ces infrastructures ? Est-ce qu'ils seront en capacité de les réaménager, de les redéployer pour d'autres services ? Et ça, on n'en a pas la moindre idée à l'heure actuelle, mais ça paraît peu probable selon les analystes spécialisés de la question. Et une troisième bulle ? Et voilà. Et troisième bulle, alors là, c'est un avis plus personnel, il me semble que de cette troisième bulle, j'aurais peut-être dû commencer par là, découle les deux autres, c'est une bulle réputationnelle.

Il y a énormément de battage médiatique, énormément de marketing autour de ce que peut l'intelligence artificielle, qui n'est d'ailleurs pas une technologie en soi. On parle toujours d'intelligence artificielle comme un sujet englobant. En réalité, il y a des intelligences artificielles, il y a différentes technologies derrière tout ça. Et celle qui prend le plus de place aujourd'hui, c'est l'intelligence artificielle générative, celle qu'on connaît à travers les chats GPT et qu'on sort. Et donc, une bulle réputationnelle, dans la mesure où, en fait, on est face à des discours dominants de la part de ces grands acteurs pour nous expliquer que l'IA va tout changer.

Et que l'IA va pouvoir résoudre, peu ou prou, la plupart des plus grands problèmes auxquels on sera confrontés au cours du 21e siècle. Et c'est là qu'à mon avis risque d'abord d'être dévoilée une supercherie.

10:29
Présentateur

Alors commençons par cette dernière bulle, Julien Piot, quand on parle de la réputation de l'intelligence artificielle. Si l'on compare cette réputation avec ce que l'on disait au sujet de ces nouvelles technologies il y a 6 mois, 1 an, 1 an et demi, c'est vrai que la réputation de l'IA aujourd'hui est un petit peu ternie. Est-ce qu'il y a alors un risque que cela se traduise économiquement, non pas par une bulle, mais en tout cas par des investissements moins massifs ou par des acteurs qui se retireraient de ce secteur pour récupérer leurs capitaux ?

11:01
Invité

C'est une question qui mérite qu'on s'y attarde un petit peu parce que... Alors allons-y. Parce que là tu as mis le point sur quelque chose qui est vraiment très important. L'erreur peut-être originelle, c'est d'avoir fait un lien un peu trop systématique entre l'intelligence artificielle et l'intelligence artificielle générative. Et notamment l'intelligence artificielle générative qui repose sur ce qu'on appelle les LLM, c'est l'âge language model, les modèles de langage large.

11:30
Présentateur

Que le grand public connaît à travers ChatGPT par exemple.

11:32
Invité

Exactement, ou GROC ou d'autres IAG de ce type-là, intelligence artificielle générative. Or ces intelligences artificielles génératives, effectivement, sont souvent portées par des pure players, des acteurs spécialisés de ce type de modèle de langage et captent beaucoup d'attention et donc aussi beaucoup d'investissement. Or peut-être que ces types d'intelligence artificielle-là sont à moyen terme les moins bien armés pour prendre des positions dominantes sur les marchés et surtout des positions dominantes rentables sur les marchés.

Parce que les marchés auront peut-être moins besoin d'intelligence artificielle générative que d'intelligence artificielle applicative pour pouvoir résoudre des problèmes complexes que seule la machine peut résoudre de façon performative et avec un niveau de productivité suffisant pour que ce soit rentable d'acheter ces technologies-là pour les redéployer.

12:31
Présentateur

Est-ce que, je me permets de vous couper pour tenter de comprendre moi aussi pas à pas, est-ce que ce que vous décrivez là c'est lié à l'idée également qu'en matière d'IA générative, on sent que les modèles s'essouffent, qu'ils ne parviennent pas à absorber autant de données neuves que la régénérescence du modèle le nécessiterait et que par conséquent ils sont peut-être de moins en moins performants également ?

