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interviewFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 27 avril 2024 59 minAutoproduit

Xi Jinping bientôt à Paris : les enjeux pour la France et l’Europe

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Présentateur

France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent.

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Invité

Bonjour à tous. Le président chinois Xi Jinping viendra en visite officielle en France les 6 et 7 mai prochains. Si le principe en est acquis pour marquer le 60e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre Paris et Pékin, l'organisation de la visite donne lieu depuis des semaines à d'interminables tractations. Comment s'accorder sur les priorités à privilégier à un moment où manifestement les intérêts géopolitiques divergent et le contexte économique s'est autant assombri ?

La croissance chinoise n'a pas retrouvé son dynamisme pré-Covid, la consommation mollit, le régime subventionne une industrie en surchauffe qui écoule ses excédents à l'exportation tout en protégeant son marché intérieur. Voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires en France comme ailleurs en Europe, plusieurs acteurs de poids s'inquiètent à haute voix des ambitions de la deuxième économie mondiale. L'échiquier diplomatique est tout aussi fracturé. L'Ukraine peine à défendre la ligne de front face à l'agresseur russe. Le risque d'engrenage demeure au Moyen-Orient.

Xi Jinping et Vladimir Poutine n'ont jamais paru aussi proches et la confrontation entre Pékin et Washington ne cesse de durcir. Dans un tel contexte, au-delà des effusions d'usages et des promesses d'échange culturel, quels sont les objectifs visés par Emmanuel Macron recevant ainsi le dirigeant chinois ? Xi Jinping n'est plus venu en Europe depuis 2019. Il a toujours privilégié les relations bilatérales, une façon de diviser l'Union Européenne et de dissuader les efforts d'atténuation des risques économiques. On l'a vérifié il y a une quinzaine de jours. Lors de la visite d'Olaf Scholz à Pékin, le chancelier allemand a fait volte-face.

Plus question d'une riposte européenne unifiée face à la Chine. Retour au chacun pour soi. Qu'attendre donc de cette rencontre à Paris au plus haut niveau ? Ukraine, Moyen-Orient, le président français peut-il convaincre son homologue chinois de prendre quelques distances vis-à-vis de Vladimir Poutine comme le souhaite Washington ? Quels bénéfices politiques, commerciaux, environnementaux peut-on espérer sur le plan bilatéral ? C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous. Stéphanie Balm, vous dirigez le centre de recherche internationale de Sciences Po à Paris. Agatha Kratz, ravie de vous accueillir.

Vous dirigez à Paris le Rodium Group qui est l'un des centres de recherche et de conseil américain aux entreprises. Marc Julien, responsable des activités chines à l'Institut français des relations internationales et François Schimitz, économiste au sein du Think Tank Mercator, l'Institut des études chinoises et au Centre d'études prospectives et d'informations internationales, le CEPI. Marc Julien, cette difficulté manifeste à s'accorder sur un agenda, est-ce que cela reflète en fait le décalage entre les priorités côté français et côté chinois ?

3:40
Présentateur

Alors oui, il y a un décalage très clair entre les priorités de chacun. Si on veut peut-être grossièrement répartir les grands chapitres de coopération bilatéraux, en tout cas ceux sur lesquels la partie française aimerait avancer, il y a un premier très gros chapitre qui serait économique, sur lequel mes collègues économiques reviendront. Il y a un second chapitre qui est les grandes affaires de sécurité internationale et là l'actualité est chargée. Évidemment la guerre en Ukraine qui est l'une des priorités de l'agenda, je dirais de manière générale, de politique étrangère de la France actuellement.

Et puis désormais le Moyen-Orient, sur lesquels on aimerait avancer avec la partie chinoise. Et puis il y a un troisième volet qui concerne plutôt la gouvernance mondiale, notamment en matière de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité, sujets qui sont combien chers au président Macron, puisqu'il a été très proactif sur la scène internationale dans ces domaines-là.

Et donc sur chacun de ces domaines, en tout cas sur les deux premiers, on voit finalement que les incompréhensions, que les dissensions s'accumulent et qu'il est de plus en plus difficile d'avancer à la fois sur la question du commerce bilatéral, de l'inégalité ou du moins de la déloyauté dans les échanges. Sur la question internationale, sur l'Ukraine, force est de constater qu'on n'a pu obtenir aucune avancée, aucune concession de la part de la Chine pour tenter peut-être de faire pression sur Vladimir Poutine.

5:00
Invité

Et qu'au contraire, semble-t-il, la Chine livre des composants qui sont devenus vitaux pour l'industrie militaire russe.

5:10
Présentateur

Alors oui, la question du soutien militaire de la Chine à la Russie est quand même encore compliquée, puisqu'il est bien clair que la Chine, depuis le début, aide l'économie russe dans son ensemble. Pas nécessairement le...

5:23
Invité

Et pour son plus grand bénéfice, ayant un prix cassé du pétrole, du gaz, du blé...

5:28
Présentateur

La Chine en tire des bénéfices très importants. Sur la dimension militaire, ce que l'on sait, et ce qui est su, c'est que la Chine fournit des technologies à double usage. Donc par exemple, ça peut être des drones civils ou ça peut être des composants, notamment électroniques, qui vont entrer dans la fabrication de matériel militaire. Donc ce n'est pas une aide de la part de la Chine qui est directement en termes d'armement et d'armement létaux, et encore moins dans une dimension massive.

Bon, si on écoute les Américains depuis les deux dernières années, et particulièrement depuis deux semaines, il y a des informations, parfois anonymes, parfois qui prennent le visage d'Anthony Blinken, qui disent que les Américains ont des informations sur le fait que la Chine s'apprête à fournir un soutien massif militaire à la Chine. Et en général, ces communications se produisent avant des rencontres de haut niveau, sino-américaines ou sino-européennes. Donc je pense qu'il y a une dimension aussi de communication et de pression, à la fois sur la Chine et sur les alliés dans ce moment-là.

6:28
Invité

Avec l'espoir qu'Emmanuel Macron réussisse à convaincre Xi Jinping de...

6:35
Présentateur

Alors c'est là que je pense qu'il y a une ambiguïté en Europe, et en France ça semble toujours être le cas, une ambiguïté sur le fait que quand on veut parler de l'Ukraine à Xi Jinping, on veut d'un côté l'engager à nous aider, à faire pression sur Vladimir Poutine et essayer de trouver une solution à ce conflit. Et dans le même temps, l'expression est adaptée, en même temps on cherche aussi à faire pression sur Xi Jinping lui-même pour qu'il ne soutienne pas plus avant la Russie sur le plan militaire.

