Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewRMC — Face à Face (sur Podcast)· 5 juin 2026 19 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeSécuritéSolidarités & famille

Face à Face : Grégory Bobbato et Béatrice Brugère - 05/06

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:43OuverteRéponse directe

    La question que je vous poserai, c'est celle des défaillances dont parle le ministre de la Justice.

  • 1:07OuverteRéponse directe

    Comment vous vivez tout cela ce matin ? Comment vous administrez ?

  • 2:44RelanceRéponse directe

    Est-ce que vous-même, alors que depuis plusieurs jours, vous découvrez l'ampleur des peines qui n'ont pas été suffisamment prises au sérieux, pourquoi garder la dignité ?

  • 5:51RelanceRéponse directe

    Est-ce que ça veut dire ce matin, M. le maire, qu'à vos yeux, ce n'est pas un dysfonctionnement de la justice ou de la police ou d'une collectivité, mais un dysfonctionnement de la France ?

  • 9:02OuverteRéponse directe

    La question que je vous pose ce matin, c'est les mots qui ont été utilisés. Le ministre de la Justice dit qu'il y a eu dysfonctionnement.

  • 11:16RelanceRéponse directe

    Décembre 2017, le renseignement judiciaire établi par la gendarmerie... Que fallait-il de plus ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:37Invité politiqueFait
    « Après l'immense émotion et peut-être même la colère qui est en train de s'installer dans le pays après la découverte du corps de cette fillette hier. »
  • 0:55Invité politiqueFait
    « Est-ce qu'il s'agit de défaillances ? Est-ce qu'il s'agit d'une véritable faillite, voire même d'un scandale d'État à ne pas avoir su protéger cet enfant, ses enfants, devrais-je dire, puisque de nombreuses plaintes avaient déjà été déposées contre le principal suspect ? »
  • 3:02Invité politiqueFait
    « Cette fameuse phrase prononcée par la mère de Rosa, la petite fille qui a porté plainte pour viol contre le suspect numéro 1, elle a porté plainte pour viol en août dernier, depuis rien, et elle dit si la plainte avait été prise au sérieux, peut-être que la petite Liana n'aurait jamais disparu. »
  • 5:10Locuteur 1Chiffre
    « En 2023, le CIVIS, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, préconisait tout un tas de choses, je crois qu'à 80 et quelques points. Et où en est-on en 2026 ? C'était en 2023. »
  • 8:28Locuteur 1Fait
    « Mon téléphone a sonné hier soir à 20h07, avec à l'autre bout du fil le cabinet de la présidence. Et enfin, j'ai envie de dire enfin, des mots qui m'ont semblé à la hauteur de la situation. Mais six jours après, six jours de silence. »
  • 9:31Invité politiqueFait
    « Il y en a eu au moins une, sept ans, en 2022, classée sans suite. Il y en a eu une autre en août 2025. »
  • 9:52Invité politiqueFait
    « C'était le 11 septembre dernier, et Jérôme Barrella n'avait toujours pas été interrogé. »
  • 10:24InvitéFait
    « C'est un échec. C'est un échec collectif, c'est sûr. »
  • 12:31InvitéFait
    « Nous avons un problème en France sur la protection de l'enfance. »
  • 14:41InvitéChiffre
    « Les chiffres sont assez effarants. »
  • 15:00InvitéFait
    « On est sur une culture un peu malgré nous, du classement un peu trop facile, je vous l'accorde, et ça ne va pas. »
  • 15:20InvitéFait
    « En France, personne ne se parle, et il n'y a pas de stratégie opérationnelle pour préserver, justement, de façon aussi organisée que ce qui se passe en Angleterre. »

Temps de parole

  • Grégory Bobbato34 %
  • Invité33 %
  • Locuteur 132 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe.

