LR, LREM : MÊME COMBAT
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 90 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« le Sénat votait ce week-end un amendement qui vise à repousser l'âge de départ à la retraite à 63 ans »
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« on vient d'injecter 460 milliards à l'aveugle en terme de prêts, de subventions, d'exonérations »
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« Les Républicains finissent par voter contre comme un seul homme. Défendant donc l'article 24 »
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« un "délit d'entrave" qui punit sévèrement une pratique comme l'occupation des facs par les étudiants »
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« 39% des français se classent à droite »
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Salut ! Alors après le dernier On Sort Les Dossiers, j’ai vu pas mal de commentaires qui me disaient “ouais, tu tapes sur l’exécutif, c’est cool, mais les parlementaires c'est pas beaucoup mieux !”.
Mon idée c'était que si on met le Parlement et le gouvernement dans le même sac, on se prive des moyens de faire jouer un pouvoir contre un autre. Parce que normalement le Parlement, c'est le coeur de la démocratie. C'est là où sont censés se confronter les intérêts et les opinions qui divergent.
Bon ok, vous allez me dire qu'avec cette Assemblée de Playmobils, c’est un petit peu verrouillé. Vous parlez de qui là ? C'est moi que vous traitez de Playmobil ?
Alors pour sauver un petit peu mes parlementaires, je me suis penché sur ce que fait l’opposition, histoire de voir si elle joue son rôle. Et quand je dis l'opposition, je parle de l’opposition de droite, Les Républicains, puisque c’est la plus grosse à l’Assemblée Nationale, et c'est eux qui tiennent le Sénat. Allez, on va faire un petit peu de politique et on sort le dossier de que fait la droite quand le Macron y fait une politique de droite ?
Alors je me pose toutes ces questions et là je tombe là-dessus : Alors que les français sont en pleine tempête Covid, hein on l'a bien compris, le Sénat votait ce week-end un amendement qui vise à repousser l'âge de départ à la retraite à 63 ans. Bon ça démarrait mal mon idée d'opposition qui s'oppose. Avant d'envisager un système universel de retraite, encore fallait-il que l'équilibre soit atteint sur le système que nous connaissons.
D'où l'intérêt d'une réforme paramétrique avant la réforme systémique. La réforme systémique c'est la retraite par points que portait Macron. La réforme paramétrique fixe les modalités, comme l'allongement de la durée de cotisation.
On vous parlerait de faire une année de plus, de travailler une année de plus à partir du moment où vous êtes né en 1965 donc 43 années de cotisation au moment où on vient d'injecter 460 milliards à l'aveugle en terme de prêts, de subventions, d'exonérations. Donc je pense que la droite elle a retrouvé ses petits, ce qui fonde ses valeurs, c'est de défendre le capital coûte que coûte. Et donc de l'exonérer.
Donc alors même que LREM avait un peu levé le pied au moment de l’explosion de la pandémie, la droite LR se laisse pas abattre, et avance tranquillement ses propositions antisociales au Sénat. Et ils veulent même aller plus vite que le gouvernement, qui, lui, trouve que cet amendement est prématuré. L'opposition de gauche, au contraire, rappelle qu’allonger la durée de cotisation, c’est faire baisser de fait les pensions, parce que les gens partiront de toute façon avant l'âge légal, donc avec une retraite réduite, soit parce qu'ils sont crevés, soit parce qu'ils ne retrouvent pas d'emploi.
Donc c'est pas comme ça qu'il faut s'y prendre pour sauver le système des retraites. Sur les retraites, il y a donc complémentarité entre LR et LREM dans ce petit jeu entre "moi je m'occupe de la réforme à points" et "moi je m'occupe d'allonger la durée de cotisation". C'est extrêmement inquiétant parce que ce qui est vrai là avec cet amendement là va être vrai sur plein d’autres sujets.