Et donc là je pense qu'il y a une incompréhension que l'on a de la position véritable de la Chine dans la guerre en Ukraine, puisqu'on ne peut pas à la fois vouloir que Xi Jinping nous aide nous et craindre en même temps que Xi Jinping aide Vladimir Poutine. Donc je crois qu'il faudrait se mettre au clair sur qu'est-ce que cherche à faire la Chine ou à ne pas faire surtout je pense dans la guerre en Ukraine et quelle est véritablement la nature du partenariat avec la Russie.

7:29
Invité

Stéphanie Balm, on se souvient juste avant le Covid, c'était au mois de mars 2019, Xi Jinping est venu à Paris et à ce moment-là, Emmanuel Macron a reçu le président chinois mais il était entouré d'Angela Merkel, chancelière d'Allemagne et de Jean-Claude Juncker qui était à l'époque le président du Conseil européen. Cette fois, donc le 6 mai prochain, non, il n'y aura que le président français donc il n'y a pas d'affichage d'unité européenne face à la Chine. Est-ce que cela veut dire que les priorités de la France se dissocient des priorités communes européennes ?

Alors c'est une question qui est posée avec beaucoup de regard critique et ce qui est tout à fait légitime mais en réalité, je pense que la réponse est plus complexe que ça. D'une part, pour faire une transition avec ce que Marc-Julien vient de dire, une autre raison importante de cette critique c'est quand même le recentrage sur la relation franco-chinoise. N'oublions pas, on fête le 60e anniversaire du lancement officiel de la reconnaissance de la RPC par la France le 27 janvier 1964.

Et donc, ce que je voudrais proposer comme hypothèse à mes collègues c'est de dire qu'autant en 1964 quand la Chine est reconnue par la France la Chine a besoin de cette relation avec la France pour apparaître comme une future qui est grande puissance puisque la Chine n'est pas encore membre des Nations Unies. En revanche, aujourd'hui, c'est exactement l'inverse c'est-à-dire d'une certaine manière cette relation franco-chinoise est une des rares relations qui permet toujours à la France de croire ou peut-être d'être encore une grande puissance.

C'est-à-dire que cette relation Emmanuel Macron-Chinping c'est aussi une façon de dire que la Chine est importante en termes de politique intérieure française pour situer le président français comme le président qui conçoit la politique étrangère que la politique étrangère reste le domaine réservé du président de la République sous la Ve République que par ailleurs c'est un grand dirigeant qui se fait un grand dirigeant européen et qui impulse au nom de l'Union Européenne une politique spécifique en raison de la particularité de la relation entre la France et la Chine.

Et ces particularités, c'est objectivement le fait que seule la France est membre du Conseil de sécurité de l'ONU puisque les relations franco-chinoises elles sont extrêmement anciennes elles datent même avant Louis XIV officiellement elles n'ont pas toujours été faciles mais quand en 1964 le général de Gaulle les institutionnalise c'est aussi parce qu'il a à cœur de montrer qu'il est indépendant par rapport aux Etats-Unis aujourd'hui probablement qu'on est indépendant par rapport à l'Europe tout en lançant un projet européen que culturellement cette relation elle est très forte c'est pas pour rien que le général de Gaulle avait demandé à Malraux il y a des grands cynologues français qui étaient des grands spécialistes de la Chine de bâtir cette relation et puis aussi la France c'est la seule puissance diplôme de l'Union Européenne et aussi la deuxième puissance maritime du monde.

Tout ça pour dire que quand M. Macron reçoit M. Chittemping il essaie de lui dire je suis plus grand moi dirigeant de la France que les frontières de mon pays. donc c'est ça qui est important à mon avis de voir c'est que ce n'est plus la Chine qui peut apparaître comme une grande puissance dans sa relation bilatérale avec la France mais la France stabilisant ses relations enfin continuant ses relations avec la Chine essaie de montrer qu'en fait on est plus grand que ce qu'on est.

Pour répondre à votre question oui c'est d'ailleurs parfois ce dont nous accusent très très régulièrement les 26 autres membres de l'Union Européenne néanmoins pardon Stéphanie je vous interromps parce que je voudrais demander à Agatha Agatha Kratz donc du Rhodium Group on voit bien que partout en Europe et surtout au niveau des grandes économies Stéphanie a raison la France évidemment ce n'est pas le Luxembourg encore que le Luxembourg est le pays le plus riche de l'Union Européenne néanmoins Agatha les angoisses européennes communes face à l'avalanche d'exportations chinoises et en particulier des véhicules électriques favorisées bien sûr par le pacte vert et l'idée qu'il faut électrifier au maximum les angoisses sont communes y compris bien évidemment pour les industriels français oui et il faudrait ajouter y compris pour les industriels allemands et on arrivera à l'Allemagne j'imagine dans une minute ce qui est très intéressant en fait je pense dans la situation française et dans la relation franco-chinoise c'est la dualité qu'on voit entre en tant qu'économiste je regarde ça avec un aspect très commercial finalement mais entre ce désir de maintenir une relation diplomatique de haut niveau extrêmement positive qui reflète quand même le fait que l'industrie européenne mais l'industrie française en particulier est très dépendante du secteur du luxe des secteurs de consommation de grande consommation en Chine qui sont très très sensibles à cette relation diplomatique parce que si cette relation diplomatique se détériore comme en Suède on commence à taper sur H&M quand elle se détériore comme avec les Etats-Unis on commence à taper sur Nike et donc dans un pays comme la France où la plupart des exportations vers la Chine restent des exportations vraiment axées sur le luxe c'est les consommateurs qui sont facilement finalement influençables dans le contexte actuel politique chinois avec un contrôle des masses qui est quand même très important il y a cette nécessité d'avoir une relation diplomatique à haut niveau qui soit une très bonne relation diplomatique mais derrière ça et c'est là où il y a une dualité derrière ça il y a une très grande partie de l'économie française qui n'exporte plus en Chine on peut penser au rail on peut penser aux grands constructeurs comme Bouygues on peut penser à énormément d'entreprises dans l'énergie et qui elles sont extrêmement inquiètes de ce qui pourrait être effectivement une surcapacité chinoise ou des exportations à très bas prix chinois qui pourraient se déverser sur le marché européen et qui elles poussent très fortement pour l'utilisation au niveau européen d'ailleurs mais au niveau français aussi d'instruments de défense commerciales contre les subventions internationales etc.

