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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 2 décembre 2016 19 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & familleEurope & international

François Hollande, une entrée dans l'Histoire en sortant de la course politique

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:56OuverteRéponse directe

    Vous avez beaucoup travaillé sur l'histoire de la gauche et de l'Italie. Que marque cette décision dans l'histoire récente de la gauche ?

  • 5:17OuverteRéponse directe

    La comparaison mérite d'être menée : comment est-on arrivé à une situation où Matteo Renzi est aujourd'hui fragilisé ?

  • 7:13OuverteRéponse directe

    Comment est-on arrivé à cette situation où Matteo Renzi n'est plus aussi populaire ? Y a-t-il une règle pour la social-démocratie de Hollande à Renzi ?

  • 11:03OuverteRéponse directe

    À chaque échec de la gauche, il y a une double grille de lecture : soit elle n'a pas été assez à gauche, soit elle ne s'est pas modernisée. Votre analyse ?

  • 13:11OuverteRéponse directe

    D'aucuns ont analysé la victoire de François Fillon comme un désir de droite. La gauche française a-t-elle été trop longtemps singulière à cause du communisme ?

  • 16:57OuverteRéponse directe

    La gauche de gouvernement serait-elle coupée du peuple et ne parlerait-elle qu'aux classes moyennes ou supérieures ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:41Invité politiqueFait
    « Aujourd'hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle. Aussi, j'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat. »
  • 2:31InvitéFait
    « Sous la Ve République, en tout cas, on a deux présidents de la République, François Mitterrand qui a fait deux septennats et un, François Hollande qui aura fait un seul quinquennat. »
  • 3:28InvitéFait
    « Et puis, le deuxième grand problème qu'affronte la gauche à chaque fois, c'est qu'est-ce qu'on fait au pouvoir en matière économique et sociale ? »
  • 4:01InvitéFait
    « Est-ce l'échec de François Hollande ou celui de la social-démocratie ? »
  • 4:24InvitéFait
    « il a commencé par dresser un bilan, et je ne sais pas si vous avez réagi comme moi, dans un premier temps, on s'est dit, va y aller, et puis deuxième partie du discours, non, je ne peux pas y aller »
  • 4:50InvitéFait
    « comment inverser la politique d'austérité ? François Hollande a buté là-dessus »
  • 5:51InvitéFait
    « quand même, dimanche, les Italiens sont appelés à voter sur un référendum portant sur des transformations institutionnelles importantes, en particulier concernant la réforme du Sénat. »
  • 7:25InvitéFait
    « Alors, dans le cas de Matteo Renzi, c'est intéressant parce qu'il ne se situe pas dans la social-démocratie. »
  • 13:53InvitéFait
    « En France, il y a eu incontestablement un poids du communisme que les jeunes générations ont beaucoup de mal à comprendre. »
  • 17:30InvitéChiffre
    « l'électeur de gauche aujourd'hui en Europe c'est quelqu'un qui a plus de 50 ans qui vit dans les villes qui est du secteur public et qui a un haut niveau d'instruction »

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur23 %
  • Invité 23 %

0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

30 millions d'amis suite après les 30 millions d'amis de François Fillon, voici les 30 millions d'amis de François Hollande. Les hommes politiques sont un peu comme les bateaux, les bateaux vous savez, on est heureux paraît-il quand on les achète et quand on les revend, et bien les hommes politiques on apprécie leur premier discours et leur dernier. C'est une décision courageuse, une décision digne, j'ai toujours exprimé mon respect à l'égard de la personne et de la fonction.

0:24
Invité

Il a pris en conscience une décision difficile et hautement courageuse qui lui vaudra la reconnaissance du peuple de gauche. Il a pris une décision sage, réaliste, lucide et hautement respectable. Je la juge sage, sûrement évidente et inévitable. Moi d'abord je voudrais dire que j'ai été impressionné par son discours. Là c'était un très très bien amené, très très bien construit. Il avait l'émotion, il avait la petite voix. Et je trouve que, disons, il y a une humilité et une lucidité de la situation qui fait qu'il est à la fin un homme normal à la présidence. C'est-à-dire qu'il n'a plus le melon, il a compris la situation. Et ça j'ai trouvé que c'est assez fort.

