La France, le jazz et ses festivals
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Questions et réponses
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Pourquoi vous êtes installée en France en 1995 pour apprendre la musique ? Qu'est-ce que la France représente pour vous en tant que chanteuse jazz ?
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Qu'est-ce que cet écosystème français des festivals représente pour vous ? Pourquoi est-ce si important de venir régulièrement en France ?
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Comment expliquez-vous le dynamisme de cet écosystème festivalier, particulièrement dans le domaine du jazz ?
- 2:58OuverteRéponse directe
Si l'on se penche sur la programmation Jazz in Marciac, vous la souhaitez internationale ? Vous faites en sorte d'attirer le plus possible d'artistes internationaux ?
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Quand vous dites que la programmation du festival a évolué, de quelle façon vous êtes orienté au fil des années ?
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Racontez-nous comment le festival Jazz in Marciac est né à la fin des années 70.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« En fait, avant de venir en France en 1995, je n'ai jamais écouté le jazz. »
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« En fait, on m'a dit une des premières écoles de jazz en Europe était à Paris. »
- 1:57InvitéFait
« Je pense que la France est un peu le capital mondial du jazz, j'ai l'impression, parce qu'il y a tellement de festivals de jazz, surtout pendant l'été. »
- 2:27InvitéFait
« Je crois que les festivals de jazz français jouent un rôle extrêmement important par, d'abord, la qualité de leur programmation, leur capacité à identifier de nouveaux talents et puis l'importance des publics qu'ils mobilisent. »
- 3:29InvitéFait
« Cette année, par exemple, Anne Paceo a eu un succès considérable dans le cadre de notre festival. Nous en sommes très heureux. »
- 5:47InvitéChiffre
« Je pense que pendant, par exemple, l'été, il y a eu plus d'une centaine de festivals de jazz. »
- 7:37InvitéFait
« En fait, il reçoit des musiciens de jazz comme des rockeurs, rock stars. »
- 10:39InvitéFait
« Oui, beaucoup de ces festivals ont été accompagnés dans le temps par l'État, les collectivités. »
- 12:01InvitéFait
« C'est une réalité à laquelle nous sommes confrontés, c'est-à-dire une évolution de nos coûts. »
- 14:24InvitéFait
« Eh bien, parce qu'il est un ami fidèle de notre festival. Il vient d'arriver, il est à mes côtés. »
- 21:06InvitéFait
« En fait, le jazz m'a permis de vraiment cuisiner à ma façon avec un morceau qui existe déjà. »
- 22:35InvitéFait
« C'est une boîte à musique que j'ai achetée à Paris. En fait, il y a une partition, une vierge. En fait, je poinçonne des trous et ça fait des notes. »
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La France et ses festivals de jazz, c'est peut-être la marque, l'une des marques du moins de l'été pour comprendre cet écosystème, pour comprendre aussi pourquoi le jazz remporte en France tant de succès, pour comprendre aussi pourquoi les amateurs de jazz sont si nombreux dans notre pays. Je reçois ce matin trois invités. Youn Son Na, bonjour. Vous êtes chanteuse jazz coréenne, vous êtes célèbre en France, en Corée évidemment, et vous vous êtes installée en France en 1995. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. A distance, Jean-Louis Guillaumont, bonjour. Vous êtes le maire de Marciac et le président du festival Jazz in Marciac qui traverse aujourd'hui sa 45ème édition.
Et avec nous, à distance, qui ne devrait pas tarder, Winston Marsalis. Il est trompettiste jazz, directeur du département jazz de la Julliard School et ambassadeur du festival Jazz in Marciac. Et pour commencer, Youn Son Na, une question. Pourquoi vous vous êtes installée en France en 1995 pour apprendre la musique ? Qu'est-ce que la France représente pour vous en tant que chanteuse jazz ?
En fait, avant de venir en France en 1995, je n'ai jamais écouté le jazz. En fait, j'étais et je suis une grande fan de chansons françaises. D'abord et avant tout ? Voilà, donc j'ai choisi la France pour étudier les deux. En fait, on m'a dit une des premières écoles de jazz en Europe était à Paris. Donc voilà, je pense que c'était ici que je voulais travailler ma voix et j'ai trouvé ma voix, je pense, ici.
