Procès en appel du RN : Marine Le Pen a "un fond fataliste", estime son avocat Rodolphe Bosselut
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:09OuverteRéponse directe
Bonjour Rodolphe Bosselut. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
- 0:24OuverteRéponse partielle
Je vous cite au tribunal hier à la fin de votre plaidoirie, ouvrez les guillemets, ma cliente vous confie donc l'ouvrage de sa vie et la question est de savoir s'il se terminera ici ou s'il pourra être rebâti.
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Qu'est-ce qui vous permet de dire que les juges en appel décideraient d'une peine inférieure à deux ans d'inéligibilité qui est la seule condition pour que Marine Le Pen puisse être candidate en 2023 ?
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Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? Est-ce que dire cela, ça veut dire demander un traitement de faveur pour Marine Le Pen en vue de 2027 ?
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Mais Rodolphe, quand vous dites la présidentielle, c'est l'éléphant dans la scène, est-ce que vous demandez au juge d'appel de considérer que compte tenu de la situation politique et de l'échéance présidentielle, il faut qu'il juge avec une main tremblante la possibilité d'infliger une peine d'inéligibilité à Marine Le Pen ?
- 4:45OuverteRéponse partielle
Vous avez essayé hier pendant votre plaidoirie de récuser l'idée d'un système organisé de détournement de fond.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 4 ans de prison, dont 3 avec sursis et surtout 5 ans d'inéligibilité. »
- 1:06InvitéFait
« l'affaire des emplois fictifs du RPR, l'enfer Urba-Graco, les affaires du Modem, lès peines sont sans commune mesure avec ce qui a été prononcé et ce qui, en première instance, est réclamé en seconde. »
- 3:10PrésentateurChiffre
« Qu'est-ce qui vous permet de dire que les juges en appel décideraient d'une peine inférieure à deux ans d'inéligibilité qui est la seule condition pour que Marine Le Pen puisse être candidate en 2023 ? »
- 3:23InvitéFait
« C'est une décision. Et justement, c'était tout le débat hier. »
- 3:46InvitéFait
« Et que cette machine infernale qui a voulu à un moment, au titre d'une exemplarité, dont on a du mal à s'expliquer pourquoi dans ce dossier et pas dans d'autres, voilà ce qui est arrivé. »
- 5:03PrésentateurFait
« je crois bien que Marine sait tout cela. »
- 5:22InvitéFait
« Et nous le prouvons parce qu'il n'y a pas le début du commencement d'une instruction. »
- 5:42InvitéFait
« mailis unus, mailus nullus. »
- 7:21InvitéFait
« Je dis simplement que ce serait en l'occurrence, pour rester franco-français, un sort bien plus grave que celui qui a été réservé à des affaires similares. »
- 8:15InvitéFait
« J'ai plaidé qu'elle était, mais ce n'était pas pour ce procès, je crois qu'elle a un fond fataliste. »
Temps de parole
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À 7h49 sur Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez l'avocat de Marine Le Pen. Bonjour Rodolphe Bosslu. Bonjour Benjamin Duhamel. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Alors que vous avez plaidé hier lors du dernier jour du procès en appel des assistants parlementaires du Front National, le jugement sera rendu le 7 juillet. Je rappelle les réquisitions très sévères contre Marine Le Pen. 4 ans de prison, dont 3 avec sursis et surtout 5 ans d'inéligibilité. Je vous cite au tribunal hier à la fin de votre plaidoirie, ouvrez les guillemets, ma cliente vous confie donc l'ouvrage de sa vie et la question est de savoir s'il se terminera ici ou s'il pourra être rebâti.
Rodolphe Bosslu, vous en êtes réduit à espérer un miracle pour que Marine Le Pen puisse être candidate en 2027.
C'est parce que vous citez la fin de ma plaidoirie, vous avez raison. La confiance que j'ai dans les moyens de relax n'exclut pas la vigilance et que j'ai donc envisagé, évidemment, c'est une figure imposée quand on est avocat, l'hypothèse où une déclaration de culpabilité serait prise.
Et effectivement, j'ai rappelé à la Cour que dans des affaires absolument similaires, c'est-à-dire des affaires de détournement de fonds publics qui confinent en définitive en un financement de partis politiques, l'affaire des emplois fictifs du RPR, l'enfer Urba-Graco, les affaires du Modem, les peines sont sans commune mesure avec ce qui a été prononcé et ce qui, en première instance, est réclamé en seconde.