0:15
Grégory Bobbato

8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV2 invité ce matin. Après l'immense émotion et peut-être même la colère qui est en train de s'installer dans le pays après la découverte du corps de cette fillette hier. Dans ce studio, Béatrice Brugère, bonjour. Vous êtes magistrate, vous êtes secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat. La question que je vous poserai évidemment dans un instant, c'est celle des défaillances dont parle le ministre de la Justice. Est-ce qu'il s'agit de défaillances ?

Est-ce qu'il s'agit d'une véritable faillite, voire même d'un scandale d'État à ne pas avoir su protéger cet enfant, ses enfants, devrais-je dire, puisque de nombreuses plaintes avaient déjà été déposées contre le principal suspect ? Mais je voudrais d'abord qu'on parte à Florence, puisque mon autre invité c'est vous, Grégory Bobateau. Bonjour, vous êtes le maire de Florence, où Liana a été scolarisée, là où elle avait été vue la dernière fois, vendredi dernier, il y a tout pile une semaine. Comment vous vivez tout cela ce matin ? Comment vous administrez ? Comment la ville de Florence dit sa peine ce matin ?

1:31
Locuteur 1

On se réveille ce matin, pour ceux qui ont pu dormir, de façon meurtrie évidemment. Vous savez, j'ai pris la parole hier soir pour lancer un appel à la dignité, et je réitère cela ce matin, parce qu'on a une famille qui est dans le deuil, et je pense qu'il ne faut pas oublier tout cela, et il ne faut pas, même si on parle déjà de ce qui s'est passé, et de la façon dont ça s'est passé, oublier que la famille est dans le deuil, et donc toutes mes pensées vont à la famille ce matin. Vous savez, hier soir, j'ai pris la parole à 20h, en me posant une question, savoir si c'était mon rôle.

Si c'était le rôle du maire de la ville de prendre la parole à 20h sur tous les médias nationaux, pour pallier ce besoin d'humanité, ce devoir d'humanité qu'on ressentait dans la population, et que je ressentis au plus près des Florentins, pour avoir une parole, une parole humaine, qui dise deux mots de compassion et de dignité à l'égard de la famille. Écoutez, je l'ai fait, parce que suite à un communiqué technique, un silence assourdissant des autorités, je pensais qu'il fallait humainement dire ce mot en direction de la famille. Et ce matin, je réitère ça en avant-propos.

2:44
Grégory Bobbato

Monsieur le maire, quand vous dites ça, ça veut dire qu'effectivement, on entend chez vous qu'il y a un manque, qu'il y a eu un manque de parole, qu'il y a eu un manque même d'appel. Est-ce que vous-même, alors que depuis plusieurs jours, vous découvrez l'ampleur des peines qui n'ont pas été suffisamment prises au sérieux, cette fameuse phrase prononcée par la mère de Rosa, la petite fille qui a porté plainte pour viol contre le suspect numéro 1, elle a porté plainte pour viol en août dernier, depuis rien, et elle dit si la plainte avait été prise au sérieux, peut-être que la petite Liana n'aurait jamais disparu. C'est face à cela que vous dites qu'il faut garder la dignité. Pourquoi ?

Parce que sinon, c'est la colère qui l'emporterait ?

3:27
Locuteur 1

Bien sûr, il faut se garder de toute colère et il faut garder la dignité. Parce que vous savez, ce système est dénoncé par tous. Il est dénoncé par tous depuis longtemps, et encore plus ces dernières années, encore plus ces derniers mois. Et alors là, évidemment, à l'aune de ce que nous voulons vivre à Florence, évidemment, on ne peut que réagir. Il a été dénoncé par la voie législative, puisque, en plus, pour illustrer cela, notre député, notre propre député du Gers, David Topiak, vous regarderez, mais en août 2025, dénoncer ça lors d'une question au gouvernement, pour alerter sur le dysfonctionnement du tribunal d'Auch, et particulièrement au niveau de la protection des enfants.

