Catherine Vautrin défend la banlieue face à Zemmour - On n'est pas couché 28 octobre 2006
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 35 %Attaque 45 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:47RelanceRéponse directe
Madame Votrin, c'est plutôt l'inverse.
- 1:12OuverteRéponse directe
Éric Zemmour, je suis obligé de vous interrompre, parce que tout le monde réclame un peu plus d'argent pour les banlieues.
- 2:01RelanceRéponse directe
Ça veut dire quand même que pour les autres, ils allaient vous faire foutre, quoi.
- 2:28OuverteRéponse directe
Vous êtes déjà allés concrètement au bosquet ?
- 2:53OuverteRéponse directe
Si vous vous permettez, c'est à la fois, vous avez raison, et en même temps, c'est plus compliqué.
- 4:13RelanceRéponse partielle
Il n'est pas vrai, mais reconnaissez quand même que la lutte contre les discriminations, heureusement qu'on a mis en place la haute autorité...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:02InvitéFait
« En 2004, on a sorti un plan, ça s'appelait le plan de cohésion sociale. »
- 0:09InvitéFait
« Depuis 15 ans en France, il y avait un fossé qui se creusait entre les parents dont les enfants ont un avenir et ceux qui en sont privés. »
- 0:49Invité politiqueFait
« Depuis 20 ans, on nous parle de politique de la ville. On dépense un argent considérable et au contraire, ça s'aggrave. »
- 1:31Invité politiqueFait
« On a constitution dans d'innombrables villes, de réseaux mafieux qui font des trafics, trafics de drogue, trafics de voitures volées, trafics, etc. »
- 2:44InvitéChiffre
« Quand il y a 40 000 voitures brûlées dans les quartiers de France, qui sont les premiers pénalisés ? Ce sont bien sûr les habitants des quartiers. »
- 3:45Invité politiqueFait
« Moi je fais partie d'une mission parlementaire sur les quartiers en difficulté qui examine la politique de la ville depuis 1990. »
- 6:04Invité politiqueChiffre
« En vérité, la banlieue avec 40 à 50% de chômage parmi les jeunes, aurait dû exploser depuis longtemps. »
- 6:34Invité politiqueChiffre
« Ça s'appelle SOS Victimes 93, budget annuel pour suivre 160 enfants, 30 000 euros. »
- 6:44InvitéChiffre
« La Seine-Saint-Denis, en 2004, on donnait au département de Seine-Saint-Denis, et c'est normal, c'est l'un de ceux qui cumulent le plus de difficultés. On donnait 54 millions d'euros aux associations, on donne cette année 76 millions d'euros. »
- 7:53PrésentateurFait
« À Clichy-sous-Bois, il n'y avait pas de commissariat, on va en faire un, mais il n'y avait pas de commissariat. »
Temps de parole
- Invité38 %
- Catherine Vautrin23 %
- Éric Zemmour21 %
- Invité 210 %
- Présentateur9 %
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Moi je vais vous rappeler un élément. En 2004, on a sorti un plan, ça s'appelait le plan de cohésion sociale. On a sorti ça avec Jean-Louis Borloo. La conclusion de ce document, c'était que depuis 15 ans en France, il y avait un fossé qui se creusait entre les parents dont les enfants ont un avenir et ceux qui en sont privés. Et que quelque part, à côté de cet énorme gâchis, on avait l'impression que c'était la rage au ventre à la place des diplômes. C'était le document public donné en juin 2004.
C'est dire si le constat il est là, c'est dire si les moyens, il faut les mettre en place, il faut changer, il faut construire, il faut changer les logements, il faut apporter des réponses à l'ensemble des habitants. Et que tout ça, ça ne se fait pas en trois jours.
