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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 16 février 2023 70 minAutoproduitFond programmatiqueImmigration & asileInstitutions & électionsJusticeÉducation & recherche

La réunion du Forum de l’Islam de France à l’Élysée.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:00Amèle MansouriChiffre
    « En 2021, 213 actes antimusulmans avaient été recensés par le ministre de l'Intérieur, une augmentation de 38 % par rapport à 2019. »
  • 17:00Sandrine MayenChiffre
    « 60 % des associations fonctionnent exclusivement avec des bénévoles, ont moins de 500 fidèles lors de la prière du vendredi, et ont moins de 50 000 € de budget annuel. »
  • 18:00Sandrine MayenChiffre
    « 22 % des associations ont rencontré des difficultés lorsqu'ils ont ouvert un compte, un ressenti qui est accentué ces quatre dernières années. »
  • 19:00Sandrine MayenChiffre
    « 24 % des associations sont en difficulté pour déposer des espèces en agence. »
  • 20:00Sandrine MayenChiffre
    « 27 % des associations ont connu, au moins une fois au cours de leur existence, une clôture de compte. »
  • 0:10inconnuFait
    « votre volonté de continuer d'agréger et d'être au cœur, aussi, du sujet des formations, et d'avoir des formations de référence »
  • 0:30inconnuFait
    « ces assises territoriales de l'Islam de France, c'est un cadre de dialogue, de représentation, qui doit en quelque sorte s'inscrire de manière durable »
  • 1:00inconnuFait
    « nous devons réinvestir dans la connaissance du monde musulman, mais aussi du monde arabe, des différentes géographies »
  • 1:30inconnuFait
    « nous devons clarifier le financement, l'assumer, dans le respect de ce qu'est la laïcité et donner de la pérennité et de la transparence »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Monsieur le Président de la République, Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs, il me revient l'honneur de pouvoir introduire ces débats. Monsieur le Président de la République, d'abord je voudrais très sincèrement vous remercier de l'invitation qui est faite au FORIF, à ses membres, et bien évidemment aux agents du ministère de l'Intérieur. Je voudrais avoir une pensée toute particulière pour la direction DLPAJ au ministère de l'Intérieur et le Bureau central des cultes qui, je crois, fait tous les jours beaucoup de travail au ministère de l'Intérieur, mais singulièrement auprès de nos amis du FORIF et qui, toute l'année depuis le lancement de ce forum nouveau de l'Islam français a été au rendez-vous de leurs souhaits et de leur travail.

Vous le savez, Monsieur le président de la République, dans toute la France et dans tous ses départements, puisque nous avons surtout une vocation départementale, les musulmans se sont organisés autour des préfets de la République, et ensuite dans des groupes de travail qui leur étaient propres, avec des thèmes qu'ils ont eux-mêmes choisis et qu'ils vous détailleront évidemment, c'est l'objet de cette matinée, pour pouvoir mettre en avant la liberté de culte, évidemment droit fondamental dans la République française, la protection des lieux de culte, nous sommes au ministère de l'Intérieur, bien sûr, mais surtout répondre aux interrogations des croyants musulmans français qui ont, peut-être encore plus que d'autres religions, des difficultés à exercer leur culte. C'est vrai pour les aumôneries, pour le financement et pour les ministres du culte. C'est vrai aussi pour l'accès, bien évidemment, à l'égalité républicaine que la France doit à toutes les religions.

Moi, je voudrais rendre compte, Monsieur le président de la République, que c'est d'abord grâce à eux que votre engagement a été tenu, c'est-à-dire quelque chose de plutôt " bottom-up ". Ce sont des départements, des mosquées, des associations et des engagements individuels que sont nées les propositions, et ce n'est pas descendu de Paris ou des grandes fédérations, que je voudrais ici évidemment saluer, mais je crois que le souci d'écoute des territoires a été tout à fait au rendez-vous. Dire, Monsieur le Président de la République, pour conclure, que demain nous allons sans doute voir ce forum fleurir puisque je crois que beaucoup d'entre eux, ça a été le cas au Conseil économique et social lorsque nous les avons réunis pour le lancement, et ça a été le cas au ministère de l'Intérieur encore très récemment, lorsque nous avons échangé, souhaitent continuer cette aventure au niveau national et au niveau départemental.

Le forum, en soi, n'est pas une organisation mais c'est une sorte de conférence qui correspond, me semble-t-il, davantage à ce que souhaitent nos compatriotes musulmans dans l'organisation. Non pas débarrasser des influences étrangères, chacun doit évidemment garder son histoire et ses liens, mais des choses plus claires, pour faire que le lien entre la République française et l'islam soit le même lien qu'elle entretient avec toutes les religions. Monsieur le président de la République, je voudrais surtout remercier les bénévoles, parce qu'ils sont tous bénévoles, de leur temps.

Ils ont passé beaucoup de temps, ils se sont parfois demandés, au début de ces réunions, si c'était encore une énième réunion qui ne servirait pas à grand chose ou si ça déboucherait sur quelque chose d'extrêmement concret. Je pense que votre invitation et l'honneur que vous leur faites de consacrer une matinée à la restitution des débats de cette année et des engagements de votre discours qui est très attendu, Monsieur le Président, montrent que ce n'était pas une année pour rien, bien au contraire. C'est le début d'une très belle histoire que nous devons continuer.

L'islam est une religion française et nous sommes extrêmement fiers, au ministère de l'Intérieur, de pouvoir l'accompagner. Merci, Monsieur le Président, de m'avoir permis de dire quelques mots, et je salue chacune et chacun dans leurs engagements, en vous disant à très bientôt. Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Mesdames les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Préfet de Paris et Préfet de la région Île-de-France, Mesdames et Messieurs, je ne sais pas s'il me revient de vous souhaiter la bienvenue au Palais de l'Élysée mais, en votre nom, Monsieur le chef de l'État, je me le permets.

Monsieur le Ministre, merci beaucoup pour cette introduction qui a restitué, je crois, cette année très riche que nous venons de vivre. Vous l'avez dit vous-même, résultats concrets, et c'était bien l'attente de tous les participants au Forum de l'Islam de France, lorsque vous l'avez vous-même lancé le 5 février dernier au Palais de Iéna. Aujourd'hui, c'est la restitution, puisque le FORIF a organisé ses travaux en quatre groupes de travail, consacrés respectivement à la sécurité des lieux de culte et à la lutte contre les actes antimusulmans, à la question des aumôneries, mais aussi à la question du droit et de la gestion des associations cultuelles musulmanes et à la formation et au recrutement des imams.

J'ai donc le plaisir d'appeler, sur scène avec moi, les rapporteurs de chacun de ces groupes de travail qui vont prendre place autour de moi, Monsieur le Président, pour vous présenter le résultat d'une année de travail. Nous allons commencer avec le premier groupe, à ma droite, dont les porte-parole ce matin sont monsieur Bassirou Camara, Secrétaire général des musulmans du Tarn, et madame Amèle Mansouri, avocate. Le groupe de travail sur la sécurité des lieux de culte et la lutte contre les actes antimusulmans était composé de 12 membres issus de 11 départements.

Il s'est réuni pour une vingtaine de réunions de travail, et a beaucoup échangé avec les services qui, au ministère de l'Intérieur, sont plus spécifiquement chargés d'accompagner les représentants du culte sur les questions de sécurité. Vous avez également beaucoup échangé avec des acteurs locaux dont je salue la présence aujourd'hui. Vous avez été auditionnés, dans le cadre du rapport que vous avez réalisé à la demande du Premier ministre sur la lutte contre les actes anti-religieux, que vous avez remis au mois de mars dernier et qui, je peux vous le dire, est notre feuille de route désormais.

C'est aujourd'hui avec beaucoup de joie que vous vous apprêtez à nous restituer vos travaux. Amèle Mansouri et Bassirou Camara, je vous cède bien volontiers la parole. Merci Vincent.

