Commerce : "22,5 milliards d'euros de cosmétiques français" ont été exportés "partout dans le monde" en 2024, se félicite la Fédération des Entreprises de la Beauté
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« On vous a beaucoup critiqué sur vos emballages volumineux, pas toujours recyclables ni recyclés. Ça va un peu mieux ? »
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Emmanuel Guichard, bonjour. Vous êtes délégué général de la Fébéa, la Fédération des entreprises de la beauté. Alors, tout à la fois parfum, maquillage, hygiène, soins, des cosmétiques qui se vendent comme des petits pains à l'étranger, dans le monde entier. D'ailleurs, vous avez des chiffres tout frais du jour sur vos exportations. Vous avez l'air plutôt content.
Exactement, parce qu'en 2024, les exportations de cosmétiques françaises battent à nouveau un record. Et on exporte cette année 22,5 milliards d'euros de cosmétiques françaises partout dans le monde.
Oui, dans la liste des filières qui exportent, vous êtes extrêmement bien placé.
Oui, on est deuxième encore cette année. Alors, derrière l'aéronautique, bien évidemment, exporte beaucoup plus que nous. Et à nouveau, cette année, devant les vins spiritueux qui se portent un peu moins bien. Et quels sont vos produits qui s'exportent le mieux ? Alors, ce qu'on exporte le plus depuis quelques années, c'est le maquillage et les soins du visage. Mais cette année, la nouveauté, c'est que le parfum fait une très forte progression. Et donc, en valeur absolue, on a 1,5 milliard d'euros de croissance de nos exportations de cette année, dont 1 milliard d'euros juste pour les parfums. Et dans quel pays ? Qui achète français ? Alors, qui achète français ?
Alors, d'abord, nos voisins, puisque 40% de nos exportations, c'est vers l'Union Européenne, donc nos voisins. Et après, le premier pays vers lequel on exporte, 12% de nos exportations, c'est les Etats-Unis, qui est suivi par la Chine. Alors, la Chine était numéro 1 il n'y a pas si longtemps que ça, mais la Chine régresse pour nous avec 8% des exportations.
Vous évoquez les Etats-Unis, grands clients de vos produits. Est-ce que ça, c'était avant ? Est-ce que les menaces de Donald Trump vous inquiètent ? Les droits de douane qui risquent de faire un bond, alors qu'effectivement, les Etats-Unis sont votre très gros client ?
Alors, c'est un très gros client. Alors, comme tout le monde, tous les soirs, on se couche en regardant les réseaux sociaux et on se réveille avec les réseaux sociaux avec quelque chose de différent. Donc, effectivement, il y a beaucoup de surprises. Après, quand on y réfléchit calmement, ce qui est sûr, c'est que la France, on importe aussi beaucoup des Etats-Unis. Donc, on est sur un marché réciproque. On importe plus des Etats-Unis qu'on importe d'Allemagne, par exemple. Donc, on se retrouve moins potentiellement dans les risques de conflits immédiats. Et après, les entreprises françaises ont investi aux Etats-Unis et les entreprises américaines ont aussi investi en France.
Donc, c'est-à-dire que spontanément, il n'y a personne de chaque côté de l'Atlantique qui est intéressé de rajouter les droits de douane. Et ça, déjà, ça permet pas mal de nous rassurer.
Je vous trouve quand même bien optimiste par rapport à cette menace de droits de douane qui pourrait augmenter en flèche.
Oui. Alors, il y a un risque qui existe. Ce risque de droits de douane, de toute façon, il est inhérent au commerce international et au commerce mondial. Nous, on est relativement confiants pour notre catégorie. En plus, ce qu'on exporte vers les Etats-Unis, la moitié de nos exportations, c'est du parfum. Donc, en plus, c'est des produits un peu spécifiques. La France et notamment Paris, c'est la capitale mondiale du parfum. Donc, on verra bien dans les semaines ce qui se passe. Ce qui est sûr, c'est que le jour où il y a eu le discours de Trump, tout le monde s'attendait à l'absence de droits de douane. En fait, il n'y a pas eu.
Donc, c'est quand même un long feuilletant avec des rebondissements. On en reparlera peut-être l'an prochain. Mais à date, on est plutôt confiants.
D'accord. Vous attendez calmement. Alors, il y a quand même un autre nuage dans votre ciel bleu. C'est la concurrence asiatique qui exporte de plus en plus et qui grignote des parts de marché mondial. On parle de Singapour, la Corée du Sud, la Chine, le Japon. Vous faites comment pour lutter contre ces produits qui nous arrivent cette fois ?
Alors, la première concurrence, ce n'est pas tant les produits qui nous arrivent. Donc, il y a des produits notamment coréens, ce qu'on appelle la K-Beauty, comme la K-Pop en musique qui arrivent. Le premier sujet, c'est sur le marché asiatique déjà où on a une forte concurrence. Donc, effectivement, on a une réduction cette année des exportations vers la Chine, sauf en parfum. Pourquoi ? Parce qu'il y a déjà une baisse de la consommation en Chine et aussi la concurrence de jeunes marques, de nouvelles marques chinoises qui apparaissent. La Corée, c'est par contre un nouveau vrai concurrent mondial. Nos concurrents historiques, c'était les Etats-Unis, le Japon. Maintenant, on a la Corée.