et donc qui s'associent finalement et qui s'alignent très très bien avec le reste des pays de l'Union Européenne aujourd'hui qui sont quand même très inquiets de la situation économique en Chine Il y a eu l'appel du patron de Renault Lucas Dimeo disant attendez ça va être une déferlante les véhicules électriques il y a eu aussi et ça c'était tout à fait intéressant le discours de madame Vertager qui est donc la commissaire européenne à la concurrence un discours je crois à Princeton aux Etats-Unis où là elle a été véritablement extrêmement vigoureuse à la danoise sur le thème mais attention la Chine va nous inonder et il faut donc s'organiser mais Agatha on a vu aussi le chancelier allemand qui était à Pékin accompagné d'une importante délégation industrielle allemande véritablement comment dire comment dire ça très poliment accepter en quelque sorte les conditions chinoises chinoises et ne pas obtenir grand chose en échange oui absolument alors il y a une chose à dire c'est que je pense pas que qui que ce soit puisse obtenir grand chose à l'heure actuelle du président chinois puisqu'en fait cette politique de soutien du secteur manufacturier de l'industrie et de l'exportation est très existentielle en Chine parce que la croissance est tellement basse elle est tellement en berne qu'en fait l'exportation est finalement l'une des lignes de vie pour l'économie chinoise et donc du coup ils ont quand même annoncé 5,3% de croissance oui alors enfin les chiffres exactement on peut rentrer dans une grande discussion sur ce sujet là Rodium Group pense que l'année dernière la Chine n'a pas cru à plus de 5% mais plutôt à 2% parce qu'en fait avec un secteur de l'immobilier en berne et des consommateurs qui ne consomment pas c'est impossible mathématiquement d'arriver à 5% mais c'est une très longue conversation qu'on peut avoir plus tard mais effectivement mais dans ce contexte là si vous voulez on a une économie vraiment qui est à part qui est l'économie allemande qui dépend beaucoup plus que les autres économies européennes du marché chinois qui a des grosses entreprises comme BASF et comme Volkswagen qui dépendent extrêmement du marché chinois et aujourd'hui nos chiffres montrent qu'à peu près 80% de l'investissement européen en Chine c'est à peu près 10 entreprises et au sein de ça 40-45% c'est des entreprises allemandes dans le secteur de l'auto donc on peut comprendre qu'il y a une grande inquiétude et on peut comprendre aussi que ces entreprises là se sentent en danger puisqu'en fait si l'Europe commence à mettre en place des droits de douane sur les véhicules électriques c'est elles qui seront dans la ligne de mire et dans la ligne de tir de la rétaliation chinoise en même temps ils n'arrivent pas semble-t-il à rapatrier leurs bénéfices donc ils réinvestissent en Chine ils sont quand même eux aussi en quelque sorte prisonniers absolument et ils sont prisonniers aussi parce que la plupart maintenant à ce niveau là et dans l'histoire de l'automobile qui est maintenant une histoire d'électrification et de conduite automatique pardon autonomique et connectée et connectée autonome et connectée l'innovation se passe en Chine et ça c'est indéniable et donc en fait il y a quand même un vrai une vraie attraction du marché chinois pour son pouvoir d'innovation parce que les meilleures probablement les meilleures entreprises automobiles du monde sont aujourd'hui en Chine et donc il faut être sur le terrain mais par contre il faut aussi savoir protéger des emplois et des industries européennes François Schimitz quels peuvent être les bénéfices pour l'économie française de la visite de Xi Jinping quelles peuvent être les attentes en termes d'investissement en termes de partage précisément de ces progrès technologiques de la Chine au moment où au contraire les Etats-Unis de plus en plus protectionnistes essaient de ralentir le développement de la technologie chinoise

17:36
Présentateur

alors contrairement il y a quelques années de cela je pense que l'ambition politique côté français comme on a pu le voir d'ailleurs côté allemand pour la visite de Scholz en Chine ne sont plus dans des grandes annonces fracassantes de montants de contrats signés et je pense que d'ailleurs par le passé ces grandes annonces étaient très souvent en tout cas nous conduisaient à surévaluer l'importance de cette dimension purement politique à très haut niveau dans l'approfondissement des relations économiques bilatérales il reste quand même un certain nombre de dossiers sur lesquels on peut espérer voir des avancées côté en tout cas côté français c'est bien évidemment la coopération autour des sujets du nucléaire et notamment du retraitement des déchets où il existe des négociations en cours depuis très longtemps et où des grands acteurs français espèrent bien évidemment un approfondissement de leur présence en Chine où le marché se développe de manière extrêmement dynamique et ensuite il y a tout un pan de nouvelles considérations dans l'approfondissement de ces relations que vient d'ailleurs d'évoquer Madame Kratz qui est cette idée que sur pas mal de secteurs la Chine commence à atteindre ce qu'on appelle la frontière technologique et que pour nos acteurs en particulier français qui pourraient ne plus tout à fait être en contact de cette frontière technologique et de ces performances technologiques de pointe les partenariats avec des entreprises chinoises deviennent essentiels et c'est des choses qui s'inscrivent plutôt dans la continuité de ce qu'on voit maintenant depuis un ou deux ans avec des signatures de partenariats et de coopération soit de recherche soit de production soit les deux bien évidemment dans l'automobile et dans les véhicules autonomes d'ailleurs à ce titre c'est l'un des partenariats cadre qui a été obtenu par Scholz lors de sa visite mais aussi bien évidemment dans tout ce qui a attrait aux industries vertes que ce soit les batteries que ce soit les panneaux solaires ou des composantes sous-jacentes à ces différents produits et ensuite les questions liées aux minérocritiques aussi bien leur extraction en elles-mêmes en pays tiers où on voit par exemple des entreprises françaises comme Orano établir des liens profonds en marché tiers avec des partenaires chinois mais aussi dans les technologies ensuite de retraitement et de raffinage de ces minéraux pour ensuite pouvoir les utiliser comme un trant dans tout un secteur industriel et enfin dernier élément avec là une ligne de crête assez étroite pour un acteur français qui est quasiment à peu près le seul sur ces enjeux-là qui est la question des semi-conducteurs ou des puces micro-électroniques où vous avez STI Micro qui à la fois essaie d'approfondir ces partenariats avec certains acteurs notamment américains pour développer des capacités autour de Grenoble mais à renforcer ces coopérations en recherche et en capacité de production en Chine avec différents acteurs pour justement être en capacité de pouvoir rattraper ou en tout cas accélérer le développement de microprocesseurs avancés et aussi de capacité de production sur des microprocesseurs moins avancés et peut-être qu'il est important de souligner aussi que la dimension de cette visite je pense sera plus politique que strictement économique à la fois parce qu'il y a cette ambition de signal que j'ai évoqué au début qui a évolué on ne veut plus inscrire à la relation chinoise sous uniquement des contrats aux chiffres ronflants mais on veut en faire un partenariat stratégique et cette volonté est partagée des deux côtés pour des raisons probablement tout à fait différentes sur lesquelles on reviendra mais donc je ne pense pas qu'il faille attendre principalement des annonces du côté de l'économique mais plutôt des volontés d'envoyer des signaux de coopération et d'approfondissement des coopérations stratégiques sur des sujets plus politiques voire géopolitiques que ce soit bien évidemment les questions évoquées précédemment sur les tensions internationales mais aussi sur les questions climatiques voire même sur les questions de régulation de la mondialisation et d'organisation de l'ordre international avec bien évidemment la réforme de l'OMC mais aussi un enjeu qui est souvent un peu ignoré dans la discussion française mais qui est très important pour beaucoup de nos partenaires qui est celle de la restructuration des dettes des pays émergents où la France et la Chine occupent une place extrêmement prééminente dans cette discussion et d'ailleurs les deux pays co-président le club des créditeurs auprès de la Zambie qui est l'un des cas d'école en tout cas des cas d'études de cette nouvelle manière de faire pour essayer de réinscrire certains pays émergents sur des dynamiques d'endettement soutenables et donc de maintenir leur perspective de développement et de croissance