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs. En 2021, 213 actes antimusulmans avaient été recensés par le ministre de l'Intérieur, une augmentation de 38 % par rapport à 2019. C'est ce douloureux constat qui a amené le FORIF à s'emparer de ce sujet pour trouver des solutions.

Le premier chantier de notre groupe a été consacré à la sécurité des lieux de culte, cible principale de ces faits puisqu'ils ont représenté pas moins de la moitié. Or, le ministre de l'Intérieur et le ministère de l'Intérieur offrent, depuis de nombreuses années, des dispositifs de soutien à la sécurité des lieux de culte. Ils sont cependant trop peu connus et donc trop peu mobilisés, tout simplement, par les acteurs du culte musulman.

C'est la raison pour laquelle, Monsieur le Président, nous avons conçu un guide pratique pour la sécurisation des lieux du cultuel. Il est destiné, évidemment, aux représentants des associations qui exercent le culte, afin de construire ensemble une culture commune autour de la sécurité, et ce dans une approche globale et partenariale solide avec les autorités locales. Les objectifs de ce guide sont de trois ordres.

D'abord, il vise à sensibiliser les représentants des lieux de culte à la réglementation en matière de sécurité et de protection des fidèles, notamment dans le cas des fêtes religieuses. Ensuite, il va permettre effectivement aux représentants des lieux de culte tout simplement d'acquérir les bons réflexes sur des questions et/ou sur des situations pouvant fragiliser l'établissement dont ils sont représentants. Enfin, ce guide a vocation à les informer également sur le soutien, y compris financier, et l'expertise qu'ils peuvent recevoir des services de l'État, et sur les procédures pour pouvoir en bénéficier.

Les actes antimusulmans, je le rappelais en introduction, ne concernent pas seulement les atteintes aux lieux de culte. Ces atteintes peuvent prendre la forme d'atteintes physiques, d'atteintes verbales, d'agressions verbales, d'agressions physiques sur des lieux souvent déconnectés de la pratique religieuse. Nous pensons, évidemment, aux réseaux sociaux, au milieu du travail ou aux transports.

Or, la situation dans ce domaine est frustrante, vous le savez, puisque les chiffres dont nous disposons sont hélas sous-évalués. Il est, en effet, difficile pour les personnes victimes de ces actes de déposer plainte, soit par crainte, souvent, soit tout simplement par ignorance des dispositifs juridiques existants. De cette frustration peut naître un malaise, qui n'est évidemment pas sain.

Cet état de fait, Monsieur le Président, justifie pour nous que le FORIF s'en empare. C'est le deuxième chantier auquel nous nous sommes attelés, à savoir la rédaction d'un guide destiné aux victimes d'actes antimusulmans que Bassirou vous présente à l'instant. En effet, ce guide va permettre aux victimes tout simplement d'avoir et d'accéder à des informations.

Comment savoir si je suis victime d'un acte pénalement répréhensible ? Quelle procédure suivre ? Autant de questions auxquelles nous avons cherché à répondre.

Ce guide a d'abord vocation, évidemment, à sensibiliser les victimes. Les victimes de tels actes doivent avoir cette démarche de faire valoir leurs droits et de solliciter réparation, évidemment, auprès de la juridiction compétente. Ce guide de lutte contre les actes antimusulmans est également adressé et a vocation de s'adresser aux acteurs, partenaires institutionnels et partenaires associatifs, avec cet objectif, effectivement, de mener ces acteurs à se saisir et à mobiliser des outils existants pour pouvoir solliciter un traitement civil, pénal et administratif sur ces actes anti-religieux.

Merci. Merci beaucoup, chère collègue. Monsieur le Président, notre troisième chantier est né des deux précédents.

Évidemment, en menant nos travaux, nous avons en effet pris conscience de la nécessité de pouvoir mettre en pratique ce que contiennent les deux premiers guides qu'a évoqués mon collègue. Nous avons donc travaillé à la préfiguration d'une association. Cette association, au niveau national, pourrait être l'interlocuteur des ministères de l'Intérieur et de la Justice sur cette question des actes antimusulmans.

Au niveau départemental, bien sûr, elle s'appuierait sur des référents départementaux désignés par la communauté musulmane pour être l'interlocuteur de la préfecture, du parquet et des collectivités sur les questions de sécurité, notamment celle des lieux de culte. Ce référent aura une double vocation, d'une part être le référent sécurité des lieux cultuels, d'autre part accompagner les victimes d'actes antimusulmans afin de leur garantir le soutien adéquat avec un degré de proximité suffisant. Disposant d'une meilleure remontée d'information de terrain, cette association sera ainsi en mesure de co-construire avec les autorités publiques des actions concrètes et des politiques pérennes en matière de prévention et de sanction des actes antimusulmans.

Elle pourrait aussi bâtir une approche globale et pluridisciplinaire dans l'accompagnement des victimes, à savoir du conseil juridique et psychologique, et travailler avec l'État afin que ces victimes soient mieux prises en charge. Alors que nous clôturions nos travaux, Monsieur le Président, le ministère de l'Intérieur publiait les chiffres des actes antimusulmans pour 2022. Il s'agit de 188 actes, dont 62 % constituent des actes et des atteintes aux biens.

Nous souhaitons, Monsieur le Président, que nos travaux contribuent à la sécurité et à la tranquillité de nos compatriotes de confession musulmane et qu'ils aident la puissance publique à mieux sanctionner les actes dont ils font l'objet. Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, chers collègues, nous vous remercions pour votre attention. Merci beaucoup.

Le deuxième groupe de travail du FORIF a consacré ses travaux à la question ô combien importante de l'aumônerie musulmane qui est une des composantes dans l'exercice de la liberté de culte. Pour présenter ces travaux, nous avons la joie d'être avec Mourad Dali, porte-parole du Conseil des institutions musulmanes des Yvelines, qui pourra restituer un travail intense de ce groupe, là aussi avec beaucoup de réunions de travail entre vous, des auditions de partenaires extérieurs, notamment la Fédération protestante de France, à titre de comparaison et de bonnes pratiques, mais aussi des auditions de juristes et de chercheurs. Vous avez également été associés à une journée consacrée à cette question par l'EHESS, et vous avez été associés aux ateliers franco-allemands organisés par l'ambassade d'Allemagne il y a quelques semaines et consacrés spécifiquement à la structuration du dialogue entre le culte musulman et la puissance publique.

Cher Mourad Dali, je vous cède la parole. Merci, cher Vincent. Monsieur le président de la République Française, Mesdames et Messieurs, en vos noms et fonctions respectives, je vous salue toutes et tous.

Que la paix soit sur vous. C'était déjà un honneur, pour moi, d'être dans le groupe de travail autour de l'aumônerie musulmane qui a commencé à travailler il y a plus d'un an. Cet honneur faisait suite à la confiance déjà accordée par mes coreligionnaires pour être à la tête de la mosquée que je préside, puis d'un collectif local et, enfin, être le porte-parole d'une instance départementale dans les Yvelines.

Ce parcours et ce rapport direct avec le terrain, que je partage d'ailleurs avec beaucoup de membres du FORIF, est une véritable force. Il est très important, pour ne pas dire une condition sine qua non de viabilité et de réussite de notre projet commun de structuration de l'islam de France, qui doit nécessairement s'appuyer sur une certaine légitimité et donc représentativité, les deux étant souvent intimement liés. C'est aujourd'hui un grand honneur d'être le rapporteur de mon groupe, dans ce lieu si important et chargé d'histoire, devant une assemblée honorable, avec à sa tête le chef de l'État.

C'est là un symbole fort de respect pour l'islam de France et la réaffirmation de la volonté d'accompagner sa structuration. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, en mon nom et en celui de mes camarades du groupe de travail sur l'aumônerie musulmane, nous vous remercions sincèrement pour cela. Les aumôneries sont des services religieux qui sont proposés au sein des services publics, armées, prisons et hôpitaux lorsque des personnes sont privées de la liberté d'exercer leur culte.