1:13
Présentateur

Vous avez reconnu par ordre les félicitations de messieurs Macron, Montebourg, Philippot et Cohn-Bendit. 7h42 sur France Culture. On écoute à nouveau la décision de François Hollande de ne pas se représenter.

1:30
François Hollande

Aujourd'hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle. Aussi, j'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat.

1:50
Présentateur

Bonjour Marc Lazard. Bonjour. Vous êtes historien et sociologue, professeur à Sciences Po. Vous avez beaucoup travaillé à la fois sur l'histoire de la gauche et sur l'histoire récente de l'Italie. On en reparlera d'ailleurs tout à l'heure. En matière d'histoire de la gauche, cette brève phrase avec des répercussions importantes, évidemment, que marque-t-elle dans l'histoire récente de la gauche ?

2:15
Invité

Je crois que c'est un constat d'échec, incontestablement, qui renvoie à un des grands dilemmes du socialisme et de la gauche en France, c'est-à-dire son rapport au pouvoir, et qui est un rapport qui manifestement divise, clive profondément à gauche. Sous la Ve République, en tout cas, on a deux présidents de la République, François Mitterrand qui a fait deux septennats et un, François Hollande qui aura fait un seul quinquennat. Il y a déjà un problème principal, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on fait par rapport aux institutions ?

François Mitterrand l'avait réglé, et lorsqu'il avait eu, en 1980, le pouvoir, il avait eu cette fameuse phrase « Les institutions n'ont pas été faites par moi, mais elles me conviennent très bien ». Et par conséquent, il avait été un président monarque républicain. Et François Hollande, on se rappelle, avait présenté sa présidence sous la forme d'un président normal, puis s'est rapidement rendu compte que sous la Ve République, ce n'est pas possible, et encore plus dans une situation économique, internationale, qui n'est pas normale. Il a essayé d'incarner cette fonction, et incontestablement, il n'y est pas arrivé, et ça, on l'a vu dans l'opinion de l'été qui a suivi son élection.

Et puis, le deuxième grand problème qu'affronte la gauche à chaque fois, c'est qu'est-ce qu'on fait au pouvoir en matière économique et sociale ? Et ça, c'est véritablement dans l'histoire de la gauche, depuis le cartel des gauches en 1924, c'était les radicaux à l'époque au pouvoir soutenu par les socialistes et condamnés par le Parti communiste, 1936, le Front populaire, 1956, bimolé, 1981, et pour deux septennats avec deux périodes de cohabitation, François Mitterrand, puis la Dream Team, disait-on, Lionel Jospin, 1997-2002, et maintenant François Hollande, là c'est des gros dilemmes que la gauche a du mal à résoudre. Est-ce l'échec de François Hollande ou celui de la social-démocratie ?

Alors, c'est, je pense, d'abord un échec personnel, François Hollande se retrouvait dans une situation extraordinairement difficile, il avait deux choix, se présenter au risque d'être battu dès la primaire, et puis d'être battu à la présidentielle, et c'était donc une grande humiliation, et là, il a décidé donc d'arrêter maintenant, et par conséquent, c'est aussi un constat d'échec, qu'on a bien vu dans sa déclaration, il a commencé par dresser un bilan, et je ne sais pas si vous avez réagi comme moi, dans un premier temps, on s'est dit, va y aller, et puis deuxième partie du discours, non, je ne peux pas y aller, il y a une équation personnelle, incontestablement, et donc je pense qu'il y a un facteur François Hollande fondamental, une équation François Hollande.

Mais d'autre part, oui, ça renvoie à une grande question aujourd'hui de toute la gauche européenne, et pas simplement en France, là encore, c'est qu'est-ce que l'on peut faire aujourd'hui dans ce contexte international, dans ce contexte européen, comment inverser la politique d'austérité ? François Hollande a buté là-dessus, il a essayé de dire qu'il avait infléchi cette politique, il l'a infléchi très très légèrement. Matteo Renzi en Italie, c'est une de ses priorités actuellement, et peut-être que dimanche, il échouera aussi à cause de ça.

