Le début de l'année 2026 "donne de bonnes raisons d'espérer" un rebond de fréquentation au cinéma, selon Laurent Creton
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« 156 millions d'entrées dans les cinémas l'an dernier en France. »
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« L'année 2025 s'est traduite en effet par une baisse de 13,6% par rapport à l'année 2024. »
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« L'année 2025 s'est moins bien passée du point de vue des entrées, malgré de très beaux succès. »
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« Le cinéma français fait environ 40% de part de marché contre 44% pour les films américains. »
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France Inter, le 5-7. Et encore du cinéma avec notre invité, le cinéma entre ombre et lumière, avec les Césars ce soir, alors ça c'est la vitrine, les récompenses, le tapis rouge, les sourires. Mais en toile de fond, il y a la fréquentation en net recul et des salles en grande difficulté financière. Comment se porte le cinéma français ? Bonjour Laurent Creton. Bonjour. Vous êtes professeur d'économie du cinéma à l'université Sorbonne-Nouvelle. 156 millions d'entrées dans les cinémas l'an dernier en France. On n'avait pas vu un chiffre aussi bas, hors Covid, depuis 1999. C'est la cata ?
C'est une déception. L'année 2025 s'est traduite en effet par une baisse de 13,6% par rapport à l'année 2024, qui a été très bonne, vraiment une année très réussie, mais en raison de quelques grands succès qui font la différence. Chacun se souvient du sommet du box-office avec un petit truc en plus, le conte de Monte Cristo qui avait fait plus de 10 millions d'entrées. En cinquième position, l'amour ouf, près de 5 millions d'entrées. Monsieur Aznavour en fanfare. Enfin, une année exceptionnelle, y compris du côté du cinéma américain. Et malheureusement, l'année 2025 s'est moins bien passée du point de vue des entrées, malgré de très beaux succès.
Et nous le verrons ce soir lors de la cérémonie des Césars. Mais la fin de l'année 2025 et le début de l'année 2026 nous donnent, disons, de bonnes raisons d'espérer. En ce février 2026, vous avez en tête Marsu Pulami, plus de 4 millions d'entrées et ira bien au-delà. Les Enfants de la Résistance, LOL, Gourou. C'est-à-dire qu'on a 4 films sur les 5 premiers qui sont des films français. Donc, on a de bonnes raisons d'espérer que les choses vont pouvoir se rétablir.
Oui, c'est ce que j'allais vous demander. C'est qu'il faut regarder aussi la proportion de films français dans toutes ces entrées. Est-ce que c'est comme chaque année, il y a un rouleau compresseur Hollywood quand même ?
Non, la réponse n'est pas du tout cela. Nous l'avons connu, bien sûr, dans les années 80-90, mais dès les années 2000, la situation se rétablit. Et si on prend les 10 dernières années, on s'aperçoit que le cinéma français fait environ 40% de part de marché contre 44% pour les films américains. Et plusieurs années, 3 ou 4, le cinéma français a fait jeu égal. Donc, ça signifie que sur le marché français, tout particulièrement, le cinéma de notre pays se porte très bien. Et pas seulement lui-même, mais aussi les coproductions auxquelles il peut participer. Et on pense bien sûr au film qui a bénéficié de la palme d'or lors du dernier festival de Cannes, Un simple accident de Jaffaire Paris.
Vous dites que le cinéma français se porte bien. Il y a quand même pas mal de petites salles qui souffrent et qui le disent. Qui disent qu'on est à deux doigts de mettre la clé sous la porte. On n'a pas l'argent pour faire des investissements. On aimerait augmenter le prix des billets d'entrée. Mais s'il augmente, ça va encore faire plus fuir les spectateurs. Parce que ça coûte cher quand même, le cinéma. Dans certaines salles, ça va jusqu'à 15 euros. Tout n'est pas rose quand même.