En cela, elles sont une conséquence directe de ce que la République garantit le libre exercice des cultes. Elles soutiennent ainsi nos soldats confrontés à la mort, les détenus, dans le contexte difficile des dérives radicales et, ainsi, les patients et leurs familles face à la maladie et à la fin de vie. Le groupe de travail tient à saluer cette réussite qui est celle de tous les aumôniers, pour certains bénévoles, qui, au quotidien, travaillent au service des musulmans, en parfaite intelligence avec les aumôneries des autres cultes.

Ils participent ainsi à la structuration progressive de l'islam de France. Cependant, ces aumôneries musulmanes pâtissent du manque de soutien des institutions du culte musulman, ainsi que du manque de transparence des conditions de gestion et d'organisation de la partie cultuelle des aumôneries. Le groupe a réfléchi, en premier lieu, à un système de gouvernance permettant de proposer la nomination des aumôniers nationaux en toute transparence, pour garantir la neutralité et l'éthique de la gestion de ses aumôneries.

En second lieu, nous avons travaillé à la question de la formation des aumôniers qui doit comprendre trois volets : religieuse, intellectuelle et technique. En ce qui concerne notre méthode de travail, comme l'a dit monsieur Ploquin, le groupe s'est réuni de nombreuses fois en visioconférence et a tenu à ce jour plus de 20 réunions, dont certaines journées de formation et ateliers divers qui ont déjà été cités. Pour répondre à cet enjeu d'instaurer des organes de gouvernance indépendants et transparents destinés à fournir des interlocuteurs aux pouvoirs publics, nous proposons la création d'un Conseil national de l'aumônerie musulmane, le CNAM.

On l'appelle CNAM FORIF pour le distinguer d'institutions homonymes mais, pour l'instant, aucun nom n'a été déposé à l'INPI. Ce conseil serait le format de concertation entre les pouvoirs publics et le culte musulman, sur le sujet des aumôneries, et serait chargé de faire aux administrations des propositions de nomination des aumôniers nationaux et du culte musulman. Il serait composé d'une quinzaine de membres issus d'horizons divers.

Nous avons aussi travaillé sur la formation religieuse et intellectuelle des aumôniers, en faisant un recensement des formations déjà existantes, faire un diagnostic de ce qui existe dans l'optique de créer un cahier des charges qui permettrait de labelliser les formations existantes. Nous avons aussi abordé l'hypothèse de la mise en place d'un centre national de ressources numériques, aussi bien pour la formation initiale que la formation continue. Le groupe a, enfin, travaillé à l'écriture d'un document descriptif des aumôneries musulmanes.

Pour la suite, le groupe de travail propose que soient entreprises la finalisation du travail de recensement des formations ainsi que la création d'une plateforme nationale d'échange et de partage entre les aumôneries musulmanes. Nous pourrons alors approfondir la réflexion, et travailler notamment sur le financement des aumôneries et d'autres institutions musulmanes, sur l'éthique du métier d'aumônier musulman, avec la mise en place de documents de référence, et sur la création de liens d'échange et de soutiens matériels et financiers entre les organisations du culte musulman local et les aumôneries hospitalières et pénitentiaires. Enfin, pour conclure, je me permets de prier le Très Haut pour la réussite et l'aboutissement de nos efforts, et pour que l'ensemble de nos actions individuelles se fassent avec l'intention sincère de servir le groupe dans son ensemble, aussi bien la nation française que l'ensemble des musulmans de France.

Notre nation, la France, est belle et elle doit résister aux multiples tentatives de division, aussi bien internes qu'externes. De même, notre travail et nos efforts au sein du FORIF doivent servir l'ensemble des musulmans de France, tout en restant hermétiques aux tentatives de pression, qu'elles soient internes ou externes à ce groupe. Ces deux objectifs, non seulement ne sont pas antinomiques, mais ils doivent aller de pair.

Les avancées se feront, nous en sommes convaincus, de manière transversale. Merci à toutes et à tous pour votre attention. Merci beaucoup, Mourad Dali, pour ces propos.

Je me tourne maintenant vers Sandrine Mayen, qui va nous restituer les travaux du troisième groupe de travail, qui s'est particulièrement consacré à la question du droit et de la gestion des associations cultuelles musulmanes, dans un contexte assez particulier puisque la loi confortant le respect des principes de la République, dont je salue certains des rapporteurs ici présents aujourd'hui, a largement refondu le droit de ces associations en réécrivant la loi de 1905. Il y avait un gros travail d'adaptation des acteurs du culte musulman à ce cadre légal nouveau et exigeant. À côté de ce premier chantier, le second chantier auquel ce groupe s'est attelé est celui, délicat, de l'inclusion bancaire de ces mêmes associations cultuelles musulmanes, qui est un enjeu majeur, d'ores et déjà mais encore plus pour l'avenir, pour leur sécuriser un accès au financement bancaire.

À ce titre-là, vous avez mené un travail inédit, notamment en partenariat avec la Fédération bancaire de France dont je salue les représentants aujourd'hui, ainsi que le ministère de l'Économie et des Finances. Après ce teasing, il me reste à vous céder la parole. Merci beaucoup.

Monsieur le président de la République, Monsieur et Madame les Ministres, chers collègues du FORIF et à toutes les personnes présentes aujourd'hui, c'est avec une grande fierté que je m'adresse à vous pour vous présenter les travaux de notre groupe de travail Droit et gestion des associations du culte musulman. Notre premier défi a été l'accompagnement de la mise en application de la plus importante réforme des associations cultuelles depuis 1905. C'est la loi confortant les principes de la République, dite séparatisme, que je nommerai loi CRPR.

La première étape a été d'identifier les besoins du terrain pour orienter nos actions. Pour cela, nous avons mené une enquête au printemps 2022. Il en est ressorti beaucoup d'interrogations sur les impacts opérationnels.

C'est aussi un besoin extrêmement fort d'accompagnement, notamment pour les petites mosquées et pour les associations ayant des activités cultuelles et culturelles. Pour y répondre, nous avons produit un guide pratique sur l'application de la loi CRPR, dont la première version a été publiée en juin 2022. Suite aux différentes promulgations de décrets, nous avons travaillé à une deuxième version enrichie, que vous verrez juste ici, qui est publiée cette semaine et qui sera du coup largement diffusée dans le cadre des actifs.

Nous avons également eu l'opportunité de participer aux ateliers inter-cultes organisés par le ministère de l'Intérieur, concernant la mise en place des circulaires, en portant la voix du culte musulman. Cette approche interculte est essentielle car il y a une convergence des enjeux, notamment sur la définition des activités cultuelles et culturelles. Notre prochaine étape, c'est l'organisation de web conférences à destination des structures départementales du culte musulman, pour les accompagner dans leur appropriation de la loi.

À terme, ce que nous souhaitons, c'est de pouvoir mettre en place un pôle d'expertise dédié sur le sujet, qui pourrait s'élargir à l'expertise comptable et au commissariat aux comptes. Notre deuxième enjeu a été la question de la relation entre les banques et les mosquées. Il y a deux raisons à cela.

La première est que, dans le cadre de la loi CRPR, il y a des évolutions, et notamment l'obligation de détenir des comptes séparés pour les associations mixtes, donc un compte pour le culte et un compte pour le culturel. La deuxième, c'est une situation qui est constatée depuis des années par les acteurs associatifs, concernant les clôtures de comptes et les difficultés d'ouverture. Sur ces difficultés avec les banques, il n'y avait finalement aucune statistique qui existait sur le sujet pour mesurer l'ampleur du phénomène.

Donc, pour avancer, il était indispensable de pouvoir poser un diagnostic chiffré. C'est ainsi que nous avons réalisé la première étude sur l'inclusion bancaire des associations du culte musulman. Pour cela, nous avons rédigé un questionnaire, avec la Direction générale du Trésor, qui a été diffusé pendant trois mois fin 2022, et auquel ont participé 118 responsables associatifs de tout le territoire.

Cela nous a permis d'avoir des informations très riches, et notamment un panorama de nos mosquées, qui comprennent avant tout des structures de taille modeste. 60 % des associations fonctionnent exclusivement avec des bénévoles, ont moins de 500 fidèles lors de la prière du vendredi, et ont moins de 50 000 € de budget annuel. Ce sont des associations anciennes, 22 ans en moyenne, et qui sont propriétaires à 70 % de leurs lieux de culte.