Ça, c'est vraiment la question de la social-démocratie, une des questions plus exactement qu'affrontent la social-démocratie et les socialistes européens aujourd'hui.

5:17
Présentateur

La comparaison mérite d'être menée, puisqu'alors que François Hollande avait déjà des difficultés au pouvoir, on parlait de son impopularité croissante, on montrait en exemple Matteo Renzi, et on expliquait que son exercice du pouvoir, lui, était un exercice du pouvoir qui s'accommodait fort bien des difficultés du temps. Qu'en est-il aujourd'hui ? Comment, là aussi, est-on arrivé à une situation où beaucoup d'observateurs, probablement échaudés aussi par ce qui s'est passé en Angleterre, évoquent le nom au référendum italien ?

5:49
Invité

Alors, il faut juste rappeler ce qui se passe, quand même, dimanche, les Italiens sont appelés à voter sur un référendum portant sur des transformations institutionnelles importantes, en particulier concernant la réforme du Sénat. Matteo Renzi avait dit, dès 2014, que c'était l'une des priorités de tout son chantier énorme de réformes qu'il avait proposé de faire en 100 jours, un peu comme François Fillon, puis au mois de juin, qui avait suivi sa nomination comme président du Conseil en juin 2014, il avait dit 1000 jours, mais il y avait trois priorités, la réforme du marché du travail, la réforme des institutions, et la réforme du mode de scrutin.

Et il bénéficiait à l'époque d'une très grande popularité. Et là, c'est vrai que ça se présente pour lui difficilement, il faut attendre, attention, les derniers sondages qui avaient été rendus publics mettaient le nom en avance, mais remarquaient aussi qu'il y avait une très grande proportion d'indécis, donc attendons le résultat, mais si par hasard il perd, sans doute est-ce dû au fait que sa politique n'a pas porté tous ses fruits, qu'il est incompris, et surtout qu'il a autour de, face à lui, une coalition de gens qui s'opposent à cette réforme constitutionnelle, mais surtout qui veulent le dégager de la présence du Conseil.

Donc Matteo Renzi a marqué un moment, marque encore un moment important de la vie politique italienne, mais son heure de vérité sera dimanche, on en saura plus à partir de 23h dimanche soir, puisque les Italiens votent jusqu'à 23h. Bon, en tout cas, évidemment,

7:07
Présentateur

on ne va pas faire de pronostics, puisque la période ne se prête pas aux pronostics Marc Lazare. Néanmoins, comment est-on arrivé à cette situation, où aujourd'hui, il ne semble pas aussi populaire qu'auparavant Matteo Renzi ? Y a-t-il une règle pour la social-démocratie de François Hollande à Matteo Renzi ?

7:25
Invité

Alors, dans le cas de Matteo Renzi, c'est intéressant parce qu'il ne se situe pas dans la social-démocratie. La social-démocratie, la gauche en Europe, est traversée par un grand débat sur comment s'appeler et que faire. Et moi, je distingue en général trois grandes sensibilités qui parcourent toute l'Europe. Il y a celle, la première sensibilité, disons, de gauche, gauche de la gauche, qui dit, en gros, il faut en revenir à nos grandes recettes des années 70-80. Ce n'est pas exactement ça. Mise à jour, par exemple, chez Arnaud Montebourg, on insiste beaucoup sur la dimension du numérique, sur les entreprises innovantes, etc.

Donc, ce serait faux de dire que c'est juste un retour aux anciennes recettes. Mais c'est fondamentalement une politique de l'offre en matière économique et de protéger, voire d'accentuer, la protection sociale. Il y a une deuxième sensibilité qui dit, non, il faut quand même faire un certain type de réformes en matière de politique publique. Il y a quand même des déficits et des budgets et des dettes publiques importantes.

