RETRAITES : LES MENSONGES DE M. MACRON
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« cette réforme des retraites est indispensable pour notre pays »
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« le déficit dépassera les 12 milliards d’euros en 2027 »
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« nous aurons plus de cent milliards d’euros de dette supplémentaire pour notre système de retraite dans les dix prochaines années »
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« la retraite minimum à 1 100 euros par mois »
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Au bout du compte, cette réforme des retraites est indispensable pour notre pays. Pour faire en sorte que tout au long de sa vie, on puisse travailler plus dans notre pays. C’est comme ça qu’on aura des marges de manœuvre.
Donc la réforme des retraites, elle est essentielle. Pour sortir de situations où le même métier ne garantit pas la même retraite, oui, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps. Il n’y a qu’un moyen de faire, si on est lucide.
Comme nous vivons plus longtemps, c’est de travailler plus longtemps. Franchement ce serait assez hypocrite de décaler l’âge légal. Je veux dire, quand aujourd’hui on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi même en difficulté, qu’on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver à 62 ans.
C’est ça la réalité de notre pays. Alors on va dire : “Non, non, il faut maintenant aller à 64 ans.” Vous ne savez déjà plus comment faire après 55 ans, les gens vous disent : “Les emplois ce n’est plus bon pour vous”.
C’est ça la réalité, c’est le combat qu’on mène. On doit d’abord gagner ce combat avant d’aller expliquer aux gens : “Mes bons amis, travaillez plus longtemps”. Délai légal.
Ce serait hypocrite. Hypocrite. Nous n’avons cessé de le vérifier depuis 2017 : Emmanuel Macron et ses ministres mentent parfois effrontément.
Depuis quelques jours, par exemple : ils mentent comme des arracheurs de dents à chaque fois qu’ils évoquent leur projet de réforme des retraites, qui consiste principalement à contraindre les salariés à trimer jusqu’à 65 ans. Oui, nous devons faire cette réforme, et je vais vous dire pourquoi. Parce que si on ne la fait pas, on laisse le système de retraites par répartition en danger.
Le moins qu’on puisse dire est que cette réforme n’est pas très populaire : selon un sondage publié au mois de septembre dernier par l’Ifop, 78 % des personnes interrogées se disent "pas favorables" au recul de l’âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans. Mais bien sûr, Macron et ses ministres restent complètement indifférents à l’opinion de cette majorité. Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.
Il est vrai que ces irréprochables démocrates ont pris l’habitude, depuis quelques semaines, d’imposer leurs choix à grands coups de 49.3, et que cela doit beaucoup les aider à ne tenir aucun compte des avis de leurs administrés. Ils présentent donc cette réforme comme "indispensable", "essentielle", "nécessaire".
Elle est le seul moyen, expliquent-ils gravement, de sauver notre système de retraite, dont le déficit "dépassera les 12 milliards d’euros en 2027", affirme Élisabeth Borne. Déjà, c’est flippant. Mais il y a pire encore : selon la Première ministre : "Si on ne fait rien, nous aurons plus de cent milliards d’euros de dette supplémentaire pour notre système de retraite dans les dix prochaines années".
Fin de citation. Il est donc urgent, selon elle, de réformer ce système, pour éviter cette débâcle financière, et pour "protéger le pouvoir d’achat des retraités". Selon les macronistes, cette réforme est donc un modèle de justice : ils promettent qu’elle assurera aussi une pension décente à tous les retraités, et qu’elle permettra en plus d’augmenter le taux d’emploi des "seniors", c’est-à-dire des salariés de plus de 50 ans.
