Maud Gatel, députée MoDem de Paris | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Dans une autre vie, elle a été une pro de la com, mais en politique, ne comptez pas sur elle pour faire des coups d'éclat. Mon invitée assume un style à la fois sérieux et plutôt discret. Générique ...
Bonjour, Maud Gatel. -Bonjour. -Vous êtes députée MoDem de Paris, mais votre engagement politique a d'abord été marqué par une passion pour l'Europe qui remonte à loin.
Elle remonte à ça. Expliquez-nous. -Alors c'est l'album Panini que ma maman m'a offert quand j'étais très jeune.
Je pense que j'avais 9, 10 ans. Parce que j'ai développé assez tôt une passion pour l'Europe en construction, je pense en lien avec la chute du Mur qui m'avait marquée. -J'allais vous demander : si c'était un album de foot, vous seriez footballeuse ?
Mais la passion pour l'Europe a précédé l'album. -Oui, en tout cas, c'est comme ça que je me souviens des choses. C'est vrai que j'avais été très marquée par cette réconciliation des peuples, qui avait, chez moi, eu beaucoup, beaucoup d'échos. -Et de fil en aiguille, c'est ce qui vous a amenée à vous intéresser à la politique très jeune ? -C'est vraiment mon engagement.
L'engagement européen, c'est celui qui demeure. J'avais un engagement pour l'environnement, aussi, très, très jeune. Je me passionnais déjà pour la question des déchets et du recyclage, et finalement, j'ai mes deux piliers : l'environnement et l'Europe. -Et la politique en général, parce que je crois que dès l'âge de 9 ans, vous vous êtes passionnée pour la présidentielle de 1988 : François Mitterrand face à Jacques Chirac.
Ca a continué pour vous au collège et au lycée, mais vous dites que la politique, pour vous, c'était un spectacle, et que vous ne vous imaginez pas forcément monter sur scène pour être une actrice de ce spectacle. Pourquoi ? -Je considérais que la politique, c'était pas pour moi.
C'était un intérêt très fort. Effectivement, je m'intéressais beaucoup à l'actualité. Je me souviens très bien de ces images, mais je voyais ça comme quelque chose d'extérieur à moi.
Je n'étais que spectatrice et non pas actrice. -C'était une forme d'autocensure, liée, je sais pas, à votre environnement social ? -C'était peut-être une autocensure, en tout cas, je ne voyais pas le chemin pour moi, pour y prendre part. -Vous pensez que c'est encore valable pour les jeunes, cette idée que la politique est réservée à une certaine catégorie de la population ? -Oui, et je pense qu'il y a beaucoup d'autocensure, y compris aujourd'hui.
C'est la raison pour laquelle je travaille, justement, à ouvrir la politique sur la société, pour donner l'envie, le goût, mais surtout les clés pour celles et ceux qui veulent s'engager ou qui le sont déjà. -Vous faites quoi, concrètement ? -C'est un peu de la politique hors les murs.
C'est montrer qu'il y a différentes formes d'engagement qui peuvent prendre une forme politique - c'est pas à la place - mais une forme politique et que ce milieu n'est pas fermé, pas réservé à quelques-uns, mais qu'il est le plus ouvert possible, et je travaille à ce qu'il le soit encore davantage. -Vous avez fait les études dont vous rêviez : Sciences Po à Bordeaux. Peu après, vous avez décroché un stage auprès de Michel Barnier à la Commission européenne, puis Marielle de Sarnez vous a embauchée comme collaboratrice au Parlement européen.
Quel souvenir est-ce que vous gardez de ces 7 années passées avec Marielle de Sarnez ? -Je garde...
D'abord, elle m'a beaucoup, beaucoup appris : la rigueur, toujours le souci du détail, et puis je garde aussi...
