Melissa Laveaux, la douceur comme acte de résistance
Audio original de l'émission.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 97 %Défensif 3 %
Temps de parole
- Présentateur61 %
- Invité39 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il est un âge que l'on passe comme une frontière invisible vers le milieu de la vie, au-delà de laquelle nous ne devenons plus simplement « nous sommes ». Finis les promesses, finis les spéculations sur ce qu'on osera ou n'osera pas demain, le terrain qu'on avait en soi, la ressource d'explorer, l'envergure du monde qu'on était capable d'embrasser, on les a reconnus désormais. Désormais, ces mots de l'écrivain français Sylvain Prudhomme dans son roman « Par les routes » pour vous accueillir en douceur. Mélissa Laveau, bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous dans ce studio. Vous aussi, « Franchis cette frontière invisible du milieu de la vie », on est plusieurs à l'avoir fait.
Vous avez 40 ans et votre dernier album commence avec votre naissance et évoque des souvenirs