Sur l'affaire du Modem, les montants étaient très significativement inférieurs à ce qui est en jeu avec le Front National. Simplement, on avait vu en première instance les réquisitions qui avaient été suivies sur la question de l'inéligibilité. Qu'est-ce qui vous permet de dire que les juges en appel décideraient d'une peine inférieure à deux ans d'inéligibilité qui est la seule condition pour que Marine Le Pen puisse être candidate en 2023 ?
Mais rien ne me permet de le dire. Donc vous n'êtes pas optimiste. Mais tout me permet de le plaider. Voilà ce que je dis. Oui, c'est votre métier. Oui, c'est un peu mon métier. Maintenant, je ne suis pas à la place des magistrats. Je ne prendrai pas la décision fort, malheureusement. En ce qui me concerne, ce que je veux dire, c'est qu'aujourd'hui, je pense que dans ce mois d'audience qui s'est déroulé de façon beaucoup plus sereine, apaisée, la complexité du dossier a fait irruption dans l'enceinte. Et je pense que les magistrats, s'ils ont pris d'ailleurs un délibéré jusqu'au 7 juillet, c'est qu'ils ont, à mes yeux, à répondre à beaucoup de moyens de droit.
Et on rentrera dans le fond du dossier dans un instant. Mais juste, vous avez eu cette expression dans votre plaidoirie. Vous avez dit que l'élection présidentielle, c'est l'éléphant dans la salle. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? Est-ce que dire cela, ça veut dire demander un traitement de faveur pour Marine Le Pen en vue de 2027 ? Parce que c'est une responsable politique candidate à l'élection présidentielle ?
Non, pas du tout. Mais pendant un mois, on a parlé de droit, de droit, de droit, ce qui est parfaitement normal. C'est l'endroit. Mais on a aussi constaté qu'il y a une sorte de sidération dans ce dossier où on considère que la politique entre par toutes les portes. Mais la politique entre par toutes les portes parce qu'il y a eu une décision de première instance qui a prononcé une exécution provisoire dans des conditions qui sont manifestement disproportionnées.
Et ce n'est pas moi qui le dit. Rappelez-moi, qui dans la foulée du jugement en première instance n'a cessé de répéter sur tous les plateaux de télévision
et dans les studios de radio que c'était une décision politique ? C'est une décision. Et justement, c'était tout le débat hier. C'était de rappeler que ce qui a rendu la décision politique, c'est l'emploi de façon manifestement disproportionnée. Et quand je dis de façon disproportionnée, ce n'est pas l'avocat de Marine Le Pen qui parle, c'est l'avocat de Marine Le Pen qui évoque les réquisitions en appel. Et que cette machine infernale qui a voulu à un moment, au titre d'une exemplarité, dont on a du mal à s'expliquer pourquoi dans ce dossier et pas dans d'autres, voilà ce qui est arrivé.
Mais Rodolphe, quand vous dites la présidentielle, c'est l'éléphant dans la scène, est-ce que vous demandez au juge d'appel de considérer que compte tenu de la situation politique et de l'échéance présidentielle, il faut qu'il juge avec une main tremblante la possibilité d'infliger une peine d'inéligibilité à Marine Le Pen ?
Pas du tout. J'ai rappelé ce qu'était la jurisprudence habituelle et j'ai surtout rappelé au juge qui ne l'ignore pas que la décision de Marine Le Pen sur la candidature se prendra après leur décision. Et quand je dis après leur décision, et ce n'est pas une menace vis-à-vis des juges ou une pression quelconque, c'est qu'imaginer qu'on va prendre une décision au moment où un éventuel cassation interviendrait n'a pas de sens.
Et c'est vrai que Marine Le Pen a dit qu'elle prendrait cette décision le jour, ou en tout cas dans la foulée du jugement en appel sur le fond. Vous avez essayé hier pendant votre plaidoirie de récuser l'idée d'un système organisé de détournement de fond. Vous avez même paraphrasé le général de Gaulle. On peut sauter comme un cabri en disant le système, mais le système ne repose sur rien. Donc Rodolphe Bosslu, quand le trésorier va le rendre s'injuste, alerté sur le risque d'emploi fictif, répond dans un mail, ouvrez les guillemets, je crois bien que Marine sait tout cela. Si ce n'est pas un système, c'est quoi ?
Est-ce que c'est juste une brebis galeuse, pour reprendre l'expression à la mode au Rassemblement National ?
