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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 15 août 2024 56 minAutoproduitMixte

Pourquoi la lune et l’espace sont redevenus tendance ?

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Présentateur

France Inter Bonjour à tous, il est midi sur France Inter et si les ventres commencent à gargouiller, les méninges ne sont pas en reste. Et pour cela, le débat de midi, n'hésite pas à dresser la table, le sujet fait l'époque, forcément ça nous intéresse et on en parle jusqu'à 13h. Aujourd'hui d'ailleurs, mieux vaut avoir l'estomac bien accroché car nous partons dans l'espace. Un instant délaissé, la course aux étoiles attire de nouveau des acteurs classiques comme les Russes, les Américains et nous bien sûr. Thomas Pesquet est devenu notre meilleur copain, une version sur patte du gars sympa qui en plus est allé dans l'espace pour... Mais qu'est-ce qu'il a fait déjà là-haut ?

Oh bon, on ne sait plus trop mais en tout cas, ses photos depuis la station spatiale étaient vraiment super. Alors aujourd'hui, chaque nation semble vouloir écrire son récit spatial comme si être présent là-haut assurait notre puissance sur Terre. Voilà pourquoi peut-être l'Inde, le Japon, les Émirats arabes unis et surtout, surtout, la Chine se sont lancés dans cette nouvelle course à l'espace en concurrence désormais avec des entreprises privées. Comme SpaceX, Elon Musk, alors encore plus branché, sorte de carré VIP spatial, la conquête de la Lune. Notre satellite naturel est lui aussi redevenu une zone de conquête.

Chine comme Américain veut y renvoyer des hommes, fouler le sol alors qu'en février dernier, pour la première fois, le robot d'une société privée s'est posé sur notre satellite naturel. Pourquoi cet engouement est-ce seulement une nouvelle étoffe des héros où l'avenir de notre monde se trouve aussi dans l'espace ? Comment se partager les gains de l'ultime frontière, notamment des métaux les plus précieux ? À quand une zone pavillonnaire sera face cachée de la Lune ? On en parle dans le débat de midi vers l'infini et l'au-delà. C'est parti jusqu'à 13h sur France Inter. Et pour en parler, nous avons invité autour de la table du débat de midi, Raphaël Chevrier. Bonjour. Bonjour.

Vous êtes auteur du livre « Les saccageurs de l'espace » publié chez Boucher-Chastel. Vous êtes docteur en physique, vous travaillez pour MySpace. Alors qu'est-ce que c'est avec MySpace ?

2:16
Invité

Alors MySpace, c'est une nouvelle entreprise qui a deux ans d'existence et qui développe le premier lanceur réutilisable en Europe. C'est-à-dire que ça implique le réatterrissage du premier étage sur une barge en mer.

2:26
Présentateur

D'accord. Alors c'est un petit peu la fusée SpaceX d'Elon Musk. C'est ça, elle est réutilisable un peu. Alors c'est les mêmes mécanismes pour des raisons un peu différentes. Oui, bien sûr. On va en parler d'ailleurs. Jacques Arnoux, bonjour. Bonjour. Vous êtes chargé des questions éthiques au Centre National d'Études Spatiales. Vous êtes aussi historien des sciences. On va bien sûr en parler avec vous. Philippe Hénard-Réjouse, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste scientifique, rédacteur en chef du magazine Ciel et Espace. Et Stéphanie Lizy Destré, bonjour. Bonjour. Alors vous êtes en duplex grâce aux moyens de France Bleu Occitanie.

Vous êtes enseigneuse, chercheuse en conception des systèmes spatiaux à l'ISAE Supaéro. Alors qu'est-ce que c'est que tous ces mots que je viens de prononcer que je ne comprends pas ? L'ISAE Supaéro, c'est quoi ?

3:09
Invité

Alors l'ISAE Supaéro, c'est une école d'ingénieurs de Toulouse. Qui est une école d'ingénieurs généralistes, mais qui a la spécialité de l'aéronautique et du spatial.

3:20
Présentateur

D'accord. Et vous dirigez aussi le SACLAB, un laboratoire de recherche sur les systèmes spatiaux du futur. Et rappelons, c'est assez chic de le savoir, puisque vous êtes la seule, normalement là, à être élu à l'Académie de l'Air et de l'Espace. Je ne crois pas que c'est le cas de personnes autour. Voilà, en tout cas, voilà. Voilà, donc vous êtes bien sûr là, bienvenue dans cette émission. Alors juste au départ, on a l'impression, Philippe et Narajos, qu'on parle plus d'espace qu'avant. Car à un moment, on avait presque oublié que ça existait. Pourquoi d'un coup, il y a un engouement comme ça pour l'espace ?

3:50
Invité

Je pense qu'on parle un peu plus d'espace en ce moment, parce qu'il y a un programme phare aux Etats-Unis qui est en train de voir le jour, qui est le programme Artemis, et qui est un programme de retour d'astronautes sur la Lune. Alors, il ne se fait pas au même rythme que le programme Apollo à l'époque, en les années 60. Et en même temps, ce programme a un concurrent qui est un programme similaire chinois, qui n'a pas de nom, et qui relance un petit peu une compétition entre Amérique et Chine, cette fois, non pas entre Amérique et Russie, autour de la Lune, avec des perspectives d'exploration qui peuvent enthousiasmer le grand public.

On pourrait y revenir, comme ça avait été le cas à l'époque d'Apollo, mais le soufflet était retombé assez vite aussi.

4:38
Présentateur

Voilà, Apollo, rappelons, c'est en effet ce programme qui a amené des hommes sur la Lune. Juste un mot, Philippe et Narijos, on a une idée de la date, on parle de 2026 pour un équipage sur la Lune, est-ce qu'on est là-dessus ?

4:50
Invité

Non, c'est la date officielle, on va dire, mais honnêtement, personne n'y croit. Ah d'accord. Il y aura évidemment des retards dans le programme Artemis, je suis prêt à le parier là, à l'antenne. D'accord, on retient, on retient. Vous vous réinviterez. Bien sûr, on a les bonnes, bien qu'il n'y a pas. Mais avant la fin de la décennie, voire 2030, je pense que ça ne se fera pas. Par contre, la Chine annonce un astronaute ou des astronautes chinois sur la Lune avant 2030, c'est-à-dire en 2029. Ça, je ne sais pas si c'est réaliste, mais pour l'instant, la Chine a toujours tenu son calendrier dans la domaine spatiale. Donc on verra.

5:30
Présentateur

En effet, des cosmonautes ou astro-chinois qu'on appelle, je crois, des taïkonautes, c'est ça, pour la Chine. Jacques Arnoux, est-ce qu'il y avait aussi cette idée, quand on le voit, ce que nous racontent Philippe Hénarijo sur ce retour sur la Lune, l'idée de réinventer aussi un récit spatial ? Parce que c'est très bien de lancer des satellites, mais l'espace a fait rêver beaucoup de gens, faisait peut-être moins rêver actuellement parce qu'il y avait moins d'envie de conquête, peut-être de récits.

