Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 4 décembre 2025 26 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Fabrice Luchini : "J'aime Baudelaire, Rimbaud, mais Hugo, c'est le réel"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:51OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez conscience de la performance que vous réalisez ?

  • 1:50OuverteRéponse directe

    Mais c'est une qualité, l'exubérance, non, Fabrice ?

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui fait, justement, que vous avez eu envie de lire Hugo ?

  • 4:08OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir eu envie de lire Hugo ?

  • 6:24ComplaisanteRéponse partielle

    On va y revenir. Et on va parler de...

  • 14:09OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le spectacle peut apporter à l'individu, à l'être humain que nous sommes ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:42PrésentateurFait
    « Hugo est une montagne. »
  • 5:18PrésentateurFait
    « Hugo est une montagne. On n'a ni à l'aimer, ni à ne pas l'aimer. Elle est là. »
  • 6:02PrésentateurFait
    « La tragédie de sa fille qui meurt, il la prend dans les journaux et ça va l'entraîner à s'enfermer dans un mutisme total. »
  • 9:54PrésentateurFait
    « Hugo, c'est le réel. C'est la réalité. »
  • 20:46PrésentateurFait
    « Hugo était à la fois conservateur dans sa vie et hyper progressiste dans sa haine de la misère. »
  • 20:58PrésentateurFait
    « Il avait prophétisé que toute la côte ouest allait crever sous la montée de l'océan en 1800. »

Temps de parole

  • Présentateur75 %
  • Invité11 %
  • Présentateur 210 %
  • Invité 25 %

3,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons donc un comédien, un passeur de littérature exubérant, oui, pour nous faire aimer la langue française. Bonjour Fabrice Lucchini.

0:18
Invité

Bonjour.

0:19
Présentateur

Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous faites un triomphe depuis la rentrée au Théâtre des Bouffes parisiens en lisant Victor Hugo. Ça continue au Théâtre de l'Atelier en janvier. Appelez-nous, chers auditeurs, pour lui dire votre amour et votre goût pour la littérature. Fabrice Lucchini, c'est au 01 45 24 7000. Ce qui nous a frappés, M. Lucchini, avec Benjamin, c'est cette magie qu'est l'heure d'opérer tous les soirs, deux heures de Victor Hugo, sans artifice, ou presque, et ça marche. Le public est captivé. Est-ce que vous avez conscience de la performance que vous réalisez ? J'ai surtout conscience de l'incroyable qualité, sans aucune démagogie, des spectateurs.

C'est qu'ils ne sont absolument pas passifs. Ils sont acteurs de la soirée. Ça m'attriste le mot exubérant. Je ne suis pas exubérant du tout dans le Victor Hugo. Non, justement, vous êtes sans fioriture. On sent d'ailleurs que vous vous contrôlez. Non, je ne me contrôle pas. C'est qu'il y a des exercices qui demandent, au-delà de l'humilité, d'être... Une représentation, c'est un mélange d'apparition et disparition. Si un acteur apparaît constamment et est une entrave entre le texte et lui, ça ne va pas. Si un acteur disparaît totalement, constamment, et qu'il faut apparaître et disparaître, c'est un peu l'essence de mon travail.

1:50
Invité

Mais c'est une qualité, l'exubérance, non, Fabrice ?

1:52
Présentateur

L'exubérance, pas du tout pour moi. Ah bon ? Non, je pense que la qualité, c'est le classicisme. Après, quand on est très classique, on peut avoir des petits mouvements d'hystérie. Mais tu ne peux pas être réduit à une démonstration pittoresque. Il n'y a rien de pire qu'un acteur pittoresque.

2:15
Invité

Fabrice Leuchini, pour rebondir sur ce que disait Florence, c'est sûr, effectivement, ce petit miracle qui est que pendant deux heures, on vous écoute dans un silence religieux. Sauf quand le public tousse. Ça, ça vous...

2:25
Présentateur

Oui, mais ils toussent rarement. Ça, ça vous avez remarqué. Oui, mais vous les engueulez quand ils toussent. Non, je les redemande très gentiment. J'essaye d'être très très gentil parce que parler de la mort de la fille de Victor Hugo, comment c'est un... S'il y a une toux, la toux est plus forte que le poème. Donc je leur demande, mais il y en a trois sur 650. Mais c'est hyper efficace, hein. Vous devriez être remboursé par la sécu parce que les gens ne toussent plus à ce moment-là. Parce que j'ai une thèse, si on a le temps, je vous la donnerai rapidement, quand vous voulez. Allez-y, allez-y. Elle est très rapide. La toux est une science absolument qu'on peut reconsidérer.

