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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 27 février 2023 65 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalEnvironnement & énergieDéfenseÉconomie & entreprises

Le partenariat Afrique-France : conférence de presse du Président Emmanuel Macron.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 83 %Attaque 10 %Défensif 7 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 16:01OuverteRéponse directe

    Pourquoi tenir ce discours à Paris et non en Afrique ? Qu'attend la France pour sanctionner le Rwanda après les rapports de l'ONU sur la RDC ?

  • 18:00OuverteRéponse directe

    Votre venue peut-elle susciter des réactions anti-France au Gabon à l'approche de l'élection présidentielle ?

  • 20:00RelanceRéponse directe

    Qu'entendez-vous par 'présence militaire moins visible' ? Réduction des effectifs ? Fermeture de bases ?

  • 22:00RelanceRéponse directe

    Votre positionnement d'humilité n'est-il pas un aveu que la France n'est plus en mesure de rivaliser avec la Chine ou la Russie en Afrique ?

  • 24:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi le franc CFA d'Afrique centrale n'a pas été réformé comme celui d'Afrique de l'Ouest ? L'Afrique centrale est-elle une priorité ?

  • 26:00OuverteRéponse directe

    La question du collier du roi Makoko sera-t-elle abordée à Brazzaville ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:00Emmanuel MacronFait
    « Nous avons tenu nos engagements en matière sportive, en bâtissant des partenariats nouveaux pour déployer et former des sportifs sur le continent africain. »
  • 23:00Emmanuel MacronFait
    « La compétition à laquelle je ne veux pas participer, c'est celle de la logique de puissance et de déploiement militaire. »
  • 0:10Emmanuel MacronFait
    « Djibouti n'est pas dans le cadre des opérations que j'évoquais, compte-tenu de la spécificité de cette base et du fait qu'elle est aussi plutôt, là, dans le cadre de notre stratégie indo-pacifique, et pas d'une stratégie, si je puis dire, africaine. »
  • 0:25Emmanuel MacronFait
    « On va avoir une approche pour se dire : qu'est ce qu'on veut faire ? De quoi avez-vous besoin ? Et en fonction de cela, former davantage ou associer davantage de militaires ivoiriens là, sénégalais là, développer des bases à vocation régionale. »
  • 0:50Emmanuel MacronFait
    « Pour lutter contre l'extension du terrorisme dans le golfe de Guinée et la sous-région, il y a une initiative dite initiative d'Accra, qui est une très bonne chose. »
  • 2:00Emmanuel MacronFait
    « La France est sans doute le pays du monde où il y a le plus de diaspora maghrébine. Et d'ailleurs, si le Maghreb est une réalité géopolitique, aujourd'hui, c'est sans doute en France qu'elle se précipite, beaucoup plus que dans la région. »
  • 3:00Emmanuel MacronFait
    « Est-ce que c'est le fait du Gouvernement de la France ? Non. Est-ce que la France a jeté de l'huile sur le feu ? Non. »
  • 4:00Emmanuel MacronChiffre
    « Pour la première fois depuis 1962, nous avons eu, en août dernier, en Algérie, une réunion avec les deux présidents, les ministres de la Défense, les chefs d'État-Major. Le chef d'État-Major algérien est venu pour la première fois, depuis 62, à Paris. »
  • 4:40Emmanuel MacronFait
    « La ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a confié une mission sur la question des visas, pour qu'on ait une politique plus claire, plus forte, parce que je pense qu'il faut assumer un discours sur ces sujets-là, de lutte contre l'immigration clandestine et de responsabilité. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Monsieur le Président de la République. Je vous en prie. Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le chef d'État-Major, Mesdames et Messieurs les Directeurs, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, merci beaucoup d'être là, aujourd'hui, dans une formation si je puis dire assez originale puisqu'il y a tout à la fois des journalistes, à Paris, à Libreville et dans l'ensemble des capitales de la tournée africaine qui commencera dès mercredi, mais il y a ici, à l'Élysée, les actrices et acteurs de notre action collective sur le continent africain.

J'assume pleinement de m'exprimer, avant cette tournée, depuis Paris à vos côtés, pour essayer de donner le sens de ce que nous sommes en train d'essayer de faire, depuis maintenant un peu plus de 5 ans, et essayer de dire avec qui, pourquoi et comment. L'objectif que nous devons poursuivre, c'est d'avoir une politique plus simple et plus lisible, en faisant mieux travailler l'ensemble des administrations, de l'État et de ses partenaires, mais avoir aussi une politique qui associe pleinement les entrepreneuses et entrepreneurs, les innovateurs, les sportifs, les artistes et les scientifiques, dans cette politique qui a vocation à ne pas être simplement de gouvernement à gouvernement, mais qui doit pleinement assumer de traiter avec la société civile des différents pays d'Afrique. Sont là, réunis, bon nombre d'acteurs de notre politique avec l'Afrique qui, pour une bonne partie d'entre eux, vont avoir à m'accompagner dans ce déplacement à venir, à partir de mercredi, ou qui ont pu m'accompagner dans des voyages précédents.

Il y a un peu moins de 6 ans, en novembre 2017, dans un amphithéâtre de l'université Joseph Ki-Zerbo à Ouagadougou, j'avais débuté mon discours en citant les mots de Thomas Sankara et en annonçant qu'il n'y avait plus de politique africaine de la France. Ces mots sont toujours d'actualité mais ils ne sont certainement plus suffisants face aux bouleversements et aux transformations profondes que nous avons vécues ces dernières années. Le temps passé sur le continent africain est irremplaçable.

J'y ai effectué 17 déplacements et ai été accueilli dans 21 pays, du [ INAUDIBLE ] de Lagos aux églises de Lalibela, sans compter les multiples entretiens menés avec nos partenaires africains à Paris et à travers le monde. Je n'en retirerai aucune considération générale car une réalité unique africaine n'existe que dans bon nombre de schémas simplificateurs. J'en retirerai une seule exigence, celle de faire preuve d'une profonde humilité face à ce qui se joue sur le continent africain, une situation sans précédent dans l'histoire, traiter en même temps et dans l'urgence une somme de défis vertigineux, du défi sécuritaire et climatique au défi démographique, avec la jeunesse qui arrive et à laquelle il faut proposer un avenir pour chacun des États africains.

Consolider des États et des administrations, investir massivement dans l'éducation, la santé, l'emploi, la formation et la transition énergétique, tout cela en étant confrontés davantage que d'autres à la pression du changement climatique et de ses effets, à l'offensive du terrorisme, et aux chocs économiques, sanitaires et géopolitiques. Je crois pouvoir dire qu'aucune région au monde n'a été soumise à cette obligation de résultat en l'espace d'une à deux générations, comme le continent africain l'est aujourd'hui. C'est pour cette raison qu'à quelques jours de ce déplacement, à nouveau, sur le continent africain, j'ai jugé que la priorité n'était pas de faire un nouveau discours sur le sol africain mais d'essayer, de la manière la plus claire, de défendre ce que nous y faisons et la cohérence de notre action, et de renforcer aussi cette envie d'Afrique en France.

C'est pourquoi beaucoup de chefs d'entreprises, de scientifiques, d'artistes et de sportifs sont aussi présents aujourd'hui. Nous devons, en effet, collectivement prendre la mesure des défis qui sont si proches de nous, non pas pour nous projeter dans des prédictions apocalyptiques ou dans des paniques anxiogènes, j'ai pu parfois le constater à chacun de mes déplacements, la terre africaine est tout sauf une terre d'angoisse et de résignation. Elle est une terre d'optimisme et de volontarisme.

Cette proximité et cette énergie doivent nous inspirer et nous inciter à réaliser la force de notre atout d'être les voisins de l'Afrique, et de compter encore parmi les pays qui ont un lien unique, humain et existentiel avec ce continent, ce qui est une chance. Nous avons un destin lié avec le continent africain. Si nous savons saisir cette chance, nous avons l'opportunité de nous arrimer au continent qui, progressivement, sera aussi l'un des marchés économiques les plus jeunes et dynamiques du monde, et qui sera l'un des grands foyers de la croissance mondiale dans les décennies qui viennent.