C'est un peu la difficulté pour un avocat qui a plaidé deux heures de répondre en 30 secondes sur un des arguments qui a été évoqué. Mais ce que j'ai voulu dire, c'est qu'effectivement, il n'y a pas de système. Et nous le prouvons parce qu'il n'y a pas le début du commencement d'une instruction. Et le mail auquel vous faites référence n'a jamais été...
Contrairement à tout ce qui a été, semble-t-il, démontré à l'audience ?
Démontré, non. Soutenu par la poursuite, ce n'est pas pareil. Et ce que je dis, c'est que ce mail, je l'ai d'ailleurs qualifié selon un vieil adage romain. A l'époque, le mail n'existait pas, bien sûr, mais mailis unus, mailus nullus. Vous voyez, un mail pour un système, ça fait peur quand même.
Mais ça veut quand même dire un trésorier qui reconnaît le fait...
Un trésorier qui se débarrasse d'un important qui lui casse les pieds. Après les interprétations sur le mail... Ça, c'est quoi ton interprétation ? Non, non, ce n'est pas mon interprétation, c'est l'interprétation sur le mail de M. Valorant de Saint-Just. Il y en a autant que d'intervenants dans le dossier.
Rodolphe Bossu, dans la foulée de la condamnation en premier instant, Jordan Bardella avait dénoncé la tyrannie des juges. Un député Rassemblement National, c'était Yoann Gillet. Une tentative d'assassinat politique. Marine Le Pen s'était même comparée à Alexei Navalny, mort dans les geôles russes. On a constaté, vous le disiez, que la tonalité du procès en appel était beaucoup plus apaisée. Avec le recul, est-ce que vous regrettez ces attaques contre les magistrats dans la foulée de la décision en première instance ?
Je n'ai pas jugé la réaction. Moi, j'aurais préféré comme avocat que les choses soient évidemment sans doute moins virulentes, moins vives et moins excessives. Pour certaines, ça ne fait aucun doute. Mais ce que j'ai voulu rappeler hier en introduction de ma plaidoirie, c'est qu'il est bien difficile aujourd'hui de dire que la délégitimation de l'institution judiciaire a été uniquement le fait de ma cliente. J'ai rappelé des attendus du jugement qui sont quand même, pardon de le dire, à mon avis, contraires.
Et on est revenu dans ce studio notamment sur la question du trouble à l'ordre public démocratique. Si Marine Le Pen est condamnée en appel, est-ce que ce sera un sort similaire à Alexei Navalny ?
Ah mon Dieu, ce n'est pas ce à quoi j'ai pensé, ce n'est d'ailleurs même pas ce que j'ai plaidé. Je dis simplement que ce serait en l'occurrence, pour rester franco-français, un sort bien plus grave que celui qui a été réservé à des affaires similares. Mais ce sera une décision politique si elle est condamnée en appel ? Je n'ai pas d'idée sur ça.
Moi, je dis que ce sera une décision judiciaire. C'est exactement ce que vous m'aviez dit dans la foulée du jugement en première instance, que c'était une décision politique.
C'est-à-dire que quand on prend une décision d'exécution provisoire dont les avocats généraux, c'est-à-dire la poursuite en cause d'appel, dit que cette décision était excessive, on peut après imaginer ce qui fonde une telle décision.
Un tout dernier mot, Rodolphe Gosslu, sur un aspect plus personnel. Vous connaissez Marine Le Pen depuis 30 ans, vous l'avez dit. Et au-delà des éléments de langage, combattive, prête à faire triompher sa vérité. Est-ce que vous pouvez nous dire dans quel état d'esprit est Marine Le Pen ? Beaucoup qui l'ont vue pendant le procès en appel l'ont trouvée résignée. Elle est résignée Marine Le Pen ?
J'ai plaidé qu'elle était, mais ce n'était pas pour ce procès, je crois qu'elle a un fond fataliste. Comme j'ai dit, elle était entre le Fatum et le Mektoub. Nous verrons bien.
Donc Marine Le Pen, fataliste. Est-ce qu'au fond d'elle, elle a compris que vraisemblablement, elle ne sera pas candidate en 2027 ?
Je pense qu'après l'audience d'hier, cette décision, ce sentiment, elle le prendra le 7 juillet. Mais entre-temps, je pense qu'encore une fois, la Cour a à répondre à beaucoup de moyens. Et nous ne sommes peut-être pas à l'abri d'une bonne surprise. Merci beaucoup Rodolphe Gosslu d'avoir été sur France Inter.
Et merci Benjamin Duhamel. Merci Benjamin Duhamel.
Merci Benjamin Duhamel. Merci Benjamin Duhamel.