Philippe Croizon - Paralympiques : nouveau regard sur le handicap ? #cdanslair l'invité 30.08.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Philippe Croizon, bonsoir.
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Vous êtes athlète, conférencier, auteur de « Tout est possible » avec un point d'interrogation à vous de jouer, c'est aux éditions Arthaud. On va d'abord revenir sur votre histoire personnelle.
- 0:19OuverteRéponse directe
Vous avez été amputé des 4 membres après avoir été électrocuté à l'âge de 25 ans.
- 0:52OuverteRéponse directe
Voilà, on voit des photos. Ça représente quoi pour vous cet exploit ?
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Qu'est-ce que ça change quand on est handicap, quand on a un handicap de naissance, ou quand on l'a eu, comme vous, suite à un accident à 25 ans, malencontreusement ?
- 2:25OuverteRéponse directe
Alors justement, là, qu'est-ce qu'on va voir, là, pendant, qu'est-ce qu'on voit en ce moment ? On voit des médailles, on voit du sport, ou on voit un spectacle qui peut changer notre regard sur le handicap ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Vous avez touché malencontreusement une ligne électrique à 20 000 volts alors que vous étiez sur le toit de votre maison en train d'essayer de démonter une antenne de télévision. »
- 0:40PrésentateurFait
« de traverser la Manche à la nage en 2010, donc 38 km en 13h26, me disiez-vous juste avant le début. »
- 1:02InvitéFait
« Le premier, c'est l'accident, où il va falloir 10 ans d'acceptation, de franchir les fameuses phases du deuil, la colère, la négation, la dépression, et ainsi de suite, jusqu'à l'acceptation. »
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« je suis gras comme un lardon, je n'ai jamais fait ce fort de ma vie, je ne sais pas nager, je monte une équipe et je dis voilà, transformez-moi. »
- 1:25InvitéFait
« un jour, je traverserai la Manche à la nage. C'était dans ma tête. »
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« l'outil de résilience qui m'a vraiment reconstruit, c'est le sport. »
- 2:16InvitéFait
« si on vous donne vos bras et vos jambes, est-ce que vous retournez à votre vie d'avant ? Ma réponse est non. »
- 2:56InvitéFait
« Ce ne sont pas des personnes en situation de handicap, ce sont des personnes capables autrement, parce que ce n'est pas nous qui sommes en situation de handicap, c'est notre société. »
- 3:02InvitéFait
« Si notre société, elle est adaptée, je ne suis plus en situation de handicap, je suis un citoyen comme tout le monde. »
- 5:52InvitéFait
« Pendant des décennies, dans le monde des médias, ou même dans le monde tout court, on a caché le handicap. Le handicap était anxiogène. »
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« Handicap égal non performant, non compétitif. »
- 6:22InvitéFait
« Moi, quand j'ai eu mon accident il y a 30 ans, et aujourd'hui, effectivement, il y a de la progression. »
- 6:48InvitéFait
« on nous avait promis que tous les enfants en situation de handicap auraient un accès à l'école. »
- 8:32InvitéFait
« on a créé une application qui s'appelle Véry Important Parking for Véry Important Personne. »
Temps de parole
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- Présentateur37 %
- Présentateur 24 %
- Invité 23 %
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– Philippe Croison, bonsoir. – Bonsoir. – Vous êtes athlète, conférencier, auteur de « Tout est possible » avec un point d'interrogation à vous de jouer, c'est aux éditions Arthaud. On va d'abord revenir sur votre histoire personnelle. Vous avez été amputé des 4 membres après avoir été électrocuté à l'âge de 25 ans. Vous avez touché malencontreusement une ligne électrique à 20 000 volts alors que vous étiez sur le toit de votre maison en train d'essayer de démonter une antenne de télévision. Mais cela ne vous a pas empêché de faire ce que très peu de Français seraient capables de faire, de traverser la Manche à la nage en 2010, donc 38 km en 13h26, me disiez-vous juste avant le début.
Voilà, on voit des photos. Ça représente quoi pour vous cet exploit ?