22:32
Invité

Stéphanie Balm du point de vue chinois quelles peuvent être les attentes d'une coopération renforcée avec la France quels sont les secteurs d'intérêt vus par Pékin alors je vais aussi un petit peu compléter je vais vous répondre très vite et je vais aussi compléter ce que mes collègues ont dit tout à l'heure parce que c'est une chose d'égrener tous les sujets qui pourraient être évoqués dans une réunion comme celle-ci si on est une autre de t'as dire des priorités et la priorité probablement elle est politique je l'ai dit c'est à la fois asseoir M.

Macron comme grand chef international c'est que la Chine n'oublie pas que la France peut être importante pour régler d'autres problèmes et en fait quand on dit que la Chine négocie beaucoup une relation bilatérale dans le contexte multilatéral européen c'est aussi vrai des partenaires européens et singulièrement de la France donc si vous voulez il faut se rappeler que la relation franco-chinoise a été abîmée un temps notamment par les réactions de l'actuel ambassadeur de Chine en France M.

Lou Chaillet qui a pu tenir des propos au moment du Covid après ou très dur à l'égard de la France et qui même parfois aussi s'est permis des attaques ad hominem sur certains experts français et donc cette relation a été tendue évidemment l'idée c'est de revenir à une relation particulièrement cordiale voire stratégique entre la France et la Chine avec ce charmant ambassadeur toujours en place voilà exactement en insistant sur une dimension qui est si vous voulez la dimension stratégique de la France utilisée à bon escient qui est la diplomatie culturelle la diplomatie culturelle à la France est un des grands outils également la diplomatie autour de la coopération judiciaire de la coopération scientifique du développement etc de la LFD qui est très présente en Chine tous ces éléments qui sont des éléments qu'on a appelés autrefois de soft power mais qui sont en fait devenus extrêmement importants pour construire la relation bilatérale qui quand on les observe parfois peuvent avoir l'air un peu traditionnels parce qu'il faut qu'ils soient consensuels dans un contexte sous le régime politique enfin voilà le contexte de l'autoritarisme chinois où on ne peut pas évidemment tout à fait exporter de la culture underground en Chine et que les choses sont assez consensuelles mais néanmoins j'invite vraiment les auditeurs à regarder le splendide programme qui est conçu cette année dans le cadre de l'année franco-chinoise de part et d'autre des événements au musée à l'exposition de Marc Riboud qui est prévue dans le Hunan en Chine tout ça est fondamental pourquoi ?

parce qu'en plus de la relation de la diplomatie culturelle un des acteurs très importants de la relation bilatérale c'est la société civile c'est-à-dire les échanges humains entre la France et la Chine le nombre de mariages mixtes le nombre d'étudiants le nombre d'accords qui sont de deux villes par exemple oui mais pardon Stéphanie enfin à condition de pouvoir y aller et à condition de pouvoir exercer un minimum de liberté à un moment où le régime chinois s'est extraordinairement durci vous parlez de la culture on se souvient aussi qu'à Nantes l'exposition Gengis Khan tout à coup côté chinois on ne pouvait plus parler ni de Gengis Khan ni des Mongols donc même en matière culturelle hélas il y a des contraintes qu'on sous-estime parfois non non non personne ne les sous-estime personne je pense certainement pas nos diplomates et les experts chinois trop peu d'ailleurs dont l'expertise est trop peu utilisée par notre gouvernement actuel je tiens à le souligner mais je ne pense pas que personne ne sous-estime cette difficulté mais en réalité il y a cet objectif qui est d'éviter cette tendance américaine qui consiste à découper le monde en deux et d'essayer de tendre la relation et l'idée d'essayer d'utiliser ce qui permet de construire de la relation de très long terme au-delà du régime politique actuel et en s'appuyant sur des sociétés civiles qui se connaissent assez bien c'est une dimension qui est souvent ignorée fort importante et quand vous me disiez qu'est-ce que la partie chinoise attend donc la partie chinoise attend effectivement une forme d'apaisement parce que la Chine a également besoin de regagner la confiance des investisseurs internationaux mais notamment les européens elle a aussi besoin de sortir de cette relation obsessionnelle avec les Etats-Unis qui est très déconstruite aujourd'hui et qui est dans un conflit de puissance et aussi parce que le territoire européen constitue aussi l'aboutissement de la route de la soie terrestre et donc la Chine est aussi une grande puissance parce qu'elle a un projet européen et elle va en parler à Emmanuel Macron par intermédiaire de Xi Jinping lorsqu'ils vont se retrouver précisément Marc-Julienne ce projet européen de la Chine Xi Jinping ira après Paris si j'ai bien compris il ira en Serbie à Belgrade on se souvient qu'au moment du Covid le président serbe Vucic alors la Serbie n'est pas dans l'Union Européenne néanmoins Vucic embrassait pratiquement sur le tarmac de l'aéroport de Belgrade l'image de Xi Jinping les livraisons à l'époque et on le comprend d'ailleurs les livraisons de masques et de matériel médical anti-Covid étaient bienvenues mais cette visite à Belgrade et une visite aussi semble-t-il à M.

