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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 20 novembre 2025 25 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéNumériqueJusticeSolidarités & famille

Narcotrafic : comparer la lutte contre les trafics au terrorisme, "c’est un peu tromper les gens", affirme un avocat pénaliste

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 50 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:21OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat ? Le meurtre du frère Damien, c'est un point de bascule ?

  • 4:49OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous constatez un point de bascule aujourd'hui ? Ils ont franchi une étape qu'ils ne se permettaient pas de franchir auparavant en s'en prenant aux frères d'un militant qui n'avait rien à voir avec le trafic de drogue ?

  • 5:05RelanceRéponse partielle

    Vous qui défendez des narcotrafiquants, est-ce que vous constatez un point de bascule aujourd'hui ?

  • 6:52OuverteRéponse directe

    Qui sont les acteurs de ce trafic aujourd'hui ?

  • 8:29OuverteRéponse directe

    Écoutez Amine Kessassi, interrogée par Paul sur France Info. Est-ce que vous y voyez la main de la DZ Mafia ?

  • 9:05RelanceRéponse directe

    Dites-nous, de quoi on parle et est-ce que c'est plausible, Frédéric Ploquin ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:35InvitéFait
    « En fait, d'intimidation, je pense qu'il s'agit plus de terroriser, puisqu'il s'agit d'éliminer de la surface de la Terre. »
  • 2:17InvitéFait
    « il y a, dans cette accumulation de meurtres, une volonté de mise en scène du meurtre afin de mieux terroriser l'adversaire. »
  • 3:51InvitéFait
    « On tue quelqu'un, parce qu'en fait, il s'agissait de tuer Amin Kessassi et pas son petit frère. On veut tuer quelqu'un uniquement parce qu'il parle, uniquement parce qu'il écrit des livres, uniquement parce qu'il est devenu, rapidement, il n'a que 22 ans, il est devenu le porte-parole de la société civile marseillaise qui refuse l'ultra-violence, qui refuse l'emprise du narcotrafic sur les quartiers. »
  • 5:48InvitéChiffre
    « On sait que, depuis deux ans, les chiffres du nombre de personnes tuées dans le cadre de stupéfiants a baissé. »
  • 9:10InvitéFait
    « La DZ Mafia, c'est, on va dire, le gang criminel qui monte à partir du sud de la France depuis 4 ou 5 ans. »
  • 10:20InvitéFait
    « le fait que cette organisation soit aujourd'hui soupçonnée n'est absolument pas une surprise. »
  • 13:46InvitéFait
    « Le collecteur dont vous parlez qui était un gars absolument inséré, totalement normal, qui était au chômage et à qui, un jour, on a dit tu fais des allers-retours d'un point A à un point B, tu nous ramènes des petites enveloppes et, en échange, on te donne un salaire. »
  • 20:56InvitéChiffre
    « les produits stupéfiants entre 1200 et 1600 morts par an »

Temps de parole

  • Invité45 %
  • Invité 228 %
  • Présentateur16 %
  • Locuteur non identifié5 %
  • Locuteur non identifié 24 %
  • Locuteur non identifié 33 %

2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Frédéric Ploquin. Bonjour. Bonjour Philippe-Henri Oneguer. Bonjour. Et bonjour Paul. Bonjour Agathe. Merci d'être avec nous ce matin sur France Info. Frédéric Ploquin, vous êtes le spécialiste du grand banditisme. Vous avez notamment co-écrit « Insécurité stop à la défense aux enfers » chez Fayard. Très tôt, vous avez mis en lumière, notamment dans un documentaire « La drogue et dans le prix », le fait que le trafic n'épargne plus campagne ni ville moyenne. Et pas seulement. Pierre-Henri Oneguer, vous êtes avocat pénaliste, fondateur du cabinet Ruben et associé. Et vous avez défendu tous les acteurs du réseau, des plus gros narcotrafiquants, au plus petit maillon de la chaîne.

On va essayer donc de comprendre avec vous ce matin de quoi parle-t-on exactement quand on parle de narcotrafic, de crimes d'intimidation. Quel est ce mal qui ronge le pays, une semaine après l'assassinat du frère Damien Kessassi, militant engagé dans la lutte contre le narcotrafic ? On l'écoute, c'était à votre micro, Paul sur France Info.