Le 2 décembre dernier, Élisabeth Borne, qui donnerait presque l’impression de croire à ce qu’elle raconte, a résumé tout ça dans un tweet expliquant que : "la réforme des retraites" était "nécessaire, pour préserver notre système et le pouvoir d’achat des retraités, pour plus de justice, et pour renforcer l’emploi des seniors". Deux jours plus tard, le dimanche 4 décembre, Emmanuel Macron a enfoncé le clou, en lâchant cette longue tirade devant deux journalistes du Parisien qui l’accompagnaient à bord de son avion présidentiel lors son voyage d’État aux États-Unis, et qui se sont très gentiment abstenus de trop le contredire : "Personne ne se réjouit de travailler un peu plus longtemps mais pour ne pas baisser les retraites et reporter de nouvelles charges sur nos enfants, il faudra faire un effort (...).
Il est hors de question par ailleurs de baisser le niveau des pensions. Je veux au contraire augmenter la retraite minimum et améliorer les petites retraites. La réforme des retraites est donc aussi une réforme de justice et d’équité." Maintenant, arrêtons-nous un peu sur ces différentes affirmations, qui sont évidemment reprises telles quelles par la presse et les médias dominants, où elles ne sont jamais questionnées.
Le premier constat que nous pouvons faire est que la réforme des retraites promise par Emmanuel Macron n’est pas complètement inédite. En fait, c’est même la cinquième fois, en trente ans, que la droite et la gauche de droite nous font le coup. Rappelons-nous : en 1993, le Premier ministre Édouard Balladur fait une réforme des retraites qui est alors présentée par le gouvernement de droite et par ses journalistes d’accompagnement comme "indispensable", "essentielle" et "nécessaire", et comme la dernière chance de sauver un système gravement déficitaire.
A terme, il faudra en arriver à passer de 37,5 années à 40 années de cotisations. Dix ans plus tard, en 2003, François Fillon fait une réforme des retraites qui est alors présentée par le gouvernement de droite et par ses journalistes d’accompagnement comme "indispensable", "essentielle" et "nécessaire", et comme la dernière chance de sauver un système gravement déficitaire. La messe est dite.
Avec cette certitude : la retraite à 60 ans a vécu. Désormais, pour faire valoir ses droits dans le public comme dans le privé, la durée légale de cotisation est fixée à 40 ans. Sept ans plus tard, en 2010, Éric Woerth fait une réforme des retraites qui est alors présentée par le gouvernement de droite et par ses journalistes d’accompagnement comme "indispensable", "essentielle" et "nécessaire", et comme la dernière chance de sauver un système gravement déficitaire.
Nous avons pensé que 62 ans était, au fond, l’âge le plus efficace, à la fois socialement et à la fois économiquement. Et ce n’est pas tout à fait terminé, puisque trois ans plus tard, François Hollande fait une réforme des retraites qui est alors présentée par le gouvernement socialiste et par ses journalistes d’accompagnement comme "indispensable", "essentielle" et "nécessaire", et comme la dernière chance de sauver un système gravement déficitaire. Dès lors que l’on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps.
Donc, si on résume – attention, c’est un peu technique : ça fait trente ans qu’on nous vend des réformes des retraites qui nous sont présentées comme le seul moyen de sauver le système, mais dont la principale caractéristique est qu’elles ne sauvent pas du tout ce système, puisqu’il faut en refaire une tous les six ans en moyenne pour le sauver de nouveau, alors qu’on nous avait promis six ans tôt qu’il serait sauvé. L’explication est assez simple : dans cette affaire, le sauvetage du système de retraite n’est qu’un prétexte, qui sert à justifier chaque nouveau coup qui lui est porté. Car, pour le dire très simplement : le prétendu déficit des retraites est un leurre.
Toutes les études sérieuses le montrent, le comité de suivi des retraites l’a très bien montré, les besoins de financement sont massifs, et ils vont continuer de s’accroître dans les prochaines années. Selon le dernier rapport, publié au mois de septembre dernier, du Conseil d’orientation des retraites, organisme étatique rattaché à Matignon et peu suspect de sympathies gauchistes, l’état du système n’est absolument pas inquiétant. Comme l’a notamment relevé le syndicat Force ouvrière, il a au contraire dégagé "un excédent de 900 millions d’euros en 2021, et ce malgré la crise sanitaire, portant le total de ses réserves "à 3,2 milliards d’euros".
