Vote de confiance, 10 septembre, "boomers"... L'interview de Jérôme Fourquet en intégralité
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Chapitres
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Questions et réponses
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Si toutefois il décidait de dissoudre, est-ce qu'on a une idée de ce qui en ressortirait aujourd'hui ?
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Quels sont les rapports de force ?
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Mais vous dites qu'on a quand même les résultats du premier tour, sur les intentions de vote
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Mais vous posez tout de même la question de savoir s'il y aurait au deuxième tour un choix entre RN et un autre candidat où se reporteraient les Français ?
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Est-ce que vous avez l'intuition dans vos chiffres de ce qui pourrait en sortir ?
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Est-ce que le Front républicain fonctionnerait de la même manière ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Alors c'est très compliqué parce qu'on peut mesurer sondagèrement sans trop se tromper le rapport de force à l'issue du premier tour pour des législatives. »
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« Là où c'est très compliqué, on l'a vu lors de la dissolution précédente, c'est de faire des projections en siège »
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« Et à l'été 2024, le Front républicain a été remis à son plus haut niveau »
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« avec un Rassemblement national qui est en tête aux alentours d'un tiers des voix »
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« suivi par le nouveau Fonds populaire testé en candidature unique. »
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« le camp présidentiel lui est crédité à peu près de 14% à 15% »
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« Trois quarts des Français souhaitent que François Bayrou soit débarqué de son poste de Premier ministre. »
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« C'est-à-dire que même chez les socialistes, même chez LR, les sympathisants, les électeurs... »
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« on a plus de deux tiers, à peu près 60% de ces électeurs, qui souhaitent que François Bayrou parte. »
- 10:55Invité politiqueChiffre
« C'était le chiffon rouge, c'est ce qui était le plus mémorisé, ce qui était le plus visible pour les Français, et plus de trois quarts des Français étaient opposés à cette mesure. »
- 11:10Invité politiqueChiffre
« ils n'étaient pas non plus très enthousiastes, mais il n'y avait, entre guillemets, que 60% de Français à l'époque étaient opposés. »
- 12:00Invité politiqueFait
« Quand on regarde nos enquêtes, on constate effectivement que la question de la dette publique commence à progresser dans les préoccupations des Français. »
- 14:07guest_politiqueFait
« François Bayrou avait indiqué qu'il souhaitait que les Français prennent conscience de la gravité de la dette publique. »
- 14:10Invité politiqueFait
« Ces générations de boomers sont celles qui ont vu le déficit public se creuser, puisqu'on n'a pas voté un budget à l'équilibre depuis 1973. »
- 14:49Invité politiqueFait
« Dans l'étude que vous avez citée, qu'on a réalisée sur la concentration des patrimoines, on voit comment ces boomers, dans leur vie personnelle, ils font tout ce qu'ils peuvent pour aider les générations qui les suivent »
Temps de parole
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Si toutefois il décidait de dissoudre, est-ce qu'on a une idée de ce qui en ressortirait aujourd'hui ? Quels sont les rapports de force ?
Alors c'est très compliqué parce qu'on peut mesurer sondagèrement sans trop se tromper le rapport de force à l'issue du premier tour pour des législatives. Là où c'est très compliqué, on l'a vu lors de la dissolution précédente, c'est de faire des projections en siège et d'extrapoler les stratégies de report de voix, notamment, c'est un élément clé, c'est ce qu'on appelle le Front républicain, c'est-à-dire comment les électeurs de gauche et du Bloc central se reportent ou pas dans des circonscriptions où le Front national est face à un adversaire unique.
Et à l'été 2024, le Front républicain a été remis à son plus haut niveau parce que la perspective d'une victoire du Rassemblement national paraissait tout à fait plausible à un très grand nombre de Français. Et là, c'est la vraie inconnue aujourd'hui, c'est de savoir, est-ce que ce Front républicain refonctionnerait si demain on se retrouvait de nouveau dans une telle situation ?
