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interviewFrance Inter (sur YouTube)· 3 juillet 2024 9 min

Xavier Bertrand plaide pour "un gouvernement provisoire" après les législatives

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

À 7h47, Sonia De Villers, votre invitée ce matin, est le président LR de la région Hauts-de-France.

0:07
Xavier Bertrand

Bonjour Xavier Bertrand. Bonjour. Dans les Hauts-de-France, déjà 18 candidats à Rassemblement National ont été élus au premier tour, 23 autres sont arrivés en tête. Le RN peut donc être ultra majoritaire dans votre région dimanche prochain. Est-ce un échec pour vous aussi qui présidez cette région ?

0:21
Présentateur

Écoutez, je pense qu'avant tout, ce qui se passe, et on le voit, c'est le rejet du président de la République. Il y a aussi, ça a été dit dans l'édito tout à l'heure, la crainte de la victoire de M. Mélenchon, qui ne peut pas arriver, mais c'est une crainte qui est importante. Et puis vous savez, chez nous, plus qu'ailleurs et depuis longtemps, on est dans la région la plus pauvre de métropole, c'est qu'il y a de la misère et de la colère. Et je les entends et je les vois. C'est ce que je combats, moi, en tant que président de région.

C'est ce qui fait que quand il y a des élections régionales, je réussis, parce que je me bats pour les gens, parce qu'il y a des résultats, à faire reculer les causes du vote du Front National. Mais aujourd'hui, dans une élection nationale, la colère est tellement forte contre le président, qu'est là, je ne suis pas surpris. Mais, en revanche, on est en train de se battre, jusqu'au soir du deuxième tour, pour permettre déjà aux candidats Les Républicains, les indépendants, d'être élus, dans ma région, comme partout en France. Et aussi de faire en sorte qu'il y ait le moins possible de députés du Rassemblement National.

1:15
Xavier Bertrand

Vous avez songé à vous présenter, vous, à la députation, comme Laurent Wauquiez, autre président de région, le fait en Haute-Loire. François Hollande veut retourner à l'Assemblée, Gérald Darmanin veut retourner à l'Assemblée, Marine Le Pen ne veut rien d'autre que siéger à l'Assemblée. On sent que l'Assemblée nationale va devenir un lieu de bataille démocratique et médiatique avant la prochaine présidentielle, sans vous.

1:35
Présentateur

Mais les territoires aussi seront importants. Et présider une région de 6 millions d'habitants, c'est aussi essentiel. Je n'ai pas fini ma mission et je pense encore une fois que s'attaquer aux causes du vote Rassemblement National, c'est aussi important. Et puis aussi autre chose...

1:48
Xavier Bertrand

Mais vous aurez les leviers. Un président de région, il a la main sur les lycées, il a la main sur la formation professionnelle, il a la main sur les transports. Vous aurez les leviers.

1:54
Présentateur

Je viens vous parler politique ce matin. Je viens vous dire pourquoi je m'engage dans cette campagne comme je le fais. Parce qu'il s'agit, au-delà de ma région, au-delà de mon parti, de ce qu'il y a de plus important, notre pays, le projet politique que nous devons porter. C'est pour ça que je me bats. Et puis regardez, j'aurais été candidat. Je n'étais pas là ce matin. J'aurais été candidat, je n'aurais pas été soutenir comme je le fais aujourd'hui, comme hier, comme après-demain. 5 à 6 candidats dans la journée. Je fais campagne dans des dizaines de circonscriptions depuis le début.

2:20
Xavier Bertrand

Alors Xavier Bertrand, premier scénario, si le Rassemblement National remporte une majorité absolue, que ferez-vous ?

2:26
Présentateur

Déjà la première des choses, c'est qu'il y a une majorité, une très large majorité de Français en colère. Il n'y a pas une majorité de Français qui ont voté Rassemblement National. 33% des Français qui sont allés voter, c'est beaucoup, ils sont arrivés en tête, mais ils ne sont pas majoritaires. Et le message que je voudrais passer, c'est que leur victoire n'est pas une fatalité. Et qu'encore une fois, si toutes celles et ceux qui sont allés voter dimanche dernier, et qui ne veulent pas du Rassemblement National, ce sont eux qui décident, mais qu'ils retournent voter dimanche prochain. Vous avez peur de l'abstention ?

Elle est là la différence, c'est-à-dire qu'on a eu un taux de participation important. Tout le monde s'en est félicité. Nous avons absolument besoin que celles et ceux qui, comme moi, ne veulent pas se résoudre à la victoire du Front National, qu'ils aillent clairement voter.

