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interviewC à vous (sur YouTube)· 15 mai 2026 17 min

Laurent Nuñez : nouvelle fusillade à Nantes sur fond de narcotrafic

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

"narchomicides". Un mot trompeur, qui laisserait penser que les narcotrafiquants se tuent entre eux. C'est faux. - M.Bouhafsi: L.Nunez, vous êtes ministre de l'Intérieur. 6 victimes depuis lundi, à Nice, Lyon et Nantes...

Hier soir, c'est un adolescent de 15 ans qui a perdu la vie, rafalé à l'aveugle par 2 individus cagoulés. 2 autres garçons de 13 et 14 ans ont été hospitalisés. Dans quel état sont-ils? - L.Nunez: Il y a un jeune qui a été tué hier.

Je suis évidemment allé à Nantes. J'ai pu percevoir l'émotion des habitants du quartier en question. Une émotion qui était celle aussi des forces de l'ordre, qui sont intervenues hier, et aussi la mienne, celle de la maire de Nantes...

C'est toujours très émouvant de se retrouver comme ça devant une famille qui a perdu un enfant à 15 ans, ce qui est extrêmement jeune. Et on a 2 autres blessés de 13 et 14 ans. L'un était dans un état très grave.

Aujourd'hui, la vice-procureure a pu nous annoncer que ses jours ne sont plus en danger. Mais on avait une personne tuée et 2 personnes gravement blessées. - M.Bouhafsi: Ce sont les innocents les victimes de ces attaques.

Vous comprenez l'émoi et le choc pour les Français? - L.Nunez: Bien sûr, je comprends parfaitement.

A Décines, un incendie, probablement volontaire, probablement lié au trafic de stups...

Il y a une enquête en cours. 3 personnes sont tuées, qui n'avaient rien à voir avec le trafic de stupéfiants. A Nice, on a un règlement de comptes sur un secteur que les policiers pilonnent.

Il y avait 12 points de deal aux Moulins, il n'y en a plus que 2, mais il y a toujours une guerre pour se réapproprier les territoires, des règlements de comptes. Et à Nantes, c'est un point de deal qui fait l'objet de beaucoup de convoitises et il y a cette fusillade. Je comprends parfaitement l'émotion des gens.

Ma carrière fait que je me suis retrouvé le soir sur des lieux de fusillade, de règlement de comptes, avec des corps de gamins au sol, blessés par des impacts de kalachnikov...

J'ai toujours beaucoup d'émotion. Je suis père de famille aussi. Mais ça n'entame en rien ma détermination et ma sérénité, quelque part, surtout ma grande détermination à lutter contre ce trafic. - M.Bouhafsi: Vous avez dit ce matin que vous alliez les pourchasser.

Qu'est-ce que ça veut dire? - L.Nunez: Que ces actions ne nous conduisent pas à faiblir, au contraire.

Ca ne fait que renforcer notre détermination à éradiquer les trafics. Depuis 2017, le nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants a augmenté de manière considérable. On en avait 44 000, on en a 56 600.

Chaque année, on démantèle des réseaux, on fait diminuer le nombre de points de deal... - Y.Goosz: Vous avez des chiffres sur les points de deal qui se réduisent? - L.Nunez: Il y en avait plus de 4000 à l'été 2020, quand G.Darmanin était ministre de l'Intérieur et que J.Castex lance la politique d'éradication des points de deal.

On est à un peu moins de 2700. - A.Bégot: Malgré tout, il y a des innocents qui tombent.

On en a l'illustration cette semaine. On ne se sent pas en sécurité. - L.Nunez: Ce qui est très perturbant sur les dernières actions, et les 3 dernières, manifestement, en font partie...

On est de plus en plus confrontés à des narchomicides, c'est le nouveau nom qui est donné, mais qui ne visent pas que des malfaiteurs entre eux. On a aussi des victimes collatérales. Malheureusement, il y a aussi des victimes collatérales.

Dans ces affaires, on peut penser que c'est aussi le cas. C'est totalement dramatique. On a toujours ce travail des forces de l'ordre qui fragilise les points de deal, qui les rend vulnérables.