5:57
Invité

Votre question est adressante, parce que dans le même temps, les agences spatiales, dont l'agence spatiale européenne, mais aussi le CNES, nous sommes en train d'essayer de réécrire un récit pour accompagner justement le retour sur la Lune. Donc on peut aussi tourner votre question dans l'autre sens. Non, il semblerait quand même que la décision des Américains de retourner enfin sur la Lune, ce n'est pas la première fois qu'ils essaient de faire le coup, puisque George W. Bush, en 2004, avait déjà tenté de se relancer politiquement avec un retour des Américains sur la Lune. Mais tout le monde a en tête, je crois, cette image de Kennedy dans le stade de Rice University.

J'y étais il y a quelques semaines, c'est vrai que vous arriviez là, vous dites, voilà cet homme-là qui était dans cette chaleur du Texas, qui donne ce discours, qui va être assassiné quelques mois plus tard, et que l'on va suivre, on va suivre son discours jusqu'à la fin de la décennie, parce que le président l'a dit. Et tout le monde aimerait avoir la même chose, tous les présidents voudraient la même chose.

6:53
Présentateur

C'est le discours où il annonce qu'un équipage...

6:55
Invité

Ce n'est pas son annonce, c'est la seconde fois où il va s'adresser à la nation, pour dire, voilà, j'ai décidé, nous avons décidé ça l'année dernière, je confirme que nous allons aller sur la Lune, et puis il est à Houston, où on est en train d'élaborer justement ce programme. Donc là, cette fois-ci, ce n'est plus un discours devant le Congrès, c'est du concret. D'accord. Et donc, je pense qu'il y a une espèce de rêve du politique en général, en se disant, mais nous avons tellement besoin d'avoir l'assentiment d'une société, qu'il faut créer ce récit, et c'est vrai que d'une certaine manière, l'espace semble faire rêver.

Alors, on essaye ça en 2004, George Bush essaye de le faire, ça ne marche pas parce qu'Obama arrive derrière et dit, on arrête, et puis on réessaye dix ans plus tard. Alors, il y a des raisons tout à fait objectives de dire, tentons de retourner sur la Lune, parce qu'il y a encore tant de choses à faire. La question maintenant, c'est, il faut quand même, il y a tant de choses, mais quoi ?

7:46
Présentateur

C'est ça, voilà.

7:47
Invité

Il faut rentrer dans le menu.

7:48
Présentateur

On va en parler dans un instant. Stéphanie, Lizzie, Détré, c'est vrai que ce récit nous manquait peut-être. Alors, il est vrai que c'est un peu factice, on va dire, parce que dans les années 60, il y avait cette rivalité entre soviétiques et américains. On nous a offert ce récit filmé en direct. On imagine qu'un retour sur la Lune sera filmé en direct, avec des moyens encore plus considérables, bien sûr, qu'à l'époque. Mais on a besoin de cet imaginaire aussi.

8:14
Invité

Je voudrais d'abord compléter, parce qu'effectivement, il y a le programme Artemis et la rivalité avec le programme chinois qui est un moteur, et vraiment pour tous les projets d'exploration. Mais on est aussi dans une période où le New Space, c'est-à-dire l'avènement des nouvelles entreprises, des nouvelles technologies du spatial, viennent bouleverser la structure du secteur spatial. Et avec des nouveaux entrants, des gens qui arrivent avec des méthodes différentes, des approches différentes, avec des projets différents, qui fait qu'aussi, on a une économie qui est florissante dans le domaine spatial, avec des applications terrestres, des services qui se multiplient.

Donc, tout ça fait que le secteur est très, très dynamique.

8:59
Présentateur

Oui. Alors, un mot aussi, Raphaël Chevrier, sur aussi cet engouement de la part du public, il faut bien le dire. On voit même la NASA qui a créé son site de streaming, qui s'appelle NASA+, comme Disney+. Alors, celui-là est gratuit, par contre, la NASA. Quand on va sur YouTube, on voit des lancements de satellites que l'on peut suivre avec un public qui le suit, que ce soit d'ailleurs européen ou américain. Il y a quand même, peut-être même une meilleure manière de communiquer aussi, peut-être de la part des agences spatiales, non ?

9:26
Invité

Oui, c'est sûr que l'image a pris beaucoup de place dans ce type d'activité. Voilà, ça génère. Moi, à chaque fois que j'assiste à un lancement spatial, et que j'en regarde, c'est cette sorte de fascination dans le génie humain, dans le fait de... Et puis, à chaque fois qu'on traverse les frontières de l'espace, c'est un peu ce qu'on ressent aussi. Enfin, là, on vient de sortir de la période des JO, où finalement, toutes les nations se rassemblent, et puis ça nous renvoie à une sorte de destin commun, à une condition commune, à un langage universel. Et moi, c'est ce que je ressens à chaque fois que je vois un lancement spatial.

Donc ça, c'est un moteur extrêmement puissant pour le public, qui aussi, dans nos sociétés traversées par des tensions à répétition, a besoin parfois de s'évader. C'est vrai que le spatial est aussi devenu, finalement, assez terre à terre. C'est-à-dire que l'espace et les satellites, les lancements sont devenus quasiment quotidiens, et puis les satellites nous délivrent des applications qu'on utilise tous les jours. On ne se rend pas compte, parfois. Un Européen, par exemple, utilise une cinquantaine de satellites par jour, sans le savoir, pour communiquer, pour se déplacer, pour prédire la météo, pour synchroniser les réseaux bancaires ou d'énergie.

Donc on utilise l'espace, on est totalement dépendant des satellites dans notre quotidien. Et oui, il y a une nouvelle économie qui émerge, portée par une baisse des coûts d'accès à l'espace, apportée par de nouveaux acteurs, effectivement, les acteurs du New Space. Il y a des investissements qui sont absolument démultipliés aujourd'hui dans l'économie spatiale. Les investissements privés sont passés de 1 milliard en 2010 à 12 milliards aujourd'hui, et vont sans doute dépasser les 20 milliards en 2030. Ah oui, en effet.

Alors, pour faire des applications utiles pour notre quotidien, parfois un tout petit peu moins utile, mais il y a effectivement, aujourd'hui, les entrepreneurs peuvent se permettre de rêver, de faire du business dans l'espace, ce qui n'avait pas lieu avant.

11:21
Présentateur

Un dernier mot, Jacques Arnoux, sur ce que vous parliez tout à l'heure aussi, de ce récit que vous êtes en train de réinventer, d'écrire au CNES, Centre National d'Études Spatiales. Est-ce que, finalement, on a beaucoup parlé de Thomas Pesquet, qui est un personnage devenu très populaire en France, véritablement, qui a même suscité des vocations. Est-ce que ça a servi vraiment à quelque chose qu'il y a dans la Station Spatiale Internationale ? Parce que, est-ce que, quand on parle d'espace, est-ce que de voir des gens dans une Station Spatiale faire des expériences, c'est aussi enthousiasmant que quand on parle de conquête spatiale ?

Vous voyez, le terme conquête spatiale, est-ce qu'il est encore dans les esprits de chacun ?

