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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 27 mai 2025 7 minContradictoireFond programmatiqueÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergie

"Nous n'avons pas les mêmes façons d'exploiter les mines", explique Christel Bories, présidente du conseil d'administration d'Eramet

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:00InvitéFait
    « Eramet exploite la plus grosse mine de manganèse au monde au Gabon et partenaire de la plus grosse mine de nickel au monde en Indonésie »

Temps de parole

  • Invité62 %
  • Présentateur38 %

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0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, vous ne connaissez sans doute pas le nom de cette entreprise française et pourtant elle est essentielle à la fabrication des batteries de vos voitures électriques et de vos téléphones portables. Il s'agit d'Eramet qui exploite des gisements de minerais à travers le monde nickel, lithium, manganèse. Bonsoir Christelle Bory. Bonsoir. Invité Co de France Info ce soir, il y a 24 heures encore, vous étiez le PDG d'Eramet. Hier, lors de son assemblée générale, l'entreprise a scindé la fonction en deux et vous êtes désormais présidente du conseil d'administration avec un directeur général, Paolo Castellari. 2017-2025, PDG pendant 8 ans, donc vous avez transformé Eramet.

Vous êtes passé de la métallurgie à la mine. Pourquoi se tournant à ce moment-là, l'urgence de s'approprier des métaux critiques n'était pourtant pas la même à l'époque, j'imagine ?

1:02
Invité

Alors, effectivement, l'urgence n'était pas la même à l'époque, mais on commençait à anticiper le virage. Et c'est vrai que Eramet était surtout une entreprise assez franco-française et très focalisée sur la transformation des métaux. Mais elle avait dans son portefeuille des gisements fabuleux de manganèse, de nickel, de lithium, pas exploitées ou peu exploitées parce qu'elle était surtout focalisée sur la métallurgie alors que ces métaux sont les métaux critiques de la transition énergétique. Donc, ma stratégie a été assez simple.

Elle a été, en fait, de céder les activités de transformation métallurgique et de focaliser le développement de l'entreprise sur le développement de ces gisements qui sont vraiment de tout premier rang, parmi les meilleurs au monde. Aujourd'hui, donc, Eramet exploite la plus grosse mine de manganèse au monde au Gabon et partenaire de la plus grosse mine de nickel au monde en Indonésie. Et on vient d'ouvrir un des plus gros gisements au monde de lithium en Argentine.

2:04
Présentateur

On peut dire donc que vous avez eu du nez puisque les besoins en métaux critiques ont augmenté de façon considérable en même temps.

2:11
Invité

Et c'est vrai que quand j'ai rejoint Eramet, honnêtement, quand on parlait de sécurisation des métaux critiques en Europe, on nous regardait avec un drôle de regard. Aujourd'hui, évidemment, le regard est très différent. On a compris l'importance de ces chaînes de valeurs, l'importance de la souveraineté en métaux critiques. Et donc, Eramet, là maintenant, a un rôle effectivement très stratégique à jouer pour l'alimentation des chaînes de valeurs occidentales.

2:36
Présentateur

Alors, sachant que la Chine exploite quasiment la moitié des gisements de minerais dans le monde, vous exploitez, vous l'avez mentionné, un gisement de nickel en Indonésie avec un groupe chinois. Pourquoi est-ce que vous êtes allé à un chinois ?

2:54
Invité

Alors, en fait, c'est que...

2:56
Présentateur

J'imagine que c'est un des premiers groupes mondiaux.

2:58
Invité

Oui, alors, en 2016, c'était encore une mine qui appartenait à 100% à Eramet. À l'époque, Eramet a eu des problèmes financiers. Et elle a dû céder la majorité de cette mine à ce partenaire chinois. Et donc, nous l'avons effectivement ouverte et développée depuis. Mais clairement, c'est quelque chose qu'on ne souhaiterait pas renouveler dans l'avenir. Et ayant transformé... Vous êtes désengagée, hein ?

3:22
Présentateur

Vous êtes désengagée. Il y avait une autre mine que vous exploitiez avec le même groupe.

3:25
Invité

Et là, on a racheté les 100%.