Alors, il ne faut pas oublier que par-delà des prix plus élevés que l'on peut rencontrer, le prix moyen d'une place de cinéma en 2024, c'est 7,42 euros. Mais pour quelle raison ? Deux tiers des tickets achetés le sont à prix réduit. Il y a 60% des tickets qui sont vendus à moins de 7 euros. Il y a couramment des prix à 4 ou 5 euros. Il y a les cartes illimitées. Les places à plus de 10 euros, c'est 14% des places vendues. Donc, cela veut dire que cela peut présenter une contrainte. Mais aller au cinéma, c'est une sortie formidable pour un prix relativement accessible.
Et la santé des salles de cinéma ?
Alors ça, effectivement, l'année 2025 a été moins bonne. Autant la crise sanitaire de Covid en 2020, avec plus de 300 jours de fermeture des salles, a été évidemment un très grand traumatisme. Et tout l'enjeu, au fond, c'est la remontée. La crise a été épurée, vous diriez ça aujourd'hui ?
Ou il y a encore des restes du Covid ?
Disons que du point de vue financier, l'accompagnement par les pouvoirs publics a permis d'éviter qu'en France, des salles ne ferment. C'est-à-dire qu'après Covid, il y avait plus d'écrans qu'avant. Mais actuellement, il n'y a plus cet accompagnement-là. Il y a des crédits qu'il faut rembourser. Et certaines salles sont en difficulté. Mais les pouvoirs publics et singulièrement le Centre national de la cinématographie et l'image animée, le CNC, accompagnent ce secteur d'activité et nous permettent d'envisager des perspectives très bonnes. Pas simplement par le nombre d'écrans, qui est un des grands atouts, mais également la qualité des salles, la proximité, le fait que c'est le réseau.
Nous avons en France la chance de bénéficier du réseau de salles de la meilleure qualité, de la plus grande diversité, de la plus grande proximité avec les publics.
Il n'empêche que certains préfèrent leurs canapés et les plateformes.
Ça, c'est un problème de fond, un peu structurel. Ce n'est pas nouveau avec, au milieu du XXe siècle, l'arrivée de la télévision, multiplication des chaînes, l'arrivée, bien sûr, qualité des écrans de télévision, la haute définition, le son, la vidéo, et maintenant vidéo à la demande par abonnement. On voit bien, et peut-être plus encore, les réseaux sociaux, ça va être TikTok, mais ça va être aussi YouTube, Instagram, etc. C'est-à-dire que le temps passé à toutes sortes de propositions d'images animées sonores constitue une concurrence frontale par rapport aux autres, finalement, manières d'utiliser son temps, et notamment aller dans une salle du cinéma.
Donc, cette question de la concurrence, elle n'est pas nouvelle. Elle est sans doute intensifiée ces dernières années, justifiant de continuer, comme le disait magnifiquement Céline, la script qui s'est exprimée, disons, la passion du cinéma, continuer à travailler, à aimer ce que l'on fait, et on a la chance en France d'avoir des professionnels de très grand talent.
Je suis heureux qu'on ait pu écouter une technicienne du cinéma, et ils sont très nombreux dans des métiers différents, et qui permettent, alors on pense souvent aux réalisatrices, aux réalisateurs, on pense aux productrices, producteurs, mais finalement, il y a la distribution, il y a les salles du cinéma, et l'ensemble de ces professionnels sont très engagés pour pouvoir permettre au cinéma de continuer à rayonner et à donner envie, finalement, d'aller le voir, et notamment sur grand écran.
Je vous conseille d'écouter toute la série de Laetitia Gaillet, ses portraits de la semaine dans Regards de la France, c'était justement que des métiers de l'ombre du monde du cinéma, ça devrait vous plaire, Laurent Creton, professeur d'économie du cinéma à l'université Sorbonne-Nouvelle, et puis le cinéma, les Césars, seront aussi au menu du débat de 9h25, avec cette question, qui mérite la statuette ? Merci d'avoir regardé cette vidéo !