Il y a quatre enseignements principaux à tirer de cette étude. Le premier concerne les ouvertures de compte. 22 % des associations ont rencontré des difficultés lorsqu'ils ont ouvert un compte, un ressenti qui est accentué ces quatre dernières années.

Concrètement, les difficultés tiennent à des process qui sont compliqués, à des délais d'ouverture qui sont longs et, finalement, au fait de trouver une banque qui accepte les associations du culte, notamment en lien avec un personnel qui ne dispose pas forcément d'assez d'informations concernant ce cadre réglementaire. Le deuxième enseignement concerne le dépôt d'espèces. 24 % des associations sont en difficulté pour déposer des espèces en agence, et c'est un enjeu à double titre.

Du côté des mosquées, c'est un enjeu parce que les dons en espèces représentent près de 40 % du budget de fonctionnement et, du côté des banques, c'est un enjeu également puisqu'elles sont obligées par la réglementation de justifier de l'origine des fonds. Le troisième enseignement concerne les clôtures de comptes. 27 % des associations ont connu, au moins une fois au cours de leur existence, une clôture de compte.

Parmi elles, près de la moitié en ont connu deux ou plus. Quatrième enseignement, c'est le besoin de renforcer la maîtrise des fondamentaux bancaires concernant les gestionnaires de compte. Ce qui en ressort, c'est que leurs compétences sont plutôt faibles.

C'est évidemment en lien avec le fait que 60 % des associations soient gérées exclusivement par des bénévoles. Comme je l'ai dit précédemment, poser ce diagnostic était indispensable. C'est ce qui nous a permis, à la suite, de pouvoir lancer un groupe de contact avec la Direction générale du Trésor et la Fédération bancaire française.

Ce qui est à noter, et j'en profite pour les en remercier, c'est qu'il s'agissait d'une première, pour la Fédération bancaire française, d'échanger avec des cultes quels qu'ils soient. Donc on est ravis que ça ait été avec le culte musulman et nous avons, depuis 4 mois, un dialogue très constructif qui a un rythme soutenu, et sur lequel on va pouvoir partager différentes choses avec vous. Ce dialogue avec les banques nous a finalement permis d'identifier un cinquième enjeu : c'est la connaissance, par les banques, du fonctionnement et du cadre réglementaire des associations du culte.

En synthèse, deux enjeux. Le premier est donc la connaissance réciproque et, le deuxième, c'est de trouver des réponses aux problématiques vécues par les mosquées. Nos prochaines actions, à court terme, vont être de présenter cette étude sur l'inclusion bancaire aux acteurs associatifs, à travers une loi de conférence.

Ça va être de publier, d'ici à cet été, un guide sur les fondamentaux bancaires à destination des gestionnaires d'associations et, en miroir, un guide présentant les banques aux associations du culte et les spécificités du culte musulman. Enfin, cela va être de travailler avec la Fédération bancaire française à un meilleur accompagnement des dépôts d'espèces en agence, à la fois en répondant aux exigences du cadre réglementaire, tout en étant adapté aux réalités du terrain. À travers cela, ce que nous souhaitons, c'est poser les pierres d'un dispositif national d'accompagnement pour les banques et les associations, en partenariat avec la Direction générale du Trésor et la Fédération bancaire française, qui pourrait être élargi aux autres cultes, qui rencontrent eux aussi des difficultés similaires, et à d'autres sujets tels que, par exemple, l'assurance, qui est une problématique qui est beaucoup ressortie dans le cadre de l'étude.

Monsieur le président de la République, je terminerai mon propos en soulignant à quel point le FORIF a été une opportunité. C'est une opportunité d'avoir un dialogue à un bon niveau pour nous permettre des avancées inédites, notamment sur l'inclusion bancaire. Cela nous a permis, en tout juste un an, de faire collectivement des avancées extrêmement significatives et qui, je l'espère, n'en seront qu'à leur commencement et permettront au culte musulman de pouvoir avancer sur d'autres sujets grâce à ce format de dialogue qui est très constructif, légitime et efficace.

Je vous remercie pour votre écoute. Merci beaucoup, Sandrine Mayen. Pour clore ce tour de restitution, je me tourne vers vous, Abd al-Wadoud Gouraud, qui êtes le porte-parole du groupe de travail, le quatrième de ce FORIF, qui a consacré ses travaux à la formation et au recrutement des ministres du culte dont nous savons combien c'est un enjeu pour l'islam de France.

Votre groupe, à l'image des autres groupes, était composé de différents acteurs. Il y avait des imams, des gestionnaires d'associations cultuelles et des personnalités qualifiées, notamment compétentes dans le domaine de la formation. Vous avez tenu près de 20 réunions.

Vous avez, notamment, auditionné des juristes ou des sociologues qui vous ont aidés à structurer vos travaux, notamment sur la question du statut de l'imam. Vous avez également participé aux ateliers franco-allemands que je citais tout à l'heure, puisqu'on voit qu'au-delà de notre pays, il y a des questions transversales pour l'islam sur le continent européen. Sans plus attendre, Abd al-Wadoud, je vous passe la parole.

Merci. Monsieur le Président de la République, Monsieur le Ministre, Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs, en vos noms et qualités, je tiens tout d'abord à vous remercier pour cette invitation qui nous honore, qui honore les musulmans de France et en particulier les imams. L'imam est la figure centrale de la mosquée.

C'est un guide. Sa fonction première est celle d'être un guide pour être au service de toute la communauté, musulmane mais également communauté nationale. Le rôle d'un imam ne s'arrête pas à celui d'un ministre du culte, comme on va le voir.

En France, on constate que les imams sont devenus très souvent des chargés de mission polyvalents, qui assument et occupent quatre types d'emplois : ministres du culte, enseignants, animateurs en pastorale, comme on dit, et médiateurs. Ces missions, qui correspondent à des fiches de poste, requièrent des compétences spécifiques et des formations bien précises. La question du recrutement, de la formation et de la professionnalisation des imams en France nous place devant trois grands enjeux.

Le premier enjeu concerne tout d'abord la définition même du rôle de l'imam en France, en adéquation avec le contexte français. Notre groupe de travail a essayé de proposer une définition qui soit claire, suffisamment large pour intégrer différents types de profils, et surtout pour assumer les missions prioritaires qui sont destinées à répondre aux besoins rituels, éducatifs, religieux et spirituels des musulmans et des musulmanes de France. Ces missions peuvent se résumer en quelques grands axes : la direction du culte, l'enseignement religieux, la réflexion et la production théologiques, l'accompagnement spirituel et la médiation auprès des fidèles, mais également, il ne faut pas l'oublier, la participation au dialogue interreligieux et au débat citoyen dans la société.

Ceci nous amène au deuxième enjeu, qui est celui du statut professionnel des imams en France. En dépit de la fonction éminemment digne de l'imam en islam, on constate, ou force est de constater, que la plupart de ceux qui l'exercent sont dans une situation précaire. On peut dire que le métier d'imam n'est pas du tout attractif ou pas assez attractif.

Quelle en est la cause ou l'une des causes principales ? D'après nous, cela tient à l'absence d'un statut professionnel reconnu au regard du droit français pour le métier d'imam. La fonction d'imam, concrètement, ne peut pas apparaître dans un contrat de travail.

Notre GT, notre groupe de travail, a travaillé à l'élaboration de fiches de poste et de contrats types, en s'inspirant des expériences et des bonnes pratiques existant sur le territoire national mais, plus nous avançons dans notre réflexion et plus nous réalisons que le métier d'imam ne peut être complètement intégré ni au ministre du culte, au statut du ministre du culte, ni complètement intégré au régime général. Donc, ce que nous proposons, c'est d'inventer quelque chose de nouveau afin de garantir aux imams les conditions dignes indispensables à l'exercice de leurs fonctions en termes de protection sociale, de droit du travail, etc. Je me permets, et nous nous permettons, d'appeler les pouvoirs publics à prendre les mesures qui s'imposent pour nous aider et nous permettre de donner au métier d'imam toute la place qu'il mérite et lui donner le cadre professionnel dont il a besoin pour être exercé.