Madame Votrin, c'est plutôt l'inverse. Depuis 20 ans, on nous parle de politique de la ville. On dépense un argent considérable et au contraire, ça s'aggrave. Alors, à quoi ça sert ? Je veux dire, on a eu une époque où il n'y avait pas de politique de la ville, on ne se sortait pas plus mal. C'est un argent qu'on déverse pour rien, c'est l'argent du contribuable qu'on déverse pour rien. Et tout ça, pour que ça s'aggrave. Moi, je ne pense pas que les... C'est pas parce qu'on abattra...
Éric Zemmour, je suis obligé de vous interrompre, parce que tout le monde réclame un peu plus d'argent pour les banlieues. Vous vous dites, il ne faut pas en donner.
Non, non. Non, moi, je t'estime que c'est de l'argent jeté par les fenêtres. Mais pourquoi ? Parce que je vais vous dire pourquoi. Parce qu'en fait, le vrai problème, c'est... Aujourd'hui, on voit des bus qui brûlent, des policiers qui sont pris dans des guet-apens. C'est très simple. On a constitution dans d'innombrables villes, de réseaux mafieux qui font des trafics, trafics de drogue, trafics de voitures volées, trafics, etc., qui ont décidé de prendre possession de ces territoires. Ils estiment que c'est leur territoire. Ils sont chez eux. Et donc, ils chassent tous les services publics qui viendraient, c'est-à-dire pompiers, médecins, flics et bus.
Ça veut dire quand même que pour les autres, ils allaient vous faire foutre, quoi. C'est-à-dire que si quelqu'un a pris possession de votre territoire, et que vous en faites partie, ça veut dire qu'on ne vous aide pas, tant pis pour vous, si quelqu'un a pris possession de votre territoire. Ce que je veux dire, c'est que... On ne peut surtout pas parler de gâchis. Ce qu'on peut surtout constater, c'est que pendant trop longtemps, il ne s'est rien passé dans ces quartiers. Et qu'à partir du moment où on a laissé faire trop longtemps, sans s'occuper réellement, sans apporter de réponse, et en laissant certains quartiers en voie de ghettoïsation, vous êtes déjà allés concrètement au bosquet ?
Vous êtes déjà allés à Clichy-Montfermeil ? Vous êtes déjà allés dans d'autres quartiers comme Vénitieux, voir ce qui s'y passait ? C'est digne d'une République ? Sûrement pas. Et que les premières victimes, ce sont les habitants des quartiers. Quand il y a 40 000 voitures brûlées dans les quartiers de France, qui sont les premiers pénalisés ? Ce sont bien sûr les habitants des quartiers.
Si vous vous permettez, c'est à la fois, vous avez raison, et en même temps, c'est plus compliqué.
C'est déjà pas si mal.
Parce qu'effectivement, les victimes, vous avez tout à fait raison, les voitures qui brûlent, c'est jamais les voitures dans le 7e arrondissement, mais c'est dans ces bonlieux-là. C'est celles des habitants qui vont passer à l'heure. Il y en a eu. Il y en a eu, mais enfin c'est rare. L'année dernière. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que les trafics, ils profitent à beaucoup de gens. Il y a beaucoup de gens qui vivent sur ces trafics. Et je vais vous dire quelque chose. Je pense que s'il n'y avait pas ces trafics, s'il n'y avait pas beaucoup de gens qui vivaient de ces trafics, au-delà des bandes, et bien ça aurait explosé depuis bien longtemps. Depuis bien longtemps.
Moi je pense, Eric Zemmour, que vous faites un travail extrêmement dangereux. C'est-à-dire que vous tenez sur les banlieues le discours de ceux qui n'y mettent jamais les pieds. Je crois. Mais ça fait longtemps que vous avez quitté les banlieues. Parce que les banlieues, les banlieues, ce n'est pas les zones des endroits que vous décrivez. Les banlieues, c'est des zones dans lesquelles la politique de la ville n'a pas fait assez de choses, mais a permis de faire beaucoup de choses. Moi je fais partie d'une mission parlementaire sur les quartiers en difficulté qui examine la politique de la ville depuis 1990. Depuis la création de la politique de la ville.