1:03
Locuteur non identifié

Le premier sentiment que j'ai, c'est la culpabilité. Mon frère est aujourd'hui dans ce cercueil, à ma place. C'est quelque chose que je n'arrive pas à supporter.

1:13
Présentateur

Le ministre de l'Intérieur et le garde des Sceaux sont attendus à Marseille tout à l'heure. Pour le gouvernement, cet assassinat, c'est un point de bascule. Est-ce que vous êtes d'accord d'abord, Frédéric Plequin, avec ce constat ? Le meurtre du frère Damien, c'est un point de bascule ?

1:27
Invité

Oui, pour une raison très simple. C'est que, pour une fois, il ne s'agit pas de terroriser le gang adverse, d'intimider, entre guillemets. En fait, d'intimidation, je pense qu'il s'agit plus de terroriser, puisqu'il s'agit d'éliminer de la surface de la Terre. Donc, pour moi, l'intimidation, ce n'est pas « je t'élimine de la surface de la Terre ». L'intimidation, ça peut être éventuellement ce qu'on appelle en Italie la jambisation. On tire dans les pattes. Pourquoi la jambisation ? La jambisation, c'est tirer dans les jambes de quelqu'un. Après, il est handicapé à vie. Mais au moins, normalement, il est calmé. On ne lui tire pas dans le haut du corps, on lui tire dans le bas du corps.

2:01
Locuteur non identifié

Vous nous disiez tout à l'heure, avec un gars, que ces tueurs avaient une jouissance à tuer et à faire mal particulière, c'est ça ?

2:08
Invité

Pour moi, effectivement, dans cette nouvelle génération qui a pris le pouvoir à Marseille dans le trafic de stupéfiants, qui a récupéré la manne financière, il y a, dans cette accumulation de meurtres, une volonté de mise en scène du meurtre afin de mieux terroriser l'adversaire. C'est-à-dire qu'on ne se contente pas de mettre une balle dans la tête de quelqu'un. Il faut le découper en morceaux, pourquoi pas à la scie, le faire brûler, le mettre dans le coffre d'une voiture, l'amener en forêt, en mode barbecue. Donc, il y a une espèce de mise en scène de la mort. Comme si tuer quelqu'un ne suffisait pas à terroriser et à l'intimidier.

2:44
Locuteur non identifié

Ce qui est aussi arrivé à Amin Kassassi, son grand frère, Brahim, est mort dans une voiture.

2:48
Invité

Il s'agit d'une mise en scène de la mort visant vraiment à faire en sorte que tout le monde comprenne qui ils sont. Donc, je parle, oui, effectivement, derrière cela, d'une forme de jouissance. Mais pour terminer sur le point de bascule, pour moi, on se disait depuis un moment, j'enquête tous les jours sur ce sujet, on me disait, bon, un jour, ils vont s'en prendre à un surveillant de prison, à un directeur de détention, à un avocat parce qu'il aura mal fait son boulot à leurs yeux, à un magistrat parce qu'il sera trop en pointe, à un élu local qui aura été un petit peu trop insistant pour fermer un point de deal qui était lucratif. On disait ça. Ou voir un journaliste.

On disait cela, mais ça ne s'était pas produit. Et là, ce n'est pas un règlement de compte à quoi on est confronté. Ce n'est pas un voyou qui fait exécuter...

3:37
Présentateur

Parce que le frère d'Amin Kessassi n'a rien à voir avec le trafic.

3:39
Invité

On s'était habitué, ça. Je voulais donner un règlement de compte de plus. On aurait dit, bon, allez, ça fait un de plus, on compte, on dit 21, 22, 23. Quelque part, ça ne fait plus descendre les gens dans la rue. Là, ce n'est pas un règlement de compte dont il s'agit. On tue quelqu'un, parce qu'en fait, il s'agissait de tuer Amin Kessassi et pas son petit frère. On veut tuer quelqu'un uniquement parce qu'il parle, uniquement parce qu'il écrit des livres, uniquement parce qu'il est devenu, rapidement, il n'a que 22 ans, il est devenu le porte-parole de la société civile marseillaise qui refuse l'ultra-violence, qui refuse l'emprise du narcotrafic sur les quartiers.