Le troisième enjeu, c'est celui de la formation des imams. Notre groupe de travail a participé, en coopération avec le groupe de travail sur les aumôneries, à cet état des lieux nécessaire des offres de formation théologique actuellement disponibles en France. Nous travaillons également à une réflexion pour établir un socle de base des compétences et des connaissances qui sont attendues des imams en France, que ce soit sur le plan religieux ou sur le volet dit profane.

Nous espérons, in fine, proposer des cursus de formation appropriés et également une validation et une valorisation des acquis de l'expérience des imams déjà en exercice. Pour conclure, j'aimerais insister sur le fait que notre groupe de travail, notre méthodologie de travail, s'appuie, tout au long de nos travaux, sur la consultation des premiers intéressés, à savoir les imams et les gestionnaires de lieux de culte. Il est important et indispensable de leur donner la parole, et d'entendre leurs attentes et leurs conseils.

À ce titre, nous préconisons la mise en place de structures locales qui pourront permettre d'accompagner les imams dans leur mission, dans leur parcours professionnel et leur formation continue. Pour conclure véritablement, je vous remercie à nouveau au nom du groupe de travail. Nous espérons, et nous sommes enthousiastes, pouvoir recevoir les retours des actifs, enrichir notre réflexion et mener une étude d'envergure sur tout le territoire national afin d'améliorer la situation des imams qui sont au cœur des mosquées.

Merci beaucoup. Merci beaucoup. Je profite de la clôture de cette présentation des différents travaux pour remercier, effectivement, tous ceux qui, participants au FORIF, ont donné beaucoup de leur temps libre, comme le rappelait le ministre de l'Intérieur, pour que ces travaux avancent, et qui continuent, puisqu'encore aujourd'hui, à l'issue de cette rencontre au Palais de l'Élysée, le groupe consacré aux actes anti-musulmans et à la sécurité des lieux de culte rencontrera Marion Lalisse, qui est la nouvelle coordinatrice européenne de la lutte contre la haine anti-musulmans, qui nous a fait le plaisir de sa présence aujourd'hui et que je salue.

Deux groupes, deux intervenants, Mourad Dali et [INAUDIBLE] ont tous les deux insisté sur la nécessaire formation, une formation des cadres religieux, au sens large, qui est un défi bien identifié depuis longtemps, et qui est apparu, pour les participants du FORIF, dès le début, plusieurs opinent du chef, dans le public, comme une évidence et un enjeu majeur. Et dans ce chantier de formation, il y a évidemment la formation religieuse, et il appartient au culte musulman de s'organiser pour l'offrir, mais il y a aussi un volet profane, sur lequel l'Université de la République a toute sa place. Et je crois aussi, Monsieur le Président, que c'est pour ça que vous avez voulu, il y a un an, que l'Institut français d'islamologie soit créé, et c'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai le plaisir d'inviter son président, Claudio Galderisi, à nous rejoindre sur scène pour restituer un an de fonctionnement et d'actions de l'Institut français d'islamologie qui, je le rappelle, réunit huit établissements d'enseignement supérieur, à l'Université de Lyon 2, Lyon 3, Aix-Marseille, Strasbourg, l'EHESS, l'EPHE et l'Inalco, qui depuis plusieurs mois déjà, travaillent sous votre férule, Monsieur le Président, pour donner à l'islamologie française toute l'importance qu'elle mérite, et tracer des perspectives pour l'avenir, pour que l'université française soit tout simplement la meilleure dans ce domaine.

Monsieur le Président, je vous passe la parole. Merci, Monsieur Ploquin. Monsieur le Président de la République, Monsieur le Ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, Madame la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Préfet de Paris et de la Région île-de-France, Messieurs les Recteurs des grandes mosquées de Paris et de Lyon, Messieurs les Imams, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, Mesdames et Messieurs.

En 2014, le Livre blanc des études françaises sur le Moyen-Orient et le monde musulman s'inquiétait du risque de décrochage de l'islamologie française, ou en tout cas d'un appauvrissement continu de ses filières de formation. C'est pour répondre à ce défi que vous, Monsieur le Président de la République, prenant acte des menaces pesant sur ce type de recherches, en avez appelé, dans votre discours des Mureaux du 2 octobre 2020, au développement d'études de haut niveau, propices à une meilleure connaissance de l'islam, de sa diversité, de sa complexité et de sa richesse. De cet engagement intellectuel, politique et institutionnel est né l'Institut français d'islamologie, un groupement d'intérêt public visant à conforter ce domaine de la recherche et à en renforcer le rayonnement international, selon les termes mêmes de la lettre de mission qu'avait rédigée le 5 octobre 2021 le Premier ministre, Jean Castex.

La constitution, en février 2022, de l'Institut français d'islamologie se proposait donc, en premier lieu, le développement scientifique et didactique de l'islamologie française. La recherche, l'enseignement et la formation, qui sont au cœur de son action, visent à favoriser l'approche historique et philologique de l'étude de la religion musulmane. Une telle démarche critique n'est cependant pas suffisante en elle-même.

L'unité de l'islamologie ne peut se concevoir sans la pluralité des études qui puisent leur origine dans la richesse des courants et des systèmes de pensée. La diversité de ces études est un gage de leur prégnance épistémologique et de leur fécondité culturelle. En effet, non seulement il y a du monde de l'islam qui peuvent être arabes, turcs, persans, indiens et autres, mais les témoignages de ce monde peuvent se retrouver dans des textes, que ce soit des parchemins, des papyri, des [INAUDIBLE], dans des realia variées, soient-elles des œuvres artistiques ou des vestiges archéologiques, ou encore dans différentes pratiques religieuses, juridiques, culturelles.

L'intérêt pour ce monde s'inscrit dans une tradition française qui remonte au XVIᵉ siècle. En se juchant, tels les nains de la métaphore médiévale, sur les solides épaules des huit établissements universitaires qui en sont le levier scientifique et didactique, et avec le soutien de votre ministère, indispensable, Madame la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, l'Institut français d'islamologie souhaite vivifier, prolonger et faire fructifier cette tradition. Par son action, notre Institut n'entend pas seulement mettre en place les conditions indispensables à l'émergence et au renouvellement d'un nombre significatif d'enseignants et de chercheurs, il souhaite aussi construire le maillage territorial de l'offre de recherche et de formation en islamologie.

Nous pourrons ainsi contribuer, sur un plan rigoureusement scientifique, au processus de professionnalisation des cadres religieux, préconisé par le rapport du quatrième groupe de travail du Forum de l'Islam de France, qui rappelle dans son préambule que le rôle des imams, vous l'avez rappelé, ne s'arrête pas à celui d'un ministre des cultes, il touche des domaines plus larges, comme l'enseignement religieux, la réflexion théologique ou encore la participation au débat citoyen et à la vie de la société. On peut alors synthétiser les missions fondamentales de l'Institut français d'islamologie selon deux objectifs prioritaires. En premier lieu, contribuer à consolider les savoirs fondamentaux de l'islamologie à travers de moyens destinés à l'enseignement, à la recherche, à l'encadrement doctoral, dans un même mouvement, travailler à élaborer avec les établissements membres des parcours destinés à la formation disciplinaire, strictement non confessionnelle.

