Élections locales au Royaume-Uni : Keir Starmer "est en sursis", affirme l'éditorialiste Anne-Elisabeth Moutet
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« ce que ça veut aussi dire, c'est que comme c'était arrivé à Margaret Thatcher alors qu'elle n'avait pas suivi vraiment une défaite électorale locale, elle, la probabilité que Keir Starmer soit virée par son propre parti pour être remplacée par un autre Premier ministre puisque c'est toujours le chef du Parti travailliste ou conservateur du Parti au pouvoir qui est Premier ministre, c'est automatique et très grande. »
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« il aura finalement eu une carrière assez courte. »
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France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Et votre invitée ce matin, Marion, est éditorialiste pour le quotidien britannique, le Daily Telegraph. Bonjour Anne-Elisabeth Moutet. Le Royaume-Uni se réveille ce matin avec un paysage local et politique qui est en pleine recomposition. On est au lendemain d'élections locales à un tour qui ont mobilisé des millions d'électeurs pour renouveler 5000 sièges d'élus locaux et les sièges de parlementaires régionaux. Le dépouillement est toujours en cours. Quel est, selon vous, alors qu'il est le principal enseignement de ce scrutin ?
Écoutez, pour le moment, le principal enseignement de ce scrutin, c'est qu'il n'a pas fallu beaucoup plus d'un an aux travaillistes pour perdre la majorité dans le pays alors qu'ils ont à la Chambre, donc dans les élections législatives, qui eux, elles n'arrivent pas avant 29, une très confortable majorité.
Et ce que ça veut aussi dire, c'est que comme c'était arrivé à Margaret Thatcher alors qu'elle n'avait pas suivi vraiment une défaite électorale locale, elle, la probabilité que Keir Starmer soit virée par son propre parti pour être remplacée par un autre Premier ministre, puisque c'est toujours le chef du Parti travailliste ou conservateur du Parti au pouvoir qui est Premier ministre, c'est automatique et très grande. Et donc voilà, il aura finalement eu une carrière assez courte.
Oui, parce qu'on a les derniers chiffres qu'on a, qui datent de 6h du matin, c'est que pour l'instant, sur les conseils locaux qui ont été dépouillés, 60% des sièges qu'essayaient de remporter les travaillistes ont été perdus. Donc c'est quand même assez important. Et vous, vous dites, c'est peut-être le facteur Starmer, c'est-à-dire le Premier ministre travailliste qui est impopulaire.
Alors, il n'y a pas que lui qui est impopulaire, son gouvernement est impopulaire, mais lui, il y a un certain nombre de scandales qu'il n'ont pas arrangé. Et l'un de ces scandales, c'est le fait qu'il ait obligé les hauts fonctionnaires qu'il prévenait que c'était une mauvaise idée, d'accepter la nomination de Peter Mandelson, un ancien du gouvernement Blair, mais surtout quelqu'un qui apparaît beaucoup dans les dossiers Jeffrey Epstein, d'être ambassadeur aux États-Unis. Alors, c'est vrai que Peter Mandelson avait plein de réseaux aux États-Unis, mais ce n'était pas nécessairement les réseaux qu'il fallait.
Alors, ça arrive couronnant un système où toutes les promesses de l'élection gagnée il y a un an et demi n'ont pas été tenues, en partie à cause de la crise mondiale, mais aussi parce que le gouvernement a fait énormément de gaffes en relativement peu de temps.
Donc on a cet échec, en tout cas relatif, pour le moment, des travaillistes, en tout cas cette tendance qui apparaît sur les résultats déjà dépouillés. Et par ailleurs, on observe quand même la montée du parti Réforme UK, le parti nationaliste de Nigel Farage. D'ailleurs, lui, il s'est déjà exprimé cette nuit, il dit « Les résultats excèdent toutes nos attentes ». Peut-être que ce soir, on va convaincre certains d'entre vous qu'il y a un véritable tournant qui est en train de se tenir. Vous le voyez comme ça, vous, Anne-Élisabeth Moutet ? Oh oui, parce que ça ne va pas changer le gouvernement,
puisque les Anglais sont des gens qui respectent la Constitution, mais ce sont des élections, il n'y a pas de maire, sauf dans six grandes villes au Royaume-Uni, donc on est en train d'élire à la fois les conseils municipaux, les responsables de régions, etc. Donc c'est tout de même quelque chose qui est assez important pour donner l'état d'esprit du pays. Sur le terrain, oui. Et par ailleurs, les Royaumes-Unis, et plus ou moins unis, il est fait de quatre nations, l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord. Et ce qui est absolument fascinant, c'est de voir à quel point les forces centrifuges du mécontentement ont chacune envoyé ces nations dans des endroits différents.