Mais il y a des guerres de territoire qui se règlent de plus en plus à l'arme lourde, en ayant recours à des tueurs qui sont souvent des personnes chevronnées, recrutées pour quelques centaines ou quelques milliers d'euros. - A.Bégot: Et ça ne doit pas vous arrêter? - L.Nunez: Au contraire, ça renforce notre motivation.

On ne lâche rien contre le trafic. J'entends dire les uns et les autres que l'Etat ne fait rien, qu'il est dépassé...

On n'est pas dépassés. On va continuer le travail. La guerre est loin d'être gagnée, mais on gagne des batailles. - M.Bouhafsi: Une fusillade à Nice, un paillassonnage à Décines, c'est-à-dire qu'on met le feu à un paillasson...

Le but, c'est de gagner les territoires et de terroriser les populations civiles? - L.Nunez: Depuis le début de l'année, dans la région lyonnaise, on enregistre un peu moins de 70 actes de cette nature.

Ce sont des actes d'intimidation. Soit on va tirer sur une façade, une porte d'appartement, soit on va mettre le feu devant un appartement pour intimider un adversaire, quelqu'un dont on veut reprendre le point de deal. Souvent, c'est chez ses proches.

C'est ce qui se passe depuis le début de l'année sur la région lyonnaise. C'est un phénomène qui monte en puissance, ces actes d'intimidation. Ca s'est terminé par 3 morts.

Ce sont des actes très graves et qui correspondent à des guerres de territoire entre trafiquants. - M.Bouhafsi: Ca veut dire qu'il y a des zones de non-droit, aujourd'hui, en France?

Vous les entendez, ces propos de l'extrême droite aujourd'hui... - L.Nunez: Il n'y a pas de zone de non-droit.

Les policiers et les gendarmes rentrent partout. Ils luttent partout contre le trafic de stupéfiants. Je comprends la détresse des habitants dans certains territoires.

Je l'ai encore vue ce matin à Nantes. J'ai discuté avec certaines personnes. Je comprends leur détresse, mais nous allons partout pour éradiquer les trafiquants.

Partout, on met des dispositifs de sécurisation en place. Partout! - M.Bouhafsi: Vous avez quels moyens pour répondre à ça?

On sait que la situation économique du pays est compliquée. - L.Nunez: Les moyens sont de plusieurs natures.

Vous avez des moyens de sécurisation de la voie publique, une présence des forces de l'ordre pouvant empêcher qu'un point de deal démantelé se réimplante. Le plus important en matière de stupéfiants, ce sont les investigations judiciaires qui permettent de démanteler un réseau de la tête aux pieds. Sinon, ça n'a pas de sens.

Ca, ce sont les enquêteurs, dont le Premier ministre et le président de la République ont souhaité renforcer le nombre. Dans le projet de loi de finances pour 2026, nous avons 700 emplois supplémentaires, dont 400 qui vont aller sur un autre fléau: les violences intrafamiliales. 300 vont aller sur la criminalité organisée.

Il y en a d'ailleurs 6 qui sont fléchés sur Nantes et qui vont nous permettre de créer une antenne de lutte contre les trafics de stupéfiants à Nantes. Ce sont plusieurs milliers d'enquêteurs qui travaillent en judiciaire pour lutter contre le trafic de stupéfiants. - M.Bouhafsi: Vous avez entendu, juste avant votre entrée en plateau, une femme qui disait: "Je n'en peux plus.

Je veux déménager." On dit quoi à ces gens-là ce soir? - L.Nunez: Qu'on va continuer à se battre contre le trafic de stupéfiants.

Je comprends les personnes qui veulent déménager, mais le trafic de stupéfiants n'est pas une fatalité. A Saint-Ouen, il y a eu un engagement fort de la préfecture de police, des forces judiciaires, du maire qui s'est engagé. Il y avait 7 points de deal, il n'y en a plus.

Il y a des quartiers à Villeurbanne où on a débarrassé les populations des trafics de stupéfiants. Ca s'est fait aussi dans de nombreux quartiers de Marseille. Nous sommes là pour éradiquer le trafic et nous allons le faire.

