Sandrine Josso, une députée en mission contre la soumission chimique | Circo
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- 2:30Sandrine JossoFait
« Je pense qu'on s'en remet jamais totalement en vrai. Ca apporte une vraie... Comment on peut dire ? Ca nous apporte une tristesse quelque part en nous. »
- 4:00Sandrine JossoFait
« Pour moi, la soumission chimique, c'est en même temps un empoisonnement et un crime prémédité. »
- 5:30Sandrine JossoChiffre
« Selon les derniers chiffres, 2 000 personnes ont porté plainte pour soumission chimique en 2022, un chiffre en hausse de 69 % par rapport à l'année précédente. »
- 7:00Sandrine JossoChiffre
« Trois soumissions chimiques sur quatre sont aujourd'hui dues à des anxiolytiques et autres médicaments que l'on peut trouver dans nos armoires à pharmacie. »
- 7:30Sandrine JossoPromesse
« Sandrine Josso propose que ces kits soient en vente dans toutes les pharmacies et remboursés. »
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Je suis sûre que ce procès, ça va faire avancer les choses. Parce que vous vous rendez compte, tout ce dont on parle... -C'est assez choquant comme histoire.
Ce n'est pas aux femmes de faire attention à leur verre, c'est aux hommes de ne pas y mettre de la drogue. -Quand on est victime, on est un peu mise de côté, on ne nous croit pas. C'est un peu la honte, entre guillemets.
Et il ne faudrait pas, il faudrait en parler et assumer clairement. Ce n'est pas normal. Musique -Sandrine Josso, députée de la septième circonscription de Loire-Atlantique.
Nous sommes ici au Palais de Justice d'Avignon où a lieu un procès hors norme dont l'objet est la soumission chimique. Une femme, Gisèle Pelicot, a été droguée à son insu par son mari. C'est un procès que je viens observer parce que j'ai un combat aujourd'hui qui est la soumission chimique, étant donné que j'ai déjà été moi-même victime et à la tête d'une mission gouvernementale sur le sujet.
Musique -Ce vendredi-là, Sandrine Josso est venue soutenir Caroline Darian, la fille de Gisèle Pelicot, lors de son témoignage. -Elle est aussi revenue, Caroline Darian, sur la révélation qui la concerne. Plusieurs photos d'elle, des photos prises à son insu.
Elle comprend et alors elle est persuadée, elle aussi, d'avoir été droguée. -Je suis là. -Oui, je sais. -Allez. -Les deux femmes, unies par le même combat, sont devenues très proches.
La députée et la marraine de l'association créée par Caroline Darian, celle-ci a décidé de garder le silence le temps du procès. Et c'est Sandrine Josso qui prend son relais face à la presse ou au public. -Juste un peu de votre statut. -Oui ? -Est-ce qu'on ne pourrait pas organiser, et qui pourrait le faire, je ne sais pas, mais un rassemblement de femmes ?
Parce que moi je suis impuissante, je suis petite, mais je suis quand même concernée. -Concernée, bien sûr. -Peut-être mes petites filles, peut-être demain, après-demain. -Nous toutes, on a tous un point commun avec elles, nous sommes toutes des femmes.
C'est quelque part un cas d'étude. A plein d'endroits, je peux aujourd'hui en venant ici rencontrer des personnes, des experts, mais aussi des avocats, des associations. -Un procès historique qui lève un tabou sur ces violences sexuelles. -Vous êtes avec moi dans la salle d'audience et c'est intéressant de se rendre compte à quel point c'est important de briser le silence. -On a toujours entendu des victimes et des professionnels du droit, avocats comme magistrats, évoquer le huis clos comme étant dans l'intérêt de la victime.