11:55
Invité

Alors, le terme de conquête, aujourd'hui, est très controversé, y compris dans la communauté spatiale. Il est, pour certains, de très mauvais ton de l'utiliser. D'accord. Donc, il y a un petit débat que je trouve intéressant. Pour ma part, histoire de mettre un peu d'huile sur le feu, je défends l'utilisation du terme de conquête. Alors, évidemment, je comprends très bien pourquoi nous pouvons refuser ce terme-là, parce qu'il y a tout l'aspect, surtout pour nos pays, de colonisation, d'expropriation, d'abus, de pouvoir, etc.

Donc, tout ça, évidemment, nous aimerions bien que ça change, mais rien n'est évident que ça change dans l'avenir et dans l'espace, quand on voit, justement, un certain nombre d'acteurs, anciens ou nouveaux. Moi, ce qui me semble important, à travers le terme de conquête, c'est que l'espace n'est pas seulement un lieu qu'il faudrait ou préserver, ou s'approprier, tout ça, ce sont des questions que nous aborderons peut-être, mais c'est aussi un lieu qui est extrêmement exigeant, dans lequel nous avons déjà appris beaucoup de choses et nous avons encore beaucoup de choses à apprendre. Donc, conquérir aussi des connaissances. La conquête, ce n'est pas seulement du territoire.

Et dans ce sens-là, pour répondre à votre question, je ne suis pas capable de faire le bilan et d'afficher tout ce que nous avons appris dans la Station Spatiale Internationale, mais nous savons bien que dès lors que nous mettons des êtres humains ou des expériences dans une situation un peu particulière, ce qui est le cas de la Station Spatiale Internationale, nous apprenons et nous avons appris beaucoup de choses, déjà sur le corps humain et sur la manière dont nous nous comportons comme êtres humains. Ce qui, ramené ensuite à la Terre, nous apporte énormément d'informations.

Alors, évidemment, je sais bien qu'il y a un nombre de critiques en disant, mais en fait, on nous explique que la Station Spatiale, c'est pour en savoir plus sur les hommes et les femmes qui vont dans l'espace. Et à un moment donné, on tourne un peu en rond. C'est vrai, mais ne n'oublions pas que nous avons appris énormément de choses sur l'humain. Après, est-ce que ça justifie le budget énorme et pharaonique qui est celui de l'ISS ? Bon, je dirais, le jour où on va la ramener sur Terre, on pourra à ce moment-là faire un bilan. Avant, c'est assez compliqué. On le sait, le budget, vous m'avez dit, c'est combien ? Non, non, jusque pas, ce sont des milliards. Des milliards.

Mais nous ferons le bilan final quand l'ISS ne fonctionnera plus, évidemment.

14:01
Présentateur

Philippe Énergeot, c'est intéressant ce que disait Jacques Arnoux, conquête spatiale ou alors exploration ? C'est mieux aujourd'hui d'exploration ?

14:09
Invité

Moi, je préfère exploration. Oui, d'accord. Je préfère exploration parce que l'exploration, c'est aller voir là où on n'a jamais été, et c'est apprendre des choses, et c'est apprendre des choses sur ailleurs. Et quand on va ailleurs, en général, on revient. L'exploration, ce n'est pas aller s'installer, ce n'est pas coloniser. Et quand on revient, on voit la maison différemment. C'est ce qui s'est passé dans l'exploration Apollo. Les astronautes qui sont allés autour de la Lune ou sur la Lune sont allés là-bas pour explorer la Lune, un nouveau monde, et ils ont découvert la Terre, en fait. Et ça change le regard qu'on a sur notre propre maison.

La Terre vue de la Lune, vous pouvez la masquer avec la main, même avec le doigt. Et si vous vous éloignez encore plus, vous allez voir que c'est une poussière dans l'Univers. Et tout ça fait relativiser. Ça fait aussi prendre conscience de l'importance du vaisseau spatial qu'est la Terre, puisque nous sommes un vaisseau spatial. Un des premiers à l'avoir dit, c'était Neil Armstrong, avant qu'il allait sur la Lune. On lui avait demandé qu'est-ce qui était important pour vous d'aller sur la Lune.

Il avait dit, ce qui était important, c'est que les collègues qui sont déjà allés autour de la Lune, avant moi, ont vu la Terre et ils voient une chose qui est toute fine à la surface, c'est l'atmosphère. On ne peut même pas en voir l'épaisseur. Et toute la vie se retrouve là. Et c'est un vaisseau spatial sur lequel nous sommes, pas à l'intérieur, mais à l'extérieur, et protégé par l'atmosphère, donc il faut en prendre soin. Il disait ça en juin 1969. Donc vous voyez, l'exploration, c'est apprendre sur l'environnement qui nous entoure, qui peut être lointain dans l'espace. Et je trouve ça fascinant parce qu'on apprend énormément de choses sur l'univers.

Et ça nous remet à notre place, à la place qui est la nôtre. Et ça nous fait prendre conscience de l'importance de notre maison.

15:52
Présentateur

Et c'est amusant parce que vous utilisez le terme collègues. C'est vrai que ça reste des collègues de travail. Et ça paraît quand même un travail assez incroyable, en effet, puisque très peu de gens sont allés dans l'espace. Alors tout à l'heure, Stéphanie Lisée-Détré, vous avez commencé à parler de ces nouveaux acteurs de l'espace. Alors avant de parler de ces acteurs, nouveaux acteurs privés, il y a aussi ces nouveaux acteurs étatiques. Et il y en a un, quand on a préparé l'émission, qui nous a particulièrement surpris. C'est celui-ci, et notamment, qui avait fait l'objet, bien sûr, d'une brève et de nombreux articles sur France Inter.

16:24
Invité

Mission réussie pour la sonde Emirati Hope, qui s'est mise en orbite autour de Mars, comme prévu. C'est la première mission spatiale arabe visant la planète rouge.

16:34
Présentateur

Alors voilà, Stéphanie Lisée-Détré, que les Etats-Unis, l'Europe, la Russie, voire même la Chine, lancent en effet des objets dans l'espace, ou alors des femmes et des hommes. Ça, ça paraît presque normal. Mais les Émirats Arabes Unis, ça peut paraître quand même assez incroyable, et de se dire qu'en effet, maintenant, tout le monde veut aller dans l'espace.

16:57
Invité

Complètement. Alors l'exemple, effectivement, de la mission Hope, elle est vraiment révélatrice de la dynamique que l'on observe actuellement. Et pour faire suite aux échanges que vous avez eus précédemment, moi, au lieu de conquête, à exploration, j'aime bien contrebalancer avec le mot exploitation.

17:14
Locuteur non identifié

D'accord.

17:15
Invité

L'exploitation de l'espace, de ses ressources. Ce qui a été dit tout à l'heure, la Terre, c'est un vaisseau à ressources finies, et aller dans l'espace nous permet de le comprendre. Et justement, la mission Hope des Émirats, elle est bien dans cette dynamique-là, d'apprendre, dans l'espace, on n'y va pas après pas, mais la vision lointaine, c'est exploiter les ressources de l'espace. Donc ça, c'est une de leurs très grandes expertises, puisque avec l'exploitation des sols, du pétrole, ces États-là ont fait leur richesse, et on sait que ce sont des ressources qui tendent à disparaître. Donc pourquoi pas se tourner vers l'espace, vers d'autres...