Quand tu dis quelque chose de comique, d'un peu bas de gamme, d'un peu sexe ou d'autres spectacles, il n'y a plus aucun bruit. Par exemple, il y a des moments où je parlais d'un truc personnel de mon existence qui faisait rire. Je n'ai l'idée ou je ne sais pas. Et je disais, et il m'a dit, et je laissais du temps. Il n'y avait plus un bruit. Dès que j'attaquais Paul Valéry, ça crachoutait. C'est parce que l'atout, ça n'est pas du tout objectif. C'est simplement un inconfort et un petit rejet organique de ta proposition. Car la proposition, quand elle est poétiquement élevée, ce qui n'est pas le cas d'Hugo, le chef-d'œuvre d'Hugo, c'est que c'est un énorme populaire.

Ce n'est pas au hasard, si j'ai voulu structurer cette lecture, c'est que je n'aurais jamais fait ça avec Mallarmé. Je n'aurais jamais fait ça avec Rimbaud. Rimbaud est un poète génial, au sens premier du terme. Mais Rimbaud, 2h05, personne ne tient. Hugo, il tient. Il tient parce qu'il est populaire. Parce qu'il a une fibre dans laquelle les gens s'identifient.

4:08
Invité

Qu'est-ce qui fait, justement, que vous avez eu envie de lire Hugo ? Vous avez lu Céline, Nietzsche, Rimbaud, vous en parliez. La Fontaine, évidemment. Flaubert. La Fontaine à l'endroit et à l'envers. Là, le Hugo populaire, que beaucoup de Français semblent connaître. Et en fait, vous leur faites découvrir aussi un Hugo parfois qu'ils ne connaissent pas. Pourquoi avoir eu envie de lire Hugo ?

4:30
Présentateur

Parce que je pense que c'est mieux qu'il y ait plein de gens dans la salle. C'est aussi simple que ça. Je peux faire des choses un peu plus. Par exemple, une fois par semaine, je joue Cioran dans une salle de 400 places. Mais je ne ferai pas Cioran à la Porte Saint-Martin. Alors donc, j'ai pris Hugo parce que je pensais que c'était, par quelque part, le contraire de Malarmé, qui est un poète extraordinaire, même si Jules Renard a dit ce mot merveilleux. Malarmé est intraduisible, même en français. Bon, ça c'est Jules Renard. Mais Hugo, il n'est pas intraduisible. Oui, mais pour autant, ce n'est pas facile. Vous citez Jouvet qui dit, il y a des gens qui n'aiment pas Victor Hugo.

Il y a des gens qui adorent Victor Hugo. Mais Hugo est une montagne. On n'a ni à l'aimer, ni à ne pas l'aimer. Elle est là. C'est quoi du coup ? C'est le Mont Blanc, Hugo ? C'est un phénomène un peu d'une telle fécondité. Ce n'est pas structuré et écrit par moment aussi bien que Baudelaire. C'est génial. Et par moment, ça y va. Il en fait des lignes. Alors moi, j'ai cette chance de parler d'un Hugo qui n'a rien à voir avec le Hugo grandiloquent. Je ne dis pas qu'il est grandiloquent, mais le Hugo trop abondant. Moi, c'est le Hugo qui commence par la dépression, qui a l'épreuve la plus immense pour un être humain.

La tragédie de sa fille qui meurt, il la prend dans les journaux et ça va l'entraîner à s'enfermer dans un mutisme total. Et puis, je le reprends au moment de l'exil, où il va revenir sur cette tragédie. Et au milieu, évidemment, il y a les tables, la dimension mystique, qui est évidemment le moment.

6:24
Invité

On va y revenir. Et on va parler de... Voilà, parce que peut-être que ceux qui nous écoutent ce matin ne savent pas la relation qu'entretient Hugo avec le spiritisme, mais juste sur le début de votre spectacle et sur ce récit sublime du deuil que traverse Victor Hugo. Vous le disiez, mort de sa fille Léopoldine à 19 ans. Pendant 10 ans, il ne parle plus. Il se met ensuite à écrire. Et il y a ces deux poèmes sublimes, celui bien connu de Mendeleaube, et elle avait pris ce pli. Et là, il y a tout le génie d'Hugo.