Et aujourd'hui, comme chanteuse célèbre, comme artiste reconnue partout dans le monde, qu'est-ce que cet écosystème français des festivals représente pour vous ? Pourquoi est-ce que c'est si important de venir, revenir régulièrement en France, notamment l'été, dans le cadre de ces festivals nombreux ?
Je pense que la France est un peu le capital mondial du jazz, j'ai l'impression, parce qu'il y a tellement de festivals de jazz, surtout pendant l'été. Pour ce sujet, je pense que M. Guillaumont pourrait vous répondre.
On va l'interroger. Justement, Jean-Louis Guillaumont, comment est-ce que vous expliquez le dynamisme de cet écosystème festivalier, particulièrement dans le domaine du jazz ?
Je crois que les festivals de jazz français jouent un rôle extrêmement important par, d'abord, la qualité de leur programmation, leur capacité à identifier de nouveaux talents et puis l'importance des publics qu'ils mobilisent. Donc, c'est une tradition française résolument installée qui permet, je crois, à nos festivals d'évoluer de façon importante et de jouer un rôle déterminant au plan national et international.
Vous évoquez, Jean-Louis Guillaumont, la programmation. Alors, si l'on se penche justement sur la programmation Jazz in Martiaque, vous la souhaitez internationale, cette programmation ? Vous faites en sorte d'attirer le plus possible d'artistes, de grands artistes de jazz internationaux ?
Bien sûr, il s'agit de faire la part belle, je vais dire, à ces artistes qui viennent nous voir chaque année et qui correspondent aux attentes de nos publics. Je dis bien de nos publics, puisque le festival a évolué en termes de programmation et qui fassent également la part belle aux artistes français. Cette année, par exemple, Anne Paceo a eu un succès considérable dans le cadre de notre festival. Nous en sommes très heureux.
Quand vous dites que la programmation du festival a évolué, de quelle façon, de quelle manière, vers quoi vous vous êtes orienté au fil des années ?
Nous sommes partis, si vous voulez, du socle du jazz, résolument de jazz. L'épine d'orsale de notre festival est toujours constituée par une programmation jazz de grande qualité. Et nous nous sommes ouverts au fil du temps, je vais dire, à toutes les musiques cousines, à toutes celles qui ont inspiré le jazz et qui s'en sont inspirées également. Donc ceci nous a permis d'aller au devin de nouveaux publics et de leur permettre d'écouter du jazz. Ce qui est l'objectif que nous poursuivons, bien évidemment.
Racontez-nous peut-être, Jean-Louis Guillaumont, comment le festival Jazzy in Martiak est né à la fin des années 70. Peut-être que la singularité du jazz, c'est que beaucoup, beaucoup de choses reposent sur ces amateurs, notamment.
Oui, notre festival est né de la volonté d'écouter du jazz sous la forme d'une soirée modeste, j'allais dire, organisée dans les arènes de Martiak en 1978, donc il y a 45 ans. Et puis au fil du temps, ce festival s'est développé, s'est installé et aujourd'hui il dure près de 2-3 semaines. Ce qui nous permet de développer, je vais dire, une initiative de grande qualité et de présenter au public toute une palette de musiciens, de notoriété et donc de correspondre à nos objectifs. Il faut ajouter que ce festival s'est installé au sein de notre village et a contribué très sensiblement à son développement à travers différentes initiatives.
La mise en œuvre d'un projet culturel de territoire, l'installation d'une option atelier d'initiation à la musique de jazz au Collège de Martiak. Bref, un dossier que Younne connaît très bien puisqu'elle nous a fait l'amitié d'accompagner nos initiatives.
Younne Senna, pourquoi vous êtes impliqué comme cela dans l'accompagnement du jazz en France ? Est-ce que c'est aussi pour vous le moyen de rencontrer des amateurs de jazz, des fans de jazz, des mélomanes qui attachent particulièrement de l'importance à votre musique et à votre chanson ?
Oui, en fait, là aussi, j'ai eu vraiment beaucoup d'occasions de jouer partout en France. Je pense que pendant, par exemple, l'été, il y a eu plus d'une centaine de festivals de jazz. Je ne sais pas combien de festivals de jazz existent en France. Oui, et après, le jazz, c'est une musique vivante, en fait. Il faut un contact vraiment physique, en fait, avec le public et les musiciens. En fait, la France m'a donné beaucoup d'occasions de réaliser mes rêves.