3:10
Xavier Bertrand

Mais qu'est-ce qui fait que les gens n'iraient pas voter ? Se seraient déplacés au premier tour et n'iraient pas au second tour ?

3:14
Présentateur

Parce qu'ils sentent bien et qu'ils savent bien et qu'ils ne veulent pas d'une France dirigée par le Rassemblement National. De toute l'histoire de France.

3:20
Xavier Bertrand

Vous ne m'avez pas compris. Qu'est-ce qui fait que les gens n'iraient pas voter ?

3:24
Présentateur

Tout simplement parce que le candidat qu'ils avaient choisi au premier tour n'est plus forcément là au deuxième. Mais je pense que ce qui est le plus important aujourd'hui, c'est de savoir ce que l'on veut, quel projet politique. Et moi, je pense que nos concitoyens veulent à la fois davantage d'autorité et de sécurité, le pouvoir d'achat par le travail, le renforcement des services publics, et puis, pardonnez-moi, aussi aujourd'hui, faire barrage au Front National n'est pas un projet politique. Le projet politique, c'est ce que j'ai rapidement esquissé devant vous à l'instant.

Mais ce qu'ils ne veulent pas, c'est d'un Rassemblement National qui, d'ailleurs, hier, vous aviez une invitée, pas aux 7h50, Marine Le Pen. On voit bien aujourd'hui qu'elle n'était absolument pas à l'aise. On le voit bien. Et si vous ne voulez pas aujourd'hui du Rassemblement National, avec ce que ça veut dire, c'est-à-dire dans un pays divisé, des fractures supplémentaires, si vous ne voulez pas non plus... Il faut aller voter. Il faut aller voter, si vous ne voulez pas non plus...

4:18
Xavier Bertrand

Alors, premier scénario, deuxième scénario, soyons concrets, Xavier Bertrand.

4:22
Présentateur

Premier scénario, le Rassemblement National obtient une majorité... Non, non, je ne suis pas là pour vous dire aujourd'hui, ils ont gagné. Si je me bats toutes mes forces et je ne suis pas le seul, c'est pour éviter cela.

4:32
Xavier Bertrand

Alors, second scénario, si la majorité n'est que relative, et que le Rassemblement National ne gouverne pas.

4:41
Présentateur

Mais d'ailleurs, vous avez vu hier le rétro-pédalage, quand vous avez essayé de torturer Mme Le Pen pour dire, est-ce que vous avez des noms ? Mais jamais, elle n'a même pas regardé l'interview ouverte en face, quand on lui a dit, elle avait les yeux qui étaient fuyants. Parce qu'ils ne sont pas prêts, ils n'ont pas les solutions, ils n'ont pas les fameuses équipes.

4:55
Xavier Bertrand

Et vous, vous avez des solutions ? Et vous, vous avez des noms ?

4:57
Présentateur

Alors, la solution, c'est quoi ? Attendez, on a trois minutes d'interview ou on a dix minutes ?

5:01
Xavier Bertrand

Allez-y.

5:01
Présentateur

Parce que si on a... Il n'en reste plus que trois, donc allez-y. Si on a dix minutes... Regardez notamment ce qui est en train de se passer. La réponse hier sur les binationaux. Mais le Front National a l'intention de commencer à trier les Français. La réponse sur la Russie. Moi, je suis attaché à ce qu'un pays comme le nôtre soit pétri d'indépendance nationale. Mais eux, le Front National, ils ont un fil à la patte. C'est ça qu'il faut regarder. Et sur la question de la privatisation de l'audiovisuel public, vous avez vu l'idée ? Non, c'est pour refiler... On l'a très bien vu l'idée. C'est pour refiler à un groupe privé. Les questions d'indépendance, de pluralisme dans notre pays...

Vous avez une solution.

5:32
Xavier Bertrand

Vous avez une proposition, Xavier Bertrand, en cas de majorité.

5:35
Présentateur

Je vous réponds très précisément. Alors allez-y. Ne vous inquiétez pas. C'est que ce n'est pas une majorité Rassemblement National ou le blocage à l'Assemblée. Non. Il y a une autre solution. C'est ce que j'appelle, moi, de mes voeux. C'est ce que j'appelle un gouvernement provisoire. Un gouvernement provisoire qui rassemblera à l'Assemblée les hommes et les femmes de bonne volonté, qui sont capables de s'ouvrir, mais sur un projet concret. Attention. Ce n'est pas pour faire de l'eau tiède. Ce n'est pas pour expédier les affaires courantes. C'est de dire sur ses priorités. Je vous ai parlé des services publics.