6:52
Présentateur

Oui, il y a le génie d'Hugo, parce que quand les gens sortent du boulot, quand même, ils arrivent, ils ont traversé Paris. C'est toujours miraculeux qu'un public vienne. C'est un miracle. Guitry disait, c'est un rendez-vous d'amour. Mais c'est encore plus violent en ce moment. C'est compliqué d'aller au théâtre. En plus, j'ai des horaires toujours un peu bizarres. Parce que je ne veux pas que ça soit une sortie sympatoche avec des potes. Oui, il y a un gynéco, il y a un avocat. Allez, on se fait un petit théâtre, tranquillou. On va se faire un comique. Allez, ben non, moi, s'ils viennent me voir... C'est au niveau, quoi. Ben, c'est pas ça, quoi. Même si, par moments, les gens se détendent.

Mais quand, tout d'un coup, tu entends, elle avait pris ce pli dans son âge enfantin, de venir dans ma chambre, un peu chaque matin. Très tôt chaque matin. Je suis perdu. Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère. Elle entrait et disait « Bonjour, mon petit père ». Prenais ma plume, ouvrais mes livres, s'asseyais sur mon lit, dérangeais mes papiers et riais. Puis, soudain, s'en allait comme un oiseau qui passe. Alors, je reprenais la tête un peu moins lasse. J'adore ça. Alors, je reprenais la tête un peu moins lasse. Mon œuvre interrompue.

Et tout en écrivant parmi mes manuscrits, je rencontrais souvent quelque arabesque folle et qu'elle avait tracé, puis maintes pages blanches entre ses mains froissées, où je ne sais comment venaient mes plus doux verts. Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts. Et c'était un esprit avant d'être une femme. Son regard reflétait la clarté de son âme. Elle me consultait sur tout, à tout moment. Oh, que de soirs d'hiver, radieux et charmants, passaient à résonner langue, histoire et grammaire. Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère tout près, quelques amis causant au coin du feu, j'appelais cette vie être content de peu. Et dire qu'elle est morte.

Hélas, que Dieu m'assiste. Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste. J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux, si j'avais un partant, vu qu'elle combrant ses yeux. Voyez, ce qui est incroyable, c'est que tous les soirs, il y a 600 personnes, des fois 1000 personnes à la porte de Saint-Martin. Et vous avez vu, quand on dit, mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère tout près, quelques amis causant au coin du feu, j'appelais cette vie être content de peu. Et il y a tout un public qui est suspendu à ce génie. J'appelais cette vie être content de peu. Parce qu'on redécouvre et qu'on la voit. On voit cet enfant en écoutant les mots d'Hugo, tels que vous nous les dites.

Et c'est le contraire d'un poète abstrait. C'est le contraire. Parce que moi, la poésie, c'est une chose à laquelle j'accède difficilement. Je ne suis pas spécialiste de m'alarmer. Moi, j'aime plutôt Baudelaire, Rimbaud, les valeurs, plutôt sûre. Mais la poésie abstraite, avec des sentiments qu'on ne comprend jamais, c'est le contraire. Hugo, c'est le réel. C'est la réalité. Il n'a l'air de rien, mais c'était un esprit avant d'être une femme. On dirait que même, il prévoit la dialectique qui arriverait des années plus tard. Ce n'est pas réduit à être une femme. C'est un esprit.

10:10
Invité

Et le public est suspendu. Moi, autour de moi, il y avait des gens qui pleuraient. Et ça ne les empêche pas de rire quelques dizaines de minutes plus tard, précisément au moment où là, il faut se figurer pour nos auditeurs, vous mimez les scènes de spiritisme du Victor Hugo, qui rentrent en contact avec qui alors ?

10:29
Présentateur

Au 19e, c'était une pratique très, très, très utilisée par Henry James, par énormément de gens. Ils se réunissent. C'est très compliqué à expliquer rapidement. Ils se mettent autour d'une table ovale. Ils se mettent, ils mettent des mains. Alors, est-ce qu'il est en contact avec Molière, Shakespeare, Jésus, Platon, Échil ? Alors, évidemment, Beethoven, et c'est ce que je dis pour essayer d'aérer, et ils n'ont pas de portable, ils n'ont pas la télévision, ils n'ont rien. Ils sont à Jersey en février. Il faut visualiser Jersey. Ce n'est pas marrant en février. Et ils ont... Alors, il faut raconter quand même la réalité rapide.