12:53
Invité

C'est même pire que ça, c'est-à-dire qu'ils ont des besoins de nouvelles données qui dépassent la capacité de l'espèce humaine à en produire sur une année complète. Et donc ce faisant, ces intelligences artificielles s'entraînent sur des données synthétiques. C'est quoi une donnée synthétique ? C'est une donnée qui est la combinaison d'autres données, une combinaison originale réalisée par la machine elle-même en autonomie et il n'y a pas de mécanisme de contrôle pour savoir si cette donnée synthétique est de qualité ou au contraire est de mauvaise qualité.

Ce qui veut dire qu'il n'est pas impossible qu'aujourd'hui les intelligences artificielles génératives s'entraînent sur des données de mauvaise qualité et puissent à la sortie donner des résultats qui sont de plus en plus éloignés de celui qu'on est en droit d'attendre. Mais encore une fois, le focus sur l'IAG, à mon sens, nous occulte la partie la plus intéressante de l'intelligence artificielle, c'est la partie applicative.

C'est l'intelligence artificielle qui va permettre, lorsqu'elle sera déployée dans le domaine de la santé, de pouvoir faire de la santé prédictive, de pouvoir compléter des analyses médicales humaines par des analyses automatiques qui permettront peut-être de prévenir des maladies de façon beaucoup plus efficiente. C'est l'intelligence artificielle qui, appliquée dans le secteur du transport, va permettre de pouvoir faire de l'autonomisation à très grande échelle de la conduite, etc. Et ces intelligences artificielles-là, on en parle beaucoup moins, et pourtant elles ont un potentiel de marché qui est largement supérieur, à mon sens, que les intelligences artificielles génératives.

Et le point intéressant que tu as soulevé, c'est qu'effectivement, derrière les investissements qu'il y a aujourd'hui, et peut-être une certaine partie d'entre eux sont-ils spéculatifs, il y a néanmoins la recherche fondamentale et la recherche appliquée qui en bénéficient à plein et leur ressortira forcément quelque chose.

14:40
Présentateur

Benjamin Pajot, est-ce que la réputation en général de l'intelligence artificielle est effectivement ternie par cet IA génératif qui capte et les investissements et l'attention médiatique notamment ?

14:53
Invité

Je ne sais pas si elle est ternie, quand on regarde effectivement la hauteur des montants qui sont investis, la croissance des usagers, semaine après semaine, je ne pense pas qu'elle soit ternie. En réalité, on est encore dans l'attente de savoir ce que ces technologies d'IA génératives vont permettre d'accomplir pour l'humanité, et c'est peut-être là que se situe le cœur du problème.

Moi j'ai envie de prendre des fois la question à l'envers, c'est-à-dire que je souscris évidemment à tout ce qui a été dit jusqu'ici sur la différenciation à faire entre l'IA générative et le reste de ces technologies qui sont pour le coup un potentiel extrêmement intéressant au regard de ce qu'elles peuvent apporter à l'humanité. Mais j'ai envie de prendre la question à l'envers, c'est-à-dire que quand on regarde aujourd'hui les montants qui sont investis, les montagnes d'argent qui sont brûlées derrière les trois bulles que j'ai essayé de présenter, on peut légitimement se poser la question de qu'aurait-on pu faire de cet argent à la place ?

Et c'est la question qu'on ne pose jamais, c'est-à-dire que qu'aurait-on pu faire à la place de développer l'intelligence artificielle générative ? Quand on regarde aujourd'hui le marché de la construction aux Etats-Unis, 80% du marché de la construction est dédié à la construction des data centers à un moment où évidemment la limite climatique est en passe d'être largement atteinte à tous les niveaux et où on aurait terriblement besoin de ce secteur-là par exemple pour agir pour l'isolation des bâtiments et pour être en capacité de créer une société de demain du bâti qui réponde à l'urgence écologique.

16:23
Présentateur

Vous avez décrit l'un et l'autre une chose extrêmement importante, notamment cette idée selon laquelle les investissements dans le secteur de l'intelligence artificielle circuleraient en vase clos. Alors il faut nous expliquer justement quel est ce paysage, Julien Pillot, et quel est aussi le lien entre, j'allais dire, cette capacité du secteur à garder pour soi ses investissements et le risque de bulles qui pèsent sur lui-même.

