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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 27 mars 2025 9 min

Etats-Unis : "Un climat de peur est en train de s'installer" - C dans l'air 26.05.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Chercheurs, diplomates, et étudiants évoquent même leur angoisse d'expatriés sous le 2e mandat de D.Trump. Nous avons pu joindre leur député, l'ancien ministre de l'Industrie, R.Lescure. - Est-ce la fin du rêve américain?

Le député R.Lescure a sondé plus de 9000 Français installés aux Etats-Unis et au Canada. Résultat... - R.Lescure: Les Français qui vivent en Amérique du Nord n'ont pas le moral.

Ce qui me frappe, c'est le climat de peur qui est en train de s'installer. - Des Français pessimistes quant à leur avenir depuis le retour de D.Trump.

Selon l'enquête, 20 % d'entre eux envisagent sérieusement de quitter les Etats-Unis et de rentrer en France, et jusqu'à 25 % des chercheurs, inquiets de voir leurs conditions de travail continuer à se détériorer. - R.Lescure: Ceux qui se sentent en danger, ce ne sont pas des wokes caricaturaux qui travaillent sur la théorie du genre, mais des chercheurs en biomédecine qui travaillent sur les thérapies géniques, les thérapies de demain...

Ils doivent remplir un courriel à E.Musk avec 5 bullet points, sur ce qu'ils ont fait le week-end...

Ils s'interdisent de prononcer des mots comme "gènes", "génétique", "genre"...

Ce sont des mots qu'ils s'interdisent eux-mêmes de prononcer de peur que l'IA qui analyse ces milliers d'e-mails les mette en exergue, au risque d'être licenciés. Ils ont peur pour leur job, pour leur liberté de chercher et ils ont évidemment peur pour leurs moyens. Des cartes de crédit qui leur permettaient de voyager ont été bloquées, les budgets sont gelés...

Si vous voulez recruter un nouveau chercheur, vous pouvez le faire, mais il faut en licencier 4 avant. - Pour certains Français expatriés, le passage à la douane devient un moment redouté. - R.Lescure: Il y a clairement des instructions pour être beaucoup plus ferme à la frontière.

J'ai plein d'Européens arrivés à la frontière, des Français et des Allemands...

Certains ont été détenus 24 à 48 heures. D'autres ont été refoulés. D'autres ont vu leurs valises fouillées, leur téléphone ou ordinateur ouverts...

Il faut être prudents. Si on se rend aux Etats-Unis, aujourd'hui...

On m'a parlé d'une chercheuse qui a détruit tous ses réseaux sociaux. Elle vit aux Etats-Unis. Elle a peur qu'à l'occasion d'un de ses déplacements, on fouille ses réseaux sociaux.

Je sais déjà que les Français qui vivent aux Etats-Unis hésitent à quitter les Etats-Unis de peur de ne pas pouvoir revenir alors qu'ils y ont leur vie. - Selon un sondage Ifop, 60 % des Français soutiennent l'idée d'un boycott des produits américains. L'ancien ministre de l'Industrie en fait partie. - R.Lescure: Ce n'est pas une loi ou une directive.

Ce n'est même pas un avis que le gouvernement doit donner. C'est un comportement spontané que les Français et Françaises sont en train d'adopter. Oui, il faut qu'on puisse montrer aux Etats-Unis qu'on peut vivre sans Coca-Cola, sans Pepsi-Cola, sans Tesla, sans bourbon du Kentucky. - Le député de la majorité estime qu'il y a aujourd'hui une carte à jouer pour la France et l'Europe. - R.Lescure: Churchill disait qu'il ne fallait jamais gâcher une bonne crise.

On est dans une Europe qui doit être le phare des libertés. J'aime à dire qu'on se voit comme la ligne Maginot de la démocratie globale. En fait, il faut être plus que ça.

Il faut être attractifs. En Europe, il fait bon vivre. Il faut qu'en Europe, il fasse bon chercher, bon entreprendre, bon s'exprimer en toute liberté.