Quand vous dites que c'est une musique vivante, Younne Senna, ça signifie que le jazz s'écoute d'abord et avant tout en concert. C'est d'abord une rencontre avant d'être écoutée même à distance sur Internet ou en disque ?
Oui, je vous conseille. En fait, le jazz, pour moi, c'est comme un plat. Il faut goûter. On ne peut pas juste regarder et prendre plaisir. Il faut d'abord goûter. En fait, c'est un goût qui, je ne sais pas, en fait, il y a plein d'épices et plein d'ingrédients qui viennent du monde entier.
Est-ce qu'en Corée, le jazz remporte le même succès qu'en France ? Est-ce que les amateurs sont si nombreux ? Est-ce que l'écosystème des festivals est si dense que dans notre pays ?
En fait, l'histoire du jazz en Corée n'est pas assez longue, en fait, pour dire ça. Mais il y a de plus en plus de jeunes qui s'intéressent au jazz. Et ouais, j'aimerais bien... Pour l'instant, on a juste quelques festivals de jazz. Mais je pense que ça ne va pas tarder. Et ouais, ça, c'est un peu grâce à Internet aussi.
Vous avez dit, Youn Sonna, dans une interview que vous avez donnée au magazine Paris Smooth, qu'en jazz, le public le plus fou du monde, c'est le public coréen. Qu'est-ce que ça signifie ?
En fait, justement, c'est un public assez jeune. En fait, il reçoit des musiciens de jazz comme des rockeurs, rock stars. Donc, des fois, il y avait, par exemple, un grand saxophoniste américain, Joshua Redman. Quand il est venu jouer en Corée, il nous a dit, non, en fait, ce n'est pas possible. J'aimerais bien amener le public coréen chez nous. Ouais, donc il a été reçu vraiment comme pop star, rock star.
Allez, on va écouter un peu de musique, un peu de jazz. On va écouter Winston Marsali. C'était l'an dernier au festival Jazz in Marciac. Et peut-être que sa trompette le fera venir. La trompette de Winton Marsali, c'était l'an dernier au festival Jazz in Marciac. Et on l'a dit, Jean-Louis Guillaumont. La France compte un nombre impressionnant de festivals. Beaucoup sont extrêmement renommés. Pour en citer quelques-uns, Défense Jazz Festival, Jazz sous les pommiers, Jazz à Vienne, Jazz à Juance, à Juance, à Juance, à Nice, Jazz Festival, et bien sûr, Jazz in Marciac. Comment est-ce que ces festivals reçoivent le soutien du secteur public ?
Est-ce que c'est aussi grâce à ce soutien particulier, singulier, que ces festivals peuvent surgir et continuer de vivre dans le temps ?
Oui, beaucoup de ces festivals ont été accompagnés dans le temps par l'État, les collectivités. Je crois que c'est ce qui a permis, je vais dire, de dynamiser ce secteur de la culture. Donc aujourd'hui, au terme d'une période particulièrement éprouvante, celle de la Covid-19 que nous avons traversée, beaucoup de manifestations reprennent vie et retrouvent leur public, retrouvent des niveaux de fréquentation équivalents à ceux qui existaient antérieurement, c'est-à-dire dans la période pré-Covid. Et il est heureux de constater aujourd'hui que ce soutien de l'État et des collectivités a permis de sauver, je vais dire, le réseau des festivals français.
Et aujourd'hui, nous assistons à une montée en puissance dans nos initiatives, un retour, je vais dire, aux pratiques antérieures, un retour de nos publics. Et je crois que c'est d'excellent augure pour l'avenir de cette musique.
Beaucoup de directrices, de directeurs de festivals de jazz en France évoquent néanmoins des complications budgétaires, des tensions dans ce domaine avec évidemment des coûts qui augmentent d'une manière importante du fait de l'inflation, de la guerre en Ukraine, de la crise sanitaire. Et d'un autre côté, des ressources, elles, qui ne suivent pas. Est-ce que d'abord, c'est-ce que vous vivez à Martiac, Jean-Louis Guillaumont ? Et d'autre part, est-ce que vous êtes d'accord d'une façon plus générale, au-delà de votre propre festival, avec cette idée et cette tendance ?
