"L'accord de Paris a été utile, chaque dixième de degré compte", estime le président du Haut Conseil pour le climat
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« On a échoué sur l'objectif de 1,5 degré. »
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« On estime qu'il va être ramené à environ 2,5 ou 2,8 degrés en moyenne des modèles. »
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« L'accord de Paris a été utile parce que chaque dixième de degré compte. »
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France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Et votre invité Marion est président du Haut Conseil pour le Climat.
Un regard précieux en ce dixième anniversaire de l'accord de Paris sur le climat. Vous venez de rentrer en studio. Bonjour Jean-François Soussana.
Bonjour.
Alors on se souvient de cet accord issu de la COP21 en France. Laurent Fabius devant les représentants de 200 Etats, son petit marteau au Bourget pour valider ce texte qui vise à limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés maximum par rapport à la période pré-industrielle et continuer les efforts pour rester même à 1,5 degré à la COP30 de Bélème. Il y a un mois, même le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a reconnu qu'on a échoué sur l'objectif le plus ambitieux. Nous avons échoué, ce sont ces mots. On ne peut donc pas vraiment dire joyeux anniversaire à l'accord de Paris.
Alors effectivement, on a échoué sur l'objectif de 1,5 degré. Il va être dépassé dans la décennie qui vient. Mais sans l'accord de Paris, le réchauffement global aurait atteint plus 4 degrés à la fin du siècle. Et aujourd'hui, on estime qu'il va être ramené à environ 2,5 ou 2,8 degrés en moyenne des modèles. Alors c'est évidemment insuffisant et on a toujours une augmentation des gaz à effet de serre. Il faut donc renforcer les efforts. Mais depuis 2015, 60 pays ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre. 107 pays ont adopté des engagements pour la neutralité carbone.
Et suite à la COP30 qui s'est passée à Belém, compte tenu des nouveaux engagements nationaux, on estime que les émissions mondiales vont baisser en 2035 de 19% par rapport à 2019. Donc c'est tout de même encourageant. L'accord de Paris a été utile parce que chaque dixième de degré compte.
Juste une chose, Jean-François Soussana, ça veut dire qu'effectivement ça nous a permis de ralentir les émissions, mais que finalement l'objectif, il reste atteignable ou pas ?
L'objectif de 2 degrés reste sans doute atteignable. L'objectif de 1,5, on va dépasser 1,5 ou on sera à 1,5 et un petit peu plus. Après on peut y revenir, mais ce sera plus tard, à condition d'absorber massivement du CO2. Et ça, ça demandera des efforts encore plus importants. Mais si vous voulez, il faut aussi situer ce que cela représente pour la France. Si on atteignait 3 degrés au niveau mondial, et bien comme l'Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite, en France ce serait 4 degrés. Ça veut dire une multiplication du nombre de vagues de chaleur.
Et vous voyez sur cette trajectoire, qui est aussi la trajectoire de référence pour l'adaptation, on aurait 3 fois plus de vagues de chaleur en 2030, 5 fois plus en 2050, 10 fois plus en 2100. C'est d'énormes impacts sur la santé, sur l'eau, sur les écosystèmes.
Je reviens en un mot sur quelque chose que vous venez de dire. Si on voulait respecter finalement le seuil de 1,5 qui est franchi, il faudrait absorber du CO2, c'est-à-dire développer des technologies qui permettraient de capter, de stocker ce CO2 ?
Ça, ça va être plutôt pour le long terme. Il faudra effectivement qu'on arrive, si on veut rester à 1,5 degré plus tard, à une absorption massive de CO2, si possible par les écosystèmes, mais aussi par des technologies où on pourra stocker ce CO2, peut-être sous forme liquéfiée dans des réservoirs géologiques.
Alors, il faut expliquer le fonctionnement de cet accord de Paris. C'est que chaque État fixe ses objectifs pour parvenir à respecter l'accord. Est-ce que les États jouent le jeu ?