Et donc, il faut à la fois faire des réformes de l'État, particulièrement rudes à faire, mais en même temps, il faut essayer de sauver le modèle social et c'est ce qu'on peut appeler la tradition sociale démocrate, qui, en France, pourrait être incarnée, par exemple, par Martine Aubry ou en Italie, par Pierluigi Bersani, qui insiste aussi sur le rôle du parti politique, sur l'entité collective de la gauche. Et puis, il y a une troisième sensibilité qui a été initiée par Tony Blair en Grande-Bretagne, dans laquelle Matteo Renzi se situe.

Et peut-être, je crois qu'on peut situer François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron, qui consiste à dire, c'est ce qu'on appelle du social-libéralisme, disons qu'il dit, aujourd'hui, il faut sortir des frontières classiques de la social-démocratie, voire, mais Manuel Valls ne peut pas le dire parce que, justement, il est au Parti Socialiste, même s'il l'avait suggéré à une époque, il faut peut-être appeler notre parti un parti démocrate, sortir de cette tradition. C'est ce qu'a incarné, donc, Matteo Renzi, qui a engagé une série, donc, de réformes, en particulier la réforme du marché du travail, sur laquelle les économistes dressent des bilans contrastés.

Certains disent qu'effectivement, ça s'est traduit par un peu plus de postes de travail, et d'autres disent que la précarité continue, malgré ces réformes, et surtout qu'il y a des réformes qui ont parfois déplu aux propres clientèles de la gauche. Matteo Renzi, lui, se retrouve dans une situation où c'est des sortes de mid-term elections, comme on dit en anglais, c'est-à-dire des élections de mi-parcours, puisque ça fait deux ans qu'il est au pouvoir.

Mais c'est vrai que la tentative, de ce point de vue-là, de Matteo Renzi, est aujourd'hui une tentative qui pose beaucoup de questions, y compris parce que, ce qu'il avait voulu faire, c'était, justement, de personnaliser au maximum la politique, de jouer l'opinion. Et je dirais même d'utiliser un peu de populisme pour essayer de redonner du goût à la politique, ce que j'avais qualifié à une époque de populismo-centrisme. On est à la fois au gouvernement, on se situe au centre, mais on n'hésite pas, s'il le faut, à attaquer le reste de la classe politique en disant qu'on est un homme neuf, de faire appel au peuple, de faire des tweets absolument vengeurs.

On en avait parlé dans une de vos émissions un matin. Ça, c'était le style de Matteo Renzi qui monte certaines limites, pour une bonne raison, c'est plus vous jouez la carte personnelle, plus vous jouez la carte du leader fort, plus vous êtes fragilisé et au moindre petit problème, au moindre petit échec électoral, vous êtes, vous, remis en cause personnellement. Et je crois qu'on a maintenant plusieurs leaders qui ont fait cette expérience. Nicolas Sarkozy en France, Tony Blair en Grande-Bretagne et peut-être dimanche Matteo Renzi. Mais encore une fois, soyons prudents, ne faisons pas de pronostics, attendons le résultat de dimanche. Soir pour voir tout cela.

11:00
Présentateur

Dans l'attente de ces résultats, revenons en France, Marc Lazare, à chaque échec de la gauche, et là, la déclaration de François Hollande est analysée comme un échec, puisqu'il ne se représente pas au vu d'un bilan qu'on imagine jugé sévèrement par l'opinion. À chaque échec de la gauche, il y a finalement une double grille de lecture. Ou bien c'est parce que la gauche n'a pas été suffisamment à gauche, ou bien c'est parce que la gauche ne s'est pas suffisamment modernisée et par modernisation, en fait, on signifie que la gauche n'a pas mis suffisamment d'économisme, peut-être de libéralisme, dans sa doctrine. Votre analyse de ce point de vue ?