– C'est le deuxième changement de vie. Le premier, c'est l'accident, où il va falloir 10 ans d'acceptation, de franchir les fameuses phases du deuil, la colère, la négation, la dépression, et ainsi de suite, jusqu'à l'acceptation. Et à ce moment-là, 10 ans plus tard, j'ai 40 ans, je suis gras comme un lardon, je n'ai jamais fait ce fort de ma vie, je ne sais pas nager, je monte une équipe et je dis voilà, transformez-moi.
Puisque après deux mois de coma, sur mon lit d'hôpital, quand je me suis surveillé, j'ai demandé à une infirmière de l'aimer à la télévision et la première chose que je vois, une fois que j'ai décidé de vivre pour mes deux garçons et pour moi, c'est une jeune fille traverser la Manche à la nage, et je dis un jour, je traverserai la Manche à la nage. C'était dans ma tête.
Vous avez dit, le premier choc, évidemment, c'est l'électrocution, il va fallu 10 ans d'acceptation. Qu'est-ce que ça change quand on est handicap, quand on a un handicap de naissance, ou quand on l'a eu, comme vous, suite à un accident à 25 ans, malencontreusement ?
Ce qui change, c'est un détail important, c'est l'adaptation, c'est-à-dire que quand on est enfant, qu'on est avec un handicap, on s'adapte au fur et à mesure, surtout si les parents nous laissent le temps de nous adapter et ainsi de suite, parce que parfois, les enfants, les parents sont un peu trop à coucouner leur enfant en situation de handicap, il faut qu'ils apprennent. C'est une erreur, ça ? Ah mais c'est une erreur, il faut les lâcher, il faut les mettre au sport, il faut leur montrer une autre vision des choses, parce que moi, l'outil de résilience qui m'a vraiment reconstruit, c'est le sport. Sans le sport, je n'aurais été jamais le personnage que je suis donné aujourd'hui.
Donc j'aime ma vie d'aujourd'hui, elle est riche. Très souvent, dans mes conférences, on me dit à la fin, si on vous donne vos bras et vos jambes, est-ce que vous retournez à votre vie d'avant ? Ma réponse est non. Non, parce que j'aime ma vie d'aujourd'hui, parce que j'en ai fait quelque chose, elle est super riche, donc je l'adore, je l'aime.
Alors justement, là, qu'est-ce qu'on va voir, là, pendant, qu'est-ce qu'on voit en ce moment ? On voit des médailles, on voit du sport, ou on voit un spectacle qui peut changer notre regard sur le handicap ?
Ah, je dirais les deux. Les deux, vous avez entièrement raison, les deux, c'est à la fois des athlètes d'au niveau, qui se sont préparés pendant 4 ans pour voir le drapeau bleu blanc-rouge se lever devant eux, entendre la Marseillaise, avoir la médaille autour du cou, donc ce sont des sportifs d'au niveau, et accessoirement, ce sont des personnes en situation de handicap, mais jamais l'inverse. Pardon, je préfère changer ce terme. Ce ne sont pas des personnes en situation de handicap, ce sont des personnes capables autrement, parce que ce n'est pas nous qui sommes en situation de handicap, c'est notre société.
Si notre société, elle est adaptée, je ne suis plus en situation de handicap, je suis un citoyen comme tout le monde, je peux faire ce que je veux, alors qu'aujourd'hui, encore, on est un petit peu coincé.
Alors justement, il ne faut pas dire handicapé, il faut dire personne en situation de handicap. Non, mais c'est le Parisien hier qui a fait un petit brève hier, de attention aux fautes de quart, en disant il ne faut pas dire nain, il ne faut dire personne de petite taille, même si dans l'article, il y avait un peu d'autocritique, en disant arrêtons ces excès de précautions, quand on parle à des personnes handicapées, parce que nous-mêmes, nous avons beaucoup d'autodérision sur notre propre situation. Je vous propose de regarder à cet égard ce sujet de Justine Weid.
Ces derniers mois, nous avons rencontré les athlètes paralympiques, et une chose est sûre, il ne manque pas d'autodérision, comme lorsque l'équipe de basket-fauteuil détaille les critères de sélection à nos journalistes.
Il faut généralement avoir un handicap, on va dire, sur trois membres. Moi, si je veux pratiquer de la compétition, je ne rentre pas dans le GQ. Il va falloir continuer à t'amener. On va couper deux, trois trucs. Et les doigts, justement, quand il y a des chocs latéraux, on ne se pince pas les doigts ? Je ne sais pas, je n'en ai pas.