Il y a l'exploration, les connaissances, comme ça a été présenté précédemment, mais il y a aussi cette question des ressources que l'on peut trouver sur la Lune, sur Mars, les astéroïdes, et donc il faut apprendre à aller vers eux, pas à pas, pour pouvoir un jour imaginer les exploiter.

18:19
Présentateur

Ce qui paraît assez étonnant aussi, Raphaël Chevrier, avec les Émirats Arabes Unis, c'est actuellement, d'ailleurs si vous êtes parisiens, peut-être l'avez-vous remarqué, c'est dans le métro parisien, vous avez des publicités pour nous dire ce qui était impossible et possible pour nous. On voit un homme en se cafant de marcher sur une planète rouge, donc en gros c'est Mars, ce que nous dit les Émirats Arabes Unis, ça veut dire qu'aujourd'hui, est-ce qu'un jour, à un moment, on pourra dire que les Émirats Arabes Unis sont aussi importants que la Chine, les États-Unis, la Russie, l'Europe, pour un programme spatial ?

18:48
Invité

Non mais je pense qu'il y a effectivement un enjeu de soft power, d'influence dans le monde. Aller dans l'espace et réaliser ce type d'exploit, justement ça reste un exploit qui génère aussi de la fierté qui peut fédérer à l'échelle. On est encore là-dedans, oui, c'est ça. Voilà, exactement. Je reviens au JO, où on applaudit nos héros qui font des exploits sportifs. Là aussi, les Émiratis qui sont allés dans l'espace, on a un astronaute qui est devenu une star dans son pays, enfin voilà, nous on a Thomas Pesquet, ça reste quelque chose d'assez extraordinaire.

Et puis, il faut aussi se rappeler que réussir à démontrer qu'on est capable d'aller dans l'espace, qu'on est capable de maîtriser ces technologies de pointe, c'est aussi peser parce que finalement, l'espace est devenu aussi un terrain géopolitique. On envoie des satellites aujourd'hui pour se défendre. Oui, mais d'après vous,

19:39
Présentateur

on envoie en effet des satellites pour se défendre, mais ce qu'ont fait les Émirats Arabes Unis, en fait, c'est de la com ? En lançant un satellite ?

19:46
Invité

Ben, c'est de la com, en tout cas, non, c'est pas que de la com. Voilà, non, mais pour dire... Il y a un moment donné, une stratégie d'investissement massif pour maîtriser ces technologies. Mais dire, nous aussi, on peut le faire, ça veut dire que sur Terre,

19:56
Présentateur

ça vous donne un autre poids ?

19:58
Invité

Ben, bien sûr, ça vous démontrait que vous avez une certaine maturité technologique, que vous avez réussi à développer des expertises, que vous pouvez aussi attirer des investissements dans la région, et que si vous devez investir, c'est aux Émirats Arabes Unis qu'il faut le faire. Voilà, c'est tout ça qui est en jeu. Tout simplement, quitte même à faire la publicité

20:19
Présentateur

dans le métro, on le voit, c'est ça qui est assez étonnant. Allez, on continue à parler justement de l'espace, de ces nouveaux acteurs dans le débat de midi. On revient dans un instant, juste après, Marguerite Thiam avec Brisé.

20:31
Locuteur non identifié

À tout ce qu'on a voulu se dire, tous ces silences qui nous pèsent, pourquoi c'est devenu si dur d'être nous-mêmes ? J'aurais beau tout faire, t'as l'air si triste avec moi, ces mots appuisent ma mémoire, que suis-je devenue pour elle ? À quel point ça me brise ? Brisez, pardonne-moi. Brisez, brisez, brisez, brisez, même brisez. Est-ce qu'elle pense à moi ? Crochée au premier,

21:56
Locuteur

c'est ça qui est la soirée, si elle en aime.

22:04
Locuteur non identifié

À quel point ça me brisez ?

22:07
Présentateur

Le débat de midi sur France Inter, nous parlons de l'espace, de la lune, pourquoi sont-elles redevenues tendances ? On en parle avec Raphaël Chevrier, auteur du livre « Les saccageurs de l'espace », docteur en physique, qui travaille aussi pour la start-up d'aérospatiale européenne, Maya Space, Jacques Arnoux également, chargé des questions éthiques au Centre National d'Études Spatiales, plus connu sous les acronymes du CNES, Philippe Hénaréjouz, journaliste scientifique, rédacteur en chef du magazine Ciel et Espace, et Stéphanie Lizy, détrait enseignante, chercheure en conception de systèmes, élu à l'Académie de l'air et de l'espace. Nous sommes en train de parler de ces nouveaux acteurs.

On connaît les acteurs privés, mais il y a aussi des nouveaux acteurs étatiques. Il est vrai, Philippe Hénaréjouz, juste avant la musique, on parlait là donc des Émirats Arabes Unis qui avaient lancé leur première sonde et comme par hasard, le voisin de l'Arabie Saoudite a répondu en annonçant le lancement d'une compagnie qui s'appelle Neo Space Group, un premier investissement dans l'industrie spatiale. On pourrait également parler de l'Inde qui l'été, il y a un an, est parvenu à lancer, à poser un engin spatial sur la Lune. Il y a également le Japon, donc on voit que ça se diversifie toujours. Il faut finalement sortir de notre idée russe-américain. Ah oui, ça s'est fini depuis longtemps.

D'accord, je vois bien.

24:46
Invité

C'est les années 60. Non, mais dans les années 50-60, il fallait tout inventer dans l'espace. Il y a deux nations qui l'ont fait, c'est les Russes et les Américains et un peu la France d'ailleurs à cette époque-là. Mais c'était vraiment terra incognita. Comment on lance une fusée ? Comment on fait marcher un vaisseau spatial ? Est-ce qu'un humain est capable de vivre dans l'espace ? C'est ce genre de questions qu'on se posait quand même. Là, maintenant, il y a quand même quelques décennies qui se sont écoulées. L'occupation de l'espace est permanente. On a beaucoup appris de choses sur le plan technique.

Une nation qui dispose des budgets, à partir du moment où elle prend la décision politique de s'engager là-dedans, elle peut tout à fait le faire. Elle acquiert les compétences et on sait ce qu'il faut faire pour lancer une fusée, fabriquer un satellite ou envoyer une sonde sur la Lune ou survoler une planète. Il y a une sorte de démocratisation. Ça reste difficile,

25:34
Présentateur

mais c'est faisable. Une sorte de démocratisation, on va dire ça comme ça, de la course à l'espace, non ? Jacques Arnaud, je vous voyais un petit peu dubitatif par rapport à cette démocratisation. Non, mais c'est pour confirmer.

25:42
Invité

Oui, parce que...

25:43
Présentateur

Bien sûr.

25:44
Invité

Vu les montants des budgets, et puis ça reste, comme le disait Philippe, extrêmement difficile. On le voit bien en Europe parce qu'on cite l'Europe, mais nous n'avons pas de voile habitée en Europe.

25:54
Présentateur

Non, c'est vrai. On n'a pas de navette.