Il y a une femme qui arrive et qui arrive le jour des 10 ans de l'anniversaire de la mort de Léopoldine. Elle lui propose à Hugo, qui déteste cette idée, elle lui propose et elle lui dit « Si vous voulez, Hugo, je peux te mettre en contact avec ta fille, et il a dit oui après une semaine de refus. On ne saura jamais ce qu'il s'est dit. Et à partir de là, il s'est passé. Il faut lire le livre des tables. Évidemment, ça sort comique. J'ai un peu honte parce que ça sort comique. Qui est là ? Communiquez avec Molière. Oui, qui est là. Oui, qui est repassé vendredi à 9h. Charles est fatigué. Peux-tu revenir à 9h ? Oui, dit Shakespeare. Nous avons Agathe. Agathe.

Qui, comme nous, a eu le plaisir de vous voir sur scène. Bonjour Agathe. Bienvenue. Oui, bonjour.

12:00
Invité

Bonjour à tous. Bonjour M. Lucli. Bonjour. Oui, je m'appelle Agathe. Je suis venue voir le spectacle il y a à peu près une semaine. Et je voulais dire que ce n'était pas un spectacle. C'était une vraie rencontre. Et que c'était comme si on renouait pour la première fois. Et comme si pour la première fois, on découvrait le théâtre. Qu'est-ce que le spectacle peut apporter à l'individu, à l'être humain que nous sommes ? Voilà, on retrouve une virginité totale. Et il n'y a... Ce n'est pas un monsieur qui fait un spectacle sur une scène. C'est un monsieur qui joue avec les spectateurs. C'est un monsieur qui nous entraîne dans son monde, dans son émotion, dans son humanité.

C'est quelque chose de bouleversant. Et je trouve que ça va au-delà de ce que pourrait faire comme critique d'un théâtre sur Dr. Hugo.

12:47
Présentateur

Madame Agathe.

12:48
Invité

Je voudrais vous remercier profondément.

12:52
Présentateur

À mon âge, je ne vais pas mentir. Ça me bouleverse. Comme je suis un peu fatigué ce matin, j'en ai un peu... Il ne faut pas que j'en fasse des kilos, mais ça me bouleverse. Je voudrais simplement vous dire, Madame Agathe, vous êtes venue il y a combien de temps exactement ?

13:07
Invité

Je suis venue la semaine dernière.

13:09
Présentateur

C'était une période miraculeuse. Vous savez, ça fait deux ans que je joue. Et le spectacle est évidemment défendu tout le temps. Mais la semaine dernière, je vous jure que c'est vrai. Je vous donne ma parole d'honneur sur la tête de ma fille. Je confirme, j'y étais. Il y a eu une dizaine de séances miraculeuses. Vous avez... Alors, les autres sont évidemment... Je fais ce que je peux. Mais il y a eu pendant 8-10 jours, et dans cette période-là, la grâce. La grâce. Voilà. C'est merveilleux ce que vous me dites, Madame.

13:43
Invité

C'est là le soir de M. Duhamel. M. Duhamel était dans la salle ce même soir. Ah ben alors... C'était un moment miraculé. Enfin, vraiment, c'était un petit miracle, cette soirée. Parce qu'il y avait... On en sortait intelligent, beau et humain. C'est merveilleux. Oui, mais on était absolument en état de grâce. Je n'ai pas la foi, et tout à coup, j'avais la foi ce soir-là.

14:09
Présentateur

Et je peux vous poser une question, Madame ? Oui. Vous êtes dans une activité qui est liée à la littérature ?

14:15
Invité

Je suis comédienne.

14:16
Présentateur

Ah, vous êtes comédienne. Ah oui, d'accord. Vous avez une voix sublime. Merci. Parce que vous avez une voix qui a la tessiture à la fois fragile et à la fois affirmée. Merci Agathe. Merci Agathe. Merci beaucoup. Merci Agathe. Je suis venu cette semaine, c'était bien quand même. C'était remarquable. Mais il y a eu des phases. Il y a eu des phases. Cette semaine, c'est mon boulot. C'est mon boulot, c'est tous les soirs différents. Fabrice Lucchini, on le disait au début,

14:44
Invité

ce n'est pas que vous vous bridez dans ce spectacle, c'est que vous voulez effectivement, il n'y a pas d'exubérance, parce que vous voulez rendre hommage à Victor Hugo, à ses textes. On sent même parfois que vous avez envie de faire quelques dégagements sur l'actualité, sur la politique, que vous vous retenez un peu. Enfin, vous vous retenez... Bon, il y a notamment ce moment, moi j'y étais, le soir, et Agathe a dû l'entendre, où vous vous demandez si Victor Hugo, il est de droite ou de gauche, et vous dites, ouais, c'est peut-être la gauche, mais pas la gauche qu'on connaît aujourd'hui.

