Guy Lagache : "L'ensemble des alliés se disent : Donald Trump peut nous lâcher à tout moment"
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« Dans le bureau Oval, exactement. »
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« C'est quelqu'un qui est extrêmement égocentrique et d'ailleurs, on le voit, vous n'obtenez rien sans le flatter. »
- 2:52Invité politiqueFait
« Et c'est bien en le flattant qu'on parvient notamment à le maintenir au sommet de l'OTAN, alors que l'ensemble des alliés se disent il peut partir, il peut nous lâcher à tout moment. »
- 4:54Invité politiqueFait
« il a entamé une rupture stratégique radicale avec la conduite traditionnelle de la diplomatie américaine. »
Temps de parole
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Il est 6h21, comment faire de la diplomatie sous Donald Trump ? L'Europe et la France sont à la peine, elles ont du mal à faire entendre leur voix. Jamais l'Europe n'a été aussi isolée et menacée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est ce que nous montre un documentaire diffusé ce soir sur France 2, documentaire que vous avez réalisé. Guy Lagache, bonjour.
Bonjour.
Vous nous emmenez dans les coulisses de la diplomatie internationale avec la guerre en Ukraine en toile de fond. Vous avez pu suivre Emmanuel Macron pendant toute l'année 2025, lors de grands sommets, mais aussi en petits comités lors de réunions dans son bureau. C'est donc le président français, votre fil rouge. Ça a été facile de le convaincre ?
Disons que j'avais déjà fait un premier film il y a 3 ans qui était sur la présidence française de l'Union Européenne alors qu'avait lieu la guerre en Ukraine. Donc en fait, j'avais déjà documenté la diplomatie française pendant la guerre en Ukraine. Et en réalité, quand j'ai vu au fond, le 28 février 2025, Volodymyr Zelensky se faire humilier devant les caméras du monde entier par Donald Trump. Dans le bureau Oval. Dans le bureau Oval, exactement. Là, je me suis dit qu'il y avait absolument une nécessité de faire un film pour raconter ce qui se jouait et pour au fond essayer de comprendre quelle allait être la réponse européenne ou pas.
Et ça, pour moi, ça a été quelque chose qui m'était évident. Et c'est ainsi que j'ai proposé au président de la République et à ses équipes de le suivre. Et il a dit oui tout de suite ? Non, pas tout de suite. Ça a pris un petit peu de temps. Mais j'ai commencé à tourner dans les semaines ou les quelques mois qui ont suivi.
Et une fois que vous avez eu le oui, vous avez eu accès à tout ? Parfois, on vous a dit, bon là, quand même, tu sors du bureau.
Ah non, non, non, c'est pas du tout open bar. C'est-à-dire que je peux vous dire qu'une fois qu'on vous donne un oui de principe, c'est une bataille de tous les jours. D'abord parce qu'il faut comprendre les enjeux, il faut s'immerger, il faut s'éduquer d'une certaine manière. Et puis surtout, il faut essayer d'obtenir des accès à l'intérieur des salles de réunion où effectivement les tractations diplomatiques ont lieu. Et pour ça, il faut créer un climat de confiance et ça, ça prend énormément de temps. Et surtout, ça se renouvelle tous les jours.
Alors ce que j'ai trouvé vraiment intéressant, moi, de votre documentaire, entre autres, c'est que vous essayez finalement de comprendre le cerveau de Donald Trump. Et les deux choses qui fonctionnent avec Trump, disent certains de vos interlocuteurs, c'est la flatterie et l'argent.
Oui, c'est vrai. Tous les experts, les diplomates, les politiques avec qui j'ai échangé disent la même chose. C'est quelqu'un qui est extrêmement égocentrique et d'ailleurs, on le voit, vous n'obtenez rien sans le flatter. Et c'est bien en le flattant qu'on parvient notamment à le maintenir au sommet de l'OTAN, alors que l'ensemble des alliés se disent il peut partir, il peut nous lâcher à tout moment. Et donc, il y a un besoin d'engager Donald Trump en permanence pour le maintenir en gros, comment dirais-je, dans le jeu. Et c'est important, pourquoi ?
Pas parce qu'il y a une forme de résignation des Européens, mais parce qu'en gros, aujourd'hui, l'Europe cherche à accélérer son autonomie stratégique, mais ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Et donc, en même temps, on a besoin de l'Amérique pour son soutien militaire, son soutien au renseignement pour l'Ukraine. Et l'Ukraine est évidemment un sujet majeur parce que d'abord, il s'y joue une tragédie, mais ensuite parce que c'est notre bouclier d'une certaine manière.
Et oui, on a besoin de Donald Trump. Et en même temps, Donald Trump est un problème. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est le président Emmanuel Macron.
On a un problème avec Trump. Souvent, il faut qu'on impose un truc. Poutine, il n'a pas bougé dans les États. Bon, allez, ça roule. Merci. C'est pas chaud, là. Non. Le président de la République, ce matin, nous a demandé, dans les tout prochains jours, de trouver les moyens de redynamiser cette conversation avec les Américains, avec les Ukrainiens, potentiellement avec les Russes. Il va falloir retourner au niveau technique, c'est-à-dire celui des conseillers de sécurité nationale, et essayer de trouver les bases d'un accord.
Voilà, j'ai choisi cet extrait de votre documentaire, Guy Lagache, parce que je trouve qu'il illustre bien, finalement, tout le travail en coulisses. À première vue, comme ça, on pourrait se dire, bon, la diplomatie ne sert plus à rien, c'est mort, on ne peut rien faire avec Trump. Mais si, en même temps, on se rend compte, finalement, qu'elle est encore plus nécessaire qu'avant, et que, voilà, c'est compliqué de trouver un langage commun, non seulement avec l'adversaire, avec Poutine, mais aussi avec l'allié, avec Donald Trump.
Ben oui, vous avez raison, parce qu'en gros, quand Trump est revenu à la Maison-Blanche, il a entamé une rupture stratégique radicale, avec la conduite traditionnelle de la diplomatie américaine. Donc, évidemment, il y a eu un effet de sidération dans un premier temps, de nous tous, d'ailleurs. Et ensuite, il a fallu continuer à engager, c'est notre allié de toujours, et comme je le disais précédemment, on a besoin de l'Amérique encore aujourd'hui, le temps que nous, on soit prêts, comment dirais-je, militairement, pour pouvoir, comment dirais-je, soutenir l'Ukraine nous-mêmes.
Sachant que, il y a évidemment de nouveaux événements qui ont eu lieu, la question du Groenland, qui aussi, évidemment, pose la question de la survie de l'OTAN, et donc, il y a une question existentielle qui nous est posée.
Et à l'instant, d'ailleurs, Donald Trump affirme que les Européens ne vont pas résister beaucoup à son projet de s'emparer du Groenland. Là, c'est vraiment une déclaration qui date d'il y a quelques secondes. Vous pouvez préparer une suite, en fait. Dans votre documentaire, il y aura un épisode 3, franchement.
C'est une très bonne idée.
Merci beaucoup, Guy Lagache. La guerre, Donald Trump et nous, c'est à 21h10 sur France 2.