25:56
Invité

Aujourd'hui, il n'y a que trois nations qui sont capables

26:02
Présentateur

du Japon, des Émirats arabes unis. Aujourd'hui, finalement, la nation autre que russe, américaine ou européen capable donc d'envoyer ces hommes dans l'espace, c'est la Chine. C'est ça ? Aujourd'hui, elle est particulièrement avancée, Jacques Arnaud, sur ce plan-là ?

26:17
Invité

Oui, parce que... Enfin, il faut faire un tout petit peu d'histoires, mais l'Inde, par exemple, n'est pas un nouvel arrivant. D'accord. Ils sont dans l'espace depuis les années 70. C'est une vieille coopération franco-indienne que je tiens quand même à souligner avec un personnage éminemment extraordinaire qui s'appelait Jacques Blamont qui emmenait des pièces de fusée en avion, lui, dans son bagage, pour aller collaborer avec les Indiens. Il avait de grands amis indiens. C'est un personnage étranger mythique en Inde. Donc, c'est une vieille histoire qui date des années 70. Le Japon également.

La Chine, c'est parce qu'ils ont eu un très grand savant qui était chinois d'origine, qui travaillait aux Etats-Unis. Jusqu'au jour, les Américains ont dit des Chinois aux Etats-Unis, on le renvoie chez lui et il a développé le programme chinois, très ancien. Donc, les nouveaux arrivants, voilà, il faut enlever ceux que vous avez... Excusez-moi. Et puis, effectivement, il y a ces pays d'Arabie Saoudite autour qui ont des moyens financiers et qui se lancent et qui vont petit à petit acquérir des compétences.

27:13
Présentateur

Un mot, tout de même, géopolitique aussi, Jacques Arnoux. Aujourd'hui, on le sait que c'est géopolitique. De toute façon, comme ça l'a toujours été, finalement, ces affrontements. Clairement, aujourd'hui, imaginons, course à la Lune, la Chine arrive à poser un équipage avant les Américains. C'est un bouleversement ?

27:29
Invité

Non, c'est les Américains qui ont mis une sacrée claque. Ils ne vont pas être contents du tout. Et il faut se faire attention aux Américains quand ils ont une paire de claques. L'histoire moderne montre que chaque fois qu'on leur donne une paire de claques, ils ont réagi aussi très veilleux.

27:41
Présentateur

On a vu en basket aux Jeux Olympiques, en effet, mais c'est Philippe Etarajos. J'avais d'autres exemples militaires en tête. C'est vrai.

27:47
Invité

Rappelons quand même que les États-Unis ont gagné la course à la Lune. C'était il y a longtemps. C'est vrai. Non, mais effectivement, l'administrateur de la NASA, Bill Nelson, n'arrête pas de répéter aujourd'hui, et c'est lui qui relance la course en quelque sorte, lui et son administration et le gouvernement américain, finalement, il n'arrête pas de répéter qu'il ne supporterait pas de voir les Chinois se poser au pôle sud de la Lune puisque c'est le nouvel enjeu avant les Américains parce que si les Chinois s'y posent, eh bien, ils vont se l'approprier et ça, il n'en est pas question et les Américains devraient être les gardiens.

28:19
Présentateur

Donc, voilà le discours. Raphaël, on voit en effet ces questions géopolitiques qui rentrent en ligne parce qu'alors là, en effet, ça serait un bouleversement, alors pas pour nous, terriens au départ, mais on le voit en effet sur la publicité dont vous parliez tout à l'heure, sur la puissance d'une nation, là, de nouveau, ça serait un coup de tonnerre.

28:36
Invité

Oui, mais enfin, j'ai envie de dire que c'est déjà un peu le cas. C'est déjà le cas, oui. Les Chinois ont fait d'énormes progrès, ils ont été les premiers à se poser sur la face cachée de la Lune. Ils envoient des astronautes, ils sont en train de monter leur propre station orbitale. Ce qui est intéressant, c'est qu'aussi, en orbite, on voit les nouvelles alliances se former. Donc, on parlait de la Station Spatiale Internationale qui va arriver à son terme et on va construire, en tout cas, les États qui ont participé, sauf la Russie, vont construire une nouvelle station autour de la Lune. D'accord. Il y aura sans doute deux stations autour de la Lune.

Celle entraînée par les Américains, les Canadiens, les Japonais et l'Europe et puis celle entraînée par la Chine et la Russie et d'autres pays. Donc, on voit d'autres alliances se former. Effectivement, ça reflète les équilibres géopolitiques sur Terre. À propos de géopolitique,

29:27
Présentateur

Jacques Arnoux, on a eu des questions à ce propos. Beaucoup de gens s'interrogent avec la guerre en Ukraine, forcément, le programme avec la Russie. dans la station spatiale aujourd'hui, Américains et Russes cohabitent.

29:39
Invité

Oui, c'est le seul endroit où il y a des relations quotidiennes et sinon apaisées, du moins normales parce que c'est un système qui a été très bien conçu, l'ISS. On a besoin de tout le monde et personne ne peut quitter le navire parce qu'à ce moment-là, le navire part en morceaux. Ce qui n'est pas le cas des accords Artemis et des autres accords. Mais là, il y avait un système dans lequel les États ont accepté d'être entièrement interdépendants. Donc, pour l'instant, ça fonctionne. Et Philippe ? La plus grande réussite sans doute de la Station spatiale internationale, c'est celle-là. C'est d'avoir permis à des tas de pays de collaborer quoi qu'il arrive et d'apprendre à vivre ensemble.

Les astronautes à bord, il peut y avoir des tensions, des guerres, des incidents sur Terre, ils continuent leur quotidien. Ils évitent, je parlais avec certains astronautes français qui ont séjourné là-bas, ils évitent les sujets un peu sensibles, mais le dialogue continue dans l'espace alors qu'il peut être rompu sur Terre entre certains pays. Dans l'espace, il continue parce que c'est un milieu hostile et on a besoin

30:39
Présentateur

de tout le monde. Alors, on parle en effet des nations spatiales, mais vous l'avez dit, Stéphanie, l'Easy-Détré, tout a changé aussi récemment avec ces nouveaux acteurs, on appelle ça comme ça, ces nouveaux acteurs, il y en a un qui est très connu forcément, c'est Elon Musk avec SpaceX, on parle aussi d'Amazon, récemment, suite à un petit problème, on va y revenir, de Boeing, c'est ça, c'est vraiment là où il y a eu un tournant aussi sur l'intérêt que l'on peut porter à l'espace aujourd'hui avec ces nouveaux acteurs ?

31:09
Invité

Alors, complètement, effectivement, alors Boeing, ce n'est pas un nouvel acteur, ils sont dans l'histoire de l'espace depuis toujours, mais effectivement, on voit arriver donc le développement du tourisme spatial, si on reste dans la question du vol habité, les missions commerciales avec les vols Axiom, par exemple, et qui emmènent avec eux des astronautes institutionnels comme les astronautes de réserve de l'Europe, mais aussi, par exemple, dans le prochain vol Axiom 4, on aura un des astronautes indiens qui va participer à cette mission, mais au-delà du vol habité qui est quand même la partie la plus visible de l'espace, en tout cas pour le grand public, on voit le déploiement des constellations en orbite basse qui génèrent des milliers de satellites maintenant en orbite basse qui réclament de grands nombres de lancements, donc ça, c'est du spatial commercial et on va aussi avoir prochainement du déploiement de stations spatiales commerciales, justement avec la fin de l'ISS, il va y avoir des stations spatiales commerciales qui vont être là soit pour continuer la science en orbite basse ou développer des technologies ou vendre des services comme on revient sur la notion de tourisme mais d'autres types de services pour la surveillance etc.