C'est une réalité à laquelle nous sommes confrontés, c'est-à-dire une évolution de nos coûts. La crise de la Covid-19, la guerre en Ukraine et tous les événements que vous avez cités ne sont pas étrangers à cette évolution sensible des coûts. Nous essayons d'y faire face. Bon, le retour de nos publics permet de le faire pour partie, mais il y a de soi que nous devrons être accompagnés de façon plus marquée dans les temps à venir pour continuer d'occuper la place que nous occupons aujourd'hui et pour permettre à nos festivals de retourner à une économie, je veux dire, qui correspond véritablement à celle qui existait antérieurement.
Donc, après un engagement très fort de l'État et des collectivités pendant une période, celle de la Covid-19, nous assistons aujourd'hui à une pondération, je veux dire, sensible des aides, et ceci risque d'être préjudiciable à nos festivals. Donc, ce que j'appelle de mes voeux, c'est une présence plus marquée à nos côtés de l'État et des collectivités, de telle sorte à ce que nous puissions préserver ce phénomène que vous décrivez depuis quelques minutes, c'est-à-dire cet ensemble de festivals qui fait la richesse, je veux dire, de notre activité culturelle.
Dans le succès, dans la densité même de ces festivals de jazz en France, on a évoqué l'importance des amateurs, des passionnés de jazz, l'importance de l'État, il faut dire aussi un mot, Younsona, des bénévoles, vous vouliez parler justement de leur dynamisme, et c'est eux aussi qui portent un peu partout en France ces festivals.
Oui, en fait, des fois, quand je vais dans des festivals comme Jazzy Maciak, j'ai l'impression d'être plus qu'un habitant, qu'une artiste, et en fait, tous les bénévoles que je rencontre dans tous les festivals, en fait, ils m'ont reçu comme si je faisais partie de leur famille. En fait, ils étaient tellement adorables, ils me soutenaient, ils étaient là, en fait, je pouvais sentir leur passion, leur, comment dire, leur amour, donc je les remercie vraiment, c'est grâce à vous que tous ces festivals existent, oui.
Eh bien, le message est transmis au micro de France Culture ce matin, Jean-Louis Guillaumont. Pourquoi avoir demandé cette question ? Peut-être le fera venir, car nous l'attendons toujours. Pourquoi vous avez demandé à Winton Marsalis d'être l'ambassadeur du festival Jazz in Martiak ? Pourquoi un Américain pour présenter un festival français ?
Eh bien, parce qu'il est un ami fidèle de notre festival. Il vient d'arriver, il est à mes côtés. Je salue la présence, donc, de notre ami Winton. Eh bien, alors, je lui... Winton s'est engagé depuis l'origine, je vais dire, dans le cadre de notre festival, en devenant président d'honneur, à la suite de Bill Coleman et de Guy Laffitte, qui étaient présidents d'honneur. Et il s'est engagé également en matière de formation, dans le cadre des ateliers d'initiation à la musique de jazz, en nous permettant, je vais dire, d'emblée de connaître un succès considérable auprès de nos jeunes musiciens. Et je crois qu'il est le mieux placé pour en parler.
Eh bien, justement, bonjour, Winton Marsalis. Merci de nous avoir rejoint. Et une première question, pourquoi vous avez accepté la lourde charge d'être ambassadeur du festival Jazz in Martiak ?
Ça fait quelques trente années que je viens. Ça fait vraiment une relation de très longue date que j'ai avec le festival de Jazz in Martiak. Et quand je suis venu pour la première fois, ce festival m'a été quelque chose qui était très local. C'était un petit festival où la communauté se retrouvait.
Martiak, il faut rappeler, c'est un village d'un peu plus de mille habitants. C'est une commune du Gers. Comment vous expliquez, Winton Marsalis, que des artistes du monde entier, venus des Etats-Unis, de Corée, d'Australie, d'Afrique, viennent à Martiak pour jouer du Jazz ? Qu'est-ce qui s'y passe de si singulier ?
Je crois que le sentiment initial, c'était Bill Coleman qui l'avait créé. Les premiers citoyens, les premiers habitants du village ont fait venir des musiciens, des musiciens qui sont venus et le public était au rendez-vous. Ce public-là avait un tel sentiment profond pour la musique, un tel attachement. Cet attachement s'est développé, s'est traduit par justement l'arrivée des musiciens du monde entier.
Ce public, il est différent, Winton Marsalis, de celui que vous rencontrez, que vous côtoyez aux Etats-Unis ? Ou au fond, c'est un peu le même, ça reste un peu partout dans le monde des passionnés de jazz et de votre musique ?