Surtout : "si le solde global du régime" de retraite "risque" éventuellement "de se dégrader après 2023, ce n’est que faiblement et de manière contrôlée", selon le Conseil d’orientation des retraites, qui prédit également, et dans tous les cas, "un retour à l’équilibre après 2030". Pour le dire autrement : les prédictions apocalyptiques d’Élisabeth Borne, qui annonce un déficit de 100 milliards d’euros dans les dix prochaines années, sont discrètement délirantes. De la même façon : lorsqu’Emmanuel Macron soutient sans rire que sa réforme des retraites est aussi "une réforme de justice et d’équité" parce qu’elle prévoit d’"augmenter la retraite minimum" et d’"améliorer les petites retraites", c’est encore un bobard dont le taux de cynisme est assez exceptionnel, même pour ce président qui a pourtant fait de l’indécence l’une de ses marques de fabrique.
Kwassa kwassa. Ah non c’est à Mayotte les kwassas kwassas. Monsieur le président, vous êtes un connaisseur.
Mais le kwassa kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent. Car, vérification faite, l’augmentation dont parle ici le chef de l’État consiste à "porter la retraite minimum à 1 100 euros par mois". Seulement voilà : en France, en 2022, le seuil de pauvreté, "fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian de la population, correspond à un revenu disponible de 1 102 euros par mois pour une personne seule".
Quand Emmanuel Macron promet que sa réforme permettra d’"augmenter la retraite minimum", il oublie donc de préciser qu’elle va surtout maintenir ses bénéficiaires sous le seuil de pauvreté : c’est l’idée qu’il se fait de la "justice" et de l’"équité". Mais il aurait tort de se priver, puisque les journalistes qui recueillent pieusement ses propos se gardent bien de relever ces petits détails gênants. Pour finir, et pour en finir avec le plus énorme des mensonges qui sont régulièrement débités pour justifier cette réforme – et toutes celles qui l’ont précédée -, imaginons tout de même que notre système de retraite soit effectivement déficitaire de 12 milliards d’euros dans cinq ans, en 2027, comme le promet Élisabeth Borne.
Quand on entend ça, évidemment, ça fait peur : c’est le but. Mais dans la vraie vie, est-ce que ça serait un problème ? Absolument pas.
Pour le comprendre, il faut effectuer un détour, et s’intéresser par exemple au groupe Dassault, qui vend des journaux et des avions. Et notamment des avions de guerre. Et notamment le Rafale, dont le développement, en 2011, avait déjà coûté, selon un rapport publié cette année-là par deux sénateurs, 43,5 milliards d’euros à l’État français.
Mais bien sûr : il n’a jamais été question de réformer ce système lourdement déficitaire. Au contraire : l’État continue à couvrir le groupe Dassault de ses aides et de ses bienfaits. Plus généralement, ce même État distribue tous les ans près de 160 milliards d’euros d’aides aux entreprises.
C’est-à-dire treize fois le montant du déficit qu’Élisabeth Borne prédit pour le système de retraites en 2027, et dont elle assure que le seul moyen de l’éviter est de réformer ce système. On l’aura compris : le comblement d’un tel déficit représenterait pour le gouvernement une dépense tout à fait négligeable, au regard des immenses libéralités dont elle gratifie tous les ans le patronat sans jamais exiger de lui la moindre contrepartie. Emmanuel Macron et sa Première ministre le savent parfaitement.
Ils savent que lorsqu’ils demandent aux salariés de travailler toujours plus longtemps pour espérer gagner un jour une retraite qui les maintiendra juste sous le seuil de pauvreté, ce n’est bien sûr pas pour leur bien : c’est pour faire payer par les retraités les offrandes dont ils gavent leurs clientèles patronales.
Emmanuel Macron