Donc on a dans la prochaine décennie on s'attend à avoir de nouveaux cas d'usage de l'espace notamment avec ces nouveaux acteurs commerciaux.

32:48
Présentateur

Raphaël Chevrier, SpaceX de Elon Musk aujourd'hui c'est le plus connu forcément quand il est arrivé sur ce marché qu'il a presque créé en fait Elon Musk comment on l'a vu ? On le voit au départ comme quelqu'un comme un iconoclaste on dit ça va jamais marcher comment il est vu

33:04
Invité

en fait au départ ?

Il est venu dans une situation très particulière du spatial à une époque où la NASA se cherchait un peu avait après le succès des missions Apollo ne savait plus trop où aller avait aussi essuyé quelques échecs assez dramatiques en termes de vol habité avec les accidents de la navette Challenger et Columbia et donc Elon Musk est arrivé à un moment donné où la NASA aussi avait une stratégie de sous-traiter à des nouveaux acteurs privés son accès à l'espace et il a compris plusieurs choses à la NASA il y avait un vivier d'experts plus ou moins désœuvrés qu'il pouvait aller activer c'est ce qu'il a fait il a aussi compris qu'il y avait un storytelling très important à réactiver pour refédérer la société américaine autour de grands projets spatiaux et donc il a dès le début construit son narratif autour de la colonisation de la planète Mars même si on pourra peut-être en parler voilà on est quasiment dans l'ère de la post-vérité à ce sujet là mais toujours est-il qu'il a fédéré l'envie le rêve et il a débloqué beaucoup de financements de la part de la NASA et de l'USR Force notamment pour pouvoir lui-même se développer et puis il a aussi rencontré une époque c'est-à-dire nos sociétés hyper connectées qui réclament toujours plus de données de transferts de données avec des satellites et un modèle économique des satellites qui a trouvé sa place dans cette nouvelle économie et c'est pour ça qu'il s'est lancé aussi dans ces projets de méga constellations qui sont pour moi la plus grande révolution spatiale actuellement

34:35
Présentateur

Juste pour revenir sur le coup vous disiez en effet depuis ses débuts SpaceX a reçu plus de 22 milliards de dollars de contrats publics de la part de la NASA ou de l'armée américaine ça veut dire qu'aujourd'hui la NASA l'agence spatiale américaine elle est pied et poignée dépendante de SpaceX ou pas ? Est-ce qu'il a réussi à rendre dépendant la NASA de sa propre invention finalement

34:54
Invité

Elon Musk ?

Le fait est que Elon Musk aujourd'hui et je pense que ça devrait tous nous interroger pas uniquement la NASA mais aussi les européens et les autres puissances spatiales Elon Musk est ultra dominant sur les marchés d'accès à l'espace on a traversé en Europe une crise d'accès à l'espace avec une transition Ariane 5 Ariane 6 plus difficile que prévu plus longue que prévu on a été obligé de lancer des satellites européens à bord de fusées SpaceX on est dans un paysage de l'accès à l'espace qui est marqué par un monopole qui est celui de SpaceX mais aussi par un monopole de présence dans l'espace c'est-à-dire que SpaceX si je peux vous donner des chiffres qui sont très vertigineux on a aujourd'hui plus de 10 000 satellites actifs en orbite basse dans l'espace mais 92% sont en orbite basse vous avez 60% de ces satellites qui appartiennent à un seul homme à Elon Musk en fait les zones économiques l'espace à beau être immense les zones économiques qui sont intéressantes elles sont ramassées sur des infimes bandes hôpitales qui sont au plus proche de la Terre donc les satellites commencent à y jouer des coudes et ça pose des problèmes de durabilité spatiale gigantesques et ces problématiques de durabilité là aussi reposent sur la responsabilité quasiment d'un seul homme ça paraît quand même

36:15
Présentateur

en effet vertigineux ce que vous dites parce qu'on le voit Philippe Hénard-Régios on n'aurait pas pensé à un moment qu'un homme alors il faut le dire juste avec ses fusées réutilisables en fait c'est ça c'est qu'il a permis une économie de coût aussi aux industries spatiales à un moment privatisé entre guillemets je prends exprès ce mot l'espace ça paraissait totalement mais délirant en fait de se dire ça c'était vraiment des scénarios de science-fiction

36:37
Invité

c'est arrivé c'est une époque c'est arrivé sous la présidence d'Obama où il y avait d'autres problèmes la crise financière où Obama avait comme projet de faire un medicare aux Etats-Unis où l'espace était un peu en berne la NASA ne savait pas trop où se tourner et à ce moment-là il y a eu une solution qui est apparue qui n'était pas évidente évidente à ce moment-là c'est de dire l'accès à l'espace à l'orbite basse où se trouve la station spatiale internationale on sait faire on va déléguer ça à des chauffeurs de taxi à des privés et la NASA elle va se consacrer à l'exploration au-delà c'est-à-dire la Lune Mars et tout ce qui a toujours été son ADN comme on dit aujourd'hui donc voilà Obama se lance là-dedans et à ce moment-là SpaceX avec Elon Musk est balbutiant et les gens rient quand ils parlent de réutilisables puisque le rêve de Musk c'était de rendre l'espace très accessible pour qu'il soit peu coûteux et en gros il prenait comme analogie celle de l'aviation civile où on ne jette pas un avion de ligne après qu'il ait traversé l'Atlantique et on n'en reconstruit pas un autre pour faire le voyage retour donc mais tout le monde observait ça d'un oeil dubitatif y compris en Europe parce que l'économie de l'espace était telle c'est-à-dire la fréquence des lancements était telle que le réutilisable n'était pas rentable donc on se disait ça sert à rien et sauf que Musk l'a rendu rentable en quelque sorte parce qu'il fait 100 lancements par an maintenant donc voilà voilà ce qui a changé l'armée américaine a été son client la NASA aussi donc il a démarché donc il est alimenté en dollars donc il continue et effectivement il y a une sorte de dépendance un peu de la NASA et c'est pour ça que la NASA on peut parler de Boeing par exemple avec la capsule Starliner la NASA veut avoir un deuxième contractant pas uniquement à SpaceX mais bon là c'est plus compliqué

38:38
Présentateur

c'est plus compliqué allez on continue à parler de l'espace on y reste d'ailleurs dans l'espace dans le débat de midi dans un instant ça sera juste après Jordan Rekei avec Trust