11:39
Invité

Oui, je crois que ce débat va ressurgir immédiatement. Ce débat va ressurgir immédiatement. D'ailleurs, il ressurgit tout de suite dans le cadre de la primaire. Les candidats de gauche déclarés pour le moment, déclarés pour le moment, il y aura peut-être une grosse surprise. On va voir ce que va faire Christiane Taubira. Ça va être effectivement de dire qu'on n'a pas été assez à gauche. Et du côté de la gauche dite de gouvernement, il y a effectivement la défense du bilan de François Hollande et l'idée qu'il faut à la fois essayer de concilier une forme de libéralisme économique, mais qu'en même temps, il faut accompagner cette politique d'autres actions.

Et c'est peut-être là où ça va être difficile pour Manuel Valls, par exemple, d'agir. Parce que ce débat aujourd'hui, c'est un grand débat sur qu'est-ce que c'est qu'être de gauche aujourd'hui, qu'est-ce que cela veut dire, quel type de politique on met en place, non seulement, comme vous le dites, sur les questions économiques, mais aussi sur les questions sociales et puis sur les questions de société. Donc, c'est un débat qui n'est pas tranché et qui, je pense, va être peut-être, comment dire, mis sous le boisseau à cause de la victoire de François Fillon à droite.

parce que la victoire de François Fillon va sans doute reconstituer de manière un peu artificielle un clivage gauche-droite très classique. Et par conséquent, on n'aura peut-être pas à l'intérieur de la gauche le grand débat que tout le monde attend depuis des années sur quel type d'orientation véritablement la gauche doit développer pour arriver au pouvoir mais surtout pour l'exercer.

13:11
Présentateur

D'aucuns ont analysé justement la victoire de François Fillon comme un désir de droite. Marc Lazard, de l'autre côté, lorsqu'on observe la gauche française dans son histoire et vous êtes penché sur cette page de l'histoire, a été largement imprégnée par le communisme qui a eu un poids particulièrement important en France et aujourd'hui, on se pose la question de savoir justement si la gauche française a été trop longtemps singulière du fait du poids de ce communisme ou bien si elle a suivi l'évolution sociale-démocrate générale observée en Europe et un peu partout dans d'autres pays riches. Qu'en pensez-vous ?

13:52
Invité

En France, il y a eu incontestablement un poids du communisme que les jeunes générations ont beaucoup de mal à comprendre. Je le constate, y compris auprès de mes étudiants à Sciences Po tout simplement parce que le Parti communiste français, vous l'avez rappelé, a été un des principaux partis politiques en France. Il était le premier parti politique en France après la Seconde Guerre mondiale, le premier parti de gauche de 1958 jusqu'à la fin des années 70. Donc c'est vrai qu'il a marqué par son poids, par sa culture, par son implantation sociale en France, notamment auprès d'une grande partie des ouvriers, d'une partie du monde paysan et en tirant beaucoup d'intellectuels.

On partage cela avec le communisme italien, enfin avec l'Italie où le Parti communiste italien a été extraordinairement puissant. Et je crois qu'il reste du coup des formes de radicalité à gauche. Le communisme a été un moment d'une histoire beaucoup plus longue, d'une radicalisation qui a toujours existé en France, d'une radicalité de gauche. C'est passé pendant toute une époque par le communisme. Aujourd'hui, il y a d'autres formes. Et je ne réduirai pas ce qui se passe actuellement à une sorte de néo-communisme.

Manifestement, dans plusieurs pays européens, mais aux Etats-Unis aussi, on l'a vu, il y a actuellement toute une partie de l'opinion minoritaire, mais qui pèse à gauche pour un retour à une forme de radicalisation, pour un cri de douleur. N'oubliez jamais ce que disait Emile Durkheim du socialisme, c'est avant tout un cri de douleur et de souffrance. Il y a un cri de douleur et de souffrance, il y a une aspiration à une autre politique. On l'a vu avec Sanders aux Etats-Unis, on le voit avec Podemos en Espagne, on l'a vu avec Syriza en Grèce, on l'a vu avec Nuit debout en France.

