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interviewfranceinfo (sur YouTube)· 15 avril 2025 10 min

Jean-Noël Barrot s'exprime sur les tensions entre Paris et Alger

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C'est l'heure du rendez-vous politique. Julien, vous allez rejoindre J.-N.Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.

Bonjour et bienvenue. - J.Arnaud: Merci à vous.

Merci d'être avec nous, au lendemain de ce regain de tension spectaculaire avec l'Algérie, qui a annoncé l'expulsion de 12 agents français. Vous avez demandé aux Algériens d'y renoncer. Vous avez eu un retour? - J.-N.Barrot: D'une part, il y a le dialogue qu'on a voulu réinitier avec l'Algérie.

On a mis tous les sujets sur la table, y compris les plus irritants. De l'autre, il y a une procédure judiciaire indépendante, une enquête qui vise 3 ressortissants algériens soupçonnés de faits graves sur le territoire national. Ces 2 choses n'ont rien à voir.

Ce sont des choses tout à fait différentes. La justice est indépendante. Les procédures judiciaires n'ont rien à voir avec la relation entre 2 gouvernements, mais les autorités algériennes ont décidé de réagir à cette procédure judiciaire indépendante en expulsant 12 fonctionnaires français.

C'est une décision très regrettable qui ne sera pas sans conséquence et qui compromet le dialogue que nous avions réamorcé. - J.Arnaud: Sur les conséquences, quelles mesures de rétorsion...

Est-ce que la France va prendre des mesures de rétention? - J.-N.Barrot: Si l'Algérie persiste à vouloir expulser ces 12 fonctionnaires français qui avaient 48 heures pour quitter le territoire algérien, nous n'aurons d'autre choix que de prendre des mesures similaires. - J.Arnaud: Lesquelles? - J.-N.Barrot: Nous sommes prêts à agir. - J.Arnaud: Vous pourriez fermer le consulat de Strasbourg? - J.-N.Barrot: Nous sommes prêts à prendre des mesures similaires.

Il reste quelques heures aux autorités algériennes pour revenir sur leur décision qui est très regrettable. - J.Arnaud: Vous savez bien qu'ils ne reviendront pas sur leur décision.

Un communiqué a été publié hier soir par l'Algérie qui cible votre collègue B.Retailleau, qui "porte la responsabilité entière de la tournure que prend la relation entre les 2 pays au moment où était entamée une phase de décrispation". - J.-N.Barrot: B.Retailleau n'a rien à voir là-dedans.

C'est une procédure judiciaire qui était engagée depuis des mois et qui n'a rien à voir avec le dialogue qui était réinitié il y a quelques semaines avec le gouvernement algérien. - J.Arnaud: C'est donc un prétexte pour l'Algérie?

Comment fait-on pour discuter avec un pays qui prend ce genre de prétexte pour prendre cette décision? - J.-N.Barrot: C'est une décision très regrettable qui va compromettre les efforts que nous avions consentis, de part et d'autre, pour essayer de régler les problèmes des Français et des Algériens. - J.Arnaud: Vous avez des contacts directs prévus avec votre homologue algérien dans les prochaines heures? - J.-N.Barrot: Les contacts n'ont pas rompu.

Je souhaite qu'ils reviennent sur leur décision. - J.Arnaud: Vous pensez qu'ils pourraient revenir à leur état d'esprit d'avant cette décision? - J.-N.Barrot: Ma volonté est de maintenir ce contact.

Mais si les autorités algériennes font le choix de l'escalade, nous répondrons avec la plus grande fermeté. - J.Arnaud: On a dit hier, dans vos services, que le ministère des Affaires étrangères souhaitait malgré tout revenir à l'apaisement. - J.-N.Barrot: Notre position n'a pas changé.

Nous avons toujours dit que nous voulions revenir à des relations normales, que nous voulions sortir des tensions qui ne sont dans l'intérêt de personne. C'est à l'Algérie de prendre ses dispositions. Si l'Algérie fait le choix de l'escalade, si les autorités algériennes font le choix de l'escalade, nous répondrons avec la plus grande fermeté. - J.Arnaud: De nombreuses attaques viennent de l'opposition et on a le sentiment que la France se couche face à la dureté du discours algérien.

L.Wauquiez dit que la France est humiliée. Le RN dit la même chose.

Un ancien ambassadeur de France en Algérie...

Il dit ceci. - J.-N.Barrot: Je ne commente pas les propos de ceux qui, constamment, jettent de l'huile sur le feu.

Le principe numéro 1 de la diplomatie, c'est qu'il faut laisser sa place au dialogue. Ceux qui disent le contraire sont des irresponsables. Hier, c'est moi-même qui ai obtenu que l'UE prenne, pour la 1re fois de son histoire, des sanctions contre des juges iraniens responsables de la politique d'otage des Etats dont sont victimes 2 de nos compatriotes.