– Mais vous dites qu'on a quand même les résultats du premier tour, sur les intentions de vote,
on est sur des rapports de force qui évoluent un peu mais pas énormément par rapport à l'été 2024 avec un Rassemblement national qui est en tête aux alentours d'un tiers des voix suivi par le nouveau Fonds populaire testé en candidature unique. Et donc là, il faut voir s'ils sont encore en capacité de se mettre d'accord aux alentours de 25%. Et le perdant, c'est le bloc central puisque le camp présidentiel lui est crédité à peu près de 14% à 15% alors qu'il était un peu plus haut lors de la vie.
– Mais vous posez tout de même la question de savoir s'il y aurait au deuxième tour un choix entre RN et un autre candidat où se reporteraient les Français ? Est-ce que vous avez l'intuition dans vos chiffres de ce qui pourrait en sortir ? Est-ce que le Front républicain fonctionnerait de la même manière ?
– On peut toujours faire des tests en laboratoire mais tant que nous ne sommes pas en situation réelle, c'est très compliqué. Je pense que vous avez croisé beaucoup d'électeurs où vous avez eu sur vos plateaux, vos antennes, des gens qui vous ont dit « on l'a fait » mais c'est la dernière fois qu'on le fait. C'est-à-dire un électeur de gauche qui vote pour un candidat de droite ou un candidat macroniste pour faire barrage au Rassemblement national. – Et vice versa. – Et vice versa, exactement. Et à chaque fois on nous dit « c'est la dernière fois ».
Et puis quand on est au pied du mur, devant le pied du mur et qu'on a un Rassemblement national qui sort très largement en tête au premier tour et qu'encore une fois la perspective d'une accession au pouvoir de ce parti devient tout à fait plausible, eh bien là, ce qui s'est passé en tout cas en 2024, le Front républicain était réactivé. Sans doute l'hypothèse qu'on peut faire qu'il serait affaibli, qu'il fonctionnerait un peu moins bien vu la situation politique mais rien n'est moins sûr.
– Jérôme Fourquet, il y a la question de la colère. Je vais vous interroger dans un instant sur la perspective du 10 septembre, ce fameux mouvement « bloquons tout ». Mais il y a d'abord le 8 septembre et il y a la question de l'attitude des partis. Ici même à ce micro, François Bayrou fustigeait l'attitude des partis, disait qu'on était dans le pire moment où aucun ne prenait véritablement sa responsabilité. Et il voulait croire que l'on pouvait s'adresser aux Français et à une sorte d'appel à la responsabilité des Français différemment de la manière dont on s'adresse aux partis.
Est-ce qu'il y a en effet aujourd'hui, quel est le regard d'abord que les Français portent sur les partis politiques ? Et est-ce qu'il y a une dichotomie entre le jeu politique d'un côté et une forme de gravité dans l'esprit des Français ?
Alors, la cote des partis politiques ne s'est pas redressée, elle est assez faible, toute sensibilité politique confondue. Les Français regardent de manière parfois assez affligée le jeu politicien, sauf qu'en l'espèce sur le cas qui nous préoccupe du 8 septembre, on l'a dit en introduction, ils veulent tous qu'ils partent. Trois quarts des Français souhaitent que François Bayrou soit débarqué de son poste de Premier ministre.
Et quand on regarde dans le détail des sensibilités politiques, ce souhait de départ de François Bayrou est majoritaire, voire ultra-majoritaire, dans toutes les sensibilités politiques, et je dis bien dans la population, pas dans les appareils partisans, à l'exception du bloc central. C'est-à-dire que même chez les socialistes, même chez LR, les sympathisants, les électeurs...
Les seuls qui résistent, c'est quoi ? C'est Renaissance, quoi.
Voilà. Alors, chez LR ou au PS, on va avoir 30 à 40% de ces électeurs qui ne souhaitent pas ajouter du chaos au chaos. Mais, même dans ces électorats de partis dits de gouvernement, on a plus de deux tiers, à peu près 60% de ces électeurs, qui souhaitent que François Bayrou parte. Donc, la stratégie de François Bayrou, qui était d'enjambé...
Il a tenté, cet été, de s'adresser directement aux Français, de créer une chaîne YouTube, de dire « je vais en appeler la responsabilité des Français ».
Voilà. Regardez, on est sous la 4e République, c'est la combinazione à l'italienne. Et donc, je fais un appel à la population pour que nos concitoyens prennent conscience de la gravité du moment. Manifestement, le concernant, ça n'a pas fonctionné, puisque trois quarts des Français souhaitent qu'ils partent.