Mais aussi parce que notre jeunesse écoute aujourd'hui une musique congolaise, nigériane et ivoirienne, créée et produite sur le continent africain, et parce que ce n'est que la préfiguration d'une puissance culturelle, économique, scientifique et politique africaine qui va continuer de se déployer. Notre croissance économique aussi, à nous Européens, nos échanges et nos emplois vont dépendre de plus en plus de l'Afrique. Ce n'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle, c'est un fait, et tout dépendra de ce que nous en faisons.

C'est pourquoi je suis convaincu que le moment est venu de faire un choix et de savoir quel rapport nous voulons entretenir avec les pays africains. Quand j'essaie de suivre l'actualité, ce qui m'arrive, et de lire, la qualification du moment que nous sommes en train de vivre, qui est très clairement un entre-deux parce que nous héritons de beaucoup de difficultés historiques et nous sommes dans un moment de transition sans avoir pleinement réalisé, je vais y revenir, le début de la transition commencée, beaucoup voudraient nous inciter à rentrer dans une compétition, c'est la première voie, une compétition que je considère, pour ma part, anachronique. C'est le piège qui consisterait à répondre à l'injonction de puissance ou à l'appel de démonstration de force.

Regardez, certains arrivent avec leurs armées ou leurs mercenaires ici et là. Plongez-y vous, Français, c'est là que vous êtes attendus, c'est le rôle qui est le vôtre. Allez faire la compétition avec eux, vous êtes attendus là.

Je ne le crois pas. C'est le confort des grilles de lecture du passé, mesurant notre influence au nombre de nos opérations militaires ou nous satisfaire de liens privilégiés et exclusifs avec des dirigeants, ou considérer que des marchés économiques nous reviennent de droit parce que nous étions là avant, ou jouer des coudes pour nous placer seuls au centre du jeu. Ce temps-là a vécu.

Ma conviction, c'est que cette voie est désormais une impasse, ceux qui la prônent sont plutôt les tenants d'une nostalgie, et c'est précisément celle avec laquelle nous avons voulu rompre dès 2017, mais sans avoir encore tous les moyens d'en solder le passif. C'est la chronique de notre dernière décennie d'engagement au Mali. Au prix du sacrifice ultime, nos soldats y ont, aux côtés des militaires maliens et des armées africaines, remporté des victoires contre les groupes terroristes.

Je veux ici rendre hommage à la mémoire de nos soldats, de nos blessés comme de ceux qui sont tombés là-bas. Cela a été et restera une immense fierté partagée avec les alliés qui nous ont rejoints. Mais ce n'était pas le rôle de nos soldats, ce n'était pas le rôle de la France d'apporter seule des réponses politiques qui devaient prendre le relais de la réponse militaire.

Nous avons pourtant, malgré nous, assumé une responsabilité exorbitante. Cela nous vaut aujourd'hui d'être l'objet, par amalgame, du rejet qui frappe une classe politique malienne qui a échoué à redresser son pays. C'est ce piège qui pourrait, si nous n'y prenons pas garde, se reproduire ailleurs.

C'est pourquoi en aucun cas je ne laisserai le sacrifice de nos militaires être à nouveau entaché du même amalgame, et en aucun cas je ne laisserai se reproduire cette situation où, par un engrenage de déresponsabilisation et de substitution, la France devient le bouc émissaire idéal. Pour éviter la répétition de l'histoire, il existe une autre voie, que nous poursuivons désormais depuis 6 ans, qui consiste à ne pas réduire l'Afrique à un terrain de compétition ou de rente, et à considérer les pays africains comme des partenaires avec qui nous avons des intérêts et des responsabilités partagés, et de bâtir une nouvelle relation équilibrée, réciproque et responsable. Ce cap, c'est l'agenda fixé à Ouagadougou en 2017 et nous l'avons tenu.

Nous avons tenu nos engagements, en regardant notre passé en face, au Rwanda, en Algérie et au Cameroun, avec une commission franco- camerounaise qui va débuter ses travaux. Nous les avons obtenus en réformant le franc CFA, en nous retirant de la gouvernance de la zone UEMOA, et en faisant la démonstration que cette monnaie est bien une monnaie africaine qui pourra, si les gouvernements de la CEDEAO le souhaitent, préfigurer une monnaie unique qui prendra un autre nom. Nous y sommes prêts.

Nous les avons tenus en soutenant, face à la pandémie du Covid 19, l'excellence scientifique africaine, celle du Centre de crise africain, celle de l'Institut Pasteur de Dakar, celle de l'Institut national de Recherches biologiques du professeur Muyembe, auquel j'aurai le privilège de rendre visite dans quelques jours, mais en développant aussi des centres de production de vaccins, comme nous l'avons lancé en Afrique du Sud et dans plusieurs autres pays. Nous avons tenu nos engagements en matière sportive, en bâtissant des partenariats nouveaux pour déployer et former des sportifs sur le continent africain et déployer des infrastructures sportives, et nous allons continuer de le faire et de l'accélérer, du football au judo, en passant par le basket et tant d'autres sports. Nous avons tenu nos engagements en accélérant, grâce à la ténacité de N'Goné Fall et à la saison Africa 2020, le changement de regard de la France sur le continent africain, y compris dans nos écoles et nos manuels scolaires.

Nous allons poursuivre ce mouvement de reconnexion, avec la création contemporaine africaine dans toutes ses composantes. En France, ce sera la mission de la future Maison des mondes africains, qui organisera, à l'automne prochain, un forum sur les industries culturelles et créatives africaines. Sur le continent africain, ce sera le rôle de nos instituts culturels, de notre réseau de coopération et de nos alliances françaises, de redevenir le creuset de cette intimité franco-africaine et de ce changement de regard.

Nos instituts doivent être les lieux où vient tout le monde et où l'on prend tous les risques. Ce sont, d'ailleurs, les lieux où commence le rayonnement d'un Fela Kuti ou, puisque nous serons à Kinshasa dans quelques jours, où un Papa Wemba ou un peintre Moquet ont connu leurs premiers succès et leur première reconnaissance. C'est la force de ce réseau et c'est celle que nous voulons continuer d'avoir.

Nous avons aussi tenu ces engagements de Ouagadougou en procédant, grâce à l'éclairage intellectuel de Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, et au travail des équipes du Quai-Branly, à la restitution au Bénin des œuvres du trésor d'Abomey. Nous irons plus loin puisqu'une loi cadre sera proposée dans les prochaines semaines, par la ministre de la Culture, à notre Parlement. À partir des préconisations du travail réalisé par Jean-Luc Martinez, que je remercie, cette loi cadre permettra de fixer, avec notre représentation nationale, la méthodologie et les critères pour procéder à de nouvelles restitutions au profit des pays africains qui le demandent, mais reposant sur un partenariat culturel et scientifique pour accueillir et conserver ces œuvres.

La Côte d'Ivoire l'a déjà fait. Je souhaite que cette démarche puisse s'inscrire dans une dynamique plus large et également une dynamique européenne, à l'image du fonds franco-allemand que nous avons lancé pour développer les recherches de provenance sur les œuvres africaines entrées dans nos collections. Nous avons aussi, durant ces années, soutenu l'entrepreneuriat africain, en y consacrant plus de 3 milliards d'euros, entre 2019 et 2022, au travers de l'initiative Choose Africa.

Nous allons amplifier cet effort, en ciblant davantage les entrepreneurs français et africains, qui sont confrontés aux risques et qui n'arrivent pas à accéder au crédit ou au capital de quelques centaines de milliers d'euros qui débloqueraient leur situation. C'est précisément l'objectif de Meet Africa 2, et je sais que plusieurs qui ont été sélectionnés sont ici présents, de permettre d'accompagner celles et ceux qui ont des projets plus risqués. Ce sera le rôle aussi de notre Banque publique d'investissement et de l'Agence française de développement, de porter ensemble un nouveau programme Choose Africa 2, qui sera dédié à cet effort et qui, en particulier en matière de culture, de sport, d'agriculture et de digital, reprenant tout ce que nous avons fait avec Digital Africa ces dernières années, démultipliera les opportunités.