Orban à Budapest en Hongrie cela veut dire quand même que le projet chinois consiste toujours à pénétrer et en fonction de ses priorités à lui l'Europe et par l'Europe centrale

28:26
Présentateur

oui et on ne peut pas vraiment lui en vouloir finalement il va avoir peut-être les pays qui lui sont le plus favorable donc c'est normal mais par contre je pense que du côté français ça n'a pas nécessairement beaucoup plu d'être mis dans le même panier que la Hongrie et la Serbie ça c'est clair la France était considérée ces dernières années peut-être comme un partenaire privilégié avec un rôle un peu spécial dans l'Union Européenne il faut rappeler la visite du président Macron en Chine en avril 2023 qui a été une visite en grande pompe et qui s'est en tout cas du point de vue chinois s'est extrêmement bien passé qui a été un grand succès François Chimie disait tout à l'heure que les résultats ce qu'on a obtenu en termes économiques etc.

sont peut-être à relativiser je suis complètement d'accord avec ça mais donc en tout cas la Chine dans une tendance de fond de relations qui se crispent entre l'Union Européenne et la Chine le partenaire français avait un rôle justement assez spécial et les 60 ans de la relation diplomatique sont une opportunité justement de développer cela désormais on peut s'interroger après la visite de Scholz et avec les difficultés que la France a qu'on a souligné à plusieurs reprises dans la relation avec la Chine on peut s'interroger si finalement maintenant le balancier ne bascule pas de l'autre côté que ce n'est pas l'Allemagne qui va reconquérir son rôle de partenaire privilégié de la Chine avec cette visite de Scholz peut-être pour rebondir aussi ce qui avait été dit juste avant par Stéphanie Balm le fait qu'il faut justement lister instaurer des priorités je suis tout à fait d'accord je ne serais peut-être pas d'accord justement sur les conclusions à tirer je pense qu'il ne faut pas surestimer la dimension symbolique de l'anniversaire il est très important et des relations culturelles qui sont également très importantes et je ne les sous-estime pas du tout mais je pense que c'est sans doute plutôt une sorte de lubrifiant dans la relation bilatérale quelque chose qui est utile et qui favorise que les deux parties soient dans de bonnes dispositions pour partager pour échanger pour dialoguer mais moi les priorités je les mettrais malheureusement et de manière un peu peut-être trop terre à terre mais sur la dimension économique sur les affaires internationales ou sur les questions de changement climatique qui sont une urgence globale et sur lesquelles la présidence française semble active en tout cas au niveau global j'insiste

30:43
Invité

précisément Agatha Kratz on comprend aussi que cette visite s'inscrit dans un contexte économique dominé véritablement par la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine les Etats-Unis qui viennent d'annoncer qu'ils vont tripler les droits de douane sur l'acier et l'aluminium les Etats-Unis qui ont fait pression sur les Pays-Bas pour que le seul vrai grand européen en matière de semi-conducteurs et néerlandais bon qu'ils arrêtent d'exporter leurs produits les plus les plus aboutis en Chine donc comment peut-on se situer comment est-ce que la France peut se situer dans un contexte aussi tendu c'est un contexte qui est compliqué évidemment ce qui est intéressant et ce que je voudrais rappeler c'est que on a évidemment une confrontation Chine-US qui est centrale et qui est beaucoup plus visible finalement que toute autre confrontation à l'heure actuelle c'est vraiment le paradigme géopolitique de l'année et des cinq dernières années pour étendre mais il ne faut pas sous-estimer le fait que la relation Chine-UE dont la France fait partie évidemment que la relation Chine-Union européenne a aussi énormément évolué ces cinq dernières années et qu'il y a beaucoup de ressemblances et beaucoup de beaucoup d'alignement entre les les inquiétudes américaines et les inquiétudes européennes spécialement sur le sur le domaine dans le domaine économique et que on a vu l'Europe lancer énormément d'outils d'initiatives pour essayer aussi de régler ces ces inquiétudes donc évidemment les Etats-Unis sont en train de déployer énormément de contrôles de technologie des contrôles à l'exportation ils sont en train de lancer tout un programme pour essayer de restreindre les importations chinoises pour tout ce qui est des véhicules connectés qui pourraient ensuite s'étendre à d'autres technologies connectées et donc là on commence à parce que qui dit connexion dit évidemment sécurité deux problèmes principaux de cybersécurité et de transmission de données qui pourraient être abusées et donc avec des problèmes à la fois d'espionnage et de sabotage et donc ce projet de loi aux Etats-Unis pour contraindre TikTok enfin ByteDance donc l'entreprise propriétaire de TikTok à vendre évidemment une entreprise américaine on va voir si ça aboutit mais l'Union Européenne a aussi lancé une enquête très récemment sur TikTok Lite qui si j'ai bien compris rétribue ses utilisateurs donc on voit bien que voilà il y a une inquiétude commune et en fait on voit vraiment qu'il y a un rapprochement de plus en plus un alignement de plus en plus des inquiétudes côté américain côté européen et côté japonais d'ailleurs il ne faut pas oublier les japonais dans cette configuration parce qu'ils sont extrêmement importants les Etats-Unis jusqu'ici étaient très très axés technologie à usage dual semi-conducteur nous on était très très enfin on a beaucoup fait dans le domaine économique et les japonais beaucoup sur eux l'aspect résilience et diversification hors de Chine mais maintenant on voit vraiment qu'il y a une espèce de théorie enfin pas de théorie theory of harm en anglais mais de théorie du problème que rencontrent tous ces pays occidentaux et le Japon qui allie les aspects cyber qui allie les aspects économiques et notamment économie et pratiques économiques non justes qui allie l'aspect donné vous en parliez il y a une minute qui allie l'aspect usage dual et militaire et stratégique et qui allie enfin tout ce qui est de toutes les considérations autour des standards internationaux et notamment en termes de standards au travail et de standards environnementaux et là dessus la France est très très vocale et on a vu des déclarations de Bruno Le Maire ces dernières semaines qui dit qu'il faut évidemment que le commerce soit ouvert mais qu'il faut aussi qu'il soit juste et soutenable et dans cette optique là que des voitures chinoises ou des produits chinois produits en Chine avec des standards que ce soit en termes de droit du travail ou que ce soit en termes d'empreintes environnementales si ces standards ne sont pas les mêmes en Chine qu'ils sont en Europe on est forcément dans une situation problématique qu'il faut régler dans les années qui viennent François Schimitz on comprend que l'Union Européenne reste quand même pour la Chine c'est son premier marché en termes de rapports de force mais jusqu'où est-ce que Pékin a intérêt à ménager les Européens à les flatter dans certains cas avec l'espoir là aussi de ne pas suivre le diktat de Washington toutes les mesures protectionnistes mises en place par les Etats-Unis dont les Européens souffrent aussi d'ailleurs quelle peut être la stratégie chinoise sur ce plan là ?