16:51
Invité

Alors c'est pas facile à décrire comme ça, ce serait plus simple si j'avais un tableau de cours pour pouvoir expliquer ça de façon très schématique, mais lorsqu'on scrute en fait les investissements, lorsqu'on scrute les flux, lorsqu'on scrute les prises de participation, ou tout simplement les flux commerciaux, qui est client de qui, qui est fournisseur de qui, on se rend compte que ces grandes entreprises, qu'elles s'appellent Nvidia, qu'elles s'appellent Microsoft, qu'elles s'appellent OpenAI, qu'elles s'appellent Palantir, qu'elles s'appellent CoreWaves et d'autres, finalement sont toutes connectées d'une manière ou d'une autre, soit parce qu'il y a des prises de participation, soit parce qu'on sent fournisseurs et clientes les unes des autres, soit parce qu'elles ont carrément, pourquoi pas, fait des stratégies d'intégration horizontale de la filière ou verticale de celle-ci.

Vous disiez, elles se tiennent toutes par la barbichette. Elles se tiennent un peu toutes par la barbichette parce que, finalement, elles sont toutes solidairement liées par un destin commun. Il faut que l'intelligence artificielle passe. Alors, est-ce que ça...

17:50
Présentateur

Prenez un exemple concret. Si l'on prend Nvidia, par exemple, Nvidia qui est le mastodonte des puces qui permet notamment d'armer les calculateurs et les data centers aujourd'hui ? Eh bien, Nvidia est un fournisseur d'entreprises

18:04
Invité

comme Alphabet, par exemple, enfin Google, comme Amazon ou comme Microsoft qui sont des fournisseurs d'infrastructures cloud dans lesquels on va évidemment stocker des données et entraîner les algorithmes d'intelligence artificielle dessus. Ça va être une entreprise aussi qui va prendre des participations chez Intel qui fait des microprocesseurs. Bref, on voit beaucoup de ramifications de ce type-là qui font que ces entreprises-là, finalement, elles sont toutes interconnectées entre elles. et elles ont tout ce destin commun de dire il faut que ça passe. Il faut que ça passe.

Et peut-être que ce qu'ils pourraient faire, effectivement, capoter leur dessin collectif, c'est un élément de preuve qui pourrait peut-être venir de Chine qui consisterait à dire et vous avez vu, nous, on est capable de faire des intelligences artificielles, qu'elles soient génératives ou applicatives, qui sont quasiment aussi performantes que les vôtres, voire plus performantes que les vôtres, avec beaucoup moins de ressources financières, technologiques, et avec une facture énergétique inférieure. Si cet élément de preuve venait à venir, là, effectivement, les investisseurs pourraient commencer à prendre peur et se dire on nous a fait prendre des vessies pour des lanternes.

19:09
Présentateur

Mais je reste un instant, pardonnez-moi, sur ce précaré fermé dans lequel investissent ces entreprises américaines, notamment de l'intelligence artificielle. Est-ce que cela fait poser un risque plus fort de bulle ou bien parce que toutes et tous tiennent entre eux, alors ce risque-là s'éloigne légèrement ? Eh bien, il y a deux écoles.

19:27
Invité

Il y a une première école qui consiste à dire que ça les affaiblit parce que si un domino tombe, il peut entraîner les autres dominos dans sa chute de tous. Exactement. Moi, je fais plutôt partie de la deuxième école qui consiste à dire que pour l'instant, ces entreprises qui ont toutes la même volonté, qui ont toutes la même stratégie, le même objectif commun, finalement, ne peuvent pas faire autre chose que réussir et donc vont se soutenir mutuellement les unes les autres. Benjamin Pajot, de quelle école êtes-vous ? Je vais prendre évidemment l'autre pour alimenter le débat. Non, mais simplement pour dire qu'effectivement, il y a un risque alors parce qu'ils se tiennent tous.