15:09
Présentateur

Pourquoi ? Alors, d'abord, je n'ai pas le droit. Ma compagne peut me taper sur les doigts si je fais un aparté, mais comme je suis un enfant turbulent, même à 64 ans, c'est un peu pathétique. Mais des fois, je ne peux pas m'empêcher. C'est au moment où Peggy... Parce que c'est très important, Peggy, dans le spectacle. Peggy comme un socialiste, mais un socialiste dont on n'a même pas idée actuellement. Un socialisme qui te rendrait socialiste, parce que c'est pas... Mais évidemment, même moi, même moi, évidemment, parce que c'est un socialiste qui ne fait pas la morale, qui ne dit pas ce que tu dois penser. C'est un socialiste qui adhère à la vie, à la puissance de la vie.

Et à un moment, il se transforme ce socialisme en mysticisme et il devient chrétien. Et il devient un personnage essentiel dans la politique autour de 1913. Et c'est vrai que Jean Jaurès veut lui parler, que Léon Blum, tout ça. Et il est tellement caractériel qu'il répond « Je ne parle pas des gens qui ne travaillent pas ». Alors, c'est dément, parce que c'est pas du populisme. Alors, effectivement... Et là, vous ne pouvez pas vous empêcher ? Alors, tu fais un petit aparté, parce qu'ils ont des métiers étranges, les hommes politiques. J'y pensais en venant et bêté sur la voiture qui m'emmenait. Ils ont des métiers étranges. D'abord, ils sont incompréhensibles.

Moi, j'en ai approché pas mal, de gauche, de droite. Eh bien, c'est une énigme. D'abord, il faut être très, très, très névrosé pour donner la sensation que tu vas t'occuper de la vie des gens. Il faut être anticiorant. Il faut vouloir avoir une vanité immense, une volonté de puissance, de combat. Ils ne peuvent pas être fragiles comme les comédiens. Si la dame qui était venue là aurait dit le contraire, j'en serais tombé dans les pommes. Tandis qu'un homme politique, il reçoit des écouts. Ils sont là dans leur cynisme absolu. Il ne faut pas faire attention à ne pas être poujadiste. Par exemple, je refuse tout le temps d'analyser théâtralement les hommes politiques. Ça, c'est du poujadisme.

Et pourtant, ils sont un peu comédiens, les hommes politiques. Ils sont comédiens. Malheureusement, comme dirait Sacha Guitry, tous les êtres humains sont des très bons comédiens à part la plupart des acteurs. Alors, les êtres humains sont des bons comédiens. Je ne dirais pas que les hommes politiques sont des bons comédiens pour des raisons très simples. Ils n'ont pas d'éloquence. Ils n'ont pas de diction.

17:37
Invité

Il y en a quelques-uns qui se démarquent quand même, non ? Le général de Gaulle. Aujourd'hui, il n'y en a plus aucun qui trouve grâce à vos yeux sur l'éloquence.

17:44
Présentateur

Oui, je sais où vous voulez m'emmener. C'est l'éternel Mélenchon qui serait un peu plus brillant. Mais j'avoue que, comme dirait Flaubert, quand Georges Sand lui demande de voter à gauche, il a répondu « Je retourne chez les Bédouins, ils sont libres. » Quant aux idées peu claires, j'ai l'entendement obtu pour les idées peu claires. Flaubert. Moi, je suis flaubertien.

18:07
Invité

Le seul responsable politique que vous citez dans le spectacle, c'est Olivier Faure. Oui. C'est quand même... Là, quand on passe deux heures avec Hugo et avec Maurice Lucchini, il y a une forme d'étonnement quand on entend le nom d'Olivier Faure.