Et c'est intéressant aujourd'hui qu'on écoute la parole des personnes victimes de ce procès et qui disent que dans leur intérêt, cette audience doit être publique. -La levée du huis clos permet aussi à la cour, mais aussi à la France entière, de voir que finalement on est capable de parler de certains sujets qu'aujourd'hui il va falloir mûrir, c'est-à-dire parler de la sexualité, de choses très intimes de la femme, de ce qui se passe pendant les viols. Donc là, on brise le silence à plein d'endroits. -Grâce au débat public ouvert par le procès Pelicot, la députée espère que les victimes n'aient plus honte de porter leurs affaires devant la justice.
Seulement une victime sur dix porte plainte, ce que Sandrine Josso a elle-même fait il y a un an. -Moi, c'est la première fois que je vis une violence sexuelle. C'est la première fois de ma vie. -En novembre 2023, Sandrine Josso a été victime de soumission chimique, droguée à son insu par un ami sénateur qu'elle connaissait depuis dix ans. -Je pense qu'on s'en remet jamais totalement en vrai.
Ca apporte une vraie...
Comment on peut dire ? Ca nous apporte une tristesse quelque part en nous. Des fois, je suis en vrac total.
Des fois, j'ai des matinées quand j'apprends certaines choses, etc., je suis épuisée. Je dois me reposer après un petit temps.
Après, je recommence, je remonte sur le ring. Mais c'est épuisant, mais c'est inimaginable. On peut aller chercher justement quelque chose avec ces douleurs-là, ça peut se transformer en action. -La députée a très vite médiatisé son affaire et en a fait un combat politique. -Je le fais pour les victimes, parce que comme je suis députée, je me dois, en cohérence avec la représentation que je porte, dire les choses pour ces personnes qui ne peuvent peut-être pas aussi facilement que moi avoir une tribune. -De victime, elle est devenue actrice et s'investit dans une mission gouvernementale, stoppée net par la dissolution, mais aujourd'hui relancée. -Pour moi, la soumission chimique, c'est en même temps un empoisonnement et un crime prémédité.
C'est quand même, je pense, une des formes de violences sexuelles les plus, je ne sais pas comment vous dire, les plus pernicieuses, en vrai. Quand, avec la sénatrice, on a commencé nos auditions, on a réfléchi à savoir par quoi on commence. Et toutes les deux, on a été d'accord sur le fait qu'on devait commencer avec des victimes. -Dans ce livre blanc, la députée compile des centaines de témoignages de victimes qu'elle reçoit chaque jour. -"Je n'ai plus que ma robe et mes chaussures, mes autres affaires sont trempées.
Je m'enfuis, ma culotte et mes collants à la main. Je n'ai jamais vécu un moment aussi angoissant de ma vie." C'est plein de détails.
C'est...
C'est comme si j'avais levé un voile. Il y a tout ça. Toutes les victimes doivent être recensées.
Il faut qu'on fasse des choses pour faciliter le recensement des victimes, qu'elles veuillent porter plainte ou pas. Musique -Combien sont-elles vraiment à franchir la porte d'un commissariat ? Selon les derniers chiffres, 2 000 personnes ont porté plainte pour soumission chimique en 2022, un chiffre en hausse de 69 % par rapport à l'année précédente.
Mais avant même l'enquête judiciaire, une course contre la montre s'enclenche, celle pour obtenir des éléments de preuve. Musique A l'hôpital de Nantes, il existe un parcours pour accueillir les victimes de soumission chimique. -Et vous, c'est combien par jour de femmes que vous voyez ? -La soumission chimique, on sait qu'à peu près on en voit, on va dire...
Je sais que pour les agressions sexuelles, on en voit à peu près une quinzaine par an. Elles ont un trou noir, elles ne savent pas ce qui s'est passé, elles se posent plein de questions, elles ont des éléments où elles se disent : "Je ne reconnais pas les lieux, mes habits ne sont pas les miens, je me suis retrouvé dans une tenue." Voilà.
Donc là, vraiment, c'est le trou noir. Et là, effectivement, tous les indicateurs sont là pour dire qu'il y a eu une agression sexuelle. -Bonjour, Madame. -La patiente est d'abord entendue et examinée médicalement.