Il me semble qu'il y a aujourd'hui un risque. Chacun est tour à tour, donc fournisseur, partenaire, acheteur, client et effectivement, la théorie des dominos, même si elle est à cette heure, si encore improbable, n'est pas totalement à exclure. On a également un sujet sur le fait qu'aujourd'hui, ces entreprises ont recours massivement à l'endettement. C'est-à-dire que jusqu'ici, il y avait beaucoup d'autofinancement en capitaux propres, en fonds propres ou en levées de fonds.

Aujourd'hui, il semblerait quand même qu'il y ait des véhicules de financement qui soient relativement opaques et qui impliquent à la fois des grandes banques, des grands fonds d'investissement qui n'ont pas intérêt effectivement à perdre l'ensemble des montants qui sont placés dans ces entreprises. Et donc, on sent une fébrilité du côté des investisseurs et du côté du secteur bancaire sur la capacité des acteurs qu'on mentionnait tout à l'heure de l'IA générative à offrir un réel débouché par rapport au montant investi.

20:56
Présentateur

Tous les acteurs s'endettent aujourd'hui parce qu'on a longtemps dit dans l'intelligence artificielle qu'on investit sur fonds propres, largement sur fonds propres, c'est uniquement du capital. Est-ce que là, la prise de risque est véritable et partagée, j'allais dire, par ces acteurs ?

21:08
Invité

Alors, elle n'est pas totalement partagée. Un acteur comme Nvidia aujourd'hui a assez peu recours à l'endettement. C'est l'acteur qui est au centre du jeu. C'est l'acteur probablement le plus stable à horizon moyen-long terme, d'autant plus qu'il existait par ailleurs avant de faire de l'intelligence artificielle, même si avec évidemment une croissance bien moindre que celle qu'il connaît aujourd'hui. Mais d'autres acteurs comme Meta, par exemple, comme Google, comme Amazon, ont recours massivement à l'endettement et à des endettements à des taux relativement élevés. C'est de 6 à 10% aujourd'hui sur certains projets.

Ce qui représente à terme des plafonds de remboursement extrêmement importants et dans le cas où on ferait face à l'éclatement d'une bulle encore une fois liée aux capacités de ces acteurs à éprouver leur modèle et à les rentabiliser, se pose quand même la question de qui va payer in fine en cas de pépins.

22:01
Présentateur

Et on va y venir évidemment à cette question majeure mais avant cela la voix du PDG de la multinationale Nvidia. On a cessé d'en parler au cours de cet entretien. Il s'exprimait le 16 juillet dernier. Aujourd'hui,

22:17
Invité

l'IA est une infrastructure fondamentale comme l'étaient auparavant l'électricité et l'Internet. L'IA révolutionne la chaîne d'approvisionnement changeant la façon dont nous construisons et déplaçons les choses.

22:29
Présentateur

Ce sont des mondes virtuels qui travaillent

22:30
Invité

en toute sécurité aux côtés des personnes dans le monde physique. D'ici dix ans, les usines seront alimentées par des logiciels et l'IA orchestrant des équipes de robots travaillant aux côtés des personnes construisant des produits intelligents également pilotés

22:46
Présentateur

par l'IA.

22:48
Invité

L'IA sera au cœur de chaque industrie, de chaque entreprise, de chaque produit et de chaque service.

22:54
Présentateur

Je voudrais qu'on revienne Julien Pio sur cette place assez fascinante dans le paysage de l'intelligence artificielle d'NVIDIA. Comment l'expliquez-vous ? Comment se fait-il que cette entreprise ait réussi à se placer à ce point et si rapidement au centre du jeu ?

23:10
Invité

Déjà, NVIDIA a un historique assez important. C'est une entreprise qui est spécialisée dans les cartes graphiques que l'on peut mettre dans les systèmes de jeu que ce soit des PC ou des consoles. Ces cartes graphiques ont cessé de gagner en puissance ces dernières années parce qu'on a eu besoin de recourir à toujours plus d'effets spéciaux dans les films ou des jeux vidéo avec des effets wow toujours plus ébouriffants. Et c'est ces cartes graphiques que NVIDIA mais que d'autres entreprises comme AMD par exemple peuvent éventuellement fournir. Ce sont ces cartes graphiques qui donnent cette capacité de calcul et de puissance.