Il est celui qui ne baisse pas les yeux. Il est celui, Amin Kessassi, il est celui qui regarde les choses en face, qui nomme les choses et qui les nomme. Et donc, c'est pourquoi je dis aujourd'hui, il y a eu... Je termine juste sur la société. La société civile a déjà été éclaboussée, puisqu'il y a eu des balles perdues. Vous vous souvenez de cette jeune étudiante à Marseille qui est morte alors qu'elle faisait ses devoirs dans son appartement à cause d'une balle de Kalachnikov qui a été mal tirée. Là, c'est autre chose. Ce n'est pas une balle perdue. C'est volontairement faire taire la société civile.

Et c'est en cela qu'il y a, pour nous, et derrière Amin Kessassi, c'est la République qui est quelque part défiée.

4:49
Présentateur

Est-ce que vous êtes d'accord, Philippe-Henri Honneger, vous qui défendez des narcotrafiquants, est-ce que vous constatez un point de bascule aujourd'hui ? Ils ont franchi une étape qu'ils ne se permettaient pas de franchir auparavant en s'en prenant aux frères d'un militant qui n'avait rien à voir avec le trafic de drogue ?

5:05
Invité

Je pense, et c'est ce qu'on fait toujours quand on est avocat, c'est-à-dire qu'on va aller s'intéresser aux cas particuliers et regarder la particularité du cas, c'est-à-dire de tirer d'un cas particulier, qui est peut-être un épiphénomène, quelque chose qui serait d'absolument général et une bascule qui serait nationale, c'est, à mon avis, aller un petit peu trop vite. Il y a un cas particulier qui est le cas marseillais et il y a le cas particulier qui est celui-ci et qui est effectivement très inquiétant. Et je crois que personne ne conteste qu'il y a du trafic de stupéfiants en France, qu'il y a des violences qui sont liées au trafic de stupéfiants et que c'est très inquiétant.

Maintenant, est-ce qu'on a une bascule plus générale dans le cadre du trafic de stupéfiants ? C'est beaucoup moins clair. Vous, vous en doutez ? Par exemple, on peut regarder les chiffres. On sait que, depuis deux ans, les chiffres du nombre de personnes tuées dans le cadre de stupéfiants a baissé. Donc, c'est difficile de vous dire qu'on a un point de bascule alors que ça va plutôt à la baisse.

6:01
Présentateur

Mais est-ce que c'est le signe qu'il y a moins de trafic ?

6:03
Invité

Je ne sais pas si c'est le signe qu'il y a le moins de trafic, mais là, on parle du fait de tuer quelqu'un dans le cadre de trafic de stupéfiants comme étant un point de bascule. On sait aussi qu'on a pu avoir un certain nombre important de recommandes comptes et d'aller-retour à un moment donné parce qu'on a été justement démantelés des gangs très importants à Marseille et qui, donc, c'était plutôt le signe de l'affaiblissement des groupes criminels qui a conduit à ce qu'ils se tirent les uns sur les autres pour récupérer le marché. Donc, moi, je ne vous dis pas fermez les yeux, laissez passer, rien ne se passe.

Je dis juste qu'on a peut-être tendance aussi à grossir la réalité de ce que c'est parce qu'il y a des enjeux qui sont tout simplement politiques et que, parfois, c'est peut-être plus simple de venir appuyer sur la question du trafic de stupéfiants plutôt que sur d'autres sujets.

6:52
Locuteur non identifié

Frédéric Plocanjo, vous n'êtes pas d'accord, je vais vous donner la parole, mais on va avancer en même temps. Qui sont les acteurs de ce trafic aujourd'hui ?

6:57
Invité

Non, mais il n'est pas tué. Ce jeune homme de 20 ans n'est pas tué dans le cadre d'un trafic de stupéfiants. Ce jeune homme de 20 ans est un garçon qui se destinait à devenir policier. Il avait raté le concours de gagnant de la paix. Il allait le repasser. Donc, ce n'est pas... Non, mais je ne dis pas qu'il est tué parce qu'il a participé au trafic. Non, mais Amin Kessassi, lui, ne l'est absolument pas. En fait, on est dans le cadre de voyous qui estiment que la famille d'une victime, parce qu'en fait, ils auraient tué... Il y a un premier frère qui est mort il y a 5 ans. Lui, dans le cadre d'un trafic de stupéfiants. Effectivement.