La santé, on n'est pas condamné à attendre encore des années pour qu'on remette sur pied notre système de santé qui ne tient aujourd'hui que par les soignants. Je vous ai parlé de la place de la culture. Elle a besoin d'être protégée. Elle est en danger si le Rassemblement National est élu.

6:15
Xavier Bertrand

Vous êtes un gaulliste patenté. Vous utilisez l'expression gouvernement provisoire de la République française. Avril 44, octobre 46, la référence ne tombe pas du ciel. C'est vrai ?

6:28
Présentateur

Vous savez pourquoi ? A l'époque, c'est la reconstruction après la guerre. Là, c'est la reconstruction après la guerre. Avril 44, Vichy n'est pas encore tombé. Je suis d'accord avec vous, mais la réalité de ce gouvernement, les priorités, la sécurité sociale, ça interviendra après la guerre. Là, on est obligé de reconstruire après quoi ? Après des années où la France s'est affaiblie et les Français vivent plus mal. Et puis surtout, après un tremblement de terre. Ce que nous avons connu, la décision du président de la République, a créé un tremblement de terre politique. La première secousse dimanche dernier, je n'ai pas envie d'avoir une réplique qui nous amène à une faille.

Là, vous savez, les pires mots de notre pays, c'est les fractures entre les Français.

7:05
Xavier Bertrand

Vous incluez qui dans ce gouvernement provisoire, dans les hommes et les femmes de bonne volonté ? Je vous rappelle que le général de Gaulle y avait inclus les communistes, alors qu'il redoutait plus que tout de les voir arriver au pouvoir. Vous allez jusqu'où ?

7:16
Présentateur

À gauche, vous allez jusqu'où ? À droite. Mais encore une fois, la configuration de dimanche prochain sera clée. Pourquoi je me bats à fond ? Pour qu'on a une centaine de candidats, les républicains indépendants, qui aujourd'hui peuvent revenir à l'Assemblée nationale. Si notre groupe est fort, on pourra aussi aller dans le sens que je vous indique aujourd'hui. Et je fais la différence, vous savez, avec les... Vous ne dites pas qui vous mettez dans ce gouvernement provisoire.

7:38
Xavier Bertrand

Si vous voulez donner aux gens, Xavier Bertrand, envie de retourner voter dimanche...

7:41
Présentateur

Pas les extrêmes. Pas les extrêmes. Ni LFI, ni le Rassemblement national. Ça laisse du champ pour savoir si chacun...

7:48
Xavier Bertrand

Vous mettez les communistes, pas les LFI.

7:49
Présentateur

Si chacun est à la hauteur des enjeux. Notre pays ne verra pas la fin de la crise dimanche prochain. On est dans un processus qui va durer. Et je pense que le moment est venu de savoir qui est prêt à se hisser à la hauteur des enjeux pour faire en sorte que notre pays se retrouve et qu'on forme une communauté nationale sur des projets forts.

8:08
Xavier Bertrand

Et alors, qui est pour diriger ce gouvernement provisoire de la République française ?

8:12
Présentateur

Déjà, que M. Macron s'en mêle le moins possible. Qu'il s'en mêle le moins possible. Et d'ailleurs, il devrait venir, là, cette fois-ci, solennellement, pour dire qu'il respectera le résultat du scrutin, quel qu'il soit. Et qu'il s'en mêle le moins possible. Ça sera d'ailleurs à l'assaut...

8:27
Xavier Bertrand

Venir solennellement, c'est-à-dire ?

8:28
Présentateur

S'exprimer avant dimanche prochain, quand même.

8:30
Xavier Bertrand

C'est-à-dire que là, il rencontre les chefs de parti, Gérard Larché hier ?

8:34
Présentateur

Ça touille, ça brouille, tout ça. Là, pour une fois, pour une fois, qu'il vienne dire solennellement, je respecte, il faut qu'il parle. Et qu'il ne reste pas planqué, silencieux, à l'Élysée, qu'il parle. Vous ? Non mais écoutez, je viens de vous... Madame, je ne suis pas venu ici à 7h55, vous dire, tiens, je suis à la recherche d'un emploi. Ce n'est pas le genre de la maison Bertrand. Maintenant, il y a aussi autre chose. Non, non, attendez. C'est que derrière, ça se décidera au sein de l'Assemblée. Et on verra justement le sens des responsabilités qui, clairement, il anime. Ce n'est pas pour faire la même chose qu'avant. C'est pour ça que les trucs à l'ancienne, on va refaire une coalition.

Non, la politique d'avant, la politique menée depuis 7 ans, les Français n'en veulent plus. Et ce changement, cette rupture, passera par un nouveau projet. C'est ce que portent mes candidats. Merci Xavier Bertrand. Merci à vous. Et merci Sonia De Villers.