Ce qu'a réussi à faire NVIDIA c'est de breveter une technologie au milieu des années 2010 qui permet en fait de mettre en parallèle ces cartes graphiques. Ce qui permet en fait de les faire travailler de concert sur des tâches toujours plus complexes en fait complexes qui nécessitent toujours beaucoup plus de puissance de calcul. Et c'est là que les cartes graphiques vont devenir quelque part quelque chose de beaucoup plus important d'une architecture informatique que les microprocesseurs classiques, les CPU tels que Intel par exemple peut les proposer.

Et finalement ces data centers qui sont dédiés à l'entraînement des algorithmes d'intelligence artificielle sont finalement composés quasi essentiellement de plusieurs centaines de milliers de cartes graphiques souvent d'NVIDIA montées en parallèle les unes avec les autres ce qui leur permet d'avoir cette puissance de calcul qui est nécessaire à l'entraînement des algorithmes. Et donc si vous avez besoin de cette puissance de calcul pour pouvoir entraîner vos intelligences officielles dans des data centers qui sont entièrement dédiés à cela vers qui vous tournez-vous ? Vers NVIDIA et aujourd'hui la relation d'NVIDIA est la résultante de ce phénomène en fait.

24:51
Présentateur

Benjamin Pajot comment est-ce que vous l'analysez cette place absolument centrale d'NVIDIA aujourd'hui dans le paysage de l'IA ?

24:57
Invité

De la même manière par le matériel qui reste fondamental aujourd'hui quand on parle de technologie au-delà de l'IA de technologie informatique en général. Ils détiennent

25:05
Présentateur

la matière première

25:06
Invité

en tout cas ils détiennent le produit issu de la matière première et le produit que tout le monde s'arrache jusqu'à présent des Etats-Unis jusqu'en Chine. Il faut bien comprendre que les succès chinois relativement récents notamment il y a eu toute une affaire d'Ipsic en début d'année sont probablement à mettre au crédit du fait que les acteurs chinois du marché ont été en capacité de s'approvisionner en plus NVIDIA en amont des sanctions américaines et en les contournant.

Donc c'est un produit qui aujourd'hui est central dans l'industrie de l'IA au sens large et plus précisément encore dans ce qui touche à l'intelligence artificielle générative qui demande un accès à des ressources démentielles et c'est là où je rejoins ce que je disais sur quoi aurait-on pu faire à la place que de développer ces intelligences-là.

je ne suis pas certain qu'aujourd'hui la priorité doit être mise sur le développement d'outils génératifs qui consomment parce qu'ils produisent de la vidéo de l'image du son et parfois même très souvent du texte alors que précisément l'intelligence artificielle dans son aspect plus large et applicatif peut permettre de résoudre des problèmes bien plus immédiats dans tout un tas d'autres secteurs.

26:14
Présentateur

Vous qui tentez Julien Pillot de nous rassurer depuis le début de cette émission sur la fausse bulle de l'intelligence artificielle qu'est-ce que vous répondez quand même quand Benjamin Pajot explique que le niveau d'endettement des investisseurs dans ce secteur dans ce domaine est de plus en plus important contrairement à ce qu'on observait il y a quelques années encore ?

26:32
Invité

Alors on n'est déjà pas capable de complètement observer le niveau d'endettement de tous les acteurs qui investissent dans ces marchés Il y a quelques informations

26:40
Présentateur

publiques quand même qui fuitent sur Google en Europe et d'autres entreprises aux Etats-Unis