Vous savez, les gens sont un petit peu les mêmes partout, ce serait faux de ne pas le dire. Mais enfin, chaque public préfère à sa propre préférence. Alors est-ce que, à mesure que le jazz devient un peu la musique pop, elle commence à se ressembler un peu partout, alors là, évidemment, les fans finissent eux aussi par se ressembler. Alors, je ne dis pas que ce soit bien ou mal, mais effectivement, l'évolution qu'on a constatée, c'est qu'on s'éloigne quand même un petit peu du jazz pour créer des festivals qui attirent plutôt les groupes de rock. C'est un peu ce qui se passe à la Nouvelle-Orléans. Moi, je viens de la Nouvelle-Orléans, j'en sais quelque chose.
Alors, effectivement, s'il y a plus de monde, eh bien, la culture, quand même, se délite peu à peu. Malheureusement, c'est une tendance qu'on constate un peu partout. C'est difficile de conserver l'intégrité initiale, parce que souvent, ça veut dire qu'il y a moins, finalement, d'auditeurs.
Vous regrettez, par exemple, même à Marciac, dont son président nous a dit tout à l'heure que la programmation avait évolué dans le temps qu'elle s'était ouverte à d'autres styles de musique, au-delà du jazz. Est-ce que vous regrettez, justement, peut-être, les premières années où il y a une forme de nostalgie, lorsque c'était du jazz et uniquement du jazz ?
Alors, je ne dirais pas que je suis nostalgique de cette période, parce que moi, vous savez, je suis américain. Et pour un Américain, on trouve que tout évolue, et on ne va pas dire que c'était mieux avant. Pour autant, le commercialisme, c'est un petit peu la voie du monde, et il faut le reconnaître. On serait un peu naïf, on serait un peu enfantin de ne pas reconnaître que le monde est commercial. Mais moi-même, je suis artiste, je suis musicien de jazz, et je représente cette tradition musicale à laquelle je crois. J'en suis très fier. Et puis, c'est une forme de musique qui nécessite un véritable engagement, une éducation. Et puis, c'est une musique qui doit être cultivée.
Et alors, cette tendance que l'on voit actuellement, et ça ne concerne pas que le jazz, ça concerne toutes les formes d'art, où on commercialise tout. Et malheureusement, ça touche même les États, les gouvernements du monde entier. C'est une évolution naturelle. Nous luttons contre cette tendance. Je ne suis pas nostalgique, mais c'est un combat de tous les jours. Et moi, je me rappelle, quand j'avais 12 ou 13 ans, c'était différent. Mais bon, chacun a sa propre mission dans la vie. Nous avons des missions différentes. Et à mesure qu'adultes, nous acceptons le monde, on voit qu'il y a des perspectives différentes.
Ça ne veut pas dire que nous abandonnons le combat, que nous renonçons à nos concepts d'intégrité. On n'est pas simplement les spectateurs passifs de cette érosion qui disons, ben voilà, c'est comme ça. C'est vrai des festivals de jazz, c'est vrai des systèmes d'éducation, c'est vrai également des processus politiques qui évoluent dans ce sens. Les traditions partout, même la cuisine partout, vous allez, vous verrez, cette tendance se retrouvée. Si vous n'avez pas des citoyens concernés, les valeurs se délitent.
Beaucoup de métaphores et de liens entre le jazz et la cuisine ce matin. Merci beaucoup à tous les deux. Jean-Louis Guillaumont, je rappelle que vous êtes maire de Marciac, président du festival Jazz in Marciac dont nous traversons la 45e édition cette année. Merci beaucoup à Winston Marsalis de nous avoir rejoints ce matin. Je rappelle que vous êtes trompétiste de jazz, directeur du département jazz de la Dulliard School, ambassadeur du festival Jazz in Marciac. Merci à Robert Wolfenstein de vous avoir traduit. On garde avec nous, on a la chance de garder avec nous, Youn Sonna qui, à partir de 8h50, nous donnera dans ce studio un concert.
Vous écoutez France Culture, nous sommes un peu en retard, il est 8h41. Youn Sonna, merci beaucoup d'être restée avec nous ce matin. Merci beaucoup. Vous êtes chanteuse jazz coréenne, je le rappelle, et vous allez nous chanter dans quelques instants une reprise. Je voulais d'abord, avant cela, vous interroger sur l'importance des reprises dans votre travail, dans votre œuvre, et notamment des reprises populaires. Pourquoi en faire à ce point ?