Sur plein d’autres sujets, comme par exemple, le “projet de loi sur le séparatisme”, non pardon le “projet de loi confortant les principes républicains”. Ça c'est pour décembre. Là, le gouvernement vient tranquillement picorer dans les obsessions de la droite : identité, islam, valeurs, etc.
Pour les LR, ce n'est pas assez. D'abord ça devait être un texte contre l'islamisme, ensuite pour la laïcité, maintenant c'est le respect des principes républicains, on voit bien que dans cette valse-hésitation du vocabulaire qu'il y a tout court une incertitude, une hésitation. Alors ce texte-là il est décevant.
Ce projet de loi intègre, surprise, une nouvelle version de la loi Avia sur les contenus haineux en ligne qui pourtant dans sa première version avait été censurée par le Conseil constitutionnel. Avec LREM, ce qui a été éjecté par la porte revient par la fenêtre. Et là c'est qui qui a ouvert la fenêtre ?
Les Républicains. Qui se coulent parfaitement dans cette rhétorique du séparatisme. En tout cas le mot "séparatisme" était un mot intéressant et joliment trouvé.
Il a disparu. Pour le moment ils font monter les enchères pour que le gouvernement muscle son texte. On verra bien ce qu'ils finiront par voter.
En fait la technique c'est de poser un projet racine, puis par une espèce d'inflation d’articles, finir par pondre une loi fourre-tout, y compris en refourguant d’anciens projets passés à la trappe. Et la droite valide. Regardez la loi sur la “Sécurité globale”.
C'est un texte qui s'étend à des tas de domaines. Et il y a notamment ce fameux article 24 qui mettra de fait un coup d’arrêt à la diffusion sur les réseaux sociaux d'images de violences policières. Et ça c'est une idée que les syndicats de police ne cessent de vouloir faire passer depuis au moins les Gilets jaunes, avec le soutient de LREM et de la droite.
Sous couvert de lutte “globale” contre l’insécurité “globale”, ils ont enfin l’occasion de faire passer cette contre-mesure. Alors bien sûr, Les Républicains font semblant d’émettre des critiques. Si effectivement il fallait plier les gaules parce que ce texte serait indigne, je les plierai sans aucune difficulté.
Mais lorsque le MoDem propose un amendement pour supprimer l'article 24, Les Républicains finissent par voter contre comme un seul homme. Défendant donc l'article 24. Mais ce qui est marrant c'est de voir Les Républicains venir défendre LREM contre leurs alliés Modem dans la majorité.
Evidemment ils s'opposent aussi à Mélenchon qui veut supprimer l'article 24. Votre motion elle traduit la haine des nervis d'extrême gauche qui ont manifesté devant l'Assemblée nationale tout à l'heure pour contraindre notre vote. Alors les “nervis d’extrême gauche”, ce sont des syndicats de journalistes, des associations de défense des droits de l’homme, et des collectifs d’avocats.
Quand il s'agit d'empêcher les mouvements sociaux de se défendre contre la répression, LREM, LR et le RN sont sur la même longueur d'onde. Encore un exemple avec la LPR ou Loi de programmation de la Recherche, qui réorganise notamment le statut et le recrutement des enseignants-chercheurs. Elle va encore plus loin dans l'idée de transformer l'université publique en une entreprise, qui doit être rentable, où on doit manager des équipes, et où les usagers c'est-à-dire les étudiants essentiellement sont là pour avoir quelque chose à la fin et un retour sur investissement.
C'est une loi qui vient à la suite d'une longue série de réformes successives depuis deux décennies, qui ont entraîné à chaque fois des mouvements de contestation dans les universités. Mais là, ce qui est nouveau c'est l'ajout à la LPR d'un article réprimant la contestation sur les campus, au moyen d'un "délit d'entrave" qui punit sévèrement une pratique comme l'occupation des facs par les étudiants. Cet amendement, initialement déposé par un sénateur centriste, a ensuite été réécrit en catimini en Commission mixte paritaire par LREM et LR pour devenir finalement un article de criminalisation les luttes étudiantes.
