Jean des Garets et la hauteur du Mont-Blanc : "On constitue une base de données pour les futurs scientifiques"
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Questions et réponses
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Le Mont-Blanc fait-il toujours 4807,81 m ?
- 0:38OuverteRéponse directe
À quoi ça sert précisément de connaître la taille du Mont-Blanc ?
- 1:11OuverteRéponse directe
Vous constituez une base de données ?
- 1:22OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui fait que ça change, que la hauteur change ?
- 1:51RelanceRéponse directe
On ne peut pas dire que la hauteur dépend du réchauffement climatique ?
- 2:24OuverteRéponse directe
Comment fait-on pour mesurer le Mont Blanc ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On a des variations le long de l'arrête, du point sommet de 60 mètres sur 22 ans. »
- 1:09Invité politiqueChiffre
« Et de la calotte glaciaire elle-même de 9 mètres de façon latérale. »
- 2:13Invité politiqueChiffre
« L'isotherme zéro degré est monté au-dessus de 4800, il est monté à 5000. »
- 5:32Invité politiqueFait
« Le sildénaphil, c'est une cellule qui fluidifie le sang. »
- 5:47Invité politiqueFait
« Ça sert à lutter contre le mal aiguille des montagnes. »
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France Inter, 5-7. Il est 6h22, le Mont-Blanc fait-il toujours 4807,81 m. C'était sa taille lors de la dernière mesure il y a deux ans. Des experts géomètres viennent de le remesurer. Bonjour Jean Desgarais.
Bonjour Mathilde Minoso.
Vous présidez la chambre des géomètres de Haute-Savoie. C'est vous qui allez annoncer le résultat en fin de matinée lors d'une conférence de presse à Chamonix. Alors c'est un secret très bien gardé. Il n'y a aucune chance que vous donniez la mesure en avant-première aux auditeurs de France Inter ?
Il y a assez peu de chances, oui.
Bon, alors à quoi ça sert précisément de connaître la taille du Mont-Blanc ? Parce que ça varie toujours à 1 ou 2 mètres près.
Oui, ça varie pas mal. Donc on va dire instantanément, ça ne sert à rien. Là, ça va nous servir dans la durée à regarder l'évolution de la calotte sommitale du Mont-Blanc. On a des variations le long de l'arrête, du point sommet de 60 mètres sur 22 ans, et de la calotte glaciaire elle-même de 9 mètres de façon latérale.
Donc en fait, vous constituez une base de données ?
C'est ça. On constitue une base de données pour qu'elle puisse servir aux scientifiques plus tard quand on aura suffisamment de redondances d'informations et qu'on aura assez de recul pour pouvoir analyser tout ça.
Qu'est-ce qui fait que ça change, que la hauteur change ?
Alors l'hiver, il fait froid, il y a beaucoup de vent, donc l'arrête est érodée, et du coup le Mont-Blanc baisse. Et il se recharge l'été quand le climat est plus doux. Quand il pleut en bas, il neige en haut. Et comme il n'y a pas de vent, ou peu, du coup la neige peut adhérer et se transformer en glace la nuit.
Et ça, c'est ce qui fait que ça change chaque année, c'est plus doux. Voilà. En fonction du vent.
Exactement. En fonction du vent et de la météo.
Donc on ne peut pas dire que la hauteur dépend du réchauffement climatique. On ne peut pas faire ce raccourci.
On ne peut pas le faire comme ça spontanément. On peut dire qu'il y a des changements climatiques, que du coup ça induit des changements de saison, qu'on doit adapter notre pratique de la montagne en fonction. Mais on ne peut pas dire comme ça au sommet, il y a le changement climatique et tout de suite c'est corrélé. On peut dire cet été par exemple, mais ce n'est que cet été, l'isotherme zéro degré est monté au-dessus de 4800, il est monté à 5000. Donc ça a forcément eu une influence sur le sommet. Mais voilà, ça se trouve dans deux ans, il aura repris deux mètres.
Alors Jean Desgarais, pour mesurer la hauteur du Mont Blanc, c'est toute une expédition, parce que un géomètre ce n'est pas un alpiniste. Vous, vous n'avez pas pu y aller, je sais, cette fois, parce que vous vous êtes blessé malheureusement juste avant. Comment fait-on pour mesurer le Mont Blanc ?
Vous venez de le dire, il faut monter dessus. Oui.
Déjà ça en soi, ça me surprend. Je pensais qu'avec toutes les nouvelles technologies, il n'y avait presque même plus besoin d'y grimper.
Là, il faut un capteur sur le point que vous voulez mesurer, quelle que soit la mesure que vous faites.
Et il n'est pas là-bas en permanence ?