18:17
Présentateur

Parce qu'il ne cherche pas totalement à plaire. Il est dans un creux de son hystérie. Ce n'est pas inintéressant. Il n'y a aucune volonté chez Olivier Faure de faire le malin. Il y a une sorte de petite dépression latente, constante, et il n'a aucune envie d'être brillantissime.

18:36
Invité

C'est intéressant. Il nous écoutera peut-être. Est-ce que... Je sais, Fabrice Lucchini, parce qu'il nous arrive d'en discuter, que vous êtes un observateur avisé de la vie publique, que vous regardez la télévision, que vous vous informez. Est-ce que quand on passe le soir, deux heures avec Hugo, qu'on passe aussi du temps avec Cioran, il n'y a pas un décalage terrible entre parfois, je ne vais pas dire la médiocritie du débat public, mais disons parfois quelques bassesses et les moments que vous passez avec ces grands auteurs ?

19:01
Présentateur

D'abord, on ne peut pas rester avec ces grands auteurs constamment. C'est pour ça, une petite cure de régression. Quand je sors du théâtre, BFM, CNews, LCI, réseaux sociaux, grosse aliénation de ma part. Je connais, je suis au courant de tout. Parce que malheureusement, si je n'avais pas le théâtre, je serais devenu une loque. Parce que je suis comme tous les êtres humains, je ne suis pas confortable avec moi-même. Et le réseau social, la télé, ça te donne l'illusion de sortir de toi. Et heureusement que j'ai cette activité qui me concentre, qui augmente ma mémoire et qui me permet. Je vais vous dire une chose. Un jour, Jouvet disait, c'est quoi une grande pièce de théâtre ?

Ce n'est pas en sortant quand on dit, c'est une chose merveilleuse. Non, c'est si le lendemain, dis Jouvet, tu prends ton autobus et que tu vois un couple s'embrasser et que tu te sens adhéré à cet amour qu'ils ont l'un pour l'autre, c'est que la pièce a été bonne. Eh bien, moi hier, je n'étais pas mécontent de mon travail de la semaine. Ce n'était pas génial, mais je n'étais pas mécontent. Et je me suis dit, peut-être que je me sentais plus avec la vie. J'étais moins avec mes tourments. Et je pense que s'il y a ce public extraordinaire qui vient, vous vous rendez compte, à 6h30, 7h, ils viennent 600, 800 personnes.

Eh bien, c'est pour moi un événement majeur de ma vie parce que la sensibilité est appelée. On rappelle à la sensibilité que la vie, ce n'est pas des informations, ce n'est pas des phrases de politique qui n'ont pas de nuances. La vie, ses nuances, la vie, ses contradictions. Hugo était à la fois conservateur dans sa vie et hyper progressiste dans sa haine de la misère. Il était contre la peine de mort. Il avait vécu la remontée de l'océan. Il avait prophétisé que toute la côte ouest allait crever sous la montée de l'océan en 1800. Et parallèlement, il était un amoureux délirant. Aujourd'hui, il serait certainement mis en cause dans son appétit sexuel.

Vous savez, il avait une démesure dans le consentement, bien entendu. Juliette Drouet était folle de lui. Je suis désolé de vous le dire, mais les lettres, c'est alors ? Tu me baisses quand ? Dit Juliette Drouet. Elle écrit Tu me baisses quand ? C'est bien beau. Ça, vous ne le dites pas sur scène.

21:28
Invité

Non, pas exactement ces termes, mais on comprend à peu près l'idée.

21:31
Présentateur

Et elle dit toute étape, c'est bien joli, mais tu viens quand à la baraque ? Le public, Fabrice Lucchini, il est comme vous. C'est-à-dire que lui aussi, il scrolle sur les réseaux sociaux, il regarde ou pas les infos. C'est très rassurant, du coup, d'avoir 650 personnes devant soi, ultra concentré, pendant deux heures, et disponible à la beauté. Oui, ça ressemble à être sauvé de quelque chose. Vous savez, on parle, on vulgarise vivre ensemble. Voilà aussi la pauvreté des politiques, des termes, des concepts publicitaires. Jamais de choses habitées comme les génies. Pourquoi c'est magnifique de dire du goût ?

Parce que cette phrase, appartenir à une communauté, non pas vivre ensemble, la main dans la main, non pas vivre ensemble. Moi, je suis beaucoup plus pessimiste. Respectons-nous, supportons-nous. Ne nous aimons pas quand même. On n'est pas obligés de s'aimer. On n'a aucune obligation d'aimer son prochain, comme disait Nietzsche, que le prochain est dur à digérer. Mais respectons-nous, soyons courtois.