Jérôme Fourquet, le 10 septembre, ce mouvement « Bloquons tout » qui est né, semble-t-il, sur les réseaux sociaux. Certains parlent même d'une forme d'influence, voire d'ingérence étrangère. C'est pas très bien. En tout cas, au départ, comment est-ce que ça a été formulé ? Aujourd'hui, en tout cas, ça prend. C'est même... ça prend aussi du point de vue politique. Un mouvement comme LFI soutient cette journée-là. Comment est-ce que vous voyez la journée du 10 septembre ?
Alors, comme dirait la palisse, le 10, c'est après le 8. Tout à fait. C'est une la palissade. Et donc, jusqu'à ce que François Bayrou mette sa tête sur le bio, si vous me permettez l'expression, la date du 10 était très importante. À partir du moment où l'auteur du plan qui génère en grande partie la colère qui devrait s'exprimer le 10 serait désavoué politiquement deux jours plus tôt, on voit que, j'allais dire mécaniquement, la portée du 10 septembre peut s'en trouver amoindrie. Autre élément calendaire, huit jours après le 10 septembre, il y a le 18 septembre, c'est l'appel à la grève classique des syndicats.
Unité syndicale qui appelle à la grève, à une grande journée d'action.
Le 10 septembre, ce mouvement un peu hybride, assez non identifié politiquement, il est encadré le 8 par un événement politique de première importance, c'est le vote de confiance.
Et vraisemblablement la chute du gouvernement.
Et le 18, un mouvement syndical classique, mais qui est quand même puissant, puisqu'il y a une intersyndicale. Donc ça devrait, normalement, peut-être diminuer l'ampleur du 10 septembre. Il faut être très prudent, puisqu'on n'a pas d'élément fiable pour savoir ce que sera le 10. Quand on regarde toutefois la dynamique de ce mouvement, qui, comme vous l'avez rappelé, est né sur les réseaux sociaux, on voit plusieurs choses.
D'une part, c'est que depuis que Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise et d'autres formations de gauche ont appelé, ce qu'ils n'avaient pas fait initialement, à se mettre au service ou à la disposition des organisateurs de ce mouvement, on a donné une coloration politique de gauche à ce mouvement. Une note de la Fondation Jean Jaurès est parue récemment, avec une étude qui a été faite sur les réseaux sociaux, avec des questionnaires qui ont été envoyés, sur les gens qui participent à ces forums et qui montraient que, parmi les répondants à cette enquête, une très grande majorité d'entre eux votaient pour la France Insoumise ou à gauche.
Est-ce que ça pourrait avoir un côté gilet jaune ?
Alors, justement, on s'éloigne quelque peu du mouvement ou de la physionomie des gilets jaunes. Peut-être que ça aurait pu ressembler à ça avant cette annonce, mais là, ce mouvement se politise. Et Jean-Luc Mélenchon, ce qui est intéressant, c'est qu'au début de l'été, parce que ce mouvement est né il y a plusieurs mois maintenant, avait dit que le meilleur service que nous pouvons rendre à ce mouvement, c'est de nous en tenir, nous, formation politique constituée, à l'écart. Parce que dès qu'on va y toucher, il va perdre...
Et pourtant, il y a été...
Et finalement, c'est ce qu'il a fait. Et rétrospectivement, une des clés du succès initial du mouvement des gilets jaunes, c'est que beaucoup de gens se sont retrouvés sur les ronds-points en ayant le sentiment tout à fait vérifié qu'ils ne roulaient, entre guillemets, pour aucune organisation politique ou syndicale. À partir du moment où des partis politiques s'en mêlent, vous perdez de la force d'influence.
Et donc, à tout prendre, si on devait se risquer aux pronostics et au jeu des comparaisons historiques récentes, on peut penser que ce qui va se passer le 10 septembre, quelque part, va ressembler davantage à ce qu'on avait connu lors du mouvement qu'on avait appelé Nuit Debout, à la fin du quinquennat de François Hollande, quand une partie de la jeunesse de gauche... Ou de gauche étudiante s'était retrouvée sur les grandes places des centres-villes des grandes métropoles françaises qu'au mouvement des gilets jaunes.