38:46
Invité

Mathieu Bernin

42:16
Présentateur

le débat de midi le débat de midi petit voyage dans l'espace jusqu'à 13h on discute justement de cette conquête ou alors exploration spatiale redevenue tendance à l'instant on parlait justement de ces nouveaux acteurs avec Raphaël Chevrier auteur du livre Les accacheurs de l'espace docteur en physique Jacques Arnoux chargé des questions éthiques au Centre National d'études spatiales Philippe Hénard-Réjos journaliste scientifique rédacteur en chef du magazine ciel et espace et Stéphanie Lizy Détré enseignante chercheure en conception de systèmes également élue à l'Académie de l'air et de l'espace justement Stéphanie Lizy Détré ont parlé d'Elon Musk est-ce que ce modèle entrepreneurial aujourd'hui pour l'espace est-ce qu'il est en train de faire des petits est-ce que dans le monde entier aujourd'hui on se dit il faut imiter Elon Musk

43:03
Invité

complètement en fait Elon Musk et sa vision participe à l'avènement du New Space donc il faut voir que l'Europe a à peu près 10 à 15 ans de retard sur cette dynamique du New Space qui est née aux Etats-Unis avec effectivement SpaceX mais les autres acteurs mais on le voit tout à l'heure on parlait de l'Inde et de son programme de vol habité on a vraiment beaucoup d'entreprises sur ce modèle de start-up du New Space en Inde que ce soit pour les lanceurs que ce soit pour l'observation de la Terre pour les communications et effectivement c'est un modèle qui s'est répandu à travers la planète la Chine on a beaucoup parlé du programme spatial chinois institutionnel on a aussi beaucoup d'acteurs commerciaux

43:54
Présentateur

à d'entrepreneurs chinois qui veulent se lancer aussi dans cette course aux étoiles

43:58
Invité

complètement

43:59
Présentateur

oui Raphaël Chévrier c'est une tendance on le voit mondial oui

44:04
Invité

j'ai toujours un peu de mal aussi à comparer des modèles qui sont totalement incomparables pourquoi ils sont incomparables parce que c'est le budget c'est ça c'est le budget on a parlé d'Elon Musk et de SpaceX qui a bénéficié de 23 milliards par davantage depuis le début de sa création en 15 ans on ne peut pas compter sur un marché domestique de 7 ampleurs en Europe c'est un marché des satellites qui se comptent en centaines de millions d'euros par an et donc on ne peut pas transposer en tout cas pour moi ce serait un piège de transposer le modèle qui a réussi aux Etats-Unis qui a réussi d'ailleurs pour un acteur pas pour tous avec des conditions et un alignement des planètes et puis certains talents il faut le reconnaître qu'on a mentionné il faut que chaque pays notamment l'Europe trouve sa propre voie pour baisser les coûts faire différemment faire moins cher et conserver son autonomie d'accès à l'espace mais on ne peut pas faire de la même chose alors vous parliez

45:09
Présentateur

quand même on y revient toujours je ne veux pas être obsessionnel sur la Chine mais c'est vrai que tout à l'heure vous parliez de cette constellation de satellites lancés par Elon Musk le fameux Starlink et bien aujourd'hui on a appris il y a quelques jours qu'il allait y avoir un nouveau Starlink chinois qui s'appelait Canfan qui met ses premiers satellites en orbite pour concurrencer SpaceX la Chine prévoit de déployer donc une méga constellation pour concurrencer Elon Musk et ses satellites Jacques Arnaud ça veut dire qu'aujourd'hui il y a donc une guerre commerciale dans l'espace et il y a un moment est-ce que tous ces satellites-là est-ce qu'à un moment il ne va pas y avoir des petits soucis on le sait au niveau alors il y a la pollution spatiale mais il y a aussi les dégâts qui peuvent se faire entre eux est-ce qu'il ne va pas y avoir à un moment un problème autour de la ceinture qui entoure la Terre de satellites

45:52
Invité

donc par cette question vous introduisez un point que nous n'avons pas encore abordé qui est question de la gouvernance c'est que dans tout ça il y a besoin de politique il y a besoin de diplomatie il y a besoin de droit qui existe et que c'est ça le souci pour la suite c'est que chacun avec ses moyens alors soit pharaoniques quand on est des ultra riches soit des pays qui sont ultra riches qui investissent beaucoup donc tout ça part dans tous les sens nous sommes tous fascinés nous parlons de start-up une start-up c'est pas fait pour vivre pour perdurer qu'est-ce que ça devient après qu'est-ce qu'elles vont devenir alors Elon Musk il est très loin de la start-up ça fait autre chose donc lui il a passé le seuil mais derrière tout ça moi je n'entends pas beaucoup parler mais même dans nos instances de gouvernance de projet et pourquoi d'après vous parce que ça n'intéresse pas ou alors ça veut dire

46:41
Présentateur

que ça paraît très loin et qu'on se dit

46:43
Invité

non c'est que ça nous fait peur c'est que ça nous fait peur pour ça il faut avoir une certaine volonté une volonté politique on revient un peu à l'histoire passée une certaine volonté politique avoir des buts je l'avais un peu quand j'avais remarqué bon on va sur la lune qu'est-ce que nous allons faire sur la lune bon j'entends pas grand chose j'entends des grands mots de la science l'exploitation oui non mais concrètement ça s'appelle de la gouvernance quand on peut y répondre or aujourd'hui on entend très peu de réponses pour être honnête je ne dis pas du tout ça pour être critique et vouloir casser la baraque si vous me permettez l'expression mais c'est que là vous avez mentionné ma mission en CNES depuis 20 ans quand je parle d'éthique c'est pas pour faire des discussions de salon c'est qu'il y a la question mais pourquoi nous faisons tout cela et lié à cela quel type de gouvernance on voit bien il y a quelques années il y a eu une initiative très intéressante de la part de nos collègues néerlandais où ils ont voulu réfléchir justement à ces questions de gouvernance dans ce nouveau contexte alors New Space on peut l'appeler comme on veut et on voit bien qu'il y a des enjeux qui sont flagrants enfin voilà on parle d'exploitation de conquête voilà d'exploration mais oui nous voyons très bien que là il manque vraiment une interrogation commune et c'est vrai que la situation politique sur Terre ne facilite pas cela alors qu'au contraire nous devrions nous réunir parce qu'après ça viendra effectivement ou en même temps la question de la gestion des débris qui est une vieille question mais qui doit passer à un niveau politique alors qu'on n'arrive pas encore à la faire passer au niveau politique les ingénieurs savent très bien ce que nous sommes les dangers auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés mais donc là il y a un enjeu de société et de diplomatie qui est majeur dont sans doute nous ne parlons pas assez

48:19
Présentateur

Oui Stéphanie Lisée Détré vous ne voyez pas aujourd'hui tout à fait finalement arriver une sorte de réglementation je veux dire comme ça législation autour de l'espace concernant le comportement des états dans l'espace

48:32
Invité

alors effectivement merci de me poser la question juste après l'intervention de Jacques parce que je complètement je soutiens ses propos et sur l'absence de gouvernance et ça se révèle effectivement à travers les lois les réglementations alors on a trois types de comportements il y a les états qui ont légiféré qui ont un code de loi et la France a été le premier avec la loi sur les opérations spatiales vous avez des états qui donnent des recommandations et sont assez vigilants et puis il y a d'autres états qui au contraire laissent faire et ne vont pas du tout contraindre en fait les programmes spatiaux et donc ça ça pose problème effectivement si on regarde avec un peu de recul la question des débris spatiaux des collisions entre deux satellites dans l'espace c'est très compliqué de savoir qui va être le fautif et qui va payer la réparation

