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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 30 octobre 2023 9 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileSécuritéInstitutions & élections

Israël-Palestine : les mots de la guerre 17/18 · Les chrétiens de Terre sainte : une présence millénaire, des tensions religieuses

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 30 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:18OuverteRéponse directe

    Qui sont les chrétiens de Terre Sainte ?

  • 1:25RelanceRéponse directe

    Le terme apartheid est-il applicable à Israël ?

  • 2:26OuverteRéponse directe

    Les chrétiens n'ont pas tous les droits, notamment fonciers ?

  • 3:39OuverteRéponse directe

    Y a-t-il des tensions croissantes entre juifs et chrétiens ?

  • 4:51OuverteRéponse directe

    Des juifs ultra-orthodoxes harcèlent des pèlerins chrétiens ?

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Les lieux saints chrétiens sont-ils menacés ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:33InvitéFait
    « Juridiquement et de façon totalement objectivable, l'état d'Israël n'est pas un état d'apartheid. »
  • 2:44InvitéFait
    « Il y a en effet le fait que les chrétiens d'Israël sont restreints dans leurs droits fonciers, ne peuvent pas acquérir de terre à des juifs. »
  • 4:12InvitéFait
    « La coalition a déconstruit les postes de police, a limogé les commissaires de police, qui étaient souvent des arabes, palestiniens, chrétiens ou non chrétiens. »
  • 6:47InvitéFait
    « La communauté chrétienne, en Israël et dans les territoires, se réduit comme un pot de chagrin. »
  • 7:05InvitéFait
    « Les lieux d'alcool deviennent interdits à Bethléem ou à Ramallah. »

Temps de parole

  • Invité80 %
  • Présentateur19 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

Hors série, les matins de France Culture, Israël-Palestine, les mots de la guerre, chrétiens. Les mots du conflit israélo-palestinien avec Sylvain Bull, vous êtes sociologue, on vous doit une sociologie de Jérusalem aux éditions La Découverte. Qui sont les chrétiens de Terre Sainte ?

0:20
Invité

Les chrétiens de Terre Sainte ont évidemment un ancrage extrêmement important, millénaire. Et nous avons les chrétiens romains, les chrétiens orthodoxes, qui sont venus par vagues de migration d'Europe, mais aussi de Russie, et qui vivent maintenant désormais en très petites communautés, à Jérusalem pour des raisons évidentes, un peu au nord d'Israël. Et nous avons aussi les chrétiens de Gaza, qui sont de moins nombre nombreux, et aussi les chrétiens de Bethlehem.

Les chrétiens de Gaza, de Bethlehem et de Jérusalem, qui sont des chrétiens romains, sont assez au fond proches du judaïsme, en tout cas en tant que religion, puisqu'ils ont une certaine idée de l'alliance et de la croyance en Dieu. Mais simplement, ils sont sur le plan politique et sociologique, non reconnus par les juifs d'Israël. Du point de vue social, ils sont beaucoup plus proches des palestiniens, parce qu'ils sont, non pas discriminés, mais en tout cas minorisés, en tant que communauté non juive. Les communautés qui ne sont pas juives en Israël sont très très mal acceptées.

1:25
Présentateur

Mais alors, parce qu'on a souvent parlé, c'est un terme évidemment très polémique dans ce contexte, d'apartheid, sylven bull, qu'est-ce que vous en pensez ?

1:33
Invité

Juridiquement et de façon totalement objectivable, l'état d'Israël n'est pas un état d'apartheid. Les droits nationaux des palestiniens d'Israël, nés en Israël, sont les mêmes que ceux des juifs israéliens, sauf qu'ils ne font pas l'armée, sauf les chrétiens. Par contre, il y a un sentiment de stigmatisation et de discrimination qui peut avoir lieu dans les entreprises, dans la vie publique, dans l'espace public, notamment aujourd'hui. Mais l'idée de pouvoir comparer l'Afrique du Sud et Israël n'est absolument pas tenable sur le plan juridique.

Un Israélien palestinien a le droit de se déplacer, il peut aller où il veut sur le territoire, il n'est pas assigné dans une place communautaire, il n'est pas assigné à un emploi, c'est même plutôt tout le contraire. Il y a une ascension sociale extrêmement forte chez les Israéliens de Palestine et il n'y a pas de sous-citoyens.

2:26
Présentateur

Mais il y a peut-être un racisme assez fort parce que les chrétiens n'ont par exemple pas tous les droits, ils n'ont pas le droit d'acheter de la terre.

2:32
Invité

Voilà, c'est bien pour cela que sociologiquement, philosophiquement, il faut distinguer ce qui est l'apartheid du racisme. Il y a un racisme intérieur, encore une fois, qui relève soit de la perception, soit de l'objectivation, c'est-à-dire de la réalité. Il y a en effet le fait que les chrétiens d'Israël sont restreints dans leurs droits fonciers, ne peuvent pas acquérir de terre à des juifs. Il y a le fait que des communautés palestiniennes aussi sont très limitées dans leurs droits fonciers et aussi pratiquent l'auto-regroupement dans certaines villes. C'est pour cela que la mixité urbaine sociale en Israël est une fable.

Il n'y a jamais eu de mixité urbaine, peut-être un petit peu durant la période ottomane 19e ou début du 20e. Et peut-être dans une ville qui est Haïfa, qui pour le coup est exemplaire. La ville du nord d'Israël. Voilà, qui est chrétienne, juive et musulmane. Et qui est un contre-exemple où les trois communautés vivent ensemble, sauf sur le plan foncier. Mais vous trouvez des chrétiens dans des entreprises juives, vous trouvez des musulmans dans des entreprises chrétiennes. Mais c'est très lié à la spécificité de Haïfa qui est très proche du Liban, qui est un territoire de mosaïque.

