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ChroniqueBLAST (sur YouTube)· 25 mai 2023 11 minAutoproduitActualité / polémiqueJusticeSécuritéInstitutions & élections

AFFAIRES SARKOZY : TOLÉRANCE 0 POUR LES UNS, IMPUNITÉ TOTALE POUR LES COPAINS

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    « Nicolas Sarkozy condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. »

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L'Etat de droit, l'Etat de droit, c'est que personne n'est en dessous de la loi et personne n'est au-dessus de la loi. Nicolas Sarkozy condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. Dans le procès en appel de l'affaire des écoutes, l'affaire dite Paul Bismuth pour Nicolas Sarkozy, donc trois ans de prison.

Et peu m'importe que cela ne se dise pas, moi je le dis parce que je le pense. Il faut que les peines soient exécutées. La non-exécution des peines c'est l’impunité.

Pour commencer, on vient d'apprendre que le parquet national financier demande le renvoi de Nicolas Sarkozy en correctionnelle. Oui, c'est l'affaire dite du financement libyen de la campagne de 2007. Le PNF demande le renvoi de l'ancien président et de 12 de ses proches, parmi lesquels 3 anciens ministres.

Ça me prendra un an, deux ans, dix ans, mais je pourfendrai cette bande. Je ferai triompher mon honneur et je n'ai pas l'intention de céder un centimètre de terrain à cette bande. Quelle indignité !

Je n'ai jamais trahi la confiance des Français. J'irai jusqu'au bout. J'irai jusqu'au bout parce que jamais dans ma vie je n'ai supporté et accepté l'injustice.

Ce qui se passe aujourd'hui est une injustice profonde. La droite et ses journalistes d'accompagnement font toujours preuve d'une très grande fermeté dans leur condamnation de ce qu'ils appellent le laxisme judiciaire, de ce qu'ils appellent la culture de l'excuse et de ce qu'ils appellent les postures victimaires. Par exemple, Nicolas Sarkozy, ex-ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac, devenu président de la République française en 2007, a longtemps prôné la plus extrême sévérité contre les petits et les moins petits délinquants.

Pour le vérifier, remontons un peu le temps. En 2012, dans les tout derniers jours de son mandat, et alors qu'il espère être réélu, Sarkozy déclare à Nantes, lors d'un meeting de campagne, qu'il faut que les peines infligées par les tribunaux soit exécutées. Car, explique-t-il ensuite, la non-exécution des peines, c'est l'impunité.

Deux ans plus tard, en novembre 2014, il décrète que, quand un individu revient pour la 17ème fois devant le tribunal, il doit être puni pour l'ensemble de son œuvre. Le 3 novembre 2015, il attaque, dans le journal Le Parisien, la politique judiciaire de son successeur à l'Élysée, le socialiste François Hollande. Il en profite pour marteler, je cite, « nous devrons d'urgence redonner à l'État la capacité à faire face à la délinquance et en particulier celle des multirécidivistes ».

Sarkozy promet "les remises de peine automatiques seront supprimées, parce qu'un système dans lequel un condamné ne fait qu'une petite partie de sa peine de prison n'est pas dissuasif". Il précise ensuite, décidément très remonté, qu'il souhaite qu'il n'y ait pas de mesure d'aménagement de peine, comme par exemple le port d'un bracelet électronique ou l'octroi d'un régime de semi-liberté, pour les peines supérieures à six mois de prison. Il conclu très catégorique, « ma détermination est simple, toute peine prononcée doit être exécutée ».

Et ce n'est pas encore tout à fait fini puisqu'il fait aussi en cette même année 2015 cette impitoyable déclaration, ouvrez les guillemets, « nous devons tourner le dos à la culture du laxisme, de la déresponsabilisation, du désarmement moral et pénal ». Fermez les guillemets. Retenons bien chacun de ces propos, ils vont nous resservir bientôt.