Et je suis allée dans des quartiers avec des sénateurs qui étaient convaincus que c'était n'importe quoi. Qu'il fallait arrêter ça. Qu'on gaspillait de l'argent. Et après quelques mois d'études, ils ont totalement changé d'avis. Et ils sont revenus à une vision au contraire beaucoup plus proche de la réalité. A savoir que les gens, ils demandent du respect, de la lutte contre les discriminations, du travail, des logements, des centres, des services publics, des transports publics.
Il n'est pas vrai, mais reconnaissez quand même que la lutte contre les discriminations, heureusement qu'on a mis en place la haute autorité...
Mais chacun prend sa pierre, madame Vérin. Je ne pense pas que là-dessus... Le fait que la mission sénatoriale dise par exemple on a eu tort de supprimer la police de proximité. On doit revenir à une police citoyenne, mieux formée, plus en brunée, avec des cadres.
Mais vous savez comme moi qu'aujourd'hui...
Ils avaient peur des voyous. C'était eux qui avaient peur. Ce n'étaient pas les voyous qui avaient peur, Dominique Voinet.
L'important c'est d'avoir une approche qui soit une approche de sécurité. Et qu'on ait la police tout le temps dans le quartier, y compris au moment où les incidents les plus graves se passent, c'est-à-dire la nuit. Il y a eu 25 plans qui ont été faits, qui étaient des plans insuffisants, qui ne permettaient pas de s'attaquer réellement aux besoins. Que veulent les gens ? Ils veulent des logements propres, ils ne veulent plus de ces grandes barres, ils veulent être dans des conditions décentes, dans lesquelles ils puissent élever tranquillement leurs enfants. C'est ce qui se fait aujourd'hui. Guillaume, attendez, vous parlez tout à l'heure. Je peux juste m'expliquer.
Guillaume, il y a un peu de dire quelque chose. Non mais parce que vous disiez justement que vous étiez né en banlieue. Mais si les gens réagissaient comme vous, à l'époque à laquelle vous avez grandi en banlieue, si les gens réagissaient comme vous, si les gens avaient dit ce que vous venez de dire, c'est-à-dire de dire de toute façon la banlieue, ça ne sert plus à rien de s'en occuper, parce que de toute façon elle est prise d'assaut par des caïds. C'est lamentable de dire un truc pareil, vous vous rendez compte ce que ça veut dire ? Mais il n'y a pas du tout. Je n'ai pas dit ça. Si, parce que ça veut dire qu'il y a des habitants. Non, non, non, attends, laisse-moi finir, laisse-moi finir.
Il y a des gens qui vivent dans ces banlieues qui ne sont pas des caïds, qui ne sont pas des trafiquants de drogue. C'est pas fait, évidemment. Donc c'est ignoble de dire un truc pareil, de dire de toute façon on dépense trop d'argent pour les banlieues, ça veut dire allez vous faire foutre, il y a des trafiquants de drogue, on ne s'occupe plus de vous. C'est ça que ça veut dire.
Pas du tout, mais pas du tout. Ce que j'ai voulu dire, c'est que la politique de la ville, c'est-à-dire changer l'habitat, croire que c'est ça qui va régler le problème, arroser de subventions, on n'arrose pas de subventions, mais si c'est comme ça que ça tient, en vérité, la banlieue avec 40 à 50% de chômage parmi les jeunes, aurait dû exploser depuis longtemps. On tient pour deux raisons, on tient parce qu'on arrose de subventions, et on tient, mais si, mais si, et on tient parce que les trafics nourrissent...
Une association d'aide aux victimes, aux enfants victimes de viol et de violences familiales, est en train de mettre la clé sous la porte en Seine-Saint-Denis, dans mon département. Ça s'appelle SOS Victimes 93, budget annuel pour suivre 160 enfants, 30 000 euros. C'est pas un luxe. Il manque 5 000 euros pour finir l'année. Qu'est-ce qu'on fait ?