Donc, c'était août 2025, la question de M. Topiak. On a une dénoncation associative qui se fait. On a entendu Mouve Enfants sur votre chaîne. On a pu lire France Victime dans Le Monde, qui expliquait cette nécessité de faire quelque chose. Et puis, évidemment, par les victimes elles-mêmes. Vous parliez de cette maman qui s'est exprimée chez vous. Mais comment vous dire ? Le seul vrai courage aujourd'hui, moi, si je peux m'exprimer ainsi, ce n'est pas le mien de vous parler ce matin. Vous savez, je me suis longtemps demandé si c'était ma place de prendre la parole ici. Je le fais parce que je fais mon devoir de maire.

Le seul vrai courage, ce n'est pas de vous parler ce matin, ce n'est pas le vôtre de me poser des questions, ce n'est pas de savoir ce qui a été fait ou pas fait ou qui a manqué. Le vrai courage dont on parle aujourd'hui, c'est le courage des victimes, c'est le courage des enfants, c'est le courage qu'il faut à ses enfants pour pouvoir aller pousser une porte de gendarmerie, accompagner leurs parents. C'est le courage des enfants qui doivent surmonter leur honte, qui doivent surmonter leur terreur pour y aller. Et doit-on rappeler, peut-être, qu'un enfant est humain avant d'être adulte ? Et que c'est à nous, adultes, de protéger les enfants.

Quand on voit que déjà, déjà, déjà, en 2023, le CIVIS, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, préconisait tout un tas de choses, je crois qu'à 80 et quelques points. Et où en est-on en 2026 ? C'était en 2023. La question du député, c'était en 2025. Voilà les vraies questions. Aujourd'hui, je crois qu'il n'y a aucune polémique à avoir. Simplement, on pose les faits sur la table et on dit où on a failli. Et je ne suis pas là pour vous dire que quelque chose a dysfonctionné au niveau départemental. Ce n'est pas au niveau départemental, ce n'est pas au niveau régional, mais c'est bien au niveau national qu'il faut s'appeler.

Est-ce que ça veut dire, M. le maire, ce matin ? Je crois qu'il faut aller au bout.

5:53
Grégory Bobbato

Est-ce que ça veut dire ce matin, M. le maire, qu'à vos yeux, ce n'est pas un dysfonctionnement de la justice ou un dysfonctionnement de la police ou un dysfonctionnement d'une collectivité ? C'est un dysfonctionnement de la France ?

6:10
Locuteur 1

Eh bien oui, je crois que c'est un vrai dysfonctionnement d'État, de la France, dont il s'agit. Puisque, comment vous dire, je peux illustrer ça en vous parlant de la solitude des élus, simplement. Vous savez, les maires, c'est le premier maillon de la chaîne. Les maires, c'est les gens, c'est le peuple, c'est le premier représentant. C'est celui qui a un contact en permanence avec la population française. Et l'État, ce sont les personnes qui sont plus hauts. Et ce sont les législateurs. Ce sont l'ensemble des ministres. Ce sont toutes les personnes qui nous administrent et qui nous gouvernent.

Et à un moment donné, on ne peut plus se contenter d'avoir des réponses partielles, des réponses étouffées, parce que tel ou tel considère que ce n'est pas sa place de prendre la parole, parce qu'il pense qu'humainement, il ferait un faux pas. Eh bien écoutez, je suis là devant vous, parce que humainement, je pense qu'il est de mon devoir de dire ces choses-là, sans aucune haine, sans aucune colère, mais simplement avec toute l'humanité qui peut caractériser la fonction que j'exerce, celle de maire.

7:23
Grégory Bobbato

Merci beaucoup. Merci Grégory Beaubateau. Vous êtes le maire de Florence. Allez-y, allez-y.

7:28
Locuteur 1

Oui, voilà. Moi, je pense, vous savez que si nous n'avions pas, avec mon équipe municipale, pris le taureau par les cornes, il y a quelques jours, nous serions restés seuls. Nous serions restés seuls, sans coup de fil. Et vous savez... Parce que personne ne vous avait appelé spontanément.

7:49
Grégory Bobbato

Vous n'aviez reçu aucun appel, monsieur le maire. On sent aussi que vous vous dites, au fond, que vous étiez livré à vous-même.