Le second degré est tellement présent chez les sportifs que le comité d'organisation s'en empare sur les réseaux sociaux pour attirer de nouveaux spectateurs aux épreuves.
Ça va ? Et c'est où ? Ça vous invalide ? Oui, tu m'étonnes.
Ça vous irrite, cette compassion un peu... Teddy Riner, qu'on admire tout, a été très critiqué en disant que ce sont des super-héros.
Oui, mais qui a été critiqué par des idiots, qui ne comprenaient rien. Teddy Riner, quand on le connaît, je le connais très très bien, il l'a dit avec le cœur, il l'a dit avec ses tripes, il n'a pas réfléchi une seconde. Donc c'est du naturel. Non, non, non. Alors oui, effectivement, on n'est pas des super-héros, je l'ai dit tout à l'heure. On est des gens qui travaillons pour réaliser leurs rêves, simplement. L'impossible, c'est juste nous. C'est quoi nos rêves ? C'est quoi nos envies ? C'est quoi nos objectifs ? Donc, ce sont des athlètes de haut niveau qui sont préparés pendant quatre ans. Il n'y a pas de héros là-dedans. C'est juste des gens, normal, normal, normal.
Alors, vous m'avez dit, il y a le sport, moi qui m'a permis de m'en sonner, de retrouver de l'optimisme, de la joie de vivre, l'humour. Et l'humour comme si... Non, mais je reviens sur ma question. La compassion qu'on peut... Et la précaution qu'on peut parfois avoir envie d'employer quand on parle à des personnes en situation de handicap.
C'est une erreur. Mais bien sûr, il faut parler normalement. Moi, l'humour, c'est un de mes outils résiliens. D'ailleurs, j'en ai écrit un livre qui s'appelle Pas de bras, pas de chocolat également. Donc, c'est que des bêtises qui m'arrivent au quotidien. Vous voyez, moi, j'adore... J'ai de l'autodérision. Des fois, peut-être un petit peu trop, parce que même sur mes réseaux sociaux, on me dit, là, Philippe, tu vas peut-être un petit peu trop loin. Mais j'aime bien aller loin. J'aime bien piquer les gens. Et quand je dis qu'il faut rester normal, des fois, je vais au restaurant, le serveur, il donne une carte à tout le monde. Et moi, la mienne, il l'a dans le dos.
Et le gars, il en panique, parce qu'il n'a jamais été confronté à un handicap. Il ne sait pas, il a peur. Et moi, je le regarde, je dis, je sais lire. Et ça lui fait du bien, il me donne la carte. Mais c'est à moi de briser la glace encore un petit peu. Parce que notre société, elle n'a jamais été confrontée au handicap. Pendant des décennies, dans le monde des médias, ou même dans le monde tout court, on a caché le handicap. Le handicap était anxiogène. Le handicap, c'était égal. Cosette était nardier. Handicap égal non performant, non compétitif. Et aujourd'hui, c'est plus ça.
Alors justement, est-ce que la situation s'est améliorée au fil des décennies ? Est-ce que c'est plus facile aujourd'hui pour un non-voyant, pour une personne en fauteuil roulant, d'aller à l'école, et qu'il vaut mieux être née aujourd'hui que dans les années 70, par exemple ?
Là, on est entièrement d'accord. On a évolué. Moi, quand j'ai eu mon accident il y a 30 ans, et aujourd'hui, effectivement, il y a de la progression. Mais elle est faible. Elle est petite. On met toujours des pansements. On met des rustines. Regardez les débats politiques. À chaque fois qu'il y a un débat entre les deux tours, le premier, ça a été Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qui se sont rentrés dedans à sujet du handicap. Maintenant, à chaque débat entre deux tours, il y a la question du handicap. Elle est obligatoire. Pourquoi ? Parce qu'on va faire pleurer dans les chômières. On va avoir un bulletin de vote supplémentaire.
Mais après, derrière, la réalité, regardez, on nous avait promis que tous les enfants en situation de handicap auraient un accès à l'école.
Alors, il y a des milliers d'enfants handicapés sans solution. Alerte l'UNAPI.