Nous dérisquerons davantage les investissements français en Afrique avec ces mécanismes, et nous accélérerons la croissance des petites entreprises africaines qui sont à la frontière entre l'économie formelle et informelle. Sur le modèle de ce que le Sénégal a réussi, et comme nous avons commencé à le faire dans plusieurs pays africains, cette initiative sera également un levier pour appuyer une véritable politique d'innovation avec tous les pays volontaires. Enfin nous avons, ces dernières années, posé les bases d'un axe euro-africain, qui s'est incarné lors du sommet de Bruxelles en février 2022, sous présidence française.

C'est en nous appuyant sur cet axe euro-africain que nous avons obtenu à Paris, en mai 2021, dans le sommet de Paris sur le financement des économies africaines, le déblocage et le redéploiement des droits de tirage spéciaux au bénéfice de l'Afrique, et lancé aussi la production de vaccins sur le continent africain, avec l'Afrique du Sud notamment, comme je l'évoquais tout à l'heure. C'est aussi pour ça que je me réjouis de pouvoir compter sur l'engagement du commissaire Thierry Breton et de la commissaire [ INAUDIBLE ] à nos côtés dans quelques jours en RDC. C'est une véritable équipe européenne que nous souhaitons mettre en place.

Vous le voyez, en brossant ce tableau général, si je puis dire, je veux ici dire combien, ces dernières années, nous avons bousculé des choses qui paraissaient des tabous complets. Quand j'étais dans cette même université à Ouagadougou, tous les étudiants qui m'interrogeaient me parlaient du franc CFA, de la restitution des œuvres d'art, et de notre incapacité à accompagner l'entrepreneuriat africain. Tout cela, nous l'avons mis en place ces dernières années, avec force et engagement.

Malgré tout, il nous faut être lucides, nous ne sommes aujourd'hui qu'au milieu du gué. C'est une situation très inconfortable, où nous continuons à être en quelque sorte comptables du passé, avec une politique qui a décidé très clairement de changer et qui a parfois perdu des soutiens qui étaient bien utiles, mais parce que nous voulions changer de méthode, sans que nous n'ayons encore pleinement les résultats de la politique que nous avons lancée. Donc nous sommes en effet comptables du passé, sans avoir encore totalement convaincu sur les contours de notre avenir commun.

C'est pour cette raison que le déplacement que nous allons entreprendre ensemble dans quelques jours est si important. Il intervient au moment où nous clôturons un cycle de notre histoire en Afrique, et un cycle qui a été marqué, à mes yeux, par deux choses que nous allons bousculer. Marqué, d'abord, par la centralité de la question sécuritaire et militaire, et la prééminence du sécuritaire comme cadre de tout.

Cette prééminence, le rôle qu'elle a continué d'avoir, on le voit bien, a été une ombre portée, encore une fois, ces dernières années, ou un prétexte utilisé par beaucoup de nos opposants ou de celles et ceux qui voulaient pousser leur propre propagande, pour dire la France est là et n'a qu'un agenda sécuritaire. L'objectif pour moi de cette phase dans laquelle nous rentrons, de cette nouvelle ère, est de déployer, sous forme partenariale, notre présence sécuritaire, pour qu'elle s'insère dans ce nouveau partenariat. Je remercie le ministre des Armées et chef d'État-major des armées, du travail fait ces derniers mois pour véritablement penser et préparer ce nouveau partenariat sécuritaire, je vais y revenir.

Le deuxième grand changement que nous allons faire, c'est passer d'une logique d'aide à une logique d'investissement solidaire et partenarial. Je crois que c'est à cette condition, en continuant et en amplifiant l'action qui a déjà été lancée, que nous pourrons conjurer d'abord cette opposition qui est en train de s'installer entre un Nord supposément occidental et un Sud global qui n'auraient plus de logiciel commun. Je crois profondément que c'est faux et nous devons démontrer le contraire.

Nous l'avons démontré, d'ailleurs, par une méthode nouvelle que nous avons là aussi commencée. Le G7 de Biarritz a été préparé avec les pays africains que j'avais invités, comme on l'a fait aussi au G20 de Bali, où on a réuni l'ensemble des pays africains avant le début des travaux pour œuvrer ensemble, par une conversation en quelque sorte permanente. C'est exactement la même chose que nous avons faite quand nous avons lancé l'initiative ACT-A.

Elle a été conçue avec le Bureau de l'Union africaine, dans un dialogue, là aussi, qui était inédit. C'est la même chose que nous allons faire et, pour moi, nous allons consolider cette logique et ce passage de la logique d'aide à celle d'investissement solidaire, lors du sommet que nous allons organiser le 23 juin à Paris sur le nouveau partenariat Sud-Nord, précisément parce que c'est avec l'Afrique, mais aussi avec l'Inde et la Barbade, que nous pourrons inventer un nouveau pacte pour dessiner une nouvelle architecture financière internationale permettant de lutter contre les inégalités et de financer la transition climatique. Donc, pour moi, le moment que nous sommes en train d'inaugurer consiste à aller au bout du changement, d'être exigeants avec nous-mêmes, d'accepter de nous débarrasser aussi pour de bon de réflexes et d'habitudes d'un langage, qui sont aujourd'hui en quelque sorte notre handicap, et d'adopter une posture résolument plus claire de modestie, d'écoute et d'ambition.

Au fond, de dire très clairement, dans tous ces domaines, que l'Afrique n'est pas un pré carré, est encore moins un continent auquel les Européens et les Français pourraient dicter un cadre de développement, mais que c'est un continent où nous devons bâtir des relations respectueuses, équilibrées et responsables, pour lutter ensemble sur des causes communes, le climat en est une ô combien importante, défendre nos intérêts et aider les pays africains à réussir. Ce sont pour moi les termes mêmes de ce partenariat renouvelé que nous souhaitons, qui est l'inverse des logiques de prédation, qu'elles soient militaires et sécuritaires ou qu'elles soient financières, poussées aujourd'hui par d'autres pays. Comme je le disais, pour réussir ce modèle de partenariat, il nous faut d'abord bâtir un nouveau modèle de partenariat militaire.

C'est tout le travail que nous avons conduit ces derniers mois, d'abord en le concevant, puis en le discutant et en le travaillant avec nos partenaires africains. J'ai reçu ici-même, ces dernières semaines, l'ensemble des dirigeants concernés. Le ministre et le CEMA ont commencé des échanges et une tournée et vont les poursuivre.

La logique, c'est que notre modèle ne doit plus être celui de bases militaires telles qu'elles existent aujourd'hui. Demain, notre présence s'inscrira au sein de bases, d'écoles et d'académies qui seront co-gérées, fonctionnant avec des effectifs français qui demeureront mais à des niveaux moindre, et des effectifs africains, et qui pourront aussi accueillir, si nos partenaires africains le souhaitent et à leurs conditions, d'autres partenaires. Conformément aux échanges que j'ai eus ces dernières semaines avec mes homologues, cette transformation débutera dans les prochains mois, sur le principe même de la co-construction, avec une diminution visible de nos effectifs et, de manière concomitante, une montée en puissance de la présence dans ces bases de nos partenaires africains.

Elle suppose que nos partenaires africains formulent très clairement leurs besoins militaires et sécuritaires et qu'ensuite nous accroissions notre offre de formation, d'accompagnement et d'équipement au meilleur niveau. Ce partenariat nous permettra ainsi de bâtir un nouveau modèle d'intimité et d'imbrication entre nos armées, qui se traduira par un effort accru de la France en matière, comme je le disais, de formation et d'équipement. Deuxièmement, ce nouveau partenariat, cette transformation, suppose de changer notre manière de faire et de communiquer sur ce que nous déployons, d'abord en étant plus réactifs, plus visibles et par conséquence plus lisibles.

Il faut, là-dessus, assumer nos échecs, mais il faut aussi mieux assumer nos succès. Force est de constater que nous avons sans doute un défaut, nous Français, nous sommes trop divisés, et la logique de boutique l'emporte trop souvent sur la logique d'équipe de France. Nous devons agir tous ensemble pour que ce soit lisible et pour que, quand la France, quelle que soit l'entité, qu'elle soit administrative ou une entreprise, permet d'apporter des solutions concrètes qui permettent, dans un pays, de répondre à un besoin de la jeunesse pour mieux éduquer, pour répondre à des problèmes énergétiques ou de transition climatique, ou pour répondre à des besoins sportifs, il est clair que ce soit l'équipe de France qui l'ait mise en place.