7:58
Locuteur 1

Mais bien sûr, la seule proximité que nous avions, c'est les formidables enquêteurs. La gendarmerie qui a fait un travail formidable auprès de nous, qui a été là au jour le jour, qui a fait son travail sur un territoire qui est extrêmement difficile, extrêmement ardu en recherche. On est dans le rural, vous savez, donc on n'est pas dans des zones faciles. Et la gendarmerie a été là. Effectivement, alors écoutez, que vous dire si ? Mon téléphone a sonné hier soir à 20h07, avec à l'autre bout du fil le cabinet de la présidence. Et enfin, j'ai envie de dire enfin, des mots qui m'ont semblé à la hauteur de la situation. Mais six jours après, six jours de silence.

Donc effectivement, 20h07 hier soir.

8:45
Grégory Bobbato

Merci beaucoup. Merci Grégory Bobateau, donc maire de Florence, de nous avoir partagé effectivement cette réaction à la fois en tant que maire, mais on l'entend bien presque, même en tant que citoyen français. Béatrice Brugière est avec nous dans ce studio. Magistrate, secrétaire générale du syndicat, unité magistrat, votre dernier livre. C'est les juges ont-ils vraiment tous les droits ? Mais la question évidemment que je vous pose ce matin, c'est les mots qui ont été utilisés. Le ministre de la Justice dit qu'il y a eu dysfonctionnement.

Quand on le regarde, la chronologie des plaintes et des signalements qui se sont accumulés à l'encontre du suspect Jérôme Barrella, qui se retrouve aujourd'hui comme le suspect numéro un, après avoir été, et les mots du maire étaient très forts, quand il dit le courage de ces enfants qui ont été dénoncés, qui ont pris le temps d'aller porter plainte. Il y en a eu au moins une, sept ans, en 2022, classée sans suite. Il y en a eu une autre en août 2025. Elle a eu rendez-vous avec les médecins qui ont constaté dans son corps les stigmates disant qu'elle ne disait pas faux, qu'effectivement les lésions qu'elle présentait coïncidaient avec son récit de viol.

C'était le 11 septembre dernier, et Jérôme Barrella n'avait toujours pas été interrogé.

9:57
Invité

Oui, merci beaucoup de votre invitation. Tout d'abord, je voudrais avoir un mot pour cette famille, parce que ce qui vient d'être dit est très juste par ce maire. D'abord, c'est le temps du deuil aujourd'hui. Le temps des responsabilités viendra. Le temps des explications complètes viendront aussi. Aujourd'hui, ce temps appartient à cette famille. Et moi, j'ai vraiment une pensée pour ce qui leur arrive, parce que c'est tragique. On va aller droit au but, c'est un échec. C'est un échec collectif, c'est sûr. Il y a des enquêtes administratives en cours qui verront s'il y a eu des responsabilités individuelles.

Je ne suis pas du tout la personne en charge de ça, et ce n'est pas de ma responsabilité de parler de ça aujourd'hui. Mais on ne va pas se cacher, c'est un échec collectif, et des responsabilités, on verra. Puisque la personne actuellement qui est mise en examen, non, qui n'est pas encore mise en examen d'ailleurs, mais qui, je ne sais plus, qui en tout cas, présumée coupable, en vrai était déjà dans nos radars. Il y avait déjà eu des signalements. Donc il va falloir démêler exactement...

11:18
Grégory Bobbato

Décembre 2017, le renseignement judiciaire établi par la gendarmerie, une femme vient signaler que sa fille a une relation inappropriée avec un homme, Jérôme Barrella. Janvier 2024, une procédure le mettant en cause, après une plainte pour viol sur une fillette de 7 ans, est finalement classée sans suite, car insuffisamment caractérisée. Août 2025, le 22 août, dépôt de plainte de la mère d'une mineure en 2014, elle avait 11 ans, qui dénonce des faits de viol. Elle est, je le disais, soumise à un examen médico-légal qui, en effet, corrobore ses dires et dit qu'elle a vraisemblablement été violée.