En s'appuyant sur l'offre de formation des universités et des écoles membres de l'Institut, ces différents parcours, qui tiendront compte, selon les recommandations du Conseil scientifique de l'Institut français d'islamologie, des acquis disciplinaires, méthodologiques ou linguistiques des publics auxquels elles se destinent, ces différentes formations, disais-je, pourront s'adresser aussi bien à un nombre croissant d'étudiants qu'aux hauts fonctionnaires de l'administration publique et, bien entendu, aux cadres religieux du culte musulman. L'ambition de notre Institut est ainsi de faire prospérer, à travers la transmission du savoir, la connaissance de l'islam, pour que son patrimoine intellectuel, spirituel et artistique soit mieux compris, reconnu et valorisé, et pour que science et foi, comme l'écrivait déjà il y a treize siècles l'un des plus grands philosophes du monde arabe et de l'islam, Al-Kindi, pour que sciences et foi ne s'excluent point. Le théologien du IXᵉ siècle, qui fut également mathématicien, physicien et chimiste, avait fait l'éloge de la recherche de la vérité, dans son livre sur la philosophie première, adressé au troisième calife.

Science, foi, vérité scientifique et vérité révélée, n'étaient pas pour lui en conflit mais en harmonie. Je le cite : "nous ne devons pas rougir de trouver beau le vrai, d'acquérir le vrai, d'où qu'il vienne, même s'il vient de races éloignées de nous, et de nations différentes. Pour qui cherche le vrai, rien ne doit passer avant le vrai.

Le vrai n'est pas abaissé ni amoindri par celui qui le dit, ni par celui qui l'apporte. Nul ne déchoit du fait du vrai mais chacun en est anobli. " Croire au bénéfice que la rencontre entre science, culture, religion et société peut générer, c'est aussi croire que les germes de l'humanisme, de l'esprit critique, pourront produire les défenses naturelles dont notre société a le plus grand besoin.

Nous espérons que cela facilitera le dialogue entre toutes les âmes de la culture française, pour qu'elles se connaissent, se comprennent mieux, se critiquent s'il le faut, se respectent, toujours. À travers ces institutions universitaires, la République peut assurer un apprentissage rigoureux des disciplines de l'islamologie, contribuant ainsi à la pérennité du pacte de la connaissance. Tel est, me semble t-il, Monsieur le Président de la République, la vision que vous avez exprimée à plusieurs reprises.

Nous sommes pleinement engagés, avec le directeur de l'Institut, l'assemblée des partenaires et le conseil scientifique, à mettre en œuvre cette vision, en cultivant à la fois les savoirs du passé et la dialectique entre acquis, nouvelles connaissances, modèles de civilisation, qui peut nourrir le contrat social. Nous le ferons en menant un dialogue fécond avec le Forum de l'islam de France, pour réussir ensemble cette mission d'instruction, d'éducation, de connaissance et de citoyenneté, car nul ne déchoit du fait du vrai, mais chacun en est anobli. Merci beaucoup, cher Claudio Galderisi, pour ces propos.

Monsieur le Président, les membres du FORIF sont encore une fois, et ils vous l'ont dit, heureux et honorés de pouvoir restituer cette année de travaux. Ils souhaitent, et je me fais là leur porte-parole, remercier chaleureusement tous les partenaires qui ont accompagné et enrichi leurs travaux, issus des autres administrations, issus de la société civile, qui leur ont permis d'enrichir tous les travaux que vous avez menés. Ils sont particulièrement heureux, Monsieur le Président, de pouvoir clore cette année de travaux sous votre patronage et en cette date toute particulière, puisque c'est aujourd'hui que, dans tous les départements de France, commencent officiellement les assises territoriales de l'islam de France, convoquées par le ministre de l'Intérieur.

Voilà, clôturer le FORIF ici prend d'autant plus de relief et de sens et je pense qu'il n'y a rien de plus à ajouter, Monsieur le Président. Vous avez ici un auditoire qui sera heureux de vous entendre, avant de repartir dans les territoires et de continuer leurs travaux. Monsieur le Ministre, Mesdames les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Préfet de région, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, merci infiniment d'abord pour les travaux et tous ces mois d'avancées, et la restitution d'aujourd'hui, et merci Monsieur le Sous-Directeur aussi, pour tout le travail qui a été conduit, et je veux vraiment ici rendre hommage au travail, vous l'avez dit, de l'ensemble des administrations, de tous les partenaires et de tous les bénévoles, qui ont pris sur leur temps pour faire avancer cette cause commune.

Et en effet, je suis très heureux, en cette journée, d'être parmi vous, un an après le lancement du premier FORIF, et au fond, dans l'esprit que je souhaite, plus profondément, pour tous ces travaux, c'est-à-dire de pouvoir avoir un débat apaisé, de plain-pied entre l'État et le culte musulman, sous l'égide de la République, et tourné vers des solutions concrètes, et au fond, de faire vivre ce qu'est notre laïcité, qui n'est pas l'interdiction de quelle que religion que ce soit, mais la possibilité de vivre ensemble, dans la République, avec cette liberté de croire et de ne pas croire, et en respectant absolument toutes les lois de la République, ni plus ni moins, et de le faire sans que ce soit l'occasion d'une difficulté, d'un drame ou d'une crise, mais de pouvoir avancer, parce que le chemin est devant nous et nous avons encore beaucoup de choses à faire, parce que si tout tombait parfaitement, en quelque sorte, nous n'aurions pas à vivre ces soubresauts et à nous occuper de la question, et c'est l'histoire même, d'ailleurs à la fois de ce qu'est la nation française et de notre République. Ce n'est jamais un donné. C'est un combat de chaque jour, un plébiscite, aurait dit Renan, un engagement.

Mais derrière cet engagement, il y a un pacte de connaissance, un pacte de reconnaissance, un pacte de volonté. Et ce triple pacte, c'est celui-même autour duquel l'ensemble de vos travaux, Professeur, vous venez de le dire, pour une partie de ce qui concerne ce triptyque, c'est ce que l'ensemble de vos travaux ont conduit à faire avancer. Alors, en effet, lors du discours que j'avais fait aux Mureaux, j'avais parlé d'un réveil républicain, quelques semaines malheureusement avant un nouvel attentat sur notre sol, une attaque terroriste, à nouveau.

Mais ce réveil républicain des Mureaux, en nommant le séparatisme, visait à éveiller, si je puis dire, de manière très concrète, sans opposer, déplier les causes et traiter une à une les racines de nos difficultés communes. Et je veux ici vraiment remercier le ministre de l'Intérieur, l'ensemble de ses équipes, remercier les parlementaires, tous et toutes engagés, rapporteurs tout particulièrement, pour le travail qui a été conduit, pour que ce discours devienne ensuite un texte de loi, qu'il soit appliqué, progressivement, par l'ensemble des administrations et des acteurs, et malgré les doutes de certains, je remercie aussi les représentants des musulmans d'avoir accepté cette nouvelle loi de la République sans former aucun recours. Les engagements pris ont été tenus, je n'y reviens pas, en ce qui concerne l'ordre public et la neutralité de l'État, le contrôle des associations, l'école, mais à chaque fois dans le respect des libertés publiques, et surtout dans le but de combattre l'islamisme, c'est-à-dire de dissiper l'ère du soupçon et toute forme de confusion qui avait pu s'installer, et de permettre, simplement, l'expression sincère, personnelle de la foi.

Notre action contre l'islamisme politique, depuis ces dernières années, a donné des résultats concrets, je vais ici les rappeler : près de 28 000 opérations de contrôle, 906 fermetures d'établissements opérées, de manière temporaire ou définitive, 54 millions d'euros, même un peu plus, redressés au recouvrés, plus de 600 signalements effectués au titre de l'article 40 du code de procédure pénal, l'accompagnement vers la loi de 1905 des lieux de culte, comme le fait courageusement la mosquée de Paris, dont je remercie le recteur. Il a également été mis un terme au système des enseignements en langue et culture d'origine, les fameuses LCO, qui ont été remplacés par les enseignements internationaux de langues étrangères, les EILE, qui n'échappent plus aux contrôles de l'Éducation nationale, contrairement au système des LCO, et permettent de remettre dans le giron de la République et de l'enseignement que nous souhaitons pour nos enfants l'ensemble, justement, de ces pratiques. Mais traiter les conséquences d'un islam dévoyé sans prendre le soin d'assurer à chacun des musulmans l'accès à un islam en France, à un islam des Lumières, c'était faire les choses à moitié.