35:54
Présentateur

Alors c'est parfait parce que ça va me permettre de revenir sur pas mal des points qu'ont soulevé mes collègues et sur lesquels je voulais éventuellement rapporter quelques éléments et le premier d'entre eux je pense qu'il est important de souligner que dans tout le langage chinois officiel quand on regarde l'Union Européenne n'est perçue qu'au prisme de la concurrence voire de la conflictualité des grandes puissances enfin de la grande puissance chinoise avec son concurrent américain et à cet égard là il faut quand même je pense être clair sur l'importance qu'accorde Pékin à l'Union Européenne et à la France nous ne sommes qu'un élément de cette grande équation là et d'ailleurs la position de la Chine vis-à-vis de l'invasion par la Russie de l'Ukraine reflète cet ordre de priorité le si d'aventure les chinois avaient estimé qu'il était essentiel de maintenir la qualité du lien économique et des coopérations politiques avec les Européens on aurait vu une Chine qui aurait probablement pris une posture autre que celle de sa neutralité pro-russe qu'on voit actuellement et à ce titre je veux quand même souligner vraiment que sans la Chine actuelle et sans son soutien de fait à l'économie russe il n'y aurait pas de guerre en Ukraine ou en tout cas il n'y aurait pas eu une guerre qui aurait pu durer aussi longtemps et je pense qu'il est important quand même de rappeler cet élément qui vient remettre en cause nos intérêts stratégiques fondamentaux et notre sécurité nationale face à ça les chinois veulent donc essayer de se ménager un peu la chèvre et le chou donc de maintenir le partenariat stratégique avec les russes tout en maintenant un accès ouvert et des échanges économiques dynamiques avec l'Union Européenne et je pense hélas que c'est cette lecture là qui explique l'intensité des relations diplomatiques bilatérales franco-chinoises depuis maintenant 4 à 5 ans le conseiller diplomatique de M.

Macron M. Bonne est probablement l'interlocuteur le plus fréquent au niveau européen du conseiller diplomatique de M. Xi Jinping qui est M.

Wang Yi et on voit se déployer dans le narratif chinois et dans la logorée diplomatique qu'il déploie autour de cette relation en effet une intention très claire de jouer sur la fibre on va dire traditionnelle française et donc vous retrouvez dans les think tanks chinois l'éloge qui est faite de la position diplomatique française gaulomiterandienne l'éloge de la troisième voie l'éloge de la multipolarité autant d'éléments de langage qu'on retrouve en général dans les discussions en France sur notre positionnement diplomatique et qui viennent un peu flatter notre inconscient notre passif de grande puissance et donc je pense qu'il faut avoir là-dessus un oeil assez clair et cela n'empêche pas par ailleurs une position aussi intelligente on va dire et fine des autorités françaises et d'ailleurs on le voit bien dans ce que les autorités françaises font dans la stratégie européenne vis-à-vis de la Chine où on voit en effet une France extrêmement allante pour que l'Union européenne adopte une posture plus ferme dans la défense de ses intérêts économiques et en particulier dans la bonne régulation et la bonne réglementation de ces marchés vis-à-vis des pratiques soit anticoncurrentielles qui contreviennent à nos règles de marché notamment dans le secteur digital en parallèle d'une approche bilatérale franco-chinoise qui veut maintenir en effet un bon dialogue sur les enjeux diplomatiques et c'est là cette ligne cette corde de raide qu'on essaie de maintenir avec la difficulté bien évidemment de la confiance de nos partenaires européens qui nous voient être très allants pour amener l'Union européenne dans une posture un peu plus conflictuelle dans la défense de ses intérêts économiques avec la Chine et dans le même temps qui nous voient qui voient en tout cas nos autorités en particulier notre président développer une relation de confiance et de partenariat avec Xi Jinping et signer ou en tout cas qui amène à la signature de contrats économiques et c'est toute cette tension là qu'il va être difficile je pense qu'il faut réussir à à contenir en tout cas et bien évidemment les mesures de l'Union européenne qu'on a vu maintenant depuis six mois qui se sont beaucoup accélérées ces derniers mois bien évidemment en perspective des élections contre les pratiques de distorsion de concurrence chinoise que ce soit dans le solaire que ce soit dans l'éolier ou bien évidemment dans les véhicules électriques servent aussi à marquer le coup vis-à-vis des Chinois pour dire que voilà nous voulons marcher sur les deux jambes une jambe d'affirmation de nos intérêts économiques et une jambe d'approfondissement de nos relations diplomatiques et c'est exactement le message qui est allé porter monsieur ces journées je crois si on se réfère aux communiqués qui en sont ressortis lors de sa visite de préparation il y a un mois de cela à peu près à Pékin en vue de la visite de Xi Jinping maintenant la question qu'il se pose je pense pour nous c'est de savoir si la réaction chinoise en l'état qui accepte pour le moment cette stratégie on va dire un peu dual est-ce qu'elle est circonscrite à la temporalité du moment qui sont les perspectives des élections européennes mais surtout les perspectives des élections américaines où les Chinois veulent se ménager la possibilité d'approfondir éventuellement les relations avec les Européens pour éviter un rapprochement plus étroit transatlantique vis-à-vis de la Chine ou est-ce qu'elle est plus profonde et donc plus soutenable je pense que la question se pose à titre personnel je crains en effet que la posture chinoise actuelle relativement conciliante soit amenée à changer après les élections américaines en particulier si on a un président Trump qui rend peu probable les perspectives de rapprochement transatlantique sur la question et à ce moment-là on risque de voir les Chinois revenir à leur pratique traditionnelle en matière de diplomatie économique qui est de systématiquement répondre très vertement à toute attaque vis-à-vis de ce qu'ils perçoivent comme étant leurs intérêts économiques