Alors, les États, pour certains, sont en train d'accélérer. L'Union Européenne a effectivement pris des engagements qu'il est important de rappeler. Ils ont été négociés en fin d'année. C'est les engagements pour 2040. Donc, dans la loi sur le climat, nous sommes engagés pour la neutralité carbone en 2050, mais il y avait un jalon 2040 qui devait être fixé. Il a été fixé à moins 90% d'émissions par rapport à 1990, avec une flexibilité tout de même, c'est d'acheter des crédits carbone internationaux jusqu'à hauteur de 5%.
Ça, ça veut dire qu'on paye pour pouvoir émettre du carbone ?
Ça veut dire que plutôt que d'avoir toute notre réduction sur notre territoire, eh bien, on va acheter à des pays qui peuvent générer des crédits carbone internationaux. Ça nous inquiète en tant que scientifiques parce qu'on dit attention à l'intégrité environnementale de ces crédits carbone, attention aux effets sur les communautés locales, etc. On est plutôt dans le contexte de pays avec des forêts tropicales, des choses comme ça, pour ces crédits.
La France doit publier aujourd'hui sa stratégie de lutte contre le changement climatique. Les premiers éléments sont dans le journal Les Echos. Le Quotidien, il parle d'un plan très ambitieux. L'objectif, c'est toujours la neutralité carbone en 2050. Pour ça, ça passe par une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 5% par an, c'est l'objectif. Avec, par exemple, une électrification du parc automobile, il faudrait vendre deux tiers de voitures électriques. La viande, par exemple, n'est pas mentionnée, alors qu'il était question la fin de la consommation de viande, en tout cas limiter la consommation de viande. Ça faisait partie, au départ, du brouillon.
Est-ce que ce plan bas carbone, il serait suffisant pour respecter l'accord de Paris ?
Alors, écoutez, c'est réellement le document qui va être communiqué aujourd'hui. J'y serai tout à l'heure. Et notre rôle, en tant qu'au Conseil pour le climat, ça va être d'analyser ce document et dans un délai de deux mois environ, de fournir un rapport. Donc, je ne peux pas m'exprimer dans le détail, mais je peux juste dire que la stratégie nationale bas carbone est un texte fondamental pour l'action climatique de la France. Il faut absolument que ce texte soit adopté. C'est notre feuille de route, notre compas pour l'avenir. Il va comprendre un volet jusqu'à 2030, mais au-delà de 2030, donc comprendre comment on arrive à cette fameuse neutralité carbone.
Il va prendre un cap également pour l'empreinte carbone, c'est-à-dire, vous savez, l'empreinte, c'est aussi nos importations. Donc, il faut qu'on limite nos effets par les importations. Donc, c'est un texte attendu depuis longtemps et important.
Jean-François Soussana, un dernier petit mot. Vous regrettez que les festivités autour du pacte climatique ne soient pas organisées à l'Élysée comme prévu, qu'elles se limitent au ministère de la Transition énergétique ?
Je pense qu'il y a eu beaucoup d'événements qui n'ont peut-être pas été visibles complément, mais il y a eu beaucoup, beaucoup de choses sur l'accord de Paris. Il y a eu une centaine d'événements qui ont été organisés. Donc, je pense que de ce point de vue-là, on a eu de la communication. Je crois savoir que l'Élysée a aussi organisé quelque chose avec les co-présidents du GIEC, puisque vous savez, la France s'est engagée à accueillir l'ensemble du GIEC qui a été fait la semaine dernière. Donc, il y a eu pas mal de choses.
Mais il n'y a pas eu quand même la commémoration de l'accord, la célébration de l'accord comme prévu.
Effectivement, oui.
Jean-François Soussana, président du Haut Conseil pour le climat. Merci beaucoup d'être venu sur France Inter ce matin.
Bonne journée. Merci. Bonne journée.