Et ensuite, on s'en prend à la famille parce que la famille veut juste faire son boulot, demande justice. La famille Kessassi a le tort, aujourd'hui, aux yeux de ceux qui commanditent l'assassinat de ce garçon, de demander que justice soit faite, de demander que les auteurs de l'assassinat du premier frère soient identifiés, que les commanditaires de cet assassinat soient identifiés. C'est ça, le tort qu'ils ont. Donc, quelque part, ils ne se placent pas sur le terrain classique de la vente d'État. Non, bien sûr que non. Parce qu'effectivement, les morts, en matière de règlement de compte, c'est toujours comme ça.

Vous voulez venger votre frère qui a été tué, vous êtes vous-même trafiquant du stupéfiant, il n'y a pas de problème. Vous êtes en famille, si j'ose dire. Et on a bien entendu la nuance. Là, on est hors cadre.

8:12
Présentateur

C'est pour ça qu'on vous a invité. Vous, vous êtes un spécialiste du grand banditisme. Et vous, Philippe-Henri Honégard, vous êtes un avocat. Donc, vous n'êtes pas forcément d'accord sur tout. La question que l'on se pose... Non, pas du tout. Au contraire, c'est enrichissant. La question que l'on se pose, aujourd'hui, justement, c'est qui est derrière cet assassinat ? Écoutez Amine, toujours Amine Kessassi, interrogée par Paul sur France Info.

8:36
Locuteur non identifié

Est-ce que vous y voyez la main de la DZ Mafia ? Je ne sais pas qui a fait ça. Je ne sais pas qui est derrière tout ça. Je ne sais pas qui pourrait croire que moi, un jeune de 22 ans, j'aurais la force de nuire à ce point à des deals, à ce point à un système, à ce point à un fléau, à quelque chose qui brasse des milliards chaque année, à quelque chose qui a une véritable milice, des gens armés, comme au moins un jeune de 22 ans, je peux représenter une menace pour ça.

9:02
Présentateur

Elle est crédible, cette piste de la DZ Mafia. C'est une des plus grandes mafias. Dites-nous, de quoi on parle et est-ce que c'est plausible, Frédéric Ploquin ?

9:09
Invité

La DZ Mafia, c'est, on va dire, le gang criminel qui monte à partir du sud de la France depuis 4 ou 5 ans. C'est le gang criminel qui a affiché sa supériorité sur le marché de la drogue à Marseille en éliminant le clan adverse qui était la bande du Yoda, ce qui a d'ailleurs fait flamber en France la comptabilité des meurtres pendant 2 ans. On a eu une flambe essentiellement due à cette guerre qui signait la montée en puissance d'une organisation jusque-là inconnue composée d'individus qui ont entre 20 et 30 ans dont les patrons aujourd'hui ont un maximum de 30 ans. Les barons, les patrons ne sont pas plus âgés que ceux-là.

Donc, c'est une bande qui affiche aujourd'hui sa volonté conquérante sur tout le territoire de la France. Ils sont partis de Marseille. Ils ont tenté d'installer leur emprise à Avignon, à Nîmes, à Montpellier, à Nice et maintenant ils sont en train de remonter jusqu'à Clermont-Ferrand, etc. Donc, c'est une espèce de marque de fabrique, de franchise presque qu'ils essaient d'imposer sur tout le territoire français. Et ça, c'est vraiment une nouveauté.

10:10
Présentateur

dans cet assassinat ou pas ?

10:12
Invité

Écoutez, aujourd'hui en France, il n'y a pas énormément de monde qui serait capable de commanditer ce type de meurtre. Donc, le fait que cette organisation soit aujourd'hui soupçonnée n'est absolument pas une surprise. Ce sont eux, c'est cette organisation qui était derrière le menace récemment d'un chef de détention au Beaumet qui a dû être, un cadre des Beaumet qui a quand même dû être exfiltré parce qu'il faisait l'objet d'un contrat à peu près de la même manière.

10:38
Présentateur

Un contrat sur sa tête ?