Mais par contre, ce moment unique, ce moment où tu as 650 personnes et des fois plus, qui sont suspendues, qu'il n'y a plus de droite ni de gauche, qu'il n'y a plus de pauvres ni de riches, qu'il y a des gens à 18 euros ou 20 euros au dernier étage, qu'il y a des gens à 70 euros à l'orchestre, et que tous ces gens sont acteurs de la soirée, c'est que leur âme, ils s'appartiennent à une communauté. Cette communauté, c'est qu'elles aiment une langue. Cette langue, elle est incarnée par un génie qui s'appelle Victor Hugo. Donc, notre identité, c'est notre langue.

Et si vous saviez les compliments que j'ai de gens qui viennent du Liban, d'Afrique noire, je ne fais pas de la démagogie, mais si vous saviez à quel point des Marocains m'arrêtent dans la rue pour me dire, monsieur, c'est incroyable, on vous a vu, la langue française, et c'est pour ça qu'on ne peut pas accepter que les hommes politiques disent c'est juste du bonheur et ou alors, à tant qu'elle est le tic qui me donne envie d'être anglais, c'est juste inacceptable. Pas de soucis. Oui, il y a des mots comme ça. Pas de soucis. Oui, c'est effrayant. C'est juste pas possible. C'est juste pas possible. Ils parlent comme ça maintenant et les journalistes et les politiques.

Les journalistes, ça dépend desquels. Pas vous, mais le mec très très sympa. Mais pas vous, mais beaucoup de politiques. Vous vous rendez compte d'où ça vient ? Expliquez-moi, vous êtes jeunes, c'est un truc américain.

23:59
Invité

Le juste pas possible. Je suis jeune, oui. Alors, dis-moi, c'est quoi juste ? Je ne sais pas.

24:04
Présentateur

C'est une façon d'accentuer. Mais c'est un mot. Je pense que c'est américain. C'est américain. Mais pourquoi ? C'est grave. Parce que, pourquoi on gueulerait ? C'est comme, il faut donner des raisons, il ne faut pas être moral. C'est qu'au lieu d'argumenter, c'est inacceptable parce qu'il y a un désaccord profond entre une identité qui est ce qu'elle est mais qui a des besoins et quelqu'un qui est dans un état de pauvreté totale. Donc, il faut trouver un moyen d'équilibrer. Tu vois, tu donnes des arguments. Si tu te contentes d'anéantir la langue pour dire non, mais c'est juste inacceptable. Justine. C'était juste magnifique. Oui. Je vous embrasse profondément. Merci.

Je me suis levé ce matin à Uri. Je vous le dis sincèrement. J'ai pris du Lexo parce que j'avais peur de ne pas me réveiller. Mais vous m'avez donné, je suis bouleversé par un Madame Agathe. Vraiment, ça me touche énormément. Je voudrais connaître son numéro de téléphone pour la réinviter. On peut vous le donner. Merci beaucoup. Merci Agathe. Merci Fabrice. Je voudrais remercier aussi Adèle Van Red qui m'a fait rentrer dans cette maison pendant presque sept mois. Le dimanche soir, je faisais les exercices d'admiration. J'ai vécu ça. C'est merveilleux. Au niveau de la thune, c'est très moyen. Mais c'était merveilleux. Je précise. Fabrice Lucchini, que vous continuez à lire.

Hugo, au théâtre de l'atelier à partir de janvier, que vous allez partir en tournée. et qu'il y a un film qui va sortir. Non, mais taisez-vous parce qu'on n'a plus le temps.

25:31
Invité

T'as raison. Dire taisez-vous à Fabrice Lucchini, c'est tant que fréquence.

25:35
Présentateur

Non, mais Victor, comme tout le monde, signé Pascal Bonitzer, vous incarnez un comédien admirateur d'Hugo qui le joue tous les soirs. Ça, ça s'appelle Une mise en abîme. Et ça s'appelle, elle s'appelait Sophie Filière. Elle nous a quittés beaucoup trop tôt et en hommage à Sophie Filière, on a tourné ce film. Vous lui rendez en bas tous les soirs. À ce moment-là, je ne jouais pas Hugo. Merci infiniment. Merci, merci infiniment. La Rue de Presse à suivre.