Nous sommes divisés, nous sommes donc trop peu lisibles, et pas assez concrets, sans doute. Donc il nous faut, dans les prochains temps, changer notre méthode, déployer des projets plus concrets et tangibles, surtout là où nos partenaires nous attendent, l'éducation, pas simplement en bâtissant des murs, mais en accroissant notre offre de formation des enseignants et de qualité des enseignants ; en bâtissant une offre accrue dans la formation professionnelle, demande de beaucoup de pays, y compris nombre d'entre eux chez qui nous étions peu présents ; formation professionnelle, santé, climat, égalité femmes-hommes, soutien à l'entrepreneuriat, la culture et le numérique. Par cette nouvelle méthode, nous devons simplifier notre offre, être beaucoup plus concrets et à l'écoute, travailler davantage avec la société civile, et apporter une offre qui soit de la meilleure qualité possible, et le faire avec deux réflexes nouveaux, descendre dans l'arène, comme nous l'avons fait lors du sommet de Montpellier, en revendiquant d'écouter la jeunesse et la société civile africaine, comme la ministre déléguée l'a fait dans ses différentes tournées ces derniers mois, et je l'en remercie, et ensuite d'embarquer les autres à nos côtés, et de jouer, à chaque fois que c'est utile, en Européens ou même en international, ce qui est exactement ce que nous ferons à Libreville dans quelques jours, avec une posture collective.

Dès cette année, un premier fonds de 40 millions d'euros sera mis à disposition de nos ambassades, dans les pays d'Afrique francophones, pour faire la démonstration que nous pouvons faire cette transformation. C'est la mission que je donne à nos ambassadrices et ambassadeurs, démontrer que notre partenariat est concret et piloter une communication offensive, décomplexée mais sans arrogance. Nous devons aussi aller au bout de cette transformation parce que nous avons des intérêts à défendre.

Je pense que, quand on parle d'Afrique, il faut le dire clairement parce que ça va beaucoup mieux en le disant. On ne va pas faire le bien commun. On a des défis communs, le changement climatique, c'est un défi commun ; essayer que la jeunesse africaine trouve un avenir, je dirais que c'est un défi commun parce que ce sera aussi notre problème si on n'y arrive pas.

Mais on va défendre des intérêts, et c'est ça, un partenariat réciproque et équilibré. C'est qu'on ne prend pas les gens pour des imbéciles. On ne dit pas on arrive chez vous parce qu'on va faire le bien chez vous à votre place, parce que vous n'êtes pas capable de savoir ce qui est bon pour vous, de le penser ou de le faire.

Non. On vient défendre nos intérêts, et on le fait de manière respectueuse, avec les intérêts des pays africains où on se déploie. C'est la logique dans laquelle d'ailleurs, depuis le début, le Conseil présidentiel pour l'Afrique a à chaque fois déployé ses conseils et proposé des mesures, et je remercie tous ses membres depuis 2017 pour leur engagement.

Notre intérêt, c'est d'abord la démocratie. La France est un pays qui soutient, en Afrique comme ailleurs, la démocratie et la liberté ; un pays qui parle à tout le monde, y compris aux opposants politiques ; un pays qui préfère les institutions solides aux hommes providentiels ; un pays qui considère que les putschs militaires ne seront jamais des alternances démocratiques. Comme le rappellent nombre d'intellectuels africains, la démocratie a également une genèse africaine.

Aussi, notre rôle n'est pas d'imposer nos valeurs ou de les proclamer, mais de contribuer à ce que des réseaux d'intellectuels et d'acteurs civiques la fassent vivre en s'inspirant des pratiques démocratiques de leur société. Ce sera le rôle de la Fondation sur l'innovation et la démocratie, qui a été créée en fin d'année dernière à Johannesbourg et qui rayonnera sur tout le continent. Je veux, une fois encore, remercier le professeur Achille Mbembe pour son travail, son engagement, ses propositions et tout ce qu'il a d'ores et déjà bâti avec ses équipes, ce qu'il va continuer de faire.

C'est exactement cet esprit-là que nous devons poursuivre, ne pas abandonner ce qui est, pour moi, un intérêt de la France, la démocratie, mais le faire de manière respectueuse avec l'histoire du continent et, surtout, les acteurs qui doivent le porter. Notre intérêt, c'est évidemment aussi de nous donner une nouvelle ambition économique sur le continent africain. Notre partenariat économique avec le continent africain est certes solide mais, je le dis ici avec force et en saluant la présence nombreuse d'une délégation économique de grande qualité, et je remercie l'ensemble des présidents et présidentes, et directrices et directeurs généraux de grands groupes français de leur présence aujourd'hui, mais nous avons besoin d'être lucides sur notre présence économique sur le continent africain et la manière dont elle est vue.

Nous sommes dans une position qui ne va pas dans la bonne direction. C'est pour bonne partie de notre faute, parce que nous avons trop souvent eu une logique de rente dans notre rapport au continent africain. On a considéré que, parce qu'on était la France, même quand on faisait mal, même quand on était plus cher que les copains, même quand les solutions de financement étaient moins bonnes, on allait continuer d'être pris.

C'est une terre de compétition, maintenant. Il y a des gens qui font la compétition avec d'autres armes, que je récuse et on se bat contre, quand les financements deviennent eux-mêmes des éléments de fragilité des économies, c'est pourquoi on s'est battus pour qu'il y ait un cadre dans le G20. Mais, indépendamment de ça, je le dis parce que je l'ai vu, nous avons aujourd'hui encore trop de nos entreprises qui ne produisent pas les travaux de meilleure qualité parce que c'est l'Afrique.

Ça ne marchera plus, et je vous le dis en toute sincérité, je ne défendrai plus les entreprises qui ne sont pas prêtes à se battre. Quand le président de la République va dans un pays ou reçoit un dirigeant et qu'il a un N-10 à côté de lui face à un président africain, personne ne peut considérer que c'est une marque de respect. Ce n'est pas pareil quand on va en Allemagne, en Pologne, dans des pays du Golfe ou en Chine.

L'Afrique est devenue une terre de compétition. Il faut donc qu'on ait un réveil du monde économique français pour se dire qu'on doit aller s'y battre. Ce sont les patrons qui doivent y aller, quand il y a un grand contrat.

Quand on prend un contrat, il doit être délivré en temps et en qualité et, s'il y a des problèmes, il faut qu'on puisse savoir très clairement d'où vient le problème. Je ne dis pas que tout le monde est parfait et, parfois, nos partenaires africains ne sont pas non plus au rendez-vous de ce qu'ils nous avaient promis à tel ou tel endroit de l'administration. C'est une réalité, et je sais leur dire.

J'ai du mal à leur dire quand nous, nous ne sommes pas au rendez-vous. Donc il faut qu'on ait un réveil collectif sur ce terrain-là, parce que d'autres pays qui étaient moins présents que nous il y a quelques années et qui ne sont pas mieux armés que nous, sont en train de prendre des positions, simplement parce qu'ils prennent les pays africains au sérieux. Je souhaite aussi qu'une nouvelle génération d'entrepreneurs français et africains, franco-africains, se projettent dans de nouvelles coopérations et dans une nouvelle philosophie qui doit être celle de la co-industrialisation.

C'est le sens même du programme Pass Africa, je sais qu'il y a plusieurs lauréats qui sont ici présents, qui est un programme à mes yeux très important et qui va nous permettre de développer cet entrepreneuriat. C'est cette logique de bâtir aussi, d'aider les nouveaux acteurs et de tirer profit, dans un sens très pragmatique, du fait que la France est forte de ses diasporas, et qu'elle a aussi des réseaux d'entrepreneurs qui ont un pied sur le continent africain, qui le connaissent et qui ont leurs propres connexions. On doit simplement les mettre en capacité et les aider à déployer leur activité et leur réussite sur ce continent.

Notre intérêt, c'est aussi de jouer collectif avec nos alliés européens, et de positionner l'Europe comme le partenaire de référence sur les grands sujets. Sur les sujets de défense et de sécurité, c'est le cœur même de ce que nous allons faire, au-delà du pivot que j'évoquais tout à l'heure. C'est la même chose que nous souhaitons faire en matière de financement des infrastructures africaines.