10:39
Invité

Sur sa tête et on avait clairement identifié... Parfois, on peut monter

10:41
Présentateur

dans des prisons ? On peut comme ça ? Non,

10:43
Invité

pas parfois. Je veux dire, en fait, ces individus, rappelez-vous Mohamed Amra, le garçon qui, à l'occasion de son évasion exécuté autour de lui pour s'évader de ce veillant de l'administration pénitentiaire. On est vraiment dans une nouvelle méthode, une nouvelle mode, une nouvelle façon d'exprimer la violence, on va dire. Et cette DZ, mafia, exerce son emprise jusqu'en Normandie, effectivement, aujourd'hui. Mais qu'est-ce que ça veut dire DZ, mafia ? Il faut juste dire aux auditeurs. DZ, c'est quoi ? Algérie. C'est l'Algérie. C'est ça. C'est la plaque d'immatriculation. C'est le... On va dire... Ils se revendiquent.

Et moi, ce qui me surprend chez ces individus-là, c'est le fait de défier l'État ouvertement, de se revendiquer, de s'afficher. Jusqu'à présent, les grands bandits, les grands voyous, ils se cachaient. Enfin, ils se cachaient. Ils essayaient de... Ils se cachaient par contre. Ils faisaient la fête dans les bois de nuit, éventuellement. Mais ils n'allaient pas écrire leur nom sur les murs, dire qui ils sont. Donc, il y a une espèce de volonté de toute puissance qui n'existait pas dans les générations.

11:47
Locuteur non identifié

Et les grands bandits aussi, ils quittent la France. co-trafiquants présumés, particulièrement signalés, recherchés par la France. Ils étaient en visite aux Émirs Arabes Unis où ils sont, pour certains d'entre eux, partis s'installer. 14 ont déjà été extradés depuis le début de l'année. On entend souvent tous les responsables politiques dire il faut qu'on tape le haut du spectre, le haut du spectre. C'est qui, maître ? Je vois que vous n'étiez pas d'accord avec le spécialiste du grand banditisme. Vous qui en défendez certains, qui sont-ils ou vivent-ils ?

12:15
Invité

C'est très compliqué à dire et d'autant plus que très souvent, en réalité, ils ne sont pas formellement identifiés. C'est-à-dire qu'il y a ce que peut vous dire un journaliste qui enquête et qui a un certain nombre d'informations puis après, il y a ce qu'on peut démontrer judiciairement. Après, ce qu'on sait quand on parle du haut du spectre, d'abord, c'est que c'est une extrême minorité. Il ne faut pas oublier que la grande majorité des gens dont on dit qu'ils sont des trafiquants de stupéfiants, c'est des petits gamins qui sont dans la rue, dans les quartiers, qui touchent une misère pour faire le guetteur, pour vendre, et tout ça.

C'est ça la réalité, j'allais dire, sociale du trafic de stupéfiants.

12:53
Présentateur

Et vous avez défendu ce qu'on appelle un collecteur. C'est un maillon assez bas dans la chaîne, celui qui récolte l'argent du deal, mais vous avez aussi défendu un docker, vous m'avez dit, qui avait été menacé par la mafia et des gros... Enfin, expliquez-nous un peu les profils.

13:06
Invité

En fait, il y a de tout et c'est ça qui est intéressant. C'est ça qu'il faut comprendre, en fait, c'est cette diversité. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, politiquement, on se focalise en donnant l'impression que les trafiquants de stupéfiants, ce sont des sortes de caïds immenses avec des moyens financiers incroyables sans foi ni loi. C'est une extrême minorité. La très grande majorité, c'est ce que je vous disais. C'est-à-dire que, moi, j'ai défendu un docker du Havre, un gamin de 20 ans qu'on est venu voir un jour en lui promettant des sommes mirobolantes pour sortir un conteneur.

Des petits gamins de cité qui, malheureusement, ont l'impression qu'ils n'ont aucun avenir dans la vie autre que d'aller vendre une barrette en bas de chez eux. Le collecteur dont vous parlez qui était un gars absolument inséré, totalement normal, qui était au chômage et à qui, un jour, on a dit tu fais des allers-retours d'un point A à un point B, tu nous ramènes des petites enveloppes et, en échange, on te donne un salaire. C'était quasiment un salarié avec un emploi du temps et une fiche de pointage. Donc, en fait, c'est aussi ça la réalité sociale de ce qu'est le trafic de stupéfiants en France.

C'est aussi ça qu'il faut prendre en compte parce que, quand on s'intéresse à la manière de réprimer ou de lutter contre ça, on doit aussi regarder cette vérité sociale-là et ne pas accumuler des effets d'annonce ou alors des annonces un peu spectaculaires qui, dans l'ensemble, sont relativement inefficaces. On a le... Dans un instant, parce que...