26:43
Invité

Ce qui est évident c'est qu'il y a deux choses à prendre en compte Déjà il y a une hypertrophie des marchés financiers On n'a jamais eu autant de capitaux qui circulent sur les marchés financiers des acteurs comme BlackRock qui gérait en fin 2024 ce sera plus fin 2025 plus de 11 500 milliards d'actifs des acteurs comme BlackRock c'est un fonds d'investissement un très très grand fonds d'investissement C'est la résultante en fait où c'est les marqueurs de marchés financiers qui aujourd'hui disposent de beaucoup de liquidités Et ces marchés financiers évidemment cherchent à panacher le risque Et parmi les actifs sur lesquels ils peuvent investir aujourd'hui il n'y a pas beaucoup d'autres on va dire débouchés que l'intelligence artificielle qui promettent mon ayant un certain niveau de risque des retours sur investissement plus ou moins lointains aussi on va dire attractifs que l'intelligence artificielle le métavers on a vu que ça n'a pas trop fonctionné les crypto-monnaies on voit qu'on est un petit peu sur un espèce de plateau donc il reste quoi ?

Il reste un peu l'intelligence artificielle

27:49
Présentateur

donc ça attire ces capitaux-là Donc vous nous dites qu'on reste au fond dans des décisions strictement rationnelles que les investisseurs font pour panacher minimiser le risque

27:59
Invité

Rationalité individuelle très probablement après la question encore une fois c'est la question de la rationalité collective et là on rentre dans des modèles de décision en théorie des jeux de façon asymétrique et non coopérative qui nous amèneraient très très loin en fait dans la discussion on va essayer d'éviter ça pour les auditeurs mais en revanche le deuxième point c'est effectivement quelle est la structure d'endettement des entreprises en question évidemment lorsque vous êtes Microsoft et vous êtes capable en l'espace de deux ans de mettre 80 milliards d'euros sur la table enfin de dollars sur la table pour acheter Activision Blizzard et deux ans plus tard mettre 125 milliards de dollars sur la table pour prendre des positions dominantes majoritaires chez OpenAI et que chaque année vous faites après impôt 100 milliards de revenus après impôt enfin de bénéfices après impôt la situation est moins inquiétante que pour des pure players des acteurs spécialisés d'intelligence officielle comme Core Wave ou Palantir qui eux n'ont que les promesses de retour sur investissement futur à vendre à leurs clients donc effectivement on revient sur la théorie des dominos tout à l'heure il peut y avoir à un moment donné des dominos qui peuvent trébucher la question est de savoir si ces dominos en trébuchant peuvent entraîner dans leur chute des acteurs aussi forts avec des fondamentaux aussi solides qu'Alphabet Microsoft ou Amazon ça me paraît déjà un peu plus improbable

29:18
Présentateur

vous qui êtes tourné messieurs vers l'avenir je voudrais vous ramener à l'an 2000 l'année d'un crash boursier lié justement aux technologies dites de l'internet

29:28
Invité

14 avril 2000 vendredi noir à Wall Street le Nasdaq l'indice des valeurs technologiques baisse de 9% en une journée les valeurs vedettes du marché sont les plus touchées en un an Yahoo et Amazon.com vont chuter de 80% les cours s'effondrent ça y est ça prête dans les salles de marché c'est la panique aux Etats-Unis comme en Europe des milliers de start-up mettent la clé sous la porte elles laissent sur le carreau leurs salariés et tous les petits épargnants qui avaient cru en elles

30:03
Présentateur

on aimait bien la partie instrumentale de cet extrait de cet extrait sonore qui permettait justement d'apeurer un peu le téléspectateur de l'an 2000 Benjamin Pajot est-ce que la situation pourrait être comparable à ce qu'on a observé en l'an 2000 ou bien la structuration du marché des nouvelles technologies est radicalement différente