3:39
Présentateur

Et puis, l'une des particularités de la période récente, c'est d'avoir vu monter des tensions croissantes entre juifs et chrétiens. Juifs et palestiniens, elles sont hélas bien connues. Juifs et chrétiens, pour moi, c'était vraiment quelque chose de nouveau, Sylvain Bull.

3:55
Invité

Oui, oui, tout à fait. Je ne crois pas qu'un Israélien puisse poser la question en ces termes. En tout cas, contre les populations qui ne sont pas juives. Mais dans les villes qui restent un peu mixtes, il y a eu en effet des affrontements très forts. Mais qu'il faut renvoyer au contexte sécuritaire et institutionnel. À savoir que les palestiniens, et en raison de la coalition gouvernementale, ne sont plus protégés par la police nationale. C'est absolument fort. Notamment à Jérusalem, où la situation est extrêmement critique. La coalition a déconstruit les postes de police, a limogé les commissaires de police, qui étaient souvent des arabes, palestiniens, chrétiens ou non chrétiens.

Si bien que les palestiniens sont absolument abandonnés des institutions nationales, notamment policières. Pour ce qui est des autres institutions nationales, cela tient encore. Par exemple, les palestiniens sont soignés, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, ils sont soignés dans leurs propres officines ou dans l'office national.

4:51
Présentateur

On a vu aussi de plus en plus d'accrochages entre des juifs ultra-orthodoxes, parfois très jeunes, qui harcelaient, qui parfois molestaient, crachaient sur des pèlerins chrétiens, notamment dans la vieille ville de Jérusalem.

5:05
Invité

Oui, alors ça c'est une pratique qu'on appelle le no priest, qui consiste depuis 20 ans à descendre le jour de Shabbat, le soir, le vendredi soir, en vieille ville, sur les institutions religieuses, et chez Homo, le patriarcat, etc., le chemin de Dolorosa, et d'attaquer les institutions religieuses pour montrer que Jérusalem ne fait pas partie du corpus separatum, ne peut pas être international et chrétien.

Et ça c'est quelque chose qui s'est répandu à Jérusalem, qui est en train de gagner Haïfa, qui est en train de gagner un certain nombre de villes, et puis on voit aussi ces jeunes ultra-orthodoxes s'attaquer aussi aux palestiniens dans les colonies, aidés, comme on le sait, ça a été beaucoup dit par la coalition, qui n'intervient pas, la police et les militaires n'interviennent pas lorsque des ultra-orthodoxes frappent, molestent des palestiniens. Alors ça c'est quelque chose de très préoccupant. C'est très très très préoccupant, tant que cette coalition reste en place, en effet.

6:00
Présentateur

Et l'autre dimension en matière de chrétien d'Israël, c'est bien entendu les lieux les plus saints de la chrétienté, Sylvain Bull, je pense bien sûr au Saint-Sépulcre, mais aussi au lieu de la nativité du Christ à Bethléem, sont présents en Israël, à la fois donc à Jérusalem, mais aussi en Cisjordanie, puisque Bethléem est en Cisjordanie.

6:20
Invité

Oui, Bethléem est en Cisjordanie et donc est sous souveraineté de l'autorité palestinienne, mais de façon relative, parce que précisément l'accès au lieu saint, il y a aussi le tombeau de Rachel à Bethléem, et sous la sécurité israélienne. Mais Bethléem est une petite enclave chrétienne, pour le coup extrêmement homogène. Bethléem, il y a beaucoup de chrétiens qui en même temps sont de plus en plus menacés, entre guillemets, démographiquement par les palestiniens. Il faut dire que la communauté chrétienne, en Israël et dans les territoires, se réduit comme un pot de chagrin.

Beaucoup quittent la région, soit parce qu'ils ne supportent plus les conditions de la souveraineté israélienne, soit aussi parce que la relation entre les chrétiens et les musulmans palestiniens n'est pas évidente. Les lieux d'alcool deviennent interdits à Bethléem ou à Ramallah. Les mariages chrétiens aussi sont difficiles. Donc il y a une espèce d'inquiétude des chrétiens qui quittent la région.

7:15
Présentateur

Alors c'est très triste parce que ça veut dire que là aussi, avec les chrétiens, il y a des tensions communautaires de part et d'autre.

7:22
Invité

Oui, il y a des tensions à trois niveaux. Bien sûr, il y a des tensions entre chrétiens et palestiniens pour des raisons de mode de vie, pour des raisons d'intolérance, pour des raisons de pression démographique, de pression foncière, de pression sur les lieux de vie. Oui, Ramallah est une ville chrétienne. L'élite est chrétienne. Les employés de la mairie de Ramallah, le maire est chrétien. Et en même temps, ils sont obligés de faire fermer des lieux de débit de boisson, par exemple.

7:48
Présentateur

Est-ce qu'on peut imaginer qu'un jour, les chrétiens soient incités à quitter la Terre Sainte ?

7:54
Invité

C'est une menace, oui, parce qu'il y a une tyrannie du nombre. C'est extrêmement difficile et délicat de pouvoir s'accorder trois sensibilités qui n'ont pas grand-chose à voir ensemble et qui ne sont pas tenues par une unité nationale. C'est ça le cas unique d'Israël. Il n'y a rien qui permet de chapeauter ces trois communautés, sinon un signifiant vide qui s'appelle Israël pour eux.

8:19
Présentateur

Merci beaucoup, Sylvaine Bulle. Une sociologie de Jérusalem, c'est votre livre aux éditions de La Découverte.