14:29
Présentateur

Oui, on lance l'info en une minute. On va parler de l'évolution du trafic. Vous rebondirez juste après. Des moyens aussi mis contre le trafic de drogue par le gouvernement. Mais tout de suite, il est 8h48. C'est l'info en une minute avec Théo Méton-Réjimbo.

14:44
Locuteur non identifié

Le niveau des enfants français est faible. L'éducation nationale révèle les résultats des évaluations nationales. Moins de la moitié des élèves ont une maîtrise satisfaisante des mathématiques. Niveau fragile aussi en lecture, grammaire et conjugaison. Des inégalités sociales très fortes sont relevées. Le militant anti-narcotrafic Amine Kessassi appelle à une minute de silence samedi devant les mairies après le meurtre de son frère à Marseille il y a une semaine. Un crime d'intimidation selon les autorités. Cette mort est un échec collectif souligne le jeune homme ce matin.

Trois ministres saisissent le procureur pour des contenus révisionnistes et négationnistes sur les chambres à gaz publiés par l'intelligence artificielle de X. Grock a contesté sur la plateforme le caractère criminel des actes commis à Auschwitz. Ce jeudi troisième jeudi de novembre signe le retour du Beaujolais Nouveau. Les rendements sont un peu plus faibles cette année à cause de la météo. Plus de 14 millions de bouteilles de Beaujolais Nouveau se sont vendues l'an dernier.

15:47
Présentateur

France Info

15:51
Locuteur non identifié

Le 830 France Info Agathe Lambret Paul Larouturou

15:56
Présentateur

Avec Frédéric Ploquin spécialiste du grand banditisme et Philippe-Henri Onegger avocat pénaliste on parlait de qui est derrière ce narcotrafic qui est derrière l'assassinat du frère Damien Kessassi Paul.

16:11
Locuteur non identifié

Le président de la République a demandé mardi d'amplifier la lutte contre le narcotrafic en adoptant la même approche que pour le terrorisme est-ce que ça vous paraît à tous les deux un parallèle intéressant ou au contraire un effet d'annonce ?

16:22
Invité

Je vais juste compléter ce qui vient si je ne peux me permettre effectivement c'est comme dans l'économie réelle vous avez tout le spectre vous avez le livreur le smicard jusqu'au milliardaire dans le trafic de stupéfiants c'est la même chose le jeune mineur isolé qui vient d'être de se faire tirer dans le dos à la Kalachnikov à Grenoble et qui est entre la vie et la mort aujourd'hui dont on présume qu'il ait participé à un point de deal c'est vraiment le bas du spectre le bas de l'échelle et aujourd'hui

16:50
Présentateur

ce sont les proies faciles ces jeunes

16:52
Invité

ce sont ceux qu'on envoie à l'abattoir en réalité c'est de la chair à canon la chair à prison ou de la chair à canon s'ils meurent pour les pour les pour les pour les pour les pour les pour les pour les pour les pour les pour les pour les pour les tout à l'heure vous avez on va dire l'émergence aujourd'hui d'un fait particulièrement nouveau signalé par les services de police judiciaire qui sont en pointe sur ces sujets qui est l'émergence d'un véritable ce qui n'existait pas avant cartel à la française avec on va dire 5 entre 5 et 10 individus identifiés aujourd'hui mais pas arrêtés donc évidemment présumés innocents qui vivent à Dubaï et qui là dans un petit café se réunissent un café français d'ailleurs se réunissent pour se partager le marché pour fixer les prix donc c'est ça la cartélisation

17:40
Locuteur non identifié

je vous repose ma question est-ce que ces narcos sont des terroristes est-ce que ça vous paraît

17:42
Invité

pertinent sur la loi

17:43
Locuteur non identifié

je le dis juste à la création de ce parquet national anticriminalité organisée le PNACO à partir du 1er janvier