42:19
Invité

mais précisément Agatha Kratz on voit bien que depuis que Xi Jinping est au pouvoir c'est-à-dire 12 ans la fermeté idéologique l'emporte sur le pragmatisme avec les conséquences sur l'évolution même de l'économie chinoise la perte de confiance du côté des consommateurs chinois le chômage des jeunes des jeunes diplômés qui a tellement augmenté que du coup le régime a décidé de ne plus publier de statistiques sur cette question mais on n'imagine pas que Xi Jinping change de trajectoire en fonction des pressions américaines d'un côté du durcissement américain d'un côté quelle que soit l'issue de l'élection présidentielle américaine en novembre pas plus que du durcissement d'une position européenne commune oui absolument je pense que en fin de compte si Xi Jinping change de position ce sera pour des raisons domestiques c'est-à-dire qu'il est très très peu probable dans le contexte actuel et étant donné ce qu'on sait de la diplomatie chinoise de ces dernières années que Xi Jinping cède à la pression des américains ou cède à la pression des européens dans un contexte économique difficile où l'intérêt ou l'objectif principal c'est de maintenir la paix sociale et la paix politique dans le pays de céder à ces intérêts là extérieurs dans un contexte où vraiment la rhétorique chinoise a été une rhétorique de mise en avant des forces externes négatives qui pèsent sur le pays c'est impossible par contre ce qui est intéressant c'est de se rendre compte que ce qui cloche économiquement en Chine correspond à ce qui cloche économiquement chez nous et ce qu'on reproche à la Chine c'est-à-dire que l'incapacité de la Chine à l'heure actuelle et de son gouvernement à relancer la croissance est très liée et est un espèce de produit d'une excroissance enfin l'augmentation des exportations chinoises à bas prix est une excroissance de cette situation-là et donc du coup si l'on résout l'un on peut potentiellement résoudre l'autre mais je pense que la motivation ne viendra pas de la pression américaine ou européenne elle viendra intérieurement de Chine est-ce que Xi Jinping est à l'heure actuelle en mesure ou déterminé à changer la direction économique du pays je ne le pense pas parce qu'en fait s'il avait concédé les réformes nécessaires pour que le pays aille mieux économiquement il y a 10 ans ça aurait été beaucoup plus facile il y a 10 ans la Chine était une économie de 50% de la taille qu'elle a aujourd'hui beaucoup moins complexe beaucoup moins développée beaucoup moins mature et c'est beaucoup plus facile de réformer une économie moins mature que plus mature on voit très bien en France la difficulté de changer un système qui est beaucoup plus avancé beaucoup plus institutionnalisé etc et donc aujourd'hui le coût des réformes si Xi Jinping devait s'y lancer et s'y mettre serait extrêmement extrêmement élevé parce que ça impliquerait de réformer les entreprises d'état qui emploient énormément de personnes en Chine évidemment et qui sont une très très grosse contribution du PIB ça reviendrait à réformer le système financier avec le risque vraiment sous-jacent de créer une crise financière qui aurait un effet désastreux sur l'économie ça reviendrait à déréguler le marché de la terre le marché de l'emploi et tout ça ça a des conséquences sociales et politiques qui sont extrêmement élevées et donc à ce niveau-là avec le secteur d'immobilier qui s'est écroulé mais un écroulement presque accéléré en l'occurrence par le régime oui absolument le régime a laissé le marché de l'immobilier s'écrouler parce qu'il sait bien que la bulle il savait bien que la bulle ne pouvait pas tenir le problème c'est qu'il ne s'est pas stimuler la consommation il ne veut pas stimuler la consommation pour des raisons idéologiques de peur de donner de l'argent gratuitement aux chinois et donc on se retrouve dans cette espèce de situation il n'y a pas de bonne solution autre que des réformes mais les réformes vont être très très coûteuses politiquement et donc il y a peu de chances qu'on les voit intervenir et la deuxième économie chinoise parce qu'il faut bien reconnaître que c'est un prodige absolu en deux ou trois générations d'avoir édifié cette puissance économique que devient notre cognac français dans cette histoire ?

je pense que le cognac français va avoir une année deux années trois années très difficiles alors expliquez d'abord ce qui se passe puisque ce qui se passe à l'heure actuelle c'est que dans le contexte de l'investigation européenne sur les véhicules électriques chinois qui a été annoncée en octobre dernier la réaction chinoise ne s'est pas faite attendre quelques mois après le ministre le ministère du commerce chinois a annoncé une contre-investigation qui évidemment qu'il prétend ne pas être lié à l'investigation sur les véhicules électriques mais contre le cognac européen dont je crois 95% ou 90% vient de France bien sûr donc il y a un lien très ténu ici notamment parce qu'on se rappelle que la France avait été identifiée par Politico mais en général si on suit les déclarations de Bruno Le Maire et du président Macron qui était très soutenu par le gouvernement français cette investigation sur les véhicules électriques et donc en rétaliation en réponse à cette investigation les chinois ont ouvert leur propre investigation et de façon très intéressante le timing de ces deux investigations est exactement aligné pour que si l'Europe met et décide de mettre des droits de douane sur les véhicules électriques chinois d'ici le 4 juillet c'est la deadline qu'on a en tête les chinois pourront dans la minute si ce n'est dans la journée du moins mettre leur propre tarif en place leur propre droit de douane en place sur le cognac principalement français Marc Julien cela nous ramène donc finalement à une marge de manœuvre très étroite de part et d'autre finalement autant du côté du côté français que du côté chinois et le tout encore une fois dans ce contexte de pression du côté américain qui de façon contradictoire c'est ce que vous nous expliquez voudrait que Emmanuel Macron arrive à tempérer les ardeurs pro-russes de Xi Jinping mais qu'en même temps Washington voudrait beaucoup que l'Union Européenne continue de durcir ses propres réglementations vis-à-vis de la Chine

48:33
Présentateur

Oui c'est ça la position de la France vous le savez c'est que la France s'est alliée avec les américains mais pas alignée et souvent du côté américain c'est un peu vous êtes avec nous contre nous donc il y a une volonté d'engager la France et l'Union Européenne vraiment du côté américain comme s'il n'y avait que deux camps possibles c'est ce qui se voit également dans les stratégies ardo-pacifiques et les différences entre les approches européennes et l'approche américaine qui l'approche américaine beaucoup plus confrontationnelle plus militaire alors que l'approche européenne est beaucoup plus holistique comprend aussi la question de la sécurité maritime des problématiques migratoires liées au changement climatique etc.

donc je pense que la vision européenne est sans doute permettez-moi un peu plus subtile et en tout cas plus globale que la vision américaine et donc c'est vrai que l'Europe doit à la fois gérer son propre agenda mais aussi avec ce rapport de force avec la Chine et puis aussi avec certaines pressions américaines et des priorités

49:32
Invité

des intérêts économiques qui ne sont pas ceux des Etats-Unis

49:35
Présentateur

Oui alors parfois on a même des mesures américaines qui impactent les intérêts des Européens mais je crois quand même qu'il y a une prise de conscience je parlais tout à l'heure de la tendance historique en Europe quand même sur le fait qu'il y a eu une prise de conscience progressive avant 2019 depuis probablement 2016 notamment avec l'acquisition par une boîte chinoise d'une entreprise allemande KUKA en 2016 entreprise de robotique qui a été une sorte de coup de tonnerre dans le ciel européen et puis après il y a eu en 2019 la qualification par la commission européenne de la Chine comme un partenaire compétiteur et rival systémique formulation d'ailleurs qui est honnie par la partie chinoise et donc la volonté je pense qu'il y a une prise de conscience sur le fait que la mondialisation est sans doute arrivée à un pic et puis aujourd'hui on ne peut pas nous Européens faire de la mondialisation tout seul quand les Etats-Unis se referment et quand la Chine n'a jamais été ouverte il faut que l'Union Européenne prenne ses propres dispositions