Et c'est dans ce cadre que le FORIF participe de cette ambition d'un réveil républicain, et il prend place à côté de plusieurs initiatives, certaines qui préexistaient à tous nos travaux et qui ont joué, ces dernières années, un rôle important. Je ne citerai ici, parmi tant d'autres, que l'Institut des Cultures de l'Islam de Paris, chère Bariza, mais je veux ici rappeler l'importance du travail de la Fondation pour l'islam de France, comme de la structuration, Président, d'une islamologie universitaire, vous l'avez rappelé, cher Professeur et Président de l'Institut français d'islamologie. Le FORIF, lui, permet à l'islam en France de structurer librement, en sortant des impasses précédentes, en redonnant de la liberté, de la responsabilité et donc de l'efficacité aux acteurs de terrain.

Alors, ces travaux et ce dont vous avez restitué la substantifique moelle, si je puis dire, aujourd'hui, c'est le début de ce chemin, un dialogue de qualité entre l'État et l'ensemble de celles et ceux qui font vivre l'islam en France. Les précédentes instances présentaient des limites, que j'ai déjà eu l'occasion de nommer. Il y avait un dialogue qui existait, il y avait de vraies avancées, je ne veux pas sous-estimer ce qui avait été fait, par exemple avec le CFCM, mais l'État discutait bien souvent aussi avec d'autres États, dans le cadre d'une forme de rémanence, pas simplement diplomatique, mais qui embarquait aussi toute une histoire dont il fallait progressivement sortir.

C'est pourquoi nous avons décidé de mettre fin au CFCM, de manière très claire, et à son activité. C'est pourquoi nous avons décidé de mettre en place une charte, et je remercie toutes celles et ceux qui l'ont courageusement signée, explicitant leur engagement à la République et aux valeurs de la République, et là aussi, sans ambiguïté aucune. Il ne s'agit pas de dire que la République serait au-dessus de quelle que religion que ce soit.

Ce n'est pas du même ordre. Il s'agit simplement de rappeler qu'on peut croire ou ne pas croire en République, qu'à la rigueur, la République, même complètement, la République n'a pas à dire ce qu'est le culte, mais qu'elle n'a à faire aucune concession, au nom de quelle que religion ou philosophie que ce soit, sur ce que sont ses règles et celles qu'elle se donne. Le peuple est souverain et il décide de celles-ci.

Et demander à chacune et à chacun, citoyens, de pouvoir exercer leur foi, la défendre, mais de réitérer leur engagement absolu aux règles de la République, c'est le cadre de la laïcité et celui qui nous permet d'avancer, et je remercie toutes celles et ceux qui l'ont signée. Notre conviction était que pour parler de l'islam en France, il fallait s'appuyer sur les musulmans qui vivent en France, parce que sinon on retombe dans cette logique, en quelque sorte d'extraterritorialité, de jeux d'influence, de propagande. Je ne dis pas qu'on s'en affranchit totalement, j'y reviendrai en faisant cela, mais enfin c'est une condition première, et surtout je crois qu'on manifeste le respect, la reconnaissance et un travail concret, avec celles et ceux qui croient en cette religion et qui la vivent sur notre sol.

Et donc c'est une vraie démarche fédérative qui est conduite avec le FORIF, avec une unité de base qui est le département, parfois plusieurs départements sont regroupés, mais qui justement sort des structures habituelles et des formes de représentations qu'on connaissait jusque là. Il s'agit donc de réunir les forces vives de la foi musulmane et de trouver un système où les acteurs du terrain parlent des sujets du terrain. Vous l'avez très bien montré aujourd'hui, de manière pragmatique, en ne calcifiant, si je puis dire, aucune rivalité, aucune pesanteur, et les membres du FORIF, bénévoles, désignés pour un an, sont les éclaireurs de millions de français musulmans qui veulent croire en l'islam et porter les valeurs de notre pays.

Et vous êtes, à cet égard, les visages d'un humanisme du réel qui fait progresser chacun, et qui portez aussi un engagement reposant sur un vrai courage intellectuel, qui vous honore. Et de cela, je veux vraiment vous remercier. Cette démarche exemplaire, vous en avez restitué ici les travaux avec à la fois engagement et pragmatisme, et avec des vrais chantiers qui ont été d'ores et déjà dessinés et qui sont, à mes yeux, le meilleur rempart face aux entreprises de séparatisme, et le meilleur démenti face aux amalgames haineux.

Et au fond, je pense, je suis même convaincu que vos travaux sortent de ce face-à-face qui, quand il n'y a pas la juste reconnaissance, bâtissent le ressentiment et légitiment les discours de séparatisme, parce qu'il y a le travail conjoint, la reconnaissance de la République, le pragmatisme, nous construisons des solutions communes, dans le cadre de la République, pour que justement, l'ensemble de ces pratiques puissent se tenir. Alors, en un an, beaucoup de travaux ont été conduits, avec des résultats exemplaires. Vous les avez parfaitement restitués.

La sécurité des lieux de culte et la lutte contre les actes antimusulmans, qui est un chantier prioritaire, et je veux remercier à mon tour les députés Florennes et Mendès, pour le travail conduit et l'ensemble des travaux qui, comme cela a été rappelé par Monsieur le Sous-Directeur, inspirent maintenant les lignes de force du ministère de l'Intérieur, mais avec le guide relatif à la lutte contre les actes anti-musulmans, un autre guide relatif à la sécurité des lieux de culte, pour permettre aux gestionnaires de ces lieux d'avoir connaissance des outils existants et des vraies mesures de sécurisation. C'est une avancée concrète, et dans le cadre de nos lois existantes, nous pouvons faire beaucoup, et grâce à ces guides, sous l'égide du ministre et de nos préfets, là aussi, beaucoup sera fait pour structurer un réseau, des actions communes, avec entre autres, la désignation des référents, comme vous l'avez proposée. Des choses extrêmement concrètes.

Et je le dis ici aussi, ce sera pour nous un des axes-clés, car la loi doit protéger chacun, et les préfets que je remercie pour leur action, sont particulièrement sensibilisés sur ce sujet et y veillent, ô combien. J'ai à cet égard demandé au Gouvernement d'augmenter les crédits à votre disposition dès cette année, et le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer y veille. Sur l'aumônerie musulmane, vous l'avez rappelé, qu'il s'agisse des hôpitaux, des prisons, de nos armées, qu'il s'agisse aussi du futur SNU, qui portera ce sujet au cœur de son organisation aussi, c'est un impératif pour tenir la promesse républicaine.

Et s'agissant des fidèles qui peuvent être en situation de fragilité, c'est un instrument nécessaire là aussi, contre toute forme de radicalisation. Au terme de vos travaux, vous avancez vers un système de gouvernance, vous l'avez tout à l'heure rappelé, avec ce Conseil national de l'aumônerie musulmane FORIF, pleinement opérationnel, sur lequel nous devons maintenant avancer et que nous devons mettre en œuvre pour qu'il soit un élément important de progrès réel pour les musulmans et pour l'unité de la nation. Et puis, sur le financement, vous avez esquissé des premières pistes très concrètes, avec des partenaires indispensables, et j'y reviendrai dans un instant, sur la formation et le statut des imams également, qui sont une condition indispensable pour pouvoir avancer.

D'ores et déjà, sur les propositions concrètes qui ont été formulées aujourd'hui, je souhaite que les prochains mois soient des mois de traductions pratiques, qu'elles soient législatives, réglementaires ou organisationnelles, pour que vos travaux puissent tout de suite démontrer, en quelque sorte, qu'ils se traduisent en actes, ce qui est un signe de confiance, de crédibilité, et ce qui va nous permettre d'engager encore davantage autour de ce mouvement. Alors, les prochaines étapes commencent en quelque sorte dès aujourd'hui, vous l'avez rappelé. En effet, avec le lancement des quatrièmes Assises territoriales de l'Islam de France, qui vont remettre sur le métier, décliner les solutions sur le terrain.