Parce que les choix je les assume. Et je vais vous dire une chose, ce que j'ai fait, ça fait longtemps que j'y pensais. Bien évidemment Sarkozy n'est pas seul au sein de la droite dite républicaine à prôner la plus extrême fermeté contre les délinquants.

Sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, l'actuel président des Républicains, le très réactionnaire député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, fait lui aussi preuve d'une inflexible férocité. Au mois d'août 2020 par exemple, il déplore dans une tribune publiée par le Figaro que face à la criminalité et à la délinquance, dont il soutient qu'elle ne cesse d'augmenter, Emmanuel Macron n'est pas rompu avec la politique selon lui trop laxiste de son prédécesseur François Hollande. Pour en finir avec ce qu'il appelle sans rire l'ensauvagement de notre société, Ciotti exige non seulement un renforcement de la réponse policière, mais aussi et surtout une réponse pénale plus forte et plus systématique, car, explique-t-il, la justice, décidément trop laxiste, est devenue le maillon faible de l'autorité.

Puis il enfonce le clou sur Facebook où il publie un message expliquant que l'explosion de la délinquance nous démontre qu'en matière de sécurité aussi, le macronisme est un échec cuisant. Il répète que la réponse pénale du gouvernement est inadaptée et que cette faiblesse a pour résultat que l'autorité est contestée et que l'impunité règne chez les voyous qui se croient tout permis. Et de nouveau, il réclame plus de fermeté.

Les années passent et l'excellent M. Ciotti continue à s'énerver. Lorsqu'il n'est pas en train d'expliquer qu'il assume de faire un lien entre l'immigration et la délinquance, il proclame, comme il l'a encore fait sur RTL le 17 mai dernier, qu'il est favorable à la mise en place des peines planchers pour ceux qui portent atteinte à nos institutions.

Moi je suis favorable à ce qu’il y ait une forme de peine planchers contre tous les dépositaires de l'autorité publique, que ce soit ceux qui portent un uniforme de la République, j'ai souvent défendu des textes en ce sens, le gouvernement les a toujours refusés, il faut qu'on sanctionne ceux qui portent atteinte au symbole et à l'autorité de la République. Bruno Retailleau, président du groupe républicain au Sénat, est tout aussi catégorique. Lui aussi dénonce ce qu'il appelle un "ensauvagement de la société française" et demande au ministre de la Justice de construire plus de places de prison pour en finir avec le fléau de la délinquance et de la criminalité.

Il y a un en sauvagement de la société française. Savez-vous, vos auditeurs savent-ils aujourd'hui qu'on parlait de l'Europe ? Eh bien la France est le pays d'Europe qui affiche le taux d’homicide le plus élevé.

C'est catastrophique. J'attends de M.Dupond-Moretti Non pas des déclarations, des discours qui soient vus à la télé, j'attends des actes.

Et bien sûr, la droite gouvernementale n'est pas en reste. le lointain successeur de Sarkozy au ministère de l'Intérieur, Gérald Darmanin, n'est pas moins sévère que les chefs républicains. Le 7 septembre 2020, il expliquait avec beaucoup de gravité dans Le Parisien « Je pense profondément que la France est malade de son insécurité ».

Et il promettait, pour lutter contre ce qu'il présentait donc comme un grave problème de santé publique, une politique du résultat. Depuis, il tweet régulièrement des communiqués victorieux pour proclamer par exemple, comme il l'a encore fait le 19 avril dernier, que la délinquance est en baisse dans l'agglomération parisienne. Au passage, il n'hésite pas lui non plus à amalgamer la délinquance et l'immigration.

Mais il faut tout de même lui reconnaître qu'il fait preuve de beaucoup plus de retenue dans sa dénonciation de la multiplication des violences d'extrême droite. Ce serait absurde de ne pas constater la réalité telle qu'elle est. C'est qu'une partie des étrangers dans les grandes métropoles commettent l'essentiel, la moitié, plus de la moitié en tout cas, des actes de délinquance et c'est souvent des multirécidivistes.