Il faut que l'Europe devienne le havre vers lequel on se tourne quand on fait face à des dangers. - La balle est dans le camp des Européens. - A.de Tarlé: Incroyable, P.Haski...

Vous racontiez que vous aviez des contacts aux Etats-Unis, des cas qui font écho à ce que disait l'ancien ministre... - P.Haski: Sur le fait d'effacer toute référence politique sur ses réseaux sociaux.

C'est un comportement qu'on avait en général quand on allait en Chine ou en Russie, encore plus. Maintenant, on doit avoir ce comportement aux Etats-Unis et c'est assez invraisemblable. Ca montre le chemin parcouru en à peine 2 mois, 2 mois et demi d'administration Trump: l'instauration de cette peur, justifiée ou pas...

Mais il y a suffisamment de cas pour que cette peur soit aujourd'hui assez répandue, en particulier dans le domaine de la recherche. C'est ce qui est troublant. Il y a des universités européennes, notamment celle d'Aix-Marseille, mais aussi aux Pays-Bas, qui créent des programmes pour accueillir des chercheurs américains parce qu'on a ce début d'exode, des gens qui disent que le climat n'est plus favorable à la recherche aujourd'hui.

J'ai rencontré à Paris, il y a quelques semaines, un homme venu de Californie qui se décrivait lui-même comme réfugié politique en France. Il avait été menacé de mort parce qu'il était très engagé contre D.Trump.

Il est allé voir la police qui lui a dit qu'ils ne pouvaient rien faire pour lui. Il a décidé que pendant quelques mois, il allait mettre de la distance entre la Californie et lui. Il s'est installé à Paris.

Il peut travailler à distance. C'est très troublant qu'en quelques semaines seulement, on ait des cas comme ça de gens qui décident de demander, non pas l'asile politique, mais qui se considèrent comme des réfugiés politiques. - A.de Tarlé: C'est quand même incroyable qu'aussi rapidement, toute cette vision qu'on avait de l'Amérique, pays de la liberté, avec la statue de la Liberté, le soft power américain, soit ainsi liquidée par 2 mois de présidence Trump. - A.Revol: Tout ce que j'ai vu dans le reportage me rappelle mon enfance dans la Roumanie communiste.

Ne pas parler, se cacher...

Quand mes parents allaient en dîner, l'instruction était de ne pas parler. Ils avaient peur que la Securitate puisse m'employer. C'est incroyable que l'Amérique, pays de la liberté, soit aujourd'hui dans cette situation.

C'est une opportunité pour l'Europe qui a, aujourd'hui, tout ce qu'il faut pour devenir le phare de la liberté, pour renforcer sa prospérité. Mais il ne faut pas oublier que nous avons besoin d'une Amérique stable et apaisée. La société américaine est aujourd'hui très fracturée.

Il y a de la violence. Pour la paix globale, nous avons besoin de cette Amérique stable. N'oublions pas la Chine.

Certains chercheurs, peut-être, peuvent être aussi attirés par les Chinois, notamment dans les l'IA. On a parlé de DeepSeek...

En leur offrant par exemple des salaires mirobolants...

Certaines personnes... - A.de Tarlé: Un "brain drain" vers la Chine, dans l'autre sens? - A.Revol: Oui.

C'est pour ça que l'Europe doit saisir cette opportunité et offrir des conditions très inspirantes. On a la possibilité de le faire. Il y a le budget européen pour la recherche. 100 milliards d'euros sur 7 ans.

Il y a la possibilité d'offrir des bourses à ces chercheurs américains pour venir dans une université européenne et renforcer notre recherche. - Gal D.Trinquand: On parlait du "monde libre".

C'était une expression générale. On a l'impression qu'il se restreint et que c'est plutôt l'Europe qui est le monde libre, et que les Etats-Unis ont, temporairement, j'espère, quitté ce monde libre. L'Europe doit être un phare de liberté et de capacité de développement, au moment où les Etats-Unis sont en train de se renfermer un peu, en particulier sur le plan intellectuel.

Ce n'est pas la première fois. Il faut se souvenir du maccarthysme...

Il y a plusieurs épisodes américains comme ça.