Il faut donner quand même sa chance au dialogue pour résoudre les tensions. - J.Arnaud: Sur le cas de l'écrivain B.Sansal, Macron se disait confiant sur une issue positive.

Est-ce qu'aujourd'hui, l'état d'esprit reste le même? - J.-N.Barrot: B.Sansal n'a pas à faire les frais de problèmes entre le gouvernement français et le gouvernement algérien.

Et j'ose croire, étant donné son état de santé et sa situation, à un geste d'humanité de la part des autorités algériennes. C'est en ce sens que j'ai plaidé lorsque je me suis rendu à Alger, et je continuerai à plaider en ce sens. - J.Arnaud: Vous êtes confiant, pour reprendre les termes du président? - J.-N.Barrot: Je suis préoccupé par son état de santé et par ses conditions de détention. - J.Arnaud: Vous êtes préoccupé au sujet des OQTF?

Est-ce que le dossier a évolué? Le renvoi des OQTF jugés dangereux par la France et par le ministère de l'Intérieur...

L'Algérie n'en veut pas. Ca avance ou ça reste bloqué? - J.-N.Barrot: Nous n'avons jamais expulsé autant d'Algériens en situation irrégulière que l'année dernière.

Nous voulions donc réamorcer le dialogue pour obtenir encore plus de résultats sur les expulsions. J'espère vivement que les autorités algériennes vont revenir sur la décision qu'ils ont prise hier, sans quoi le dialogue sur la question migratoire sera compromis. - J.Arnaud: Vous n'avez pas eu de garanties. - J.-N.Barrot: J'ai eu, de la part des plus hautes autorités algériennes, des expressions de bonne volonté sur ce sujet, une volonté d'aller encore plus loin que les bons résultats obtenus l'année dernière. - J.Arnaud: D'où cette surprise lorsque vous avez eu cette nouvelle d'hier.

Autre sujet qu'il faut aborder: la situation en Ukraine. La Russie a tué des dizaines de civils ce week-end, à Soumy. C'est un camouflet pour D.Trump?

La méthode Trump est-elle en train d'échouer sous nos yeux? - J.-N.Barrot: Ce massacre à Soumy démontre que la cruauté de V.Poutine n'a pas de limite.

Cela fait plus d'un mois que l'Ukraine a accepté un cessez-le-feu sans conditions. Malgré tous les efforts des Américains, malgré toutes les promesses de V.Poutine, la Russie continue ses crimes de guerre et ses agressions.

Si elle ne sait pas faire preuve de bonne volonté, je crois qu'il faut la contraindre à un cessez-le-feu en appliquant les sanctions les plus lourdes pour asphyxier son économie de guerre. - J.Arnaud: Comment vous expliquez que D.Trump ne semble pas changer sa politique alors qu'il n'obtient aucun résultat?

C'est pire qu'avant. - J.-N.Barrot: Que les Etats-Unis souhaitent amener la Russie à mettre fin à sa guerre, c'est une bonne chose, mais, de toute évidence, le temps du dialogue arrive peut-être à son terme.

Il faut peut-être passer à une autre méthode, celle de la fermeté et des sanctions qui, seules, sont susceptibles de forcer V.Poutine à mettre fin à cette guerre. - J.Arnaud: Sur les droits de douane, un commissaire européen est à Washington.

Les négociations avancent? - J.-N.Barrot: Je le souhaite.

Même si cette pause décrétée par D.Trump est une forme d'apaisement dans cette guerre commerciale, nous ne sommes pas sortis des problèmes, puisque nous avons 10 % de droits de douane appliqués sur tous nos produits, que nous avons 25 % sur l'automobile et 25 % sur l'aluminium et l'acier. Notre objectif est d'obtenir la désescalade et le désarmement tarifaire.

Nous devons être prêts à défendre nos intérêts commerciaux en utilisant tous les instruments à notre disposition. - J.Arnaud: Autre sujet dont on parle moins qui va vous occuper...

Juste après, vous allez prendre l'Eurostar pour aller à Londres. Il y a une conférence sur le Soudan. La France est très impliquée sur ce sujet.

Vous allez faire des annonces? - J.-N.Barrot: On en parle moins, et pourtant...

Ca fait 2 ans, maintenant, aujourd'hui, que cette guerre a provoqué au Soudan la crise humanitaire la plus grave du monde. C'est pourquoi je participerai à cette conférence pour maintenir la mobilisation de la communauté internationale, pour appeler les belligérants à un cessez-le-feu et pour ramener les puissances tierces à cesser

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