17:48
Invité

je pense que la comparaison avec le terrorisme qui est faite au sommet de l'état aujourd'hui elle vise à une chose c'est un peu ce qui s'est passé après le Bataclan après la vague terroriste de 2015 c'est en gros le chef de l'état de l'époque François Hollande a convoqué tous les services police, doule, gendarmerie et il leur a dit le ministre de la justice et le ministre de l'intérieur il leur a dit arrêtez arrêtez de vous tirer dans les pattes essayez de bosser ensemble sur le terrorisme essayez de faire en sorte que les services de renseignement français travaillent main dans la main et non pas comme s'ils étaient ennemis c'est ça qui s'est passé en 2015 et on a mis d'aplomb le renseignement français on a créé une DGSI Direction Générale de la Sécurité Intérieure qui a des résultats parce que bon globalement il y a quand même l'idée je pense de ce message qui a été envoyé dans cette convocation à l'Elysée c'est de dire aux douanes aux gendarmes et aux policiers en gros d'arrêter de chacun jouer dans leur couloir de nage mais d'essayer de nager ensemble contre le travail c'est ça l'idée c'est pas forcément de dire que le terrorisme et le trafic de stupéfiants c'est la même chose c'est de dire au service de l'Etat travailler ensemble et donc il y a cette création annoncée pour le mois de janvier d'un parquet national de lutte contre la crime la criminalité organisée sur le modèle de celui du terrorisme qui pourrait peut-être nous éviter demain des nouvelles affaires AMRA précisément parce que le nommer AMRA parce qu'on n'a pas fini tout à l'heure qui avait commandité son évasion depuis la prison comme il commandit leurs assassinats depuis la prison lui avait échappé justement au croisement entre tribunaux parce qu'il profitait de cette espèce de dispersion d'informations donc c'est ça l'idée quel regard

19:25
Présentateur

porte l'avocat que vous êtes Philippe-Henri Heunegger sur cette nouvelle loi qui prévoit au-delà de ce parquet spécialisé des quartiers de haute sécurité dans les prisons un nouveau statut de repenti pour les narcotrafiquants qui accepteraient de collaborer avec la justice est-ce qu'il y a des choses qui vont dans le bon sens ou pour vous c'est trop restrictif et ce sont les droits de vos clients qui sont menacés

19:47
Invité

non mais ça va dans le bon sens d'essayer de lutter contre le trafic de stupéfiants parce qu'effectivement c'est pas bon socialement qu'il y ait un trafic de stupéfiants dans une société maintenant ce qui est toujours un peu gênant c'est effectivement cette comparaison qu'on vient faire avec le terrorisme alors que ça n'a strictement rien à voir et les moyens qui sont déployés en termes de contraintes par rapport aux libertés publiques de moyens médiatiques qui sont mis en oeuvre par rapport à un problème dont il faut non pas relativiser la réalité mais juste donner un peu de perspective on parlait des meurtres dans le cadre des trafics de stupéfiants en 2024 c'est autour de 110 le nombre de féminicides en France en 2024 c'est autour de 130

20:32
Présentateur

mais ça veut pas dire qu'il faut pas s'en occuper

20:36
Invité

mais est-ce qu'on met les mêmes moyens si l'important c'est de lutter contre les morts c'est de mettre des moyens là où les gens meurent et bien je me demande pourquoi on en met autant sur ça et pas sur d'autres si on parle de santé publique parce que les stupéfiants c'est un problème de santé publique le tabac 75 000 morts par an les produits stupéfiants entre 1200 et 1600 morts par an moi je dis il faut pas il faut pas lutter contre le trafic de stupéfiants je dis juste pourquoi est-ce qu'on vient parler de terrorisme dans ces cas-là et qu'on s'intéresse beaucoup moins aux autres sujets et la réponse c'est parce que politiquement on a l'impression que c'est plus fort qu'on gagne plus de points mais c'est un peu tromper les gens

21:15
Présentateur

vous savez de quoi vous parlez parce que vous avez des clients qui sont dans les quartiers de haute sécurité issus de cette nouvelle loi donc des prisons ultra sécurisées comment ça se passe là-bas ?