Eh bien non, parce que comme ça recharge de neige en permanence, du coup, si vous posez un objet là-haut, vous allez le retrouver un siècle plus tard au pied du glacier. Et du coup, quelle que soit la mesure qu'on fait. Alors, quand on est sur le terrain, tous les jours, en ville ou ailleurs, on fait nos mesures, parfois au télémètre laser, du coup, on n'a pas besoin d'être exactement sur le point qu'on veut mesurer. Et vous voyez bien que là-haut, c'est un peu loin. Donc on n'aura pas de retour sur du laser. On peut le faire par intersection de visée, comme ça se faisait il y a deux siècles en arrière. Mais on était moins précis. Là, on est dessus, on met un capteur de signaux satellite.
Donc c'est des ondes radio. On connaît la vitesse de l'onde radio. On connaît le temps qu'elle met pour aller du satellite au point qu'on veut mesurer, puisque le satellite est équipé d'une horloge atomique. Vitesse fois temps égale distance. On a la distance entre le satellite et nous. Le satellite est en mouvement. Et du coup, il faut faire des intersections. Je simplifie. Avec quelques satellites, on a suffisamment d'intersections de distance pour pouvoir calculer le point sur lequel on est.
Ça a l'air relativement simple. Dit comme ça, j'ai l'impression presque... En fait, c'est la montée qui est plus difficile que la prise de mesure en tant que telle.
Oui et non. Parce qu'une fois qu'on est... La prise de mesure elle-même, il faut appuyer sur le bouton. Si on se contentait de mesurer le point sommet, on enregistre, on appuie, on enregistre les données pendant un temps suffisamment long, une heure, deux heures, trois heures. Donc là, déjà, rester à 4800 mètres pendant longtemps, ça tape un peu sur la tête.
J'imagine, oui.
Et puis ensuite, comme on mesure toute la calotte sommitale, il faut se promener avec la neige jusqu'à 50 centimètres, tout ça à 4800 mètres. C'est assez éprouvant aussi. Donc la mesure elle-même est éprouvante.
Cette année, je sais qu'il y avait Martin Fourcade dans l'équipe, le champion des champions de biathlon. Ça s'est bien passé pour lui ? Ou tout grand sportif qu'il est, il a un peu galéré quand même ?
Il l'a dit lui-même, donc je peux le dire. Ça a été dur pour lui. Ça a été dur pour lui parce que peut-être qu'il ne s'était pas assez acclimaté. Mais oui, ça a été dur pour lui. Donc voilà, c'est bien la preuve que ça n'est pas anodin. Il est monté avec nous cette année parce qu'on lui a demandé de bien vouloir le faire parce que ce qu'on voulait, c'était un peu toucher les plus jeunes générations. Et que du coup, en tant qu'ambassadeur, il était tout à fait à même de le faire. Et puis en plus, il est génial, il est super, il est humble, il est accessible. J'ai découvert un champion, pas que par les médias, vraiment personnellement, et c'est agréable.
Jean Desgaré, il nous reste quelques secondes. Il y a quand même une question qui me rule les lèvres. J'ai vu que certaines des personnes qui participaient à cette montée pour mesurer le Mont-Blanc prenaient du Viagra. Ça sert à quoi ? Vous en avez pris, vous ? Non mais c'est vrai ou pas ?
Il y a deux ans, j'ai pris une gélule, je l'ai prise à 4300 mètres. Parce qu'en fait, le sildénaphil, c'est une cellule qui fluidifie le sang, si je ne dis pas de bêtises. Et en gros, ça accélère le rythme cardiaque et ça permet de mieux circuler le sang, de mieux s'oxygéner. Et donc ça sert à lutter contre le mal aiguille des montagnes. En fait, normalement, ça se prend, enfin ça se prend, j'en sais rien si ça se prend, ça se prescrit déjà. Et puis ensuite, si ça se prend, ça se prend quand on est atteint par le mal aiguille des montagnes. Moi, j'ai pris ça il y a deux ans. Moi, j'en sais rien.
Ce que je sais, c'est que j'avais le cœur qui battait très vite, forcément, parce que vu l'altitude, voilà, et vu les efforts sportifs. Et peut-être que j'aurais apporté, j'aurais fait pareil. Peut-être même que ça aurait été plus simple, parce que ça n'aurait pas accélère le rythme cardiaque. Je ne saurais pas le dire. Ce que je sais, c'est que je n'ai pas eu le mal aiguille des montagnes. Et c'était l'objectif que je voulais, parce qu'avec tout le mal que je m'étais donné et tout le temps que j'y avais consacré, je voulais absolument arriver au sommet.
Eh bien tant mieux. Merci Jean Dégaré. Allez, je retente ma chance une dernière fois. Il fait combien le Mont-Blanc ?
Il fait l'altitude que vous connaîtrez à 11h exactement en suivant le live de la conférence de presse.
Merci beaucoup. Vous êtes le président de la Chambre des géomètres de Haute-Savoie.