C'est seulement avec ce levier que nous pourrons réellement jouer à armes égales dans la compétition avec d'autres acteurs. Plusieurs d'entre vous sont engagés dans ce secteur, et je les en remercie, avec beaucoup de sérieux. Mais c'est avec ce levier que nous pourrons convaincre nos partenaires africains d'adopter les standards avec lesquels nos entreprises peuvent travailler et produire des infrastructures de qualité, que nous souhaitons promouvoir dans le cadre du G20.

C'est la logique même de ce que l'Union européenne a fait avec le Global Gateway, puis que nous avons porté en G7 avec le Partenariat mondial pour les infrastructures et 600 milliards d'euros qui seront déployés d'ici 2027. Ce sont des leviers de financement massifs, mais c'est aussi un cadre, qui est celui du G20 que nous déployons, qui est un cadre de sérieux et de soutenabilité du financement public de ces infrastructures. C'est pour cela qu'il faut aussi voyager, parler et agir ensemble et, à chaque fois que nous avons mobilisé cet axe euro-africain, nous avons été à la hauteur de nos promesses.

Enfin, nous avons des atouts à faire valoir : la force d'innovation de nos PME, notre recherche et notre excellence scientifiques, nos universités, notre formation militaire, nos artistes, nos sportifs, nos jeunes qui s'engagent dans le volontariat et, parmi eux, comme je le disais, nos diasporas. Chacun de vous ici se reconnaîtra dans cette liste. Alors, la bonne nouvelle, c'est que, au fond, c'est vous, davantage que le Président de la République, qui êtes attendus en Afrique, et c'est le message, très clairement, qui a été donné au Sommet de Montpellier.

C'est aussi le message que j'ai entendu partout en Afrique, et encore en juillet dernier, en dialoguant avec de jeunes Camerounais, plusieurs d'entre vous étaient à mes côtés. Tous ont la même interpellation : où est la jeunesse française, dans ce partenariat ? Où sont les écoles et les universités françaises ?

Pourquoi les entrepreneurs français n'investissent-ils pas encore davantage ? Pourquoi l'équipe de France de football et les clubs français vont-ils jouer partout dans le monde, sauf en Afrique ? Pourquoi les musées français ne travaillent pas davantage avec nous ?

C'est aussi pour ça que vous serez à mes côtés, car seul, je n'ai pas les réponses à ces interpellations. Et donc c'est une réponse crédible, effective, qu'il faut apporter, et dans la durée. Et cette réponse, nous l'apporterons et c'est aussi pourquoi je crois que ce que nous poursuivons depuis six ans est très important, pas simplement pour nos intérêts en Afrique, et je le crois modestement aussi, pour nos réponses à ce que sont les défis du continent africain, comme ce que nous ferons par exemple à Libreville, on y reviendra sans doute dans les questions sur la question climatique et biodiversité, et les forêts, mais je crois que c'est important pour la France.

Nous réussirons ce nouveau partenariat si nous assumons la part d'africanité de la France, le rôle et la place de nos diasporas, et si nous assumons le fait que la France n'a plus de pré carré en Afrique. Elle a des devoirs, des intérêts, des amitiés, qu'elle veut bâtir, poursuivre, renforcer, pour mener des politiques solides dans chacun des domaines que vous représentez ici. Et voilà le sens de ce déplacement et des efforts que nous allons conduire dans les quatre années à venir : assumer nos intérêts, les promouvoir, mettre en place des liens humains plus forts, au cœur de ce partenariat, renforcer le lien avec les sociétés civiles et bâtir ensemble un agenda sur les questions climatiques, d'éducation et de santé, qui sont bonnes pour nous tous, des liens économiques, scientifiques, universitaires, culturels, sportifs.

Je n'ai, pour ma part, aucune nostalgie vis-à-vis de la France-Afrique, mais je ne veux pas laisser une absence ou un vide derrière elle. Autant que moi, et surtout au-delà de ma propre contribution, vous serez le cœur de ce partenariat, et votre propre engagement donnera tout son sens au choix politique que nous avons fait, avec notre Parlement, de rehausser et sanctuariser cette politique de partenariat avec, là aussi, des financements inédits. Cette politique n'est pas une politique d'instruments désincarnés, c'est une politique de solidarité, c'est une politique, aussi, pour les Français, c'est une politique qui doit nous permettre de trouver des partenaires, des alliés, pour peser sur les équilibres du monde.

Et c'est aussi pour cela, si nous réussissons cette politique, si nous réussissons, en juin prochain, ce Sommet pour le nouveau partenariat entre le Sud et le Nord, que nous arriverons à conjurer ce grand récit qui est en train de s'installer, celui d'un double standard qui existerait entre l'Ukraine et le reste du monde, dont l'Afrique, celui d'une division, comme je le disais, entre l'Occident et le Grand Sud. Si on laisse s'installer ce récit, ou, en quelque sorte, si on le documente, pour un pays comme le nôtre, ce sera terrible, parce que, comme je le disais au début de mon propos, nous avons des destins liés, par ce que nous sommes, par ce qu'est le peuple français, par ce que sont notre géographie et notre avenir. Je vous remercie pour votre attention.

Je vais maintenant répondre à toutes vos questions. Je vais d'abord prendre des questions de journalistes, et s'il y a des questions de la délégation, j'en prendrai aussi, même si je compte surtout sur votre mobilisation. Nous allons prendre une première question...

Merci ! Nous allons prendre une première question d'un journaliste depuis la salle. Bonjour Monsieur le Président, je suis Christian Lusakueno, Top Congo FM, depuis Kinshasa.

Alors d'abord, je suis étonné de vous voir tenir ce discours ici à Paris, et non pas à Ouagadougou, Dakar ou Kinshasa. Est-ce que la France a peur de parler aux Africains à partir du continent ? Ça, c'est une petite question, mais la grosse question est la suivante : la France défend ses valeurs.

Elle a notamment parlé de démocratie, de liberté. La France a souvent condamné l'intangibilité ou la violation de l'intangibilité des frontières, tel que c'est le cas actuellement, rapports ONU et internationaux indépendants, pour le Rwanda, en République Démocratique du Congo. Le Président Félix Tshisekedi, ce matin à Genève, devant les droits de l'homme, a demandé des sanctions.

Qu'attend la France pour passer, après avoir été en retard sur les autres pour condamner, qu'attend la France pour passer aux sanctions, comme elle le fait avec la communauté internationale pour la Russie présente en Ukraine ? Merci beaucoup, Monsieur le Président. Merci à vous.

Pour ce qui est de votre première question, j'ai essayé d'y répondre dans mon propos introductif. Je souhaitais ici aussi, compte-tenu de l'importance de cette politique pour la France, le faire depuis Paris parce que je considère qu'on ne doit pas simplement parler de l'Afrique, de ce qu'on y conduit, quand on est en déplacement en Afrique, mais le faire en salle des fêtes à l'Élysée donne une solennité toute particulière et montre combien ce que nous conduisons est important pour notre pays. La deuxième chose, c'est que c'est un peu une discussion, plusieurs sont là, de ce sport, d'avant-match.

Nous allons nous déplacer sur le terrain. C'est une bonne chose de mobiliser tout le monde et de partager les mêmes objectifs. Troisième élément : j'étais il y a quelques mois au Cameroun et ailleurs, j'ai discuté encore avec la jeunesse africaine et je continuerai de le faire, donc, rassurez-vous, ça ne va pas s'arrêter, mais je pense que ce cadre était approprié au moment où nous nous parlons.

Pour ce qui est, ensuite, du Rwanda, d'abord il faut nommer les choses, enfin, du Rwanda et de la RDC et des questions que vous avez évoquées, je disais il faut nommer les choses. Nous assistons dans l'Est du Congo à une régression inacceptable. L'offensive en cours de la milice M23, sous sanctions du Conseil de sécurité, est une guerre qui nous ramène dix ans en arrière.

Elle a des conséquences terribles pour les populations et je pense en particulier aux centaines de milliers de personnes déplacées, à qui tout manque, et la capitale de la région, Goma, est menacée. La première urgence est humanitaire et nous y travaillons avec nos partenaires européens. J'ai eu, à plusieurs reprises et le président Tshisekedi et le président Kagame sur ce sujet.