21:26
Invité

ça se passe mal mais pour une raison simple si ça a été interdit dans les années 80 et monsieur Badinter qui a été panthéonisé récemment malheureusement de là où il est doit regarder avec beaucoup de regret ce qui est en train de se passer c'est parce que ces quartiers de haute sécurité dont le fondement est en réalité l'isolement total des gens et notamment l'isolement psychologique ça a des conséquences gravissimes c'est-à-dire qu'à très court terme on a raison de se dire ils seront moins en contact avec l'extérieur ils vont moins pouvoir faire ci ils vont moins pouvoir faire ça

21:55
Présentateur

ils ne pourront pas organiser d'attentats de meurtres par exemple

21:58
Invité

mais il existait avant des quartiers d'isolement qui auraient pu être renforcés au sein des prisons et qui auraient pu fonctionner mais avec ces mesures-là ce qu'on fait c'est que psychologiquement on atteint très fortement à ce qu'on appelle maintenant la santé mentale des gens et qu'en réalité en ayant l'impression de se protéger à court terme on construit ou on permet à ce que plus tard parce qu'avec le temps il y a des gens qui vont ressortir et que ces gens-là soient beaucoup plus dangereux qu'ils l'étaient avant non mais je le rappelle juste parce que le trafic de stupéfiants la peine encourue c'est 10 ans c'est pas le gros risque en un mot avant la question

22:31
Locuteur non identifié

qui Frédéric Plocin

22:31
Invité

je voudrais dire que je suis en train de me poser la question de savoir si on n'a pas là un assassinat politique en réalité un crime politique et donc quelque part quelque part qui s'apparenterait un petit peu au terrorisme en tout cas ça fait écho pour moi à l'assassinat du juge Michel en 1981 par les voyous marseillais à Marseille déjà et donc quelque chose de nouveau c'est-à-dire qu'on n'est pas dans un règlement de compte classique et c'est ça qui me fait penser un petit peu au terrorisme mais peut-être dans un crime politique

23:03
Locuteur non identifié

Il est 8h57 sur France Info l'heure de la question qui stupéfie Maître vous défendez quand même excusez-moi de le dire des sociopathes ultra violents quel est votre souvenir le plus marquant ?

23:16
Invité

Le souvenir le plus marquant que j'aurais par rapport à ce que vous dites c'est que je défendais quelqu'un devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence à qui on reprochait d'être un sociopathe ultra violent parce qu'on lui reprochait d'avoir participé à un règlement de compte à la Kalachnikov dans le cadre duquel il y avait eu deux morts pendant 5 ans il a été en détention provisoire pendant 5 ans il a clamé son innocence notamment on l'accusait sur la base de géolocalisation téléphonique auquel pendant les 5 ans de procédure on n'avait pas pu avoir accès Donc lui il était innocent c'est ça ?

Et finalement devant la cour d'assises on a eu accès à ces éléments il a été innocenté et ce qui était stupéfiant c'est de le voir sortir de prison au bout de 5 ans et pour la première fois de pouvoir notamment prendre dans ses mains sa fille qui était née pendant le temps de sa détention

24:01
Présentateur

Et vous Frédéric Ploquin qui a enquêté depuis des années sur la mafia sur le trafic de drogue on imagine que vous avez vu beaucoup de choses aussi violentes ou stupéfiantes il y a quelque chose qui vous a marqué en particulier ?

24:12
Invité

Oui j'ai vu un point de bascule lorsque le chef du clan Yoda qui était l'adversaire sur le terrain de la DZ mafia s'est mis à fêter son premier million en organisant dans son quartier au centre-ville de Marseille un feu d'artifice je me suis dit j'ai pressenti qu'on était en train de basculer qu'on avait une nouvelle génération qui arrivait sur le terrain du trafic de stupéfiants et ça s'est confirmé depuis parce que le feu d'artifice c'est une manière de s'exposer de se montrer on ne se cache plus on est là on est dans la ville on occupe le terrain et de là on est arrivé à cette fameuse conférence de presse quasi en mode FLNC de la DZ mafia disant non là c'est pas nous qui avons agi etc.

avec des cagoules sur la tête donc une espèce de génération hyper démonstrative qui a la volonté de nous défier en permanence de se montrer qu'ils ne se cachent plus là où les voyous d'avant il fallait prendre des précautions inouïes pour les rencontrer tout d'un coup vous allez moi un journaliste je vais dans ce quartier là ils viennent quasiment me voir pour communiquer vous imaginez ce à quoi on a affaire en face de nous aujourd'hui des gens qui communiquent sur leur crime

25:14
Présentateur

merci beaucoup c'était passionnant merci Frédéric Ploquin merci Philippe Onégard d'avoir répondu aux questions de France Info merci beaucoup

25:22
Invité

bonne journée merci