La Corée, pour vous donner un ordre de grandeur. Donc, nous, cette année, on a exporté 22,5 milliards d'euros. La Corée, elle a exporté 10 milliards d'euros. Donc, c'est un concurrent qu'on va retrouver un peu partout dans le monde.
Est-ce que d'ailleurs, plus largement, votre problème ne serait pas une baisse de la consommation en règle générale ?
Alors non, c'est plutôt l'inverse, en fait. Il y a un envie de beauté partout dans le monde. Et notamment, vous voyez, sur le parfum, en fait, on a des typologies d'acheteurs, notamment des jeunes. En fait, on a de plus en plus de jeunes qui achètent des parfums. Et ça, partout dans le monde. Donc, en fait, nos produits sont portés par une croissance forte et sont aussi portés dans les pays plus mûrs. Donc, je vous ai dit que la moitié des exportations européennes, tout simplement par le vieillissement de la population. Le vieillissement de la population fait qu'on a des personnes qui souhaitent se sentir belles et bien dans leur corps et qui ont recours à nos beaux produits.
Je vautrais bien de quoi on parle. Est-ce que pour tenir le rythme, il faut innover en permanence ? Et ça, est-ce que ce sont des investissements ?
Exactement. C'est une course à l'innovation. Donc, la cosmétique en France, c'est une industrie. Il y a 130 000 personnes qui vivent de cette industrie en France. Donc, c'est des emplois qui sont directs. Et nos drivers, c'est l'innovation. Et on a deux types d'innovation. On a à la fois des innovations qu'on va qualifier d'artistiques, comme par exemple dans le parfum. Donc, on est beaucoup plus proche du monde de la mode avec des nouveaux sillages qui sont créés. Et on a des innovations beaucoup plus scientifiques. Donc là, c'est beaucoup dans le soin où, effectivement, ça amène des lancements. Et c'est aussi pour ça que la France est leader mondial.
C'est parce qu'on a la chance d'avoir à la fois cette création artistique et à la fois cette très forte recherche scientifique qui rigue tout le territoire et tous les endroits où on a de la recherche.
Pour être très concret, qu'est-ce qu'on va voir arriver demain ? Quelques secrets que vous allez nous révéler ?
Ce n'est pas forcément voir arriver beaucoup de choses. Mais ce qui est sûr, c'est qu'on a de plus en plus de technologies qui sont embarquées dans nos produits. C'est-à-dire que c'est des produits cosmétiques, mais aussi les LED rouges, ce genre de choses. Donc, c'est une combinaison entre les produits et la technologie. Et ce qui arrive de plus en plus, c'est autour de la durabilité des ingrédients. Donc, ce n'est pas forcément des choses que vous voyez, mais vos ingrédients, qui avant étaient des ingrédients qui étaient issus de la chimie, se retrouvent à être issus de produits agricoles. Ça, c'est vraiment les deux très, très grandes tendances.
Après, sur le maquillage et le soin, on a aussi une frontière qui devient de plus en plus floue entre ce qui est un soin et ce qui est un maquillage. On va avoir des soins qui vous maquillent un peu et on va avoir aussi du maquillage qui finalement va prendre soin de votre peau. Avec, vous le promettez, vous le jurez, une sécurité absolue. Exactement. Et c'est ça aussi qui fait vendre les produits français et les produits européens. C'est qu'on a la réglementation la plus dure dans le monde. Et c'est ça qui rassure beaucoup de nos consommateurs dans le monde. C'est pour ça qu'ils veulent le made in France, le fabriqué en France qui fait vraiment vendre nos produits.
C'est aussi parce qu'on est perçus avec cette image très sécurisante. Et cette année, d'ailleurs, c'est les 50 ans de la première réglementation cosmétique qui avait été poussée par Simone Veil. Et donc, en fait, cet engagement dans la qualité, dans la qualité française est reconnu partout dans le monde.
Et les entreprises de la beauté sont des grands groupes, des PME, des startups sur Internet ? Est-ce que c'est un mélange ?
Alors, c'est de toute taille. Et on a beaucoup plus de petites entreprises. On a 80% de PME. Et on a beaucoup de très jeunes entreprises. Alors, nous, ce qu'on appelle les indie brands. C'est un peu comme un terme de la musique. Et ces indie brands, on en a deux par semaine qui se créent. Et ça, c'est extraordinaire pour notre écosystème parce que c'est les relais de demain, les jeunes marques qui, bien évidemment, sont proches de toutes les tendances.
Je veux quand même qu'on termine sur les emballages. Parce qu'on vous a beaucoup critiqué sur vos emballages volumineux, pas toujours recyclables ni recyclés.
Ça va un peu mieux ? Oui, ça va mieux. Il y a un vrai engagement, une vraie prise de conscience de la filière que l'attente de nos consommateurs, c'est la réduction de ces emballages. Et notamment, actuellement, on a des tests sur du réemploi d'emballages.
Emmanuel Guichard, délégué général de la FBA, la Fédération des entreprises de la beauté. Invité éco de France Info. Merci à vous. Merci à vous.