Je dis souvent que je suis un bébé du Parlement européen : j'ai été élevée à cette culture du compromis, du travail ensemble, de travailler sur des majorités autour de projets communs, et c'est vrai que parfois, j'inspirerais à ce que l'Assemblée nationale s'inspire bien davantage des pratiques du Parlement européen. -Marielle de Sarnez n'était pas n'importe qui chez les centristes : vice-présidente du MoDem, longtemps bras droit de François Bayrou. Elle a été votre mentor, en politique ? -Elle a totalement été mon mentor. -C'était une figure qui était très respectée, mais qui avait aussi la réputation d'être assez exigeante. -Très exigeante, on peut le dire. -C'était parfois compliqué ? -Elle savait absolument ce qu'elle voulait, et elle avait la même exigence pour les autres qu'elle avait à l'égard d'elle-même, et effectivement, le niveau était très élevé, mais je pense que quiconque l'a croisée au cours de sa carrière de femme politique lui reconnaît à la fois cette rigueur, cette exigence pour elle-même avant d'être exigeante pour les autres. -Au bout de 7 ans avec de Marielle de Sarnez, vous avez tourné la page du Parlement européen pour vous lancer dans une carrière dans la communication, chez Tilder puis chez TBWA, qui sont des références dans le secteur.
Vous donniez des conseils à des grands patrons ou à des organismes publics. On est loin de la politique et de ce que vous faisiez avant. Pourquoi ce choix-là ?
Vous aviez envie de changer d'air ? -Non, en fait, c'est la politique qui m'a attrapée à un moment où je ne m'attendais pas du tout à avoir cette opportunité. J'ai énormément appris et apprécié ces 7 années passées à côté de Marielle de Sarnez, mais j'ai toujours voulu avoir un vrai métier. -C'est-à-dire ?
Gagner votre vie indépendamment de la politique ? -Absolument. D'ailleurs, je considérais que c'était compliqué d'être à la fois payée par la politique comme salarié, et élue.
J'aspirais, effectivement, à me présenter à des élections, et j'ai toujours beaucoup apprécié la communication et je pense qu'on peut faire de grandes choses avec les organisations, les entreprises, et je pense avoir aussi servi l'intérêt général à travers mon engagement auprès de grands dirigeants d'entreprise. -En parallèle de la com, vous êtes restée engagée en politique, mais vous êtes passée au niveau local. Vous avez été élue conseillère de Paris.
Vous avez pris la tête du MoDem à Paris. J'ai même lu que vous n'excluiez pas de vous présenter comme candidate à la mairie de Paris plus tard. -J'aime infiniment cette ville qui m'a adoptée il y a 25 ans, maintenant, et je souffre beaucoup de voir se dégrader notre patrimoine, qu'il soit architectural, végétal, et de voir que chaque année il y a 12 000 Parisiens qui quittent la ville, parce qu'ils aspirent à autre chose, et je pense qu'on a besoin d'une grande ambition pour Paris.
Je continuerai à la porter et prendrai ma part aux changements que je souhaite. -Vous avez de grandes ambitions politiques, c'est légitime. Vous occupez des fonctions importantes : secrétaire générale du MoDem, mais vous êtes très discrète dans les médias.
Pour une pro de la com', ça peut surprendre. Pourquoi cette discrétion ? -C'est pas une discrétion voulue, c'est une discrétion qui, finalement, est le fait de beaucoup de choses à faire et d'un emploi du temps chargé, mais ça n'est pas revendiqué. -Vous ne réservez pas une place dans votre agenda aux médias ? -Alors, pas suffisamment, en tout cas.
Je compte bien... -Vous aimez pas aller sur un plateau télé... -Si, j'aime bien ça pour aller défendre des convictions.
J'aime beaucoup, effectivement, les sujets de fond. J'aime pouvoir débattre sur des idées et je devrais faire un peu plus de place dans mon agenda aux sollicitations médias. -Marielle de Sarnez est revenue dans votre vie en 2017.
Aux législatives, elle vous a proposé d'être sa suppléante, à l'occasion de ce scrutin. Vous avez dit non deux fois, puis oui, la troisième fois. Pourquoi avoir refusé ? -Elle m'a proposé, parce que j'étais présidente du MoDem Paris et j'avais été candidate sur cette circonscription cinq ans auparavant, mais moi, j'aspirais à poursuivre ma carrière professionnelle.
Elle avait...