Le Pays de Galles, je ne sais pas encore quels vont être les résultats précis. Oui, il doit être dépouillé aujourd'hui, je crois. Oui, alors c'est important parce que le Pays de Galles, il y a une partie où le parti nationaliste du Pays de Galles remporte une partie des élections. Le Pays de Simrou, je le prononce sûrement très mal en gallois. Oui, je ne sais pas le dire non plus. Et le reproche que les gallois font aux Britanniques, c'est qu'ils ne savent pas le dire eux-mêmes. Aux Anglais, c'est qu'ils ne savent pas le dire. Mais il y a aussi une grosse poussée de réformes. Donc, on va dire un parti populiste à la droite du Parti conservateur qui montre le mécontentement.
Vous avez toutes les cosses qui étaient, qui avaient, traditionnellement, qui gardaient dans les élections nationales, qui gardaient les socialistes au pouvoir, les travaillistes au pouvoir. Elles votent elles aussi très nationalistes. Et le choix qu'ont eu les gens dans ces endroits qui n'ont pas de bons rapports avec le pouvoir central de Londres, c'est celui de réformes plus que les travaillistes. Les travaillistes font des gains dans les endroits où on ne vote jamais autre chose. Mais c'est réforme qui fait toute la différence. Et réforme, c'est le parti dont tout le monde dit qu'ils n'en veulent pas. Farage est un ami de Donald Trump.
Ce qui est étonnant, c'est Nigel Farage. Cette figure-là, elle est dans la politique déjà depuis longtemps, dans le paysage politique. Il a défendu le Brexit qui, aujourd'hui, n'est plus vraiment complètement apprécié par l'ensemble de l'électorat britannique. Comment il fait pour faire une telle percée au niveau local ? Vous savez, c'est une manie française de penser que le Brexit
est la chose la plus importante dans la politique britannique. C'était son cheval de bataille à lui. Oui, c'est lui qui a fait campagne. Mais enfin, le Premier ministre de l'époque, Boris Johnson, a aussi fait campagne. Et beaucoup d'Anglais pensent que ce n'est pas parce que le Brexit a été mal fait qu'il ne fallait pas le faire. Et s'il devait y avoir un vote de nouveau pour le Brexit, je ne suis absolument pas sûre que le pays déciderait qu'après avoir encaissé toutes les difficultés, il faudrait de nouveau changer.
Donc, c'est vraiment une obsession française qui explique en grande partie pourquoi ça s'est passé d'une manière aussi conflictuelle avec l'Europe, ce qui n'était bon pour personne. Mais ça n'est pas du tout quelque chose qui était le plus important. Et comme d'habitude dans les élections britanniques, ça a été d'abord l'économie qui ne va pas bien. Et ensuite, le sentiment que les travaillistes n'avaient pas tenu leurs promesses et que finalement, alors ça c'est la surprise générale de toutes les élections à chaque fois, oh, ils n'ont pas fait ce qu'ils allaient d'y faire et en plus, ça ne va pas beaucoup mieux.
Et l'idée aussi qu'un certain nombre des fractures de la société britannique, qui sont des fractures culturelles autant que des fractures économiques, n'ont pas été résolues.
Donc on observe peut-être un éclatement aussi, comme on a pu le voir d'ailleurs chez nous en France, de la politique du bipartisme britannique qui arrive à la politique des cinq parties. Ça, c'est ce que dit le Guardian, concurrent de votre journal Télégraphe. Vous parliez du départ de Keir Starmer très très vite, parce qu'on arrive à la fin de cet entretien. Vous lui donnez combien de temps, là ?
Écoutez, je pense qu'il est en sursis et je donne deux, trois semaines, mais il peut arriver quelque chose qui retarde. Mais j'ai vraiment l'impression que, de toute façon, il serait probablement parti avant, mais comme on savait que ses élections allaient être perdues, il était en réalité en sursis depuis trois mois.
Donc l'avenir du Premier ministre travailliste britannique en sursis. Merci beaucoup Anne-Elisabeth Moutet, éditorialiste au quotidien britannique, le Daily Télégraphe. Merci de nous avoir répondu sur France Inter ce matin. Merci.