Et donc nous devons continuer de capitaliser, de progresser, pour éliminer tous les obstacles techniques, administratifs, logistiques, continuer ce dialogue à tous les niveaux, et donc ces assises territoriales de l'Islam de France vont permettre d'enrichir, justement, et de décliner des solutions de terrain, sur les quatre thématiques qui ont été ici proposées, et de poursuivre le travail. C'est une démarche, aussi, pérenne de structuration de la pratique, avec l'Institut français d'islamologie, lequel a vocation à devenir un pôle d'excellence universitaire, de formation et de recherche. C'est notre volonté et je remercie la ministre, là aussi, pour son engagement, et vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, Professeur, votre volonté de continuer d'agréger et d'être au cœur, aussi, du sujet des formations, et d'avoir des formations de référence, comme cela a été évoqué tout à l'heure pour un des groupes de travail, important pour, là aussi, nous permettre d'avancer vers un processus de confiance et de déjouer toute forme d'obscurantisme.

Enfin, et je crois que c'est une étape irréversible, qui se poursuit dès à présent dans les départements, avec ces assises territoriales de l'Islam de France, c'est un cadre de dialogue, de représentation, qui doit en quelque sorte s'inscrire de manière durable, au plus près du terrain, et en quelque sorte loin de toute forme d'interférences. Alors, ce que j'attends de ces prochains mois est assez simple, c'est d'abord la traduction, je le disais, concrète et en actes de tout ce que vous avez présenté aujourd'hui et nous n'avons pas de temps à perdre. Ensuite, c'est la poursuite du travail, la consolidation, le renforcement du travail indispensable en matière de recherche et en matière universitaire.

Nous ne sommes qu'au début du chemin, l'Institut joue un rôle très important, et je parle ici devant d'éminents universitaires, qui ont porté l'excellence de l'école française, mais nous devons être lucides sur le fait que nous n'avons pas eu le bon niveau d'investissement ces dernières années et que nous devons réinvestir dans la connaissance du monde musulman, mais aussi du monde arabe, des différentes géographies, et recréer des postes de chaires, des postes de doctorants et réinvestir massivement sur ces sujets. Et donc cette politique doit redoubler d'ambition. Et puis nous devons avancer sur plusieurs autres sujets éminemment difficiles, certains ont été commencés aujourd'hui, d'autres, nous devons les prendre à bras-le-corps.

Le sujet du financement, vous l'avez dit, si nous voulons sortir des interférences, nous devons clarifier le financement, l'assumer, dans le respect de ce qu'est la laïcité et donner de la pérennité et de la transparence. Quand il n'y a pas de pérennité et de transparence aux financements, il y a des mécanismes opaques qui se mettent en place, des interférences et des jeux d'influence. Ça existe encore sur le terrain, et ce n'est ni le discours des Mureaux, ni la loi, ni le FORIF qui l'a encore arrêté, soyons totalement honnêtes avec nous-mêmes ! et donc nous devons redoubler d'efforts pour cesser cela, réengager l'ensemble des partenaires financiers et avoir un système qui permette la soutenabilité, et donc avancer, redoubler d'efforts sur vos travaux.

Ensuite, il nous faut pleinement assumer le chantier que vous avez évoqué, de formation, de reconnaissance et de construction d'un statut d'homologation, oserais-je dire, des imams. Si nous ne regardons pas ce sujet en face et si nous laissons, en quelque sorte, à d'autres le soin de former ou d'exporter vers la France les prédicateurs, on peut continuer comme on fait depuis 20 ans, c'est-à-dire de déplorer les conséquences dont nous chérissons les causes. Ce n'est pas mon tempérament.

Et donc, si nous voulons pleinement assumer ce qu'est la République, nous devons résolument regarder en face et assumer le fait que nous avons besoin d'aller au bout de ce chantier. Il est très difficile, vous l'avez dit avec beaucoup d'humilité et de calme, mais derrière ça, il y a des montagnes à bouger. Nous devons homologuer des formations universitaires, construire un système de gouvernance, qui fait que des gens dont c'est la compétence sur le terrain pourront dire : cette personne est imam, n'est pas imam, cette personne peut prédiquer, ne peut pas prédiquer, et d'avoir un système qui fait que quand des gens qui prédiquent disent des folies qui menacent la République et bafouent la religion, qu'est l'islam, on puisse leur dire : vous n'aurez plus le droit de le faire, et sortir du jeu parfois hypocrite, quelquefois imparfait dans lequel nous avons trop longtemps vécu.

Troisième élément, il a été peu évoqué aujourd'hui, c'est la question du pèlerinage. Elle est très liée aux sujets de financements. Quelques-uns ici ont beaucoup travaillé sur ce sujet, mais nous devons continuer le travail qui a été commencé, mais qui n'est pas parachevé, et la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et les services compétents iront au bout de celui-ci, qui là aussi, est un travail de clarification des systèmes de financements, de plus grande transparence, et qui peut être d'ailleurs un des leviers de financement, tout à fait transparent et légitime, l'Islam en France, mais qui n'a pas vocation, éternellement, à financer certains acteurs, de manière pas toujours transparente, et des jeux qui ne sont pas toujours transparents.

Et donc ça, c'est un dialogue géopolitique, que nous avons d'ailleurs entamé, mais que nous souhaitons mener jusqu'à son terme. Et puis il y a le dernier chantier, sur lequel il nous faut là aussi avancer avec beaucoup de courage, de volonté, plusieurs d'entre vous ont commencé de le faire, mais qui est un travail pour nous-mêmes, qui est d'ailleurs plus large et miroite avec d'autres, mais de lutte contre toutes les propagandes, les discours de manipulation, et au-delà de ce qui est fait dans la structure, sur notre sol, de l'Islam en France, l'utilisation des réseaux sociaux, de certains organes par des puissances extérieures ou des mouvements religieux, qui ont une conséquence sur notre sol, et qui viennent en quelque sorte bousculer le chemin de concorde que nous sommes en train, collectivement, de mener. Ces discours, ces manipulations de l'information du culte ont un impact, en particulier sur les plus jeunes, sur les moins bien formés, les moins éduqués.

C'est une réalité, là aussi, de notre société. Et donc il nous faut collectivement travailler sur ce sujet, lutter contre, et donc produire de la connaissance, savoir la diffuser et produire aussi, si je puis dire, des manœuvres de divulgation des mensonges. C'est important et je crois que c'est un travail, là aussi, qui est au cœur de ce qu'est le rôle de la République et, je crois, l'engagement de toutes et tous, ici.

Je ne veux pas être plus long, mais je pense que l'entreprise que nous conduisons toutes et tous, et je me mets avec vous de plain-pied, beaucoup pensent que ça ne marchera pas, encore aujourd'hui, je vous le dis avec beaucoup de sincérité. Il y a plein de gens en France qui disent : "ce n'est pas la première fois qu'ils essaient ces trucs-là", et donc les uns continuent à s'organiser comme avant, les autres attendent patiemment, mi-gourmands mi-goguenards, que tout ça s'arrête ou échoue. Il nous faudra donc redoubler de détermination.

Vous pensez que vous avez déjà donné beaucoup de votre temps et de votre énergie ? Je veux être ici très clair avec vous : ce n'est que le début, parce qu'il y aura des moments, à nouveau, de crise, parce que nous vivrons des échecs, parce qu'on ne change pas les esprits, ni la géopolitique, ni l'intimité de nos villages et de nos villes en quelques mois, mais je pense que si nous sommes clairs sur le cap, déterminés, et que si nous sommes fidèles à notre histoire, nous y arriverons, parce que c'est une affaire de volonté, de respect, et je le disais, de reconnaissance et de connaissance. C'est l'histoire même de la France, c'est l'histoire même de la République, nation et république, au sein de laquelle toutes celles et ceux qui croient dans l'islam, comme toutes celles et ceux qui croient dans une autre religion ou ne croient pas, ont à vivre en paix, en s'engageant derrière elle.

Donc merci pour ce travail et surtout merci pour tout ce que vous allez continuer de faire à nos côtés, parce qu'il nous en reste beaucoup. Vive la République et vive la France !