Il y a une série de mouvements qui vont sans doute peser beaucoup plus qu'on ne le pense sur la primaire du Parti Socialiste. Mais vous pouvez même

15:32
Présentateur

élargir votre propos puisqu'on l'a vu avec Sanders mais on l'a vu également avec Donald Trump, c'est ça qui rend ses discours singuliers. On le voit en France avec le Front National et François Hollande il y a un an et demi dans une formule qui avait fait scandale, avait expliqué que le programme économique du Front National ressemblait à un tract communiste des années 1970 et effectivement lorsqu'on voit aujourd'hui le discours de Marine Le Pen sur le plan économique il y a des échos qui doivent vous rappeler un certain nombre de formules de gauche.

16:03
Invité

Ça c'est quand même nouveau. Oui, c'est à mon sens une des grandes transformations du Front National mais beaucoup d'autres mouvements aussi dits populistes même si cette expression de populisme mériterait d'être beaucoup discutée d'un programme en général assez libéral et il passe à un programme de protection sociale mais de protection sociale réservée aux nationaux. Ça c'est un élément très important et c'est vrai que cet angle d'attaque que va développer Marine Le Pen contre François Fillon mais aussi contre le candidat de la gauche en disant bonnet blanc et blanc bonnet risque d'avoir un certain poids dans l'élection présidentielle.

On peut avoir de ce point de vue-là une concurrence entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Donc voilà on est dans un processus je crois en France où on voit un certain type de radicalisation en effet et à droite et à gauche et de ce point de vue-là pour la gauche dite de gouvernement il va y avoir un gros effort de pédagogie à faire à la fois pour la primaire et pour l'élection présidentielle.

16:57
Présentateur

Mais la conséquence de tout cela si l'on pousse votre raisonnement c'est que la gauche de gouvernement en tout cas celle de François Hollande ce serait disent certains analystes coupés du peuple et coupés donc de sa base populaire elle ne parlerait plus finalement qu'aux classes moyennes ou aux classes supérieures au travers d'un certain nombre de réformes sociétales et non pas sociales peut-être que c'est ça aussi l'une des transformations de la gauche ?

17:21
Invité

Alors cette transformation et cette tendance vous la retrouvez dans tous les pays européens à quelques nuances près si pour être schématique mais assez représentatif des études que nous sommes en train de faire avec tout un groupe de chercheurs l'électeur de gauche aujourd'hui en Europe c'est quelqu'un qui a plus de 50 ans qui vit dans les villes qui est du secteur public et qui a un haut niveau d'instruction la question du critère de l'instruction est absolument fondamentale comme variable justement pour expliquer les comportements électoraux oui on le sait c'est pas simplement propre à la France dans tous les pays européens la gauche aujourd'hui a une véritable équation à résoudre avec une grande partie des catégories populaires qui se sentent démunies pour les raisons que vous avez indiquées sur le plan social mais qui ne comprennent pas aussi un certain type de politique dite culturelle ce qui renvoie aux questions dites d'identité qu'il faudrait aborder avec beaucoup de prudence mais qui sont tout à fait vécues, ressenties et mal ressenties par une partie des catégories populaires et notamment par celles qui ont un faible niveau d'instruction dans ces conditions il n'est pas évident pour la gauche de retrouver une équation surtout en 5 mois c'est toujours le problème du parti socialiste c'est qu'il fait cela dans l'urgence c'est-à-dire qu'il contrairement à ce qu'on dit où on dit le parti socialiste n'a pas fait son bas de Godesberg et il a fait plusieurs textes c'est très folie

18:36
Présentateur

social-démocrate allemande

18:37
Invité

mais le problème c'est véritablement transformer de manière profonde la culture politique non seulement des adhérents mais de ce que l'on appelle pour aller vite le peuple de gauche c'est tout un travail pédagogique et moi d'un point de vue historique je pense que nous sommes dans une situation équivalente à celle de la fin des années 50 début des années 60 même si les contextes sont différents c'est-à-dire que ça va être un très long travail de recomposition et de reconstruction d'un chantier de ruines

18:59
Présentateur

Merci beaucoup Marc Lazard on continue à évoquer les conséquences de cette décision de François Hollande de ne pas se représenter aux environs de 8h20 en compagnie du journaliste au Monde Gérard Courtois