En fait, le jazz m'a permis de vraiment cuisiner à ma façon avec un morceau qui existe déjà. Bon, on ne pourra jamais mieux faire que l'original, mais en tout cas, pour nous, la reprise, c'est comme si c'était un laboratoire. Vous pouvez essayer plein de choses, et là, petit à petit, on trouve notre propre bois.
Le jazz, les techniques, ces grilles de lecture, ces méthodes, Youn Sonna, ça vous permet d'augmenter ces classiques populaires ?
Oui, c'est vrai. En fait, il y a, je ne sais pas, il y a plein de possibilités. Après, quand j'ai écouté My Favorite Things, John Coltrane, je pensais que c'était un autre morceau, parce qu'on connaissait tellement bien le morceau qui vient de Mélodie de Bonheur. Mais voilà, c'est ça, en fait, la beauté du jazz. En fait, on peut faire, comment dire, revivre un morceau. Et après, on aime plus en plus. Et c'est des différentes versions des reprises, en fait, qui m'ont permis de trouver ma voie.
Alors, pour ce petit concert que vous allez donner pour les auditeurs de France Culture, vous êtes venue avec une petite boîte. Est-ce que vous pourriez, avant même de vous diriger vers le micro, la décrire pour les auditeurs qui ne voient pas comme moi ce que j'ai sous les yeux ?
Oui, en fait, c'est une boîte à musique que j'ai achetée à Paris. En fait, il y a une partition, une vierge. En fait, je poinçonne des trous et ça fait des notes. Je pense que vous connaissez mieux que moi, non ?
Mais je vous invite à vous diriger vers le micro, Youn Sonna, et vous allez interpréter un classique qui s'intitule Killing Me Softly With His Song. C'est une chanson qui est sortie en 1972, composée par Charles Fox, écrite par Norman Jimbole, en collaboration avec Laurie Lieberman, qui l'a enregistré fin 1971. Nous vous écoutons.
C'était extrêmement émouvant,
touchant. Merci beaucoup de nous avoir donné ce concert, Youn Sonna, en studio. Merci. J'imagine, de la part des auditeurs de France Culture, en tout cas en régie, l'ensemble des équipes sont absolument ravies. Cette petite boîte que vous avez, elle ressemble en fait à un orgue de barbarie.
Oui, tu sais pas.
C'est le même fonctionnement. Et cette chanson que vous avez interprétée, elle a été interprétée à l'occasion, je le disais, par Roberta Flack, puis par les Fudjis au milieu des années 90. C'est une chanson qui a accompagné notre adolescence, notre enfance, sans doute avec Mélanie. Pourquoi vous l'avez choisie spécifiquement cette chanson ?
En fait, justement, grâce au festival de jazz en France, j'ai pu voir Roberta Flack en personne. Donc, c'était... Donc, je me rappelle toujours cette soirée. Pour moi, c'était comme si c'était des rêves, mais c'était la réalité. Donc, depuis ce moment-là, en fait, je me suis dit un jour, j'aimerais bien reprendre ce morceau, « Mais comment ? »
Et voilà, quand j'ai... Oui. Il faut peut-être rappeler aux auditeurs, me rappeler aussi d'ailleurs qui est Roberta Flack, cette chanteuse de jazz américaine.
Je pense que vous connaissez tellement bien. En fait, c'est une chanteuse de, je ne sais pas, jazz, pop, soul. En fait, c'est une chanteuse qui joue aussi très bien le piano. En fait, quand j'ai écouté ce morceau, c'était justement, elle était en train de s'accompagner elle-même. Donc, je pense que vous pouvez trouver très facilement sur Internet ces morceaux.
Une dernière question pour les auditeurs qui souhaiteraient vous écouter directement en concert en France. Où doivent-ils se rendre et quand ?
Je joue le 5 août à Gordes. C'est un cadre tellement magnifique. Oui, j'aimerais bien, vous pouvez venir.
Merci beaucoup avec un immense plaisir et puis un immense plaisir que vous nous avez donné ce matin avec ce concert, Junsona. Merci beaucoup d'être venu dans les matins d'été de France Culture. Merci beaucoup.