49:27
Présentateur

aujourd'hui on ne le sait toujours pas

49:28
Invité

voilà c'est ça

49:30
Présentateur

ah d'accord c'est assez étonnant c'est vrai qu'on se demandait forcément s'il y avait un cadre là-dessus donc on le voit en effet c'est des questions autour de l'espace qui réunissent la politique la géopolitique l'industrie l'économie bon mais il est vrai qu'il y a toujours cette petite portée de rêve on peut le dire et comme vous avez parlé beaucoup d'histoires Jacques Arnoux j'aimerais vous faire écouter une petite archive forcément qui va résonner aussi en vous on l'écoute on est bien à peu près au début des années 70

49:56
Locuteur non identifié

c'était hier soir un peu avant minuit le décollage du LEM avec à son bord les astronautes Cernan et Schmitt au nom de toute l'humanité les deux hommes ont dit plus qu'un au revoir à la lune ce départ on peut le dire contenait l'émotion des adieux voilà pour l'aspect sentimental de cette dernière mission à Apollo mais ce qui intéressera certainement davantage les hommes de science c'est que les astronautes ne vont pas revenir les mains vides

50:18
Présentateur

voilà donc nous étions donc en 1971 Philippe 72 donc dernière fois qu'un homme a posé le pied sur la lune vous nous avez dit tout à l'heure que ça pourrait arriver à un moment de toute façon il y a une volonté politique de le faire mais on le voit aujourd'hui cette symbolique c'est étonnant quand on se penche dessus c'est qu'à un moment Apollo c'est un peu terminé je ne dirais pas dans l'anonymat mais oui voilà il y a eu un désintérêt à un moment

50:42
Invité

mais un désintérêt mais total et ce désintérêt pour moi il a commencé juste après Apollo 11 où Neil Armstrong a posé le pied sur la lune quatre mois après il y a la mission Apollo 12 l'audience n'est pas du tout la même et là on a ça ça doit nous alerter sur ce qui va se passer avec le programme Artemis ou le programme pour revenir sur la lune pour revenir sur la lune on va forcément s'exciter se passionner parce que ça sera nouveau parce qu'on aura notre montée d'adrénaline d'exploration de choses exceptionnelles etc mais qu'est-ce qu'on va y faire et qu'est-ce qu'on va faire derrière et quelle est l'histoire qu'on va écrire là-haut pour moi j'appellerais ça le syndrome Apollo 12 le soufflet qui retombe immédiatement après l'excitation extrême d'Apollo 11 sur Apollo 17 quand ils sont revenus là Sernan et Schmitt les chaînes américaines ne faisaient plus aucun direct des marches sur la lune tout le monde s'en fichait et c'est pour ça que le programme Apollo par les responsables politiques américains a finalement été arrêté finalement ils avaient battu les russes tout ce qui comptait ça n'intéressait plus personne est-ce que c'est la seule courte vue qu'on peut avoir pour aller explorer l'espace dont la lune qui est le corps céleste le plus proche est-ce que ça c'est une approche pérenne donc le syndrome Apollo 12 ce que j'appelle le syndrome Apollo 12 il faut s'en prémunir pour la suite à mon avis et ça c'est pas quelque chose qu'on va avoir dans les médias immédiatement c'est à mon avis un travail d'éducation de savoir qu'est-ce que c'est que l'exploration pourquoi c'est intéressant et pourquoi ça doit nous passionner pour des décennies Raphaël Chevrier donc autant viser Mars alors à ce moment-là

52:24
Présentateur

non ?

52:24
Invité

c'est ce que j'allais dire la lune se suffira pas elle-même à court terme et c'est là le génie aussi du discours et du storytelling d'Elon Musk est d'avoir projeté le peuple américain et puis l'humanité de manière générale beaucoup plus loin Mars qui est une autre paire de manche la paire de manche en effet et effectivement la lune l'un des rationnels de retourner sur la lune c'est effectivement de s'en servir comme sorte de camp d'entraînement pour pouvoir aller plus loin sur la lune on peut tester d'autres technologies c'est beaucoup plus compliqué d'aller sur la lune et d'y rester que de rester à 400 km d'altitude dans la station spatiale internationale vous devez développer des techniques de blindage vous devez assurer des systèmes de vie dans des capsules dans des habitations qui sont beaucoup plus complexes et qui vous permettront d'imaginer un jour pouvoir aller explorer la planète Mars Raphaël, je voyais justement

53:24
Présentateur

le fait qu'un homme ou qu'une femme pose le pied sur une autre planète parce que je rappelle que la lune n'est pas une planète donc sur Mars est-ce que d'après vous c'est vraiment de l'ordre aujourd'hui du possible où on est dans le fantasme encore tout simplement de science-fiction ?

53:37
Invité

Il y a encore beaucoup ce qui est de l'ordre du fantasme c'est évidemment la colonisation de la planète Mars on est je pense à peu près tous d'accord là-dessus ensuite moi je pense que c'est un peu dans la nature humaine d'aller repousser ses limites et puis d'essayer d'aller toujours plus loin et la prochaine étape c'est la planète Mars donc je pense que si on s'en donne les moyens on y arrivera ce sera difficile mais on peut faire des choses avec des vols habités d'exploration qu'on ne peut pas faire quand on envoie de simples robots c'est ça donc c'est effectivement l'étape naturelle est-ce qu'on aura la volonté de débloquer autant de moyens pour réaliser ce voyage aussi complexe je ne sais pas on peut se dire aussi qu'aller sur Mars tout ça à quoi bon en fait c'est pour moi quelque chose de grand de positif et qui rapporte de la connaissance à l'humanité et on parlait de conquête spatiale Mars ce sera une conquête mais c'est une conquête qui pour la première fois dans l'histoire de l'humanité se fera sans avoir personne à vaincre donc c'est une conquête extrêmement positive c'est celle du savoir et c'est celle de comprendre où nous sommes dans l'univers rappelons quand même qu'on est un grain de sable au milieu de la galaxie

54:53
Présentateur

et vous étiez en tout cas sur la planète France Inter en tout cas merci beaucoup à vous quatre d'être venus dans le débat de midi Raphaël Chevrier Jacques Arnoux Philippe Enarejos et Stéphanie Lizy Détré d'avoir participé merci à France Bleu Occitanie pour la liaison en duplex une émission préparée par Lison Chambre Cyrine Ben-Younès et Caroline Prota merci également à Alexandre Bigot et Raphaël Beauduret Ibaniez à la réalisation bien sûr Étienne Bertin programmation musicale et bien c'était Thierry Dupin à la technique aujourd'hui Arnaud Caillet demain nous nous poserons cette question alors qu'il peut toujours rejoindre un petit peu aussi l'espace la pop culture est-elle en train de dépasser la culture classique on se retrouve donc bien sûr demain pour un nouveau débat sur Inter à midi bien sûr à suivre après le journal de 13h rendez-vous avec X aujourd'hui les trois rouges ou le mystère de l'orchestre rouge suisse à la fin

55:49
Locuteur

de l'orchestre rouge