3:29
Présentateur

Alors, pourquoi est-ce que vous ne souhaitez pas, Christelle Bory, renouveler l'expérience ? Est-ce qu'en gros, vous n'avez pas les mêmes façons d'exploiter les mines ?

3:35
Invité

On n'a pas les mêmes façons, forcément, d'exploiter les mines. Et puis, notre vocation est d'être un opérateur minier. Donc, on préfère être majoritaire. Et on préfère pouvoir appliquer nos standards, qui sont des standards de la mine responsable, parmi les plus exigeants au monde. Et c'est vrai que c'est plus confortable quand on est aux manettes.

3:57
Présentateur

Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, vous préférez exploiter vos mines tout seul. Dans les projets à venir, il y a donc une mine de lithium au Chili. Il y a un savoir-faire français, vous avez commencé à le dire. En gros, vous êtes moins gourmand en eau, plus acceptable socialement aussi ?

4:14
Invité

Alors, nous avons développé une technologie qui était une technologie d'extraction directe, qui évite les grands bassins d'évaporation, qui sont très consommateurs, non seulement en eau, mais en ressources, puisqu'en fait, le rendement est bien inférieur. Donc, il faut pomper, en gros, deux fois plus de saumures pour avoir une quantité de lithium. Nous, on a une technologie qui est à la fois économe en eau et qui a un très bon rendement. Donc, on pompe le juste nécessaire pour produire le lithium dont on a besoin. Cette technologie, elle vient de rentrer en service dans cette nouvelle usine que nous avons développée en Argentine, sur un salaire argentin.

Et c'est la technologie que l'on veut développer maintenant sur les nouveaux projets que nous aurons potentiellement au Chili.

4:57
Présentateur

Et donc, parlons de l'Europe maintenant. L'Europe qui s'est fixé des objectifs sur les matériaux critiques. 10% des métaux consommés doivent être extraits de son sol d'ici 2030. Est-ce que c'est réalisable ?

5:08
Invité

Alors, c'est ambitieux, on va dire. C'est ambitieux, mais déjà, on voit que c'est que 10%. Non, mais déjà, 10% est-ce qu'on peut le faire ? Effectivement, ça correspond à peu près à la géologie. L'Europe n'est pas très riche dans ces matériaux. Et effectivement, on n'a plus vraiment de tradition minière en Europe. On a peu d'acteurs miniers. Mais enfin, on avoue, on a Eramet. Absolument, il y a Eramet, il y a quelques autres acteurs. Mais c'est vrai que l'acceptation sociale et sociétale de la mine traditionnelle en Europe est assez faible. On est sur un continent qui est très peuplé. Et donc, c'est comme certains renouvelables ou les éoliennes.

Tout le monde est pour, sauf qu'on ne veut pas les avoir à côté de chez soi. Et donc, c'est compliqué de développer de la mine traditionnelle en Europe aujourd'hui.

5:55
Présentateur

Vous avez un projet de lithium géothermale en Asens. Comment ça se passe ?

5:59
Invité

Alors, ce n'est pas de la mine traditionnelle, justement, parce qu'on extrait de la saumure qui est déjà pompée actuellement dans le sous-sol pour faire de la géothermie. Donc, tout se passe dans le sous-sol. Il n'y a pas, en fait, d'exploitation minière traditionnelle. Et on pompe cette saumure, on récupère la chaleur et on récupère le lithium qu'il y a dedans. Et on la réinjecte dans le sol. Il y a très peu d'emprise au sol. Donc, ça va marcher, ça, Christelle Goury ? Alors, ça, la technologie marche. Les saumures ne sont pas à très forte teneur. Donc, il va falloir faire des investissements importants pour pouvoir avoir une production qui soit importante également.

Mais la technologie peut marcher. Et surtout, l'empreinte environnementale et sociale est assez faible. Donc, c'est une acceptabilité. Ça fait partie des solutions que l'on peut avoir en Europe.

6:52
Présentateur

Pour pouvoir atteindre ces 10% des matériaux consommés extraits sur le sol européen d'ici 2030. Merci beaucoup, Christelle Goury, présidente du conseil d'administration d'Eramet. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir. Merci beaucoup, Christelle Goury.