Tant dans la forme d'organisation, c'est-à-dire un appel au blocage, des cortèges un peu spontanés, des occupations de place, que dans la composition des parties prenantes à ce mouvement, encore une fois, qui ressemblerait plus à Nuit Debout qu'aux gilets jaunes. Mais il faut être prudent, on verra ce qu'il en sera...
Le 18 septembre, on revient à quelque chose de beaucoup plus classique, si je puis dire, c'est-à-dire à une reprise en main par les organisations syndicales, qui n'ont pas choisi de s'associer, justement, sciemment au mouvement du 10 septembre, qu'ils lancent leur propre journée, une journée de grève, une journée d'action, une journée de manifestation. Est-ce que c'est le retour des syndicats et des luttes syndicales ?
Alors, on est quand même sur une figure un peu obligée en France, on est en période de rentrée...
Vous voulez dire que c'est l'automne, il faut qu'il y ait sa manif, quoi.
Voilà, et donc, quand vous regardez les secteurs qui sont en pointe, on les connaît, donc on aura la SNCF, la RATP, contrôleur aérien, donc on est sur des choses assez classiques. Là où c'est intéressant, c'est que ce mouvement est maintenu, alors même que, encore une fois, le gouvernement risque de tomber le 8, et donc c'est une façon pour les syndicats d'envoyer deux messages. Le premier, c'est en direction de leur base sociale et de dire, nous sommes toujours présents et nous tenons toujours le haut du pavé et il faut qu'on garde le lead et qu'on ne laisse pas des mouvements sauvages type 10 septembre, nous manger la laine sur le dos.
On a vu la grande réticence de ces organisations syndicales à s'embarquer dans un mouvement dont elles ne connaissaient ni les organisateurs, ni les mobilisations, les motivations. Et puis le deuxième message qui est envoyé par les organisations syndicales, c'est aux forces politiques, et notamment à celles qui vont essayer de se retrouver pour constituer un nouveau gouvernement, en disant, c'est pas parce que François Bayrou a été débarqué que vous pouvez vous permettre de reprendre en tant que tel, de manière tout à fait intacte, la copie qu'il avait déposée en matière de réduction de dépenses, et donc on met la pression aussi sur ce qui reste de l'exécutif.
Qui avait mis le feu aux poudres, c'était cette suppression des deux jours fériés, ça a été un des éléments...
C'était le chiffon rouge, c'est ce qui était le plus mémorisé, ce qui était le plus visible pour les Français, et plus de trois quarts des Français étaient opposés à cette mesure. Quand Jean-Pierre Raffarin avait utilisé la même méthode pour le... Le lundi de Pentecôte. Le lundi de Pentecôte. L'IFOP, on avait sondé les Français à l'époque, ils n'étaient pas non plus très enthousiastes, mais il n'y avait, entre guillemets, que 60% de Français à l'époque étaient opposés. Donc je crois que cette colère a monté d'un cran, notamment sur cette question des deux jours.
Jérôme Fourquet, sur la question aussi des oppositions entre stratégies et entre Français, je voudrais vous interroger sur la question de la lutte entre les générations quasiment, avec cette histoire de boomer, mais aussi sur la stratégie politique d'abord. Les uns, leur cible c'est les riches, les autres, leur cible c'est les étrangers. On a vraiment l'impression que désormais, dans le clivage, il y a taxons les riches d'un côté, et il y a aidons moins les étrangers de l'autre. Est-ce que c'est ça le nouveau clivage ?
Alors, je rajouterais une troisième piste possible. François Bayrou avait indiqué qu'il souhaitait que les Français prennent conscience de la gravité de la dette publique. Quand on regarde nos enquêtes, on constate effectivement que la question de la dette publique commence à progresser dans les préoccupations des Français. Donc de ce point de vue-là, François Bayrou a marqué des points, mais la dette publique n'est pas encore arrivée, et loin s'en fout, comme priorité numéro un des Français.
Mais qui en est responsable, aux yeux des Français ? Est-ce que ce sont les riches pour la gauche, les étrangers pour la droite et l'extrême droite ?