50:36
Invité

et à un moment où le marché intérieur européen aussi a tendance à se fracturer il y a ce rapport très intéressant d'Enrico Letta donc l'ancien président du conseil italien qui dit il est urgent de ranimer ce marché intérieur et même de le renforcer notamment sur le plan financier François Schimitz est-ce qu'il faut espérer qu'avec le président Xi Jinping à Paris donc les 6 et 7 mai prochains un entrepreneur chinois de voitures électriques promettent d'investir en France on sait qu'il y a maintenant une usine BID donc BYD l'un des champions de l'automobile électrique chinoise qui construit une usine en Hongrie un autre constructeur chéri s'apprête à en construire une en Espagne est-ce qu'il faut souhaiter une telle annonce un tel investissement en France ou pas ?

51:41
Présentateur

souhaiter oui l'annonce d'ouverture d'une usine je pense alors il faut regarder exactement ce qu'elle fait et quelle part de valeur ajoutée est réellement produite en France sur un secteur les véhicules électriques où on sait que le gros de la valeur ajoutée dans la chaîne de production se situe en fait au niveau de la batterie plus qu'au niveau de la voiture et c'est là la différence avec bien évidemment les véhicules thermiques traditionnels en l'occurrence on peut l'espérer il est peu probable que cela se matérialise comme vous l'avez annoncé comme vous venez de le dire en effet le grand investissement espéré par les français qui était BYD et qui avait donné lieu notamment à la visite de monsieur le maire l'été dernier à Shenzhen au centre de direction de cette entreprise là a finalement été effectué en Hongrie et je pense hélas que cela vient une fois de plus corroborer l'approche profondément politique que la Chine a de la mondialisation en général et de son rapport à l'Union Européenne en particulier parce que cela s'inscrit dans une concentration massive des investissements chinois dans les véhicules électriques en Europe en Hongrie particulièrement avec bien évidemment toutes les difficultés que cela risque de poser en matière d'influence et de capacité de prise de décision autonome du côté européen puisque sur toutes les questions d'affaires étrangères l'Union Européenne fonctionne avec l'unanimité jusqu'à aujourd'hui et bien évidemment la Hongrie étant un des 27 membres elle peut à elle seule bloquer énormément de décisions et d'ailleurs elle ne s'en est pas privée par le passé avec une sérieuse interrogation sur la réalité de ces alliances à elle sous la présidence de M.

Orban et côté français alors il faut quand même savoir qu'on a obtenu pas mal d'investissements chinois en France sur des chaînes de valeur qui nous intéressent particulièrement c'est notamment le cas pour les batteries où vous avez plusieurs acteurs chinois et notamment XTC qui était l'autre entreprise que M.

Le Maire était allé visiter à Shenzhen qui a annoncé l'ouverture d'une grande usine à Dunker pour quelque chose comme 2 milliards d'euros et en tout cas annoncé 2000 emplois nets créés donc c'est plus peut-être dans ces domaines-là on va dire en amont dans la chaîne de valeur qu'il faut espérer ou en tout cas qu'il faut le plus concentrer nos efforts à savoir par ailleurs qu'il existe en France tout un certain nombre de difficultés domestiques pour des grands projets industriels notamment du fait de la nécessité d'avoir des très importantes surfaces au sol pour pouvoir construire de telles usines et avec toute une structuration réglementaire autour de la validation de ces usines qui pour des acteurs chinois qui sont habitués et je pense que l'exemple de l'usine Tesla est un peu le porte-étendard de ces pratiques-là à pouvoir débuter une usine en janvier et commencer les sorties des premières voitures des chaînes de production en juin c'est ce qui s'était passé avec Tesla ce sont des temporalités qui bien évidemment dans une Europe qui est plus régulée qui a plus de préférences collectives vis-à-vis de la protection de l'environnement des consommateurs des travailleurs n'est pas possible et donc il faudra essayer d'acclimater les acteurs chinois à cet environnement réglementaire pour pouvoir approfondir ces partenariats économiques

55:09
Invité

Stéphanie Ball on arrive déjà à la conclusion de cette conversation et il y a une dimension qui est majeure dans nos démocraties c'est évidemment leur perméabilité à toutes les entreprises de désinformation et on sait que la Chine s'y est mise avec ardeur en copiant d'ailleurs beaucoup des procédés russes les élections européennes auront lieu début juin est-ce que c'est une dimension selon vous et je vous demanderai pardon de me répondre brièvement est-ce que c'est une dimension qui participe qui devrait participer des conversations entre le président Macron et le président Xi Jinping Beaucoup de sujets ont été évoqués sur cette relation ultra-politique qui convient de dépolitiser pour répondre rapidement à votre question et c'est aussi un des enjeux d'Emmanuel Macron de s'assurer que la Chine le sujet chinois ne soit pas à l'agenda politique trop ferme trop ouvertement des futures élections européennes parce qu'on s'aperçoit que le Parlement européen est de plus en plus pro-taïwanais qu'il est souvent assez favorable à certaines politiques dures américaines à l'égard de la Chine et que jusqu'à présent si le sujet chinois ne faisait pas partie de l'agenda des sujets qui intéressaient les électeurs européens probablement le cas est différent aujourd'hui donc tout l'intérêt qui consiste à dépolitiser au maximum une relation ultra-politique c'est un test très très difficile et seule la relation avec la Chine offre ce laboratoire j'allais dire et bien nous y reviendrons avec vous bien sûr Stéphanie Balm je vous remercie d'avoir participé même à distance à cette émission et je signale le texte que vous avez publié dans la revue La Recherche Le rêve chinois d'hyperpuissance scientifique je remercie bien sûr Marc Julien directeur du centre Asie de l'IFRI et vous avez publié précisément dans le Rapses 2024 le chapitre sur la Chine tout changer pour que rien ne bouge c'est l'aspect radical socialiste en quelque sorte du régime chinois je remercie aussi Agatha Kratz du centre Rodium et François Schimitz qui a publié un papier sur la politique de dérisking vis-à-vis de Pékin la politique européenne à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique Cédric Châtelus Merci à Nesic et la documentation de Radio France m'ont aidé à préparer cette émission voici maintenant Nora Amadi sous les radars et je vous retrouverai avec plaisir samedi prochain Sous-titrage