C'était à la suite de l'élection d'Emmanuel Macron. Elle allait prendre de grandes responsabilités. C'était pas, pour moi, le moment, mais Marielle, on lui résistait jamais longtemps et j'ai fini, oui, par lui dire oui. -Marielle de Sarnez est décédée d'une leucémie foudroyante en janvier 2021.
Il y a eu, évidemment, le choc, l'émotion, et très vite, le moment du choix pour vous, qui étiez sa suppléante. En quelques jours, vous avez dû décider, soit de siéger à l'Assemblée, en tant que députée, soit de rester dans la communication où vous étiez promise à une carrière brillante. Ca a été un choix difficile à faire, pour vous ? -Ca a été un moment d'abord très difficile, parce que quand vous perdez quelqu'un d'aussi important pour votre famille politique et pour vous-même, c'est difficile.
Il y a pas pire manière d'entrer à l'Assemblée que d'entrer à l'Assemblée nationale à la suite du décès de la personne qui vous a tout appris. Le choix a été compliqué, mais il s'est finalement assez rapidement imposé, dans la mesure où je considérais qu'il y avait une suite à donner au parcours de Marielle et que mon engagement politique pouvait aussi prendre cette forme-là. -Vous avez fait vos débuts à l'Assemblée dans des conditions difficiles liées d'abord au décès de Marielle de Sarnez, mais c'est aussi que vous avez dû monter dans un train en marche sur une législature engagée depuis trois ans.
Comment ça se passe, concrètement, quand on débarque comme ça, alors que tout le monde est rodé ? -Quatre ans, même. -Quatre ans, oui. -On essaie de se faire sa place en restant sur ses propres fondamentaux.
J'ai eu la chance d'être très bien accueillie par mon groupe et par Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des Affaires étrangères, qui m'a confié un rapport qui avait été souhaité par Marielle de Sarnez sur l'autonomie stratégique de l'Union Européenne, qui est effectivement un domaine de compétences et une passion pour moi, donc je me suis...
J'ai fait ma place aussi sur un sujet que je connaissais bien et qui m'intéressait beaucoup. -Vous avez été réélue en faisant campagne sur votre propre nom, puis en tant que suppléante. Vous menez de front trois engagements : députée, présidente du groupe MoDem au conseil de Paris et secrétaire générale du MoDem.
Vous qui vouliez garder un travail pour ne pas vivre de la politique, c'est un peu raté, là. -C'est un peu raté, effectivement, c'est un peu raté, mais c'est le moment. J'ai aussi vraiment envie de m'engager complètement.
Quand j'essaie de faire les choses, je les fais à fond. Ca demande, oui, une organisation assez militaire, pour faire en sorte de mener à bien ces trois missions qui me tiennent toutes très à coeur. -On va passer à notre quiz à présent.
Vous allez devoir compléter les phrases que je vais vous proposer. Vous avez droit à un quiz spécial pro de la com'. Voilà, c'est comme ça.
Vous êtes prête ? C'est parti. "Pour déstabiliser Rachida Dati "dans un débat, il faut..." -Il faut...
Euh...
C'est pas si compliqué. -Ah oui ? -Oui. -Vous l'avez fait ? -Elle a une incroyable répartie, mais on peut la déstabiliser. -Comment ? -En rappelant des prises de position passées de sa part. -"En com', les députés "devraient prendre exemple sur..." -Sur la technique de com', malheureusement, sur La France Insoumise.
Sur la forme, pas le fond. -Il y a une performance dans ce domaine ? -Qui est ancienne, qui remonte à extrêmement longtemps, mais la création de ces communautés qui datent de 2012, aujourd'hui, on voit... -Leur présence sur les réseaux sociaux ? -Le travail mené depuis longtemps porte ses fruits aujourd'hui. -"Pour s'imposer en politique, Maud Gatel devrait..." Donc là, c'est la conseillère com' face à Maud Gatel. -Donner plus de temps dans son agenda aux médias. -Ah, vous le reconnaissez.
Une dernière question pour finir. Je m'adresse à nouveau à la pro de la com'. Quel conseil vous êtes-vous donné avant de venir ici ? -Euh...
D'essayer de répondre le plus...
De manière la plus courte possible. -Merci beaucoup, Maud Gatel, d'être venue. -Merci à vous.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Marielle De Sarnez