Et donc, si tant est que le diagnostic soit partagé, il y a un problème de dette. Là, on retrouve notre tripartition, c'est sur les solutions apportées, sur le diagnostic qui est fait. Comme vous l'avez dit, à gauche, si on en est là, c'est qu'on a fait trop de cadeaux aux riches, et qu'il suffit d'aller prendre l'argent là où il est. Donc c'est la taxe Zuckman, c'est le retour de l'ISF, c'est les cadeaux fiscaux, etc. Au Rassemblement national, il y a une autre grille de lecture, c'est un coût débridé de l'immigration, et également de la participation de la France au budget européen.
Donc il faut reprendre le contrôle, à la fois de nos frontières et de nos négociations avec l'Europe pour diminuer la facture. Et puis au bloc central et à droite, on dit, si on en est là, c'est qu'on n'a pas assez dégraissé le mammouth.
Et donc c'est la faute de l'État, quoi.
C'est l'État, les agences qui se sont multipliées, les doublons, etc. Ce que vous constaterez, c'est que sur ces trois grilles de lecture, le Français moyen, à chaque fois, est absolument épargné par des efforts. Soit ce sera les riches, soit ce sera les immigrés, soit ce sera l'appareil d'État central et les organismes publics qui seront mis à contribution. Mais aucun...
Chacun essaie de trouver au périphérie, effectivement.
Pas forcément au périphérie, mais ce qui permet de s'adresser aux Français moyens en leur disant, dormez tranquille, nous, nous ne vous demanderons pas d'efforts et ce sera à d'autres de payer la facture.
Et un mot sur la question des générations, ce mot de « boomer » qui a été utilisé par François Bayrou, estimant, et le disant comme tel, que si on a tant creusé la dette, c'était, je cite, pour le confort des boomers. Vous venez de faire une étude aussi sur la concentration des richesses. Est-ce qu'en effet, les boomers portent une part de responsabilité, si j'en crois, François Bayrou ?
Alors, on peut se dire que ces générations de boomers sont celles qui ont vu le déficit public se creuser, puisqu'on n'a pas voté un budget à l'équilibre depuis 1973.
Donc ça fait un bon bout de temps.
Ça fait un bon bout de temps. Beaucoup de ces générations des boomers, alors elle a travaillé, etc., mais elle a vu ses finances publiques se dégrader. Une fois qu'on a dit ça, je pense qu'il faut se méfier sur l'opposition des générations. On avait déjà eu cette grille de lecture au moment de la crise Covid. Ce qu'on oublie, c'est que les boomers, souvent, ont des enfants et des petits-enfants. C'est-à-dire que les mêmes, la fameuse Gen Z qui peut se moquer...
La Gen Z, c'est la génération Z, ce sont les jeunes.
Voilà, qui peuvent se moquer des boomers sur les réseaux sociaux, ils ont des parents et des grands-parents. Et dans l'étude que vous avez citée, qu'on a réalisée sur la concentration des patrimoines, on voit comment ces boomers, dans leur vie personnelle, ils font tout ce qu'ils peuvent pour aider les générations qui les suivent en leur donnant de l'argent, en leur donnant un coup de pouce, notamment pour accéder à la propriété, ou en cas de coup dur, ou quand il y a un accident de la vie.
Et donc, de la même manière qu'au Covid, on avait vu une solidarité intergénérationnelle au sein de la cellule familiale continuer de fonctionner très fortement, on voit aussi que les transferts financiers sont très réels et sont très quotidiens, dans les familles qui en ont les moyens, bien évidemment, entre les générations. Donc il faut un peu nuancer cette guerre des générations qui est atténuée par le fait que, biologiquement, vous avez en général tous des parents, des grands-parents, et inversement des enfants et des petits-enfants.
Merci de nous avoir donné toutes ces grilles de lecture à la veille de cette semaine politique, qui sera une semaine extrêmement cruciale, à la fois du point de vue du gouvernement, mais aussi, en effet, de ces manifestations qui se préparent dans la rue. Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'IFOP et auteur notamment de Métamorphose française. C'est aux éditions du Seuil. Merci à vous. Il est 8h52 sur RMC et BFM TV.