La Seine-Saint-Denis, en 2004, on donnait au département de Seine-Saint-Denis, et c'est normal, c'est l'un de ceux qui cumulent le plus de difficultés. On donnait 54 millions d'euros aux associations, on donne cette année 76 millions d'euros. Alors vous avez raison, si dans ce département, on ne peut pas trouver 30 000 euros, il y a un problème quand on en reçoit. Mais pas aux bonnes associations, dis-t-il certainement ? Alors justement, et c'est de ça dont il faut que nous parlions.
Parce que ce que nous avons changé, et moi non plus, je n'ai pas envie de polémiquer, mais ce qu'on a cherché à faire, c'est précisément d'aider ceux qui sont au cœur des dispositifs, c'est-à-dire les associations, c'est-à-dire le relais républicain, qui s'appelle le maire. Parce que qu'on le veuille ou non, on a des gens qui sont tous les jours sur le terrain, qui sont ceux qui connaissent les associations. Michel Pollack.
Écoutez, vous parlez tous beaucoup sans citer d'exemples précis. Moi, je voudrais dire, je viens de lire cette semaine, un livre qui vient de sortir, qui est bouleversant, c'est celui du maire de Clichy-sous-Bois, Claude Dillon, chronique d'une proche banlieue. C'est un homme que j'admire extraordinairement, parce qu'il a fait de la politique très tardivement, c'est un pédiatre qui travaille à Clichy, et il nous donne des exemples. À Clichy-sous-Bois, il n'y avait pas de commissariat, on va en faire un, mais il n'y avait pas de commissariat. C'est quand même assez incroyable. Il n'y a pas de transport en commun. Pas de transport en commun.
Une heure pour aller à Paris, pour aller au travail, une heure pour revenir. Ici, je tombe sur un exemple, parce qu'on a tellement, des distributeurs automatiques. Il y en a trois pour 28 300 habitants. À la poste, il faut attendre au moins une heure. On fait la queue pour pouvoir faire quelque chose. Ça, dans le 8e arrondissement aussi. Pas une heure quand même.
Mais aujourd'hui, la difficulté de Clichy-sous-Bois, aujourd'hui, c'est quoi ? C'est de mettre en place tous ces dispositifs. On va enfin poser une première pierre en matière de logement. On a mis 18 mois. Pourquoi ? Parce qu'on avait des problèmes de foncier, vous le savez bien. Et qu'en Seine-Saint-Denis, ça fait maintenant des années qu'on se battait pour reloger les gens. Aujourd'hui, les enfants de Seine-Saint-Denis, c'est quoi le sujet ? C'est comment on accompagne ces enfants qui sont seuls, livrés quelquefois à eux-mêmes le soir. Et comment on aide ces enfants ? Quand vous dites des enfants qui sont livrés à eux-mêmes le soir.
La réalité, c'est que la maman qui doit partir bosser, qui part tout le matin, qui rentre tard le soir, qui a des heures de bus, et qui va ramener un tout petit salaire, qui va revenir crever, qui n'aura pas toujours le courage de suivre les doigts de ses gamins, elle vous entend et elle se dit « Je suis vraiment... » Je n'ai pas de valeur, je ne vaux rien.
La différence entre nous deux, c'est que vous avez fait le constat, mais malheureusement, pas apporter les solutions. Et ça, vous le savez bien. Je suis honnête.
Dans certains domaines, il y a eu des progrès. Dans d'autres, il y a eu des reculs. Je citais tout à l'heure la police de proximité. On aurait pu citer les services publics, en prenant service par service, ce qui s'est passé. Le problème, c'est qu'on n'arrive pas à construire dans la durée. Moi, je pense qu'au-delà des alternances politiques, on a besoin de continuité, on a besoin de ténacité. On n'a pas besoin d'idéologie et d'opposer les gens les uns aux autres. Comme le français, c'est pas démagoce en face de moi. Mais à votre avis, mais à votre avis,
Catherine Vautrin