La presse de droite dit à peu près la même chose. Le journal Le Figaro, qui est un peu le bulletin de liaison quotidien de la réaction et qui est lourdement subventionné par l'Etat, publie volontiers des tribunes dont les auteurs dénoncent, je cite, "un laxisme judiciaire généralisé" ou s'emportent contre une culture de l'excuse qui, je cite encore, "participe à l'ensauvagement de la société". Et tout cela est un peu déprimant mais il y a tout de même au milieu de toute cette désespérance une bonne nouvelle, c'est qu'il peut arriver que tous ces dénonciateurs obsessionnels de la négligence et de l'inaction de la justice se montrent soudain beaucoup moins sévères.

En 2021 par exemple, quand Nicolas Sarkozy a été condamné à 3 ans de prison, dont un an ferme dans l'affaire dite « des écoutes », Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, loin de se féliciter d'une baisse de la délinquance, s'est au contraire empressé de lui redire son soutien personnel et l'affection et le respect profond qu'il a pour sa vie d'homme politique et sa vie d'homme. Nicolas Sarkozy le sait qu'il a le cuir épais, je veux lui redire mon soutien personnel et l'affection et le respect profond que j'ai pour, à la fois sa vie d'homme politique, et sa vie d'homme. Deux ans plus tard, la peine infligée en première instance à l'ancien président de la République vient d'être confirmée en appel.

Quelle indignité. Il a de nouveau été condamné la semaine dernière à trois ans de prison, dont un an ferme, et à trois ans de privation de ses droits civiques. On sait par ailleurs qu'il a également été condamné en première instance à une peine d'un an de prison ferme dans l'affaire Bygmalion, et que le parquet national financier vient de demander son renvoi devant un tribunal dans une troisième affaire.

Ça commence quand même à faire beaucoup. Mais curieusement, Sarkozy ne déclare plus du tout que nous devons tourner le dos à la culture du laxisme, de la déresponsabilisation et du désarmement moral et pénal. Il ne déclare plus que toute peine prononcée doit être exécutée parce que la non-exécution des peines c'est l'impunité.

Et bien sûr, il ne réclame plus du tout qu'un individu qui revient pour la troisième fois devant le tribunal soit puni pour l'ensemble de son oeuvre. Nul ne doit pouvoir être libéré de sa peine avant d'en avoir accompli au moins les deux tiers. Pour que ce soit possible.

Gérald Darmanin cette fois-ci n'a pas fait de commentaire après cette nouvelle condamnation de Sarkozy. Mais Bruno Retailleau, plutôt que de demander la construction d'une nouvelle place de prison, s'est précipité à son secours pour déclarer que l'ancien chef de l'État était, je cite encore, "à l'évidence victime d'un acharnement judiciaire". Eric Ciotti, quant à lui, ne semble plus du tout penser que la justice est devenue le maillon faible de l'autorité, il a au contraire déclaré qu'il était attristé et peiné pour Nicolas Sarkozy après sa condamnation extrêmement lourde et il lui a apporté son soutien amical dans cette épreuve.

Et pour finir en beauté, le Figaro, qui semble donc avoir renoncé à vitupérer contre un laxisme judiciaire généralisé, a publié une tribune de son directeur délégué, sobrement titré "Sarkozy innocent, c'est la justice coupable d'acharnement". Dans ces conditions, on serait presque tenté de considérer que ces braves gens sont des tartuffes de compétition et que lorsqu'ils braillent que la justice est trop laxiste, ils réclament en réalité une justice à deux vitesses, dure pour les petits délinquants et pour les migrants, et complaisante pour les puissants. Vous en avez assez, hein ?

Vous avez assez de cette bande de racailles ? Eh ben on va vous en débarrasser ! Merci d'avoir suivi cette chronique, à la semaine prochaine pour un nouvel épisode de Quelle Époque Formidable.

AFFAIRES SARKOZY : TOLÉRANCE 0 POUR LES UNS, IMPUNITÉ TOTALE POUR LES COPAINS — Nicolas Sarkozy · Pourquijevote