Je voudrais ensuite rappeler deux principes fondamentaux : l'unité, la souveraineté, l'intégrité territoriale du Congo ne se discutent pas. C'est notre position constante et cette position n'a pas changé. Deuxièmement, il n'y a pas de deux poids, deux mesures.

La guerre dans l'est de la RDC ne doit pas être une guerre oubliée et c'est pourquoi j'ai passé autant de temps à parler avec chacun des acteurs, et surtout notre politique est de soutenir sans relâche le cadre des discussions que le Kenya et l'Angola ont mises en place. Et j'ai pu d'ailleurs aussi échanger avec les deux présidents pour soutenir les médiations régionales qui se sont déployées. Nous avons d'ailleurs soutenu le déploiement des troupes kényanes dès qu'elles ont pu s'installer, et nous en avons été, je dirais, à l'initiative diplomatique, et j'ai encore parlé ces derniers jours au président, pour unifier les différents processus de médiation régionale.

Je reste convaincu que la réponse doit être collective et c'est précisément le sens des entretiens que j'aurai aussi avec mes homologues, avant de venir à Kinshasa. Nous allons prendre une question en visioconférence. Bonjour, Sophie [INAUDIBLE], je suis journaliste à Libreville pour une télévision locale, TV+, et je me demandais : comprenez-vous qu'à quelques mois de l'élection présidentielle, ici au Gabon, avec un sentiment anti-France qui se propage en Afrique de l'Ouest et qui naît de plus en plus ici, que votre venue puisse susciter des réactions ?

Alors, je comprendrais si je venais faire un déplacement électoral, à finalité strictement bilatérale ou politique, mais nous irons précisément à Libreville pour faire ce en quoi je crois, c'est-à-dire une grande initiative internationale, essentielle en matière de biodiversité, le ministre est à mes côtés, très cohérente avec ce que nous avons défendu dans les COP successives, y compris à Montréal, et de le faire dans un pays qui est concerné et que nous mettons en situation de leadership. Regardez ces dernières décennies, on a pris beaucoup de décisions pour les forêts, on les a prises dans beaucoup de capitales du Nord. Alors on peut continuer de décider, de Montréal à Paris, l'avenir des forêts primaires qui se situent en Asie du Sud-Est, dans le bassin du fleuve Congo ou en Amazonie.

Moi je trouve que c'est mieux de le faire avec les pays concernés, et chez eux. Et donc le Sommet de Libreville, puisque c'est ce pourquoi je viens parmi vous, avec notre délégation, dans quelques jours, est un sommet essentiel sur les forêts, pour lutter contre les déforestation, les dégradations, la perte de biodiversité, parce que la pression sur les forêts tropicales s'accroît. Et donc, fort de ce constat, de l'agenda international que nous avons bâti, nous avons choisi le Gabon.

Donc en organisant à Libreville ce Sommet, nous avons souhaité valoriser la richesse des forêts africaines, encore trop méconnues du grand public, et associer d'ailleurs les autres pays du bassin du Congo, qui jouent un rôle essentiel. C'est le premier poumon de la planète. Le bassin du Congo est celui qui séquestre le plus de carbone, devant l'Amazonie.

C'est aussi un réservoir de vie, qui s'étend sur plus de 240 millions d'hectares, et qui contient des trésors inestimables de biodiversité. Et ça, il faut le dire, l'assumer, en être fiers, et ce que nous souhaitons faire, c'est créer aussi un modèle qui soit adapté à l'Afrique et qui ne vienne pas se plaquer sur le continent africain. Et donc l'objectif est, à cet égard, de rassembler ceux qui développent des solutions et les soutenir, avec des scientifiques, des entrepreneurs, des associations, des chercheurs pour, justement, avancer.

Le Gabon, par exemple, est un pays qui a su développer une politique de gestion forestière efficace, en interdisant l'exportation de bois brut, en 2010, et en favorisant une économie qui transforme localement, de manière durable et qui rémunère mieux sa population. Et donc l'objectif, pour moi, de ce Sommet, et c'est pourquoi j'assume pleinement de le faire maintenant, comme on en a pris l'engagement à Charm el-Cheikh, c'est d'abord de mettre en place nos objectifs des différentes COP, et surtout de réussir à valoriser le capital naturel dont ces économies disposent à profusion. Et c'est un des grands paradoxes, on sait rémunérer les reforestations, dans nos modèles nationaux ou internationaux, on rémunère très mal le fait de protéger ce qu'on a, et donc ces réservoirs de biodiversité.

Et donc c'est ce que nous allons mettre en place. Ce sera l'un des grands axes de ce Sommet, fixer les paramètres d'un accord juste entre les pays forestiers et le reste de la communauté internationale avec, entre autres, l'initiative Partenariat, pour la conservation positive, qui se résume assez simplement : c'est un contrat entre un pays forestier qui s'engage à protéger sa nature, et notamment les réserves les plus vitales de carbone et de biodiversité, en échange d'un soutien plus important de la communauté internationale. Et donc c'est tout cela que nous allons faire et c'est pour ça que je me rends présent dans votre pays et que je serai à Libreville, et c'est le cœur de cet agenda.

Et donc on avance, on travaille ensemble. Je ne viens pas faire un déplacement électoraliste, et d'ailleurs on parle à tout le monde, y compris aux opposants et on continuera de le faire. De la même manière, j'irai ensuite en Angola, sur un sujet d'intérêt commun, la sécurité alimentaire, pour pousser l'agenda FARM, que nous avons lancé dès le début de la guerre en Ukraine.

On est le premier partenaire de formation agricole de l'Angola, et donc c'est un partenariat de production qu'on va lancer et déployer. Nous irons ensuite au Congo-Brazzaville, pour honorer la mémoire d'un lieu de renaissance de notre politique avec l'Afrique et, là aussi, essayer de défendre ce nouveau cap que je viens de déployer ici et d'expliquer, et puis nous nous rendrons en RDC pour parler des grands sujets d'intérêt commun : santé, partenariat économique sur des sujets comme infrastructures, tech, mais aussi les mines, la culture et la défense, parce que nous sommes le premier partenaire de formation militaire de la RDC. Voilà !

Merci. Une nouvelle question depuis Paris. Monsieur le Président Valérie Leroux, de l'Agence France-Presse.

Vous avez évoqué la réorganisation du dispositif militaire français en Afrique, vous avez parlé d'une présence qui sera moins visible. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce que vous entendez par une présence moins visible ? Est-ce que les effectifs vont être concrètement réduits ?

Est-ce que vous allez fermer des bases ? Est-ce que vous allez procéder à des transferts de forces d'un pays à un autre ? Et puis également, je voudrais vous demander quelle est votre évaluation du groupe Wagner en Afrique.

Est-ce qu'on peut craindre qu'il déborde vers d'autres pays que le Mali et la Centrafrique, ou bien le fait qu'il soit déjà très occupé en Ukraine limite, à court terme, ce risque ? Alors, la réorganisation que j'évoquais tout à l'heure n'a pas vocation à être un retrait ou un désengagement, mais elle se traduira en effet par, si je puis m'exprimer ainsi, une africanisation ou une mutualisation de ces grandes bases. Là où vous avez des bases avec un dispositif posé, parfois des centaines, voire des milliers de militaires français, vous aurez une réduction du nombre de nos militaires, qui s'accompagneront d'une montée en charge de leurs partenaires africains, en fonction des besoins qui seront définis et précisés dans le cadre des travaux que le ministre aura à conduire avec le CEMA dans les prochaines semaines.

Et donc ces bases ne seront pas fermées, mais elles seront transformées. Elles deviendront, pour les unes des académies, pour les autres des bases partenariales. Elles seront, pour certaines, rebaptisées.

Elles vont changer de physionomie, de logique, d'empreinte, et c'est ça qui est très important. Pourquoi ? Parce que les bases telles qu'elles sont aujourd'hui sont un héritage du passé.

Et elles sont, il faut être lucides, un prétexte pour beaucoup d'opposants de la France, et parfois un prétexte pour ne pas régler les problèmes politiques sur le terrain. Quand il y a une base avec beaucoup trop de militaires, on se dit : il y a là une assurance-vie. Ce n'est pas la peine de traiter, politiquement, un problème qu'on a.