Mais oui, parce qu'aujourd'hui encore, c'est là où je ne comprends pas, que ce soit les régions, l'État, les départements, parce que c'est eux qui financent les aides pour l'école. Aujourd'hui encore, on va dire à ces enfants, mon petit, on est désolé, on ne peut pas mettre 900 euros pour toi par mois à vie, pour toi maintenant, parce qu'on n'a pas les moyens. Mais rassure-toi, tu seras en échec scolaire, donc tu ne pourras pas vivre du fruit de ton travail. Donc l'État te donnera le minimum pour vivre chaque mois. Il y a un problème de calcul ?
Je vais vous raconter, moi, dans les écoles de mes enfants, il y a des gens non-voyants, ils ont même des professeurs non-voyants, il y a des gens en fauteuil roulant. Ça leur apporte aussi aux valides, énormément.
Mais bien sûr, c'est le changement de notre société, l'évolution.
Ils n'ont plus du tout
cette compassion et il y a un naturel qui se crée. Ah mais complètement, quand je vais dans une école et je dis, par exemple, il y a le petit Maxime, je dis Maxime, c'est qui pour toi Thomas à côté là ? Thomas, il est en fauteuil. Maxime, sa première réponse, c'est mon copain. Oui d'accord, mais non, mais c'est mon copain, point. Ça y est, il est là le changement de regard. Non seulement les Jeux paralympiques vont faire une accélération parce que le premier changement, c'était Londres 2012. C'était une révolution dans le monde entier. C'était la première claque.
Et j'espère que la deuxième claque, parce que les Jeux paralympiques sont revenus en Europe, ici à Paris 2024, ça sera vraiment la deuxième claque qu'on va prendre dans la tronche et qu'on va essayer de comprendre qu'on est des vrais citoyens et qu'on veut vivre du fruit de notre travail, ne pas être dépendant de la société.
Alors, ça s'est amélioré, mais il y a encore beaucoup de choses à faire. Oui. Il y a des pays à l'étranger, j'imagine, qui sont bien plus avancés que nous. Des petites choses simples qu'il faudrait mettre en place pour vous faciliter, pour faciliter l'inclusion et qu'on puisse tous faire société ensemble.
L'accessibilité des lieux publics, ça me paraît évident, même les commerçantes. Si j'ai un message à ne pas passer aujourd'hui aux commerçants, on a créé une application qui s'appelle Véry Important Parking for Véry Important Personne. Les commerçants peuvent aujourd'hui déclarer leur commerce accessible. J'ai juste envie de dire aux commerçants que... C'est quoi ? C'est une rampe ? Une rampe, une porte automatique, un truc comme ça, quelques frais, mais c'est 10 à 12% de chiffre d'appare supplémentaire. Parce que je parle d'accessibilité universelle.
L'accessibilité, elle n'est pas que pour nous, elle est aussi pour les personnes âgées, pour les parents avec les poussettes, pour les livreurs, pour quelqu'un qui a un handicap juste pendant un certain temps, qui est la jambe dans le plat. Il est content d'avoir l'accessibilité. Quand on rénove une gare qui a des marches et qu'on a mis une rampe pour les personnes à l'autorité réduite, quand le TGV arrive, vous voyez beaucoup de gens vous qui prennent les marches avec la valise ? Tout le monde prend la rampe. C'est bien l'accessibilité pour tout le monde. Donc voilà, il faut aller vraiment là-dessus. Et donc, l'amélioration des villes. Et vous savez, la ville soit accessible.
Et on va y arriver. On va y arriver ensemble. Et ça, ça veut dire que c'est possible. Moi, je préfère montrer le côté positif. Regardez, eux, ils ont réussi. Ça veut dire que toi, tu peux y arriver aussi.
Bah déjà, traverser la manche à la nage. Tapeau. Merci. Merci beaucoup, Philippe Croison, pour votre enthousiasme et de montrer que tout est possible. Il y a un point d'interrogation dans votre livre.
Oui, parce qu'on est propriétaire de notre vie. C'est à nous de décider.
Voilà. À vous de jouer aux éditions Artho. Vous restez avec nous tout de suite. C'est dans l'air qui revient sur la situation politique du pays. C'est dans l'air qui est intitulé ce soir. Matignon, l'hypothèse Cazeneuve.