Bien sûr, c'est long, compliqué, mais on ne peut pas dire que nous sommes dépassés et que nous ne faisons rien. Nous sommes extrêmement actifs. D'ailleurs, le Premier ministre et le président de la République tiennent régulièrement des réunions sur ces sujets.

J'ai rendu compte de mon déplacement au président de la République. Il va prochainement réunir le comité interministériel de lutte contre la criminalité organisée, qui réunit tous les ministères. Ce n'est pas que le sujet du ministre de l'Intérieur.

Il est chef de file, en 1re ligne, mais le Premier ministre coordonne tous les ministres. - Y.Goosz: Il y a déjà eu 4 réunions à l'Elysée autour de cette guerre contre la criminalité organisée.

Quelle différence avec ce qui se fait déjà? Qu'est-ce que ce comité interministériel va ajouter? - L.Nunez: C'est un comité qui réunit tous les ministres, peut-être pas suffisamment...

Il y a le ministre des Comptes publics, l'administration des douanes, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, qui travaillent sur l'importation des pays qui arrive en majorité de l'étranger...

Ils arrivent du Maghreb, mais aussi beaucoup d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud. Le Premier ministre dirige la manoeuvre et donne des instructions. - M.Bouhafsi: Vous allez vous réunir quand? - L.Nunez: Sous peu. - E.Eméyé: Il faut aller loin, peut-être vers le ministre de l'Education, mais il y a un phénomène inquiétant qui émerge ces derniers temps: les trafiquants n'hésitent pas à louer les services de jeunes mineurs pour les règlements de comptes.

Près de 50 adolescents sont mis en examen à Marseille pour des meurtres et des tentatives de meurtre, notamment commandités par des narcotrafiquants. L'argent proposé est un des facteurs de leur basculement dans la grande criminalité. Que peut-on faire contre ça? - L.Nunez: L'inquiétude de l'implication des mineurs dans le trafic de stupéfiants, on la partage totalement.

Dans les mis en cause, les mineurs, c'est 18 %. C'est assez important. C'est en augmentation.

En valeur absolue, c'est le chiffre que vous donniez tout à l'heure, c'est environ 10 000 mis en cause parmi l'ensemble des trafiquants mis en cause. Ce sont des mineurs. - E.Eméyé: Et souvent de plus en plus jeunes... - L.Nunez: Les mis en cause en 2025, c'est un peu plus de 55 000.

C'est une proportion importante et qui augmente. Dans les trafics, mais aussi dans les auteurs d'homicides. La proportion de mineurs est en augmentation.

C'est une vraie inquiétude. Toute la société doit s'interroger. Ce n'est pas que le problème du ministre de l'Intérieur et de la police.

On a vu à Marseille un auteur de 14 ans...

Ca peut être des mineurs ou de très jeunes majeurs. Plus d'un tiers des auteurs ont moins de 20 ans. Qu'est-ce qui fait que ces jeunes vont préférer toucher quelques milliers d'euros pour aller tuer quelqu'un plutôt que de suivre un cursus scolaire et de rester intégrés dans la société?

On a là un vrai sujet de prévention et d'éducation, évidemment. - Y.Goosz: Il n'y a pas que les habitants qui réagissent, il y a aussi les élus.

Le nouveau maire de Nice, E.Ciotti, notamment. - E.Ciotti: J'appelle à une réaction puissante.

C'est une guerre, dont il s'agit. Pour gagner une guerre, il faut utiliser des armes de guerre. Des armes au 1er sens du terme, juridiques, judiciaires, pénales. - Y.Goosz: Ca peut fonctionner, ça, des armes de guerre pour lutter contre le narcotrafic? - L.Nunez: Oui...

Je vais me rendre à Nice à la fin du mois. Je vais aussi recevoir la maire de Décines. Quand il parle d'utiliser des armes judiciaires et juridiques, nous les avons.