La France n'est pas une assurance-vie au règlement des problèmes politiques des différents pays. je le dis très clairement, et le rôle de la France n'est pas de régler toutes les situations en Afrique, je le dis tout aussi clairement et humblement. Et à côté de ça, nous devons donc avoir une visibilité qui n'est pas la même, parce qu'on l'a bien vu ces derniers mois et ces dernières années, si c'est le cas, très vite, avec beaucoup de propagandes aussi, les gens se retournent et disent : "notre problème est là, c'est eux, ils sont en train de soutenir un coup d'État ou ils soutiennent le pouvoir en place !" Et donc on a besoin que nos partenaires africains expriment leurs besoins sécuritaires et militaires, l'assument, nous le décrivent, que nous, nous soyons au rendez-vous de ce qu'on doit faire.

C'est pourquoi on restera, mais avec une empreinte réduite, en propre, mais nous allons plus former, plus équiper et mieux accompagner, parce que ce sera sur la base d'une demande exprimée. Et donc ces bases ne seront pas fermées, pour ce qui est des principales bases, il peut y avoir des réajustements, après des dispositifs, en fonction du dialogue que nous aurons avec les uns et les autres, et des besoins, mais elles seront réaménagées et elles deviendront académies, bases conjointes, etc. Pour ce qui est de Wagner, c'est un groupe de mercenaires criminels.

C'est ainsi qu'il est objectivement qualifié, qui est l'assurance-vie des régimes défaillants ou des putschistes, dont le rôle et la finalité est de protéger les régimes défaillants ou les putschistes, et au fond, de n'apporter qu'une réponse sécuritaire à ces personnes, et d'avoir des comportements de prédation sur les mines, les ressources premières, voire de violences sur les populations, viols et autres. Tout ce que je dis là a été qualifié par des rapports successifs des Nations Unies et d'ONG. C'est ça, le groupe Wagner.

Donc évidemment, c'est une philosophie qui est aux antipodes de ce que nous défendons et de ce que nous portons, et je considère, pour ma part, que le rôle qui doit être le nôtre, c'est d'apporter une solution crédible, conformément à l'agenda que j'évoquais tout à l'heure, et ma conviction, c'est que les différents États africains, y compris ceux qui se sont tournés vers cette solution de court terme, finiront par s'en passer, parce qu'elle ne sème que le malheur là où elle se déploie. Merci. Nous allons prendre une nouvelle question, en visioconférence.

Bonjour Monsieur le Président Simon le Baron, pour France-Inter. Vous avez commencé votre propos en disant que la compétition, aujourd'hui, sur le continent africain, était anachronique, que c'était un vestige du passé, tout en donnant dans votre discours, d'une certaine manière, le sentiment de vouloir participer à cette compétition. Vous dites : il faut assumer de dire que la France a des intérêts sur le continent africain, vous exhortez les chefs d'entreprises à aller se battre pour obtenir des marchés, etc.

Est-ce que finalement votre positionnement, aujourd'hui, d'humilité affichée, n'est pas une position pragmatique de dire : compte-tenu du sentiment anti-français qui monte et qu'a évoqué notre consœur gabonaise il y a quelques instants, et compte-tenu de la place prise des pays comme la Chine ou la Russie dans cette région du monde, est-ce que ce n'est pas un positionnement pragmatique de dire : la France n'est plus en mesure, aujourd'hui, d'avoir une place de choix dans cette compétition ? Alors, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, la compétition à laquelle je ne veux pas participer, c'est celle de la logique de puissance et de déploiement militaire. C'est celle-là que j'évoquais au début de mon propos, celle qui consiste à faire de l'Afrique un pré carré où, dès qu'il y a un problème, on le militarise, et au fond, être présent, c'est déployer son armée et s'ingérer.

J'assume totalement de défendre nos intérêts et de participer à l'offre éducative, agricole, etc, et d'être dans la compétition économique. Celle-ci est bonne, elle est pacifique, elle propose des opportunités économiques et offre de l'avenir aux jeunesses africaines. Ce n'est pas la même.

Donc il y a une cohérence dans ce discours et je pense que c'est d'ailleurs le fait même de toutes les puissances. Ce faisant, c'est totalement pragmatique, vous avez raison, mais parce que j'essaie d'être lucide. Il y a une déception à l'égard de la France.

Il y a une déception parce qu'on a peut-être trop laissé croire que c'était nous tous seuls qui allions régler, en totalité, la question du terrorisme sur le continent africain. Je m'honore du fait que dès 2013, nous ayons joué un rôle qu'aucun autre pays non-africain n'a jamais joué. Aucun autre !

C'est notre fierté et c'est pourquoi je me mettrai toujours en colère et m'indignerai devant les dirigeants, les journalistes, les opinions publiques qui attaquent la France sur ce sujet, parce que nos enfants sont morts en Afrique pour lutter contre le terrorisme, là-bas, mais ce n'était pas la France toute seule qui pouvait lutter contre le terrorisme sur le continent africain. Et donc là, il y a eu une déception, mais parce qu'il y a une forme de malentendu. Si les gouvernements africains ne jouent pas leur rôle, si, en quelque sorte, ils transfèrent tout à la présence militaire française, on n'y arrivera jamais.

Et on a en effet trop laissé s'installer l'idée que la France était responsable de tout. Et donc quand il y a une déception, assez logiquement, les gens reviennent vers nous, en disant : c'est de votre faute. Non, ce c'est pas de notre faute, parce que ce n'est pas chez nous.

C'est une réalité. Et donc cette humilité, c'est en effet du pragmatisme, mais c'est juste remettre les choses au bon niveau. On a une responsabilité, parfois on accepte, à la demande d'États souverains, de s'engager, parce qu'on considère que c'est notre intérêt et notre devoir, ce qu'on a fait en 2013, puisqu'on a continué, mais on n'est pas responsables de tout.

Cette logique est une logique impossible. Et donc cette déception, elle se nourrit de cela, et j'assume totalement un pragmatisme qui est aussi un discours de vérité sur ce que peut faire la France, mais ni la Chine ni la Russie ne sont allées faire ce qu'on a fait. Elles n'ont jamais fait croire qu'elles pouvaient tout régler ni n'ont fait croire qu'elles allaient régler le terrorisme.

Je pense que certains font des promesses impossibles, en matière de financement, qui vont se traduire par des catastrophes, on essaie de les prévenir, d'autres font des promesses impossibles, mais même pas au peuple, à des juntes militaires au pouvoir, pour les protéger. Après, il y a eu de la manipulation, derrière, où plusieurs des grandes puissances ont utilisé ce contexte, et donc il faut y répondre en agissant, de manière très concrète, en effet très pragmatique, en luttant contre les contrevérités, pied à pied, et en étant clairs sur les objectifs qu'on poursuit et sur ce qu'on fait. Je crois qu'on a une autre question, toujours en visioconférence.

Bonjour, [INAUDIBLE], de TV5 Monde. Monsieur le Président de la République, vous avez parlé du discours de Ouagadougou, qui a abouti à un processus de réforme du franc CFA. Vous proposez même aujourd'hui de changer le nom, d'aller plus loin.

Par contre, le Franc CFA d'Afrique Centrale n'a pas été réformé. Pensez-vous ou souhaitez-vous un processus de réformes de même nature que le franc CFA en Afrique de l'Ouest ? Et si je peux me permettre une petite question, c'est votre deuxième visite en Afrique Centrale, après le Cameroun, est-ce à dire que l'Afrique centrale est la priorité de votre second mandat, sur la politique africaine ?

Merci. Alors pour votre deuxième question, c'est une région qui traverse des crises difficiles et je pense qu'il ne faut pas les écarter, qui est face à des défis, biodiversité, climat, qui a de vraies crises sécuritaires, on l'évoquait, qui est en même temps une source d'opportunités extraordinaires et sur laquelle je m'étais moins rendu durant mon premier mandat. Donc j'assume en effet cet accent tonique, si je puis dire.

Après, j'ai souhaité me déplacer à travers tout le continent, et y compris d'aller dans des pays, même si ça peut paraître surprenant, dont aucun président de la République française n'avait foulé le sol, le Kenya, par exemple. Imaginez. Et donc je continuerai à aller partout en Afrique mais j'assume, en effet, ce point.