Et le 31 mai 2026, on a à nouveau le récit qu'un signalement a été fait à l'aide sociale à l'enfance d'une jeune fille à l'encontre de ce même Jérôme Barrella.

12:17
Invité

Que fallait-il de plus ? Et sans doute, d'autres choses vont arriver. Que fallait-il de plus ? Alors, moi, ce que je peux dire, en tout cas ce matin, c'est qu'on est sans doute sur des dysfonctionnements, et ça a été très bien dit par le maire avant, qui sont systémiques. Nous avons un problème en France sur la protection de l'enfance. Il va falloir que ça devienne un enjeu premier, un enjeu national. Nous avons en ce moment une commission d'enquête, vous savez, sur l'inceste, mais il y a eu des rapports sur la protection de l'enfance, sur la prise en charge de l'enfance, etc. On ne peut plus, et on ne doit pas, en tout cas moralement, se cacher sur l'excuse des moyens.

Oui, on n'a pas les moyens, c'est vrai, mais ça ne suffit pas. Ce n'est pas une réponse que l'on peut entendre. Il va falloir qu'on fasse notre révolution et qu'on s'organise avec les moyens que l'on a pour faire en sorte que ces choses n'arrivent plus. Nous avons, dans cette commission d'enquête sur l'inceste, entendu toute la difficulté de ces toutes petites victimes à dénoncer les faits et sur la crédibilité qu'on apporte à leur parole. Mais je vous arrête un instant,

13:26
Grégory Bobbato

parce que Béatrice Borgersa, on l'a beaucoup dit, et on l'a dit par le passé, là, je vais vous redonner cet exemple, il y a la parole, il y a l'acte, il y a l'examen médical, il y a la preuve, j'allais dire matérielle, tangible, que fallait-il de plus ? C'est-à-dire qu'on sait que la petite fille n'a pas menti, on sait qu'elle a été victime de viol. Des médecins en attestent. Ça, c'est le 11 septembre dernier. Bien sûr. Et alors qu'elle a 10 ans, alors que l'homme en question est au contact de petite fille toute la journée, qu'il est lui-même père de deux filles,

13:57
Invité

la police ne vient pas frapper à sa porte. Alors, c'est ce que je disais tout à l'heure, il y a une double enquête, il y a une double inspection qui va déterminer exactement, parce que c'est son rôle, s'il y a eu des failles individuelles, comment ça s'est passé, et s'il y a des responsabilités qui devront être tirées de ces failles. Ça appartient aux deux ministres, le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice, dont j'ai cru comprendre qu'ils se réunissaient ce matin pour une réunion. 10h30 aujourd'hui, en l'état, ce que l'on peut dire, de façon plus générale, c'est que je crois qu'on n'est pas organisé comme il le faut. Et ça, c'est très important.

Ce que je vais vous dire, c'est que nous avons de plus en plus de profils à risque, comme ces personnes. On voit de plus en plus, d'ailleurs, d'affaires, d'agressions sexuelles sur des mineurs. Les chiffres sont assez effarants, et ça, c'est la commission d'enquête aussi qu'est-ce que l'on doit faire à partir de là ? On ne va pas continuer, comme vous le dites très justement, à dire les choses, à les constater, à ne rien faire et à rester les bras croisés. Il y a des modes d'organisation qui sont plus performants que d'autres. Je pense, par exemple, à ce qui se passe en Angleterre.

Ils ont des modes d'organisation, ça s'appelle le MAPA, d'ailleurs, c'est assez intéressant, où ils sont en capacité de faire un partage d'informations sur des acteurs pluridisciplinaires, services sociaux, psychiatrie, justice, la mairie, l'agentant, il y a une plainte. Sauf qu'en France, personne ne se parle, et il n'y a pas de stratégie opérationnelle pour préserver, justement, de façon aussi organisée que ce qui se passe en Angleterre. On doit absolument monter en puissance

15:37
Locuteur

sur nos organisations, c'est vraiment une réalité, sur la prise en charge

15:41
Invité

des signaux d'alerte, sur le partage d'informations, pour pouvoir, justement, évaluer ses profils à risque et prendre des mesures de prévention. Ça, ça ne se fait pas.