Le temps est compté, les traces des drogues s'estompent au bout de huit heures. -Là, c'est la salle de consultation. -On est des médecins, on ne juge pas.
On essaie de la réinvestir dans le fait qu'on est là pour elle, qu'il faut qu'elle raconte ce qu'elle a éventuellement subi, ce qu'elle pense avoir eu comme coups et blessures, comme violences, comme sévices éventuellement de nature sexuelle, pour essayer de faire comprendre qu'on est là pour elle, pour déterminer qu'elle a été sous l'objet d'une soumission chimique, qu'elle a été victime d'agression, qu'elle a subi des violences, éventuellement sexuelles, dans le but, effectivement, de recueillir des éléments de preuve. -Les échantillons biologiques, l'urine et le sang de la patiente vont ensuite être analysés ici, au service toxicologique de l'hôpital. Alcool, médicaments ou encore drogue vont être recherchés avec un matériel performant dont s'est doté le CHU. -En fait, on ne peut pas faire des examens de sang n'importe où. -Ici, on est au CHU de Nantes, donc tout est concentré. -Mais si vous êtes ailleurs, en pleine campagne, très loin du CHU de Nantes, vous avez très peu de chances d'accéder à des preuves comme ici. -Exactement.
C'est beaucoup plus difficile pour les victimes de pouvoir faire l'objet d'investigation pour mettre à jour des preuves. -Les analyses sont gardées sous scellé durant trois mois, un temps qui peut s'avérer précieux. -On a vu qu'on peut conserver des scellés donc ça, c'est aussi très rassurant.
Donc ça permet aussi d'avoir une souplesse et de prendre en compte finalement le temps de la victime. Il faut que, par exemple, tous les commissariats soient mieux coordonnés avec les travaux qui sont faits dans les CHU pour faire en sorte qu'on puisse avoir des preuves quand les victimes souhaitent porter plainte. -Trois soumissions chimiques sur quatre sont aujourd'hui dues à des anxiolytiques et autres médicaments que l'on peut trouver dans nos armoires à pharmacie.
Musique Pour permettre une meilleure information au public et une détection plus accessible, la députée souhaiterait mettre à contribution les pharmaciens. -Bonjour, vous allez bien ? -Ca va et vous ? -Ca va bien, merci.
J'ai besoin d'avoir vos retours sur plusieurs sujets. Est-ce qu'il n'y aurait pas un endroit, par exemple, comme dans une pharmacie, une possibilité de créer ce qui serait comme un kit du lendemain, que vous, vous pourriez avoir à disposition ? -Sandrine Josso propose que ces kits soient en vente dans toutes les pharmacies et remboursés.
A l'intérieur, des tests urinaires qui faciliteraient le parcours de la victime, mais aussi des numéros d'urgence pour mieux les accompagner psychologiquement. -Ce kit du lendemain, c'est quelque chose qui est intéressant aussi par rapport à ce que vous savez faire parce que vous faites quand même énormément de prévention dans votre métier. -Bien sûr.
Ce kit est une très bonne idée. Il s'inscrit d'autant plus dans nos missions de pharmaciens, vous avez dit "premiers secours". Dans nos nouvelles missions de pharmaciens, on est surtout un premier recours. -C'est vrai que vous êtes partout, vous êtes même ouvert le dimanche, il y a toujours des pharmacies de garde.
Ce qu'on va faire concrètement dans la continuité de notre mission, c'est auditionner tous les pharmaciens pour voir où on en est, est-ce qu'il y a des difficultés, comment y remédier, et puis travailler avec vous qui au quotidien pourriez aussi bien être des vigies, par rapport au détournement du médicament et aussi des personnes ressources lorsqu'une personne a une suspicion de soumission chimique, une victime arrive, vous puissiez lui proposer le kit du lendemain. -L'idée fait déjà son chemin dans les cabinets ministériels. Sandrine Josso a six mois pour remettre toutes ses préconisations au gouvernement.
Musique
Sandrine Josso