Sur la monnaie régionale, moi je suis totalement disponible et disposé à faire les mêmes avancées mais ça doit être l'initiative, la demande des acteurs, des autorités monétaires et des gouvernements de la région, et évidemment, ça doit avoir un objectif, qui est de renforcer l'autonomie et de maintenir la stabilité. C'est à eux de l'apprécier, de faire des propositions mais moi, j'ai toujours été au rendez-vous, en tout cas, de la disponibilité, pour ce faire. C'est ce qui avait conduit à cette réforme du franc CFA, que j'avais menée lors de mon voyage en Côte d'Ivoire, et qui nous avait permis de conduire à ces évolutions, mais il y a encore beaucoup à faire, comme je le disais, parce que derrière, il faut se saisir, maintenant, de cette ouverture, parce que le sujet est dépassionné, ce qui avait été identifié comme des points bloquants, et beaucoup de pays de la région peuvent s'en saisir.

Donc oui, pour le faire dans la région. C'est à la main, si je puis dire, des États et des autorités monétaires et financières. Merci.

Merci, nous allons prendre une question d'une dame, pour la délégation. Monsieur le Président, vous allez entamer une étape à Brazzaville, dédiée à la mémoire et à la culture. Je voudrais savoir si la question du collier du roi Makoko fera partie de vos échanges avec le président Denis Sassou-Nguesso. [INAUDIBLE], d'Afrique centrale.

Merci beaucoup. Elle peut tout à fait en faire partie. Là, je dirais aussi, c'est à sa main et comme je l'ai dit tout à l'heure, ça fait partie des sujets sur lesquels, là aussi, nous avons démontré notre ouverture, et au-delà des approches au cas par cas, où on souhaite structurer, maintenant, une politique d'ensemble.

Donc en tout cas, moi, je suis prêt à en parler. Monsieur ? Monsieur le Président, Abdelmalek Al-Arabi, TV Qatar.

Un partenariat militaire, ça se traduit comment, concrètement ? Vous avez des bases militaires, celle de Djibouti, qui est la plus ancienne dans la région. Est-ce qu'on va abandonner ce type de stratégie qui défendrait, je dirais, les intérêts militaires de la France, et comment ?

C'est-çà-dire, quelle est la stratégie à adopter pour souder et sceller des nouveaux partenariats avec l'Afrique ? Et deuxième question, par rapport au Maroc, les relations sont tendues, voire compliquées en ce moment. Votre visite, qui a été programmée normalement le mois d'avril prochain, on a appris qu'elle allait peut-être être annulée.

Avec le voisin algérien, les relations ne seront pas meilleures, malgré les améliorations récentes. Ça va très mal ! Merci.

Merci de cette petite note d'espoir ! Écoutez, d'abord, ça me permet de préciser que Djibouti n'est pas dans le cadre des opérations que j'évoquais, compte-tenu de la spécificité de cette base et du fait qu'elle est aussi plutôt, là, dans le cadre de notre stratégie indo-pacifique, et pas d'une stratégie, si je puis dire, africaine. Pour les autres, de manière très concrète, ça veut dire que les bases que nous avons, par exemple en Côte d'Ivoire, au Sénégal ou ailleurs, où vous avez plusieurs centaines de militaires, voire des milliers, eh bien on va avoir une approche pour se dire : qu'est ce qu'on veut faire ?

De quoi avez-vous besoin ? Et en fonction de cela, former davantage ou associer davantage de militaires ivoiriens là, sénégalais là, développer des bases à vocation régionale, qu'on va peut-être positionner, et nous, réduire notre emprise pour qu'il y ait une réponse, au besoin, mais comme je le disais, renforcer la formation et avoir plus de militaires du pays, voire créer des hubs régionaux, si c'est le souhait de ces pays, d'associer des partenaires dans la région. Je prends un exemple très simple : pour lutter contre l'extension du terrorisme dans le golfe de Guinée et la sous-région, il y a une initiative dite initiative d'Accra, qui est une très bonne chose.

Si on veut la structurer, il faut que ces pays de la région travaillent mieux ensemble, qu'ils développent des cultures communes, militaires. On peut tout à fait imaginer que nos bases y contribuent, en permettant, qui au Sénégal, qui en Côte d'Ivoire ou ailleurs, de proposer aux partenaires de cette initiative d'Accra, à plusieurs pays, de venir y former ou y entraîner des militaires. Ce sera à eux de nous dire, je donne un exemple, là.

La base du partenariat, c'est que la demande doit venir des pays africains. Vous me posez ensuite une question sur le Maroc et l'Algérie. Un de nos grands écrivains, qui a beaucoup écrit, plutôt sur l'Algérie que sur le Maroc, a beaucoup écrit sur Sisyphe.

J'aime à citer qu'il faut imaginer Sisyphe heureux. C'est le rôle d'un président français, quand il s'agit de la région. Écoutez, moi, j'essaie de réengager avec le plus de sincérité possible les choses, et de la même manière, c'est-à-dire de manière pragmatique, avec les sociétés civiles, dans un dialogue des deux rives, en actant que la France est sans doute le pays du monde où il y a le plus de diaspora maghrébine.

Et d'ailleurs, si le Maghreb est une réalité géopolitique, aujourd'hui, c'est sans doute en France qu'elle se précipite, beaucoup plus que dans la région, quand je vois les relations des uns avec les autres. Alors ensuite, moi ma volonté est vraiment d'avancer avec le Maroc. Sa Majesté le Roi le sait, nous avons eu plusieurs discussions.

Les relations personnelles sont amicales et le demeureront. Il y a, après, toujours des gens qui essaient de monter en épingle des péripéties, les scandales au Parlement européen, les sujets d'écoutes qui ont été révélés par la presse. Est-ce que c'est le fait du Gouvernement de la France ?

Non. Est-ce que la France a jeté de l'huile sur le feu ? Non.

Voilà. Donc il faut avancer, malgré ces polémiques, mais enfin sans en rajouter, parce que je pense que nos jeunesses, elles ont besoin qu'on bâtisse des projets et qu'on avance. Quant à l'Algérie, je sais pouvoir compter sur l'amitié et l'engagement du président Tebboune.

Nous avançons, là aussi. Il y a eu une polémique sur le retour en France d'une franco-algérienne, depuis la Tunisie, avec aussi beaucoup de choses qui ont été racontées, et un discours, en quelque sorte, qui s'est construit. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ont intérêt à ce que ce qu'on fait depuis des années maintenant avec l'Algérie ne réussisse pas.

J'ai un message très simple : je vais continuer. Ce n'est pas le premier coup de grisou, j'en ai déjà eu, mais il faut continuer, là aussi, humblement, pragmatiquement. On a fait un énorme travail sur la mémoire, on va le continuer avec nos jeunesses.

On a fait un très gros travail sur le plan économique et militaire. Pour la première fois depuis 1962, nous avons eu, en août dernier, en Algérie, une réunion avec les deux présidents, les ministres de la Défense, les chefs d'État-Major. Le chef d'État-Major algérien est venu pour la première fois, depuis 62, à Paris.

Ce sont des signes. Il y a une jeunesse qui veut, en France comme en Algérie, qu'on fasse davantage sur la culture, sur le sport, sur l'économie, qui veut des échanges universitaires renforcés, etc. C'est vers ça qu'on va.

Et puis après, sur la question des mobilités, j'ai souhaité qu'on avance. La ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a confié une mission sur la question des visas, pour qu'on ait une politique plus claire, plus forte, parce que je pense qu'il faut assumer un discours sur ces sujets-là, de lutte contre l'immigration clandestine et de responsabilité, mais il ne faut pas que ça impacte les étudiants, les artistes, les familles, qui ont leurs destins partagés. Donc on doit mieux s'organiser.

On va avancer. La période n'est pas la meilleure mais ça ne m'arrêtera pas. Merci à toutes et à tous.

Nous arrivons au terme de cette conférence de presse. Merci beaucoup Mesdames et Messieurs et merci pour toutes celles et ceux qui continueront avec moi en Afrique. Et merci à Libreville, et je crois qu'il y a aussi Luanda, Kinshasa et Brazzaville qui sont avec nous.

Merci beaucoup.