Nous avons le dernier étage de la fusée, la loi narcotrafic, qui permet aux préfets de fermer un certain nombre de commerces, de prononcer des interdictions. On a aussi augmenté le nombre de procédures judiciaires, le gel des avoirs, on a revu le statut des repentis. Ces armes-là, nous les avons.

E.Ciotti appelle à mettre en place des armes dont nous disposons déjà. Les armes de guerre ensuite, c'est autre chose.

Il faut raison garder. Les policiers et les gendarmes savent faire leur travail avec beaucoup de proportionnalité. Ca ne se fait que dans le cadre de procédures judiciaires qui permettent de confondre et de faire condamner les auteurs.

Pour les personnes dont on peut démontrer qu'elles dirigent les trafics, les condamnations de la justice sont à la hauteur. On ne peut pas avoir des armes de guerre dans les quartiers. L'étape d'après, c'est quoi?

On engage l'armée, comme ça a été parfois demandé? - Y.Goosz: Vous dites non, à ça? - L.Nunez: Non.

On a des armes juridiques, budgétaires. On a des moyens humains qu'on ne cesse de renforcer depuis 2017. Et maintenant, on touche de nouveau des effectifs judiciaires supplémentaires.

Bien sûr, il faut continuer cet effort, mais nous allons le poursuivre. On ne lâchera pas le terrain contre le trafic de stupéfiants. - M.Bouhafsi: Lundi prochain, vous présentez au Sénat le projet de loi Ripost.

En quoi ça va contribuer à la lutte contre les trafiquants? - L.Nunez: C'est un projet qui vise plutôt la sécurité du quotidien.

On vise à durcir les sanctions appliquées en matière pénale ou en matière administrative pour lutter contre des fléaux de délinquance comme la consommation de protoxyde d'azote, les rave parties, les tirs de mortier contre les fonctionnaires de police, les rodéos...

On durcit certaines sanctions, soit parce que les phénomènes se développent, soit parce qu'ils n'existaient pas, comme le protoxyde d'azote. Le 2e volet de cette loi, c'est de renforcer les moyens à disposition des forces de sécurité intérieure. Certaines vont concerner aussi la lutte contre la criminalité organisée.

On prévoit de développer la vidéo assistée, de renforcer l'utilisation des lecteurs de plaques pour les véhicules, de pouvoir conserver plus longtemps les données, d'utiliser des traitements automatisés...

Tout un tas de mesures qui vont faire qu'on sera encore mieux armés pour lutter. - A.Bégot: Vous évoquiez les rave parties.

La loi Ripost vise à faire de l'organisation de ce type d'événement un nouveau délit, puni de 2 ans de prison et jusqu'à 30 000 euros d'amende. Les adeptes de ces fêtes, et on les a encore vus en Lozère hier...

Ils ont en grande partie quitté les lieux à cause du froid et de la neige. Les adeptes de ces fêtes dénoncent une diabolisation. Qu'avez-vous envie de leur répondre ce soir? - L.Nunez: Pour organiser des fêtes, il y a un cadre légal.

On doit déclarer en préfecture la manifestation qu'on veut organiser, se mettre d'accord avec le préfet local sur le terrain, qui doit être aménagé. Vous ne pouvez pas réunir plusieurs dizaines de milliers de personnes sur un site sans être certain des conditions de sécurité, des conditions sanitaires, sans qu'il y ait des secouristes. Il y a un cadre légal dès que vous dépassez 500 personnes.

La plupart ne déclarent pas et préfèrent s'installer où bon leur semble. C'est ce qui s'est passé dans le Cher, où ils se sont même installés sur un terrain militaire normalement interdit d'accès. Les rave parties qui devaient se tenir ce week-end, on comprend qu'il y en a une où la présence des forces de l'ordre...

Car je déploie des effectifs sur le territoire national. Avec un week-end de 4 jours, on pouvait se douter qu'ils allaient tenter d'organiser une rave party. Pour le reste de la France, ils ont renoncé.

Je crois que celle de Lozère va se terminer car elle est encadrée par un dispositif de gendarmerie important. On constate que ces personnes s'installent. Ce n'est que contraventionnel, pour l'instant,