La loi ne doit pas et ne peut pas être le prétexte pour adopter en catimini et pendant une crise sanitaire majeure des mesures à ce point liberticides qui n'ont rien à voir avec la programmation de la recherche. Ben, c'est une bonne stratégie : intégrer dans un texte de loi qui met en place une réforme néolibérale la répression de sa future contestation. Ils sont pas cons !
Ils anticipent les effets sociaux des transformations qu’ils introduisent. Bon, ok. Ç'en est assez pour moi, je dois concéder que l'opposition, l'opposition de droite, n'est pas vraiment une opposition.
Ok la droite a pu, en certaines occasions se présenter comme un levier démocratique, comme durant la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla. Mais on voit bien l'alignement LR / LREM tant sur les sujets économiques que sur les sujets régaliens. Et surtout sur l'articulation entre ces deux domaines : c'est-à-dire restreindre les libertés de contester les réformes économiques.
Car infliger des souffrances à des pans entiers de la population suppose de préparer la répression des protestations. Du coup les Républicains ont un problème : vu qu'ils sont d'accord sur tout ou presque tout ce que fait le gouvernement, ils galèrent à exister politiquement. Pourtant ils devraient avoir un boulevard : 39% des français se classent à droite.
Mais il n'y a pas de champion qui se dégage pour incarner cette droite aux prochaines présidentielles. Le président du Sénat Gérard Larcher veut qu'il y ait une candidature LR. Mais qui ?
Baroin ne sera pas candidat, il y a des gueguerres de petits chefs, et Sarkozy ... il est occupé.
Alors on teste. Le dernier en date : l’ancien général Pierre - pourquoi pas ? - de Villiers, qu'une campagne médiatique a tenté de propulser le mois dernier, comme l'a montré un article d'Acrimed.
Un homme providentiel, un besoin d'autorité, vous pourriez formidablement les incarner. Quant à Christian Estrosi lui il veut une alliance des LR avec Macron pour 2022. Bah oui Macron répond déjà aux demandes de l’électorat LR.
En particulier il plaît à ceux qui veulent avoir une autre image d'eux-mêmes que celle d'un syndicat de troisième âge ou de la bourgeoisie la plus ringarde. Si tu es cadre sup' et que tu veux voter pour celui qui fait le mieux avancer tes intérêts, bah oui objectivement Macron fait le taf. Réformes économiques libérales, positions régaliennes ultra fermes (sécurité, cohésion nationale), et une composition du gouvernement qui s'est déjà largement déplacée vers la droite.
S'il y a un ministre qui a marqué des points, c'est Gérald Darmanin. Et pour l'instant, ça séduit. Ça séduit la base électorale macronienne à savoir les électeurs de Macron et une partie importante de l'électorat de droite d'où vient Gérald Darmanin.
Et pour ceux qui ne sont toujours pas satisfaits, il y a le Rassemblement National. En fait, Macron a une stratégie : en imposant dans l'espace public des thèmes droitiers, il fait d'une pierre deux coups. Il siphonne un électorat LR qui n'est pas rétiçant à voter pour lui.
Ce qui lui permet d'être gros et de passer le premier tour. Et il fait monter le Rassemblement national afin d'être contre lui au deuxième tour. On n'est plus dans la com' de 2017 où il s'agissait de se faire passer pour un OVNI "et de gauche et de droite".
Pour 2022, la stratégie de Macron c'est de s'imposer comme le chef de la Droite. De sorte qu'on peut se demander ce que valent les discours sur la constitution d’un large front anti-Macron en mode "tous unis contre Macron, au-delà des étiquettes de droite ou de gauche". Car ce que révèlent les difficultés du parti Les Républicains, c'est tout simplement qu'en France, c'est la droite qui est au pouvoir.
On se retrouve dans deux semaines.