15:53
Grégory Bobbato

Brugière, lorsque l'on voit effectivement cet enchaînement, j'ai reçu, et c'était quasi prémonitoire, mardi matin, la maman d'Elias. Elias, c'est ce garçon de 14 ans qui a été tué à la machette par deux jeunes hommes, mineurs, eux aussi, déjà connus, déjà condamnés, mais dans une sorte d'à peu près, de failles, d'enchaînements de failles et d'imprécisions qui, finalement, jour après jour, ont échappé, alors qu'il y avait des signalements, alors qu'il y avait des condamnations, véritablement, à la condamnation ou à la sanction. Est-ce qu'on n'est pas dans cette France de l'à peu près ? En tout cas, où les choses sont bricolées ou on se dit « ça va tenir »

16:32
Invité

et puis finalement, ça ne tient pas ? Ce qui est sûr, c'est que comme on est, et ça, c'est une réalité, cet objectif, cet objectif est, pardon, sur une surcharge de procédure, on est sur une culture un peu malgré nous, du classement un peu trop facile, je vous l'accorde, et ça ne va pas.

Si on a des signaux d'alerte comme ça, sur des profils qui sont sériels, puisqu'on voit très bien qu'il y a eu plein de faits, il faut qu'on ait des capacités d'alerte extrêmement sérieuses, vous avez raison, on ne peut pas être que tous ces signaux d'alerte soient répertoriés, c'est pour ça que je vous parlais de systèmes beaucoup plus performants comme en Irlande ou en Angleterre, ils le font, pourquoi on ne le fait pas ? Donc c'est possible d'avoir cette possibilité d'organiser de façon opérationnelle, mais c'est parce qu'on ne le fait pas, en fait, on n'est pas à la hauteur des enjeux.

Je pense qu'on a des systèmes, on a des gens formidables, et d'ailleurs, ça a été dit par le maire, et il a raison de le dire, parce qu'il faut quand même rendre à César ce qui est à César, les gendarmes ont fait sans doute un travail exceptionnel, y compris pour trouver le corps. Je crois qu'il faut, et ça c'est vrai, il l'a dit, au niveau de l'État, au niveau de l'État, que chacun prenne ses responsabilités pour avoir des systèmes mieux organisés, plus performants. Par exemple, j'entends... Faut-il que les juges rendent compte ? C'est-à-dire, il faut signer à un moment une forme de sanction.

Mais vous avez raison, mais en fait, c'est une responsabilité collective, tout le monde a une responsabilité dans ce système. L'État pour nous donner les moyens, l'État pour nous donner des organisations performantes et des outils performants. Les individus pourraient être au meilleur, j'allais dire, de leurs compétences et de leurs missions, bien sûr. Mais si vous voulez, c'est systémique. C'est-à-dire qu'on va peut-être pouvoir dire, ah ben, un tel n'a pas fait ce qu'il fallait. Mais ça ne réglera pas le problème, parce que demain, vous aurez une autre affaire.

Donc en fait, il faut qu'on ait une réflexion d'envergure pour prendre maintenant, j'allais dire, de façon sérieuse ces problématiques qui sont extrêmement graves, de mise en danger de la population et notamment de mineurs, sur lesquels on a des signaux. On n'aurait pas de signaux, je ne vous tiendrai pas.

18:33
Grégory Bobbato

Parce qu'il y a une urgence plus spéciale ? Mais surtout parce que

18:36
Invité

c'est possible. C'est-à-dire qu'il y a des pays qui le font, on peut faire mieux.

18:39
Grégory Bobbato

Merci beaucoup. Merci Béatrice Brugière d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous êtes magistrate, secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat. Je rappelle le titre de votre livre, Les juges ont-ils vraiment tous les droits ? C'est aux éditions de l'Observatoire.