30:25
Invité

la structuration est très différente en l'an 2000 c'était essentiellement des start-up des petites boîtes qui ont explosé en profitant de cette bulle au départ autour de ce qu'on a appelé les dot-com les point-com la création de plein d'entreprises qui ont profité de cette vague là et qui effectivement investissaient pour la plupart en fonds propres et se sont écroulés avec leur argent en partie avec leur argent en partie en ayant recours du crédit mais on est vraiment sur quelque chose d'assez différent aujourd'hui on l'a mentionné c'est des acteurs systémiques qui sont au coeur au coeur de cette bulle là et c'est effectivement ce qui plaide pour le fait qu'ils ne vont pas disparaître quoi qu'il arrive quand bien même la bulle éclaterait peut-être qu'effectivement des pure players de type OpenAI même si j'en doute à l'heure actuelle ou d'autres pourraient être plus largement impactés plus largement impactés en réalité ces grands acteurs là devraient s'en sortir au la main d'autant plus que le choix d'investir dans ce secteur est très rationnel et il est porté par la dynamique politique encore aux Etats-Unis le simple fait que Donald Trump en ait fait un projet national et qu'aujourd'hui l'intelligence artificielle représente le principal vecteur de croissance aux Etats-Unis et donc un pari sur lequel l'administration de Trump tout entière est en train de pousser c'est une forme

31:42
Présentateur

d'assurance de garantie pour le secteur tout entier

31:44
Invité

tant que l'administration de Trump sera aux manettes quand bien même elle est imprévisible pour l'instant c'est une garantie extrêmement solide et c'est ce qui explique les montants aujourd'hui faramineux qui sont investis et le fait que la plupart de ces grands acteurs se dégagent de toute responsabilité sociale là où ils avaient encore des discours il y a deux ou trois ans qui étaient fondamentalement différents le simple fait qu'il soit soutenu par Trump et ses affidés fait que c'est une assurance vie de fait à partir du moment où vous êtes la première puissance mondiale

32:11
Présentateur

Julien Pio sur cette comparaison avec le crash boursier du début du siècle comment vous l'analysez ?

32:20
Invité

je souscris complètement à ce qui vient d'être dit vraiment on est en plein dedans et c'est vrai que finalement quand on y réfléchit bien ces entreprises qui pour la plupart d'entre elles ont des fondamentaux très solides ce sont des entreprises qui dominent sans partage les marchés sur lesquels elles sont extrêmement fortes qu'il s'agisse de Microsoft qu'il s'agisse d'Amazon qu'il s'agisse d'Nvidia qu'il s'agisse d'Alphabet une fois qu'elles sont en plus soutenues par l'establishment alors elles deviennent en fait encore plus too big too fail trop grosses pour échouer on voit mal ce qui pourrait contrarier leur plan aujourd'hui sauf un choc exogène absolument imprévisible qui viendrait évidemment balayer toutes les certitudes en cours mais c'est vrai que par rapport à la bulle de l'intérêt des années 2000 il n'y a absolument rien de comparable parce que les levées de fonds n'étaient pas de même nature en fait à l'époque à l'époque on avait des start-up qui se finançaient par le recours massif au marché qui faisaient des introductions publiques des IPO on appelle ça de façon extrêmement précoce de façon à pouvoir lever des fonds qui leur permettaient derrière de vendre leur poudre de perlimpinpin sur quelque chose qui était extrêmement nébuleux internet très peu démocratisé versus aujourd'hui des entreprises qui sont extrêmement fortes qui maîtrisent leur technologie qui maîtrisent leurs services qui ont de très bons fondamentaux et qui financent en partie sur fonds propres leurs investissements dans l'intelligence officielle l'histoire n'est évidemment pas la même Benjamin Pajot Oui il y a une autre comparaison à laquelle on fait face en ce moment c'est de nous dire que ce qui se passe ressemble à la bulle de 1840-1847 la bulle des chemins de fer à l'époque avec un déploiement infrastructurel massif du chemin de fer à travers le monde et des acteurs qui s'étaient retrouvés évidemment après avoir investi des montants massifs sans le sou au moment où le chemin de fer a encore et qu'il a fallu rembourser ces accumulations de dettes je ferai une différence par rapport à cette période là c'est que effectivement l'argument étant derrière cette comparaison de dire c'est pas grave si la bulle de l'IA va éclater parce qu'elle nous laissera des infrastructures on l'a mentionné au début de l'émission les infrastructures les centres de données elles sont périssables elles sont a priori périssables donc on est évidemment dans une comparaison qui pour l'instant là encore sert les discours des plus grands acteurs du secteur qui tendent à vouloir rassurer les marchés dans un moment d'excitation où comme on peut le voir la moindre petite étincelle peut faire basculer des valorisations qui par ailleurs connaissent des hausses extrêmement rapides et donc des baisses qui le sont également

34:49
Présentateur

Julien Pio je sors donc de votre scénario si une bulle éclatait tout de même qui paierait aujourd'hui les pots cassés de cette affaire

34:57
Invité

excellente question déjà les investisseurs au premier rang évidemment puisque les investisseurs vous nous dites que ce sont les acteurs eux-mêmes oui en partie en partie et en partie importante des investissements mais effectivement il y a d'autres fonds d'investissement il y a des fonds de pension il y a des fonds souverains aussi qui investissent dans l'IA et eux effectivement pourraient éventuellement perdre une partie de leurs investissements si la bulle devait éclater moi je me raccroche sur le fait qu'effectivement autant il y a une incertitude sur les infrastructures et le fait qu'elles puissent être redéployées pour faire autre chose que de l'entraînement de l'intelligence artificielle peut-être peuvent-elles être redéployées pour faire du stockage de données et des appels distants de services comme le streaming par exemple peut-être peut-être pas peut-être qu'on pourrait aussi recycler un petit peu ce qu'il y a à l'intérieur mais toujours est-il que sur le plan de la recherche fondamentale de la recherche appliquée là aujourd'hui on a des laboratoires qui ne manquent pas de moyens pour pouvoir avancer et ça c'est du temps gagné sur la recherche fondamentale et la recherche appliquée et quelque part il en sortira quelque chose de bon ça j'en suis convaincu

36:01
Présentateur

Même question Benjamin Pageau si la bulle éclatait un jour on est là dans la fiction on a bien compris que ce n'était pas le scénario privilégié qui se retrouverait tout de même à payer la facture ?

36:10
Invité

Je pense que les retraités américains sont en première ligne aujourd'hui parce qu'ils souscrivent à des fonds de pension c'est un peu différent en Europe maintenant si dans le cadre d'une théorie des dominos si on allait vers une crise systémique évidemment là tout un chacun serait amené à payer les pots cassés et probablement les consommateurs en premier lieu et évidemment dans le cas où comme c'était rappelé tout à l'heure on considérait ces entreprises too big to fail trop grosses pour s'effondrer et bien qui mettra au pot ?

C'est évidemment l'État l'État américain mais les autres États qui s'engageraient dans cette direction-là d'autant plus dans un monde où les rapports de force sont revenus au premier plan et où Trump dicte sa loi à peu près à l'ensemble de ses partenaires commerciaux donc il y a de fortes chances que dans le cas où cette bulle éclaterait en réalité il y aurait des effets en bout de chaîne sur tout un chacun

37:00
Présentateur

Merci beaucoup messieurs vous avez été extrêmement didactique sur un sujet technique extrêmement compliqué mais pour ma part j'ai trouvé ça clair j'ai réussi à comprendre l'essentiel de vos propos Julien Pio vous êtes économiste et enseignant-chercheur à l'INSEC Business School Benjamin Pajot vous êtes chercheur associé au Centre Géopolitique des Technologies de l'IFRI et peut-être vous recommandez cette émission sur l'application Radio France émission que nous avions animée dans Question du Soir et intitulée La super intelligence artificielle va-t-elle dépasser les humains ?

C'est une émission qui vous permettra peut-être d'approfondir ce sujet et toute la série que l'on a commencé sur l'intelligence artificielle depuis le début de l'année un autre exemple l'intelligence artificielle va-t-elle remplacer les écrivains ? Et merci également à toutes celles et ceux par ailleurs qui ont pensé préparer cette émission Juliette Moellic Stéphanie Villeneuve Diane Devancet Antoine Héral à suivre après le journal en pleine COP30 qui se tient au Brésil à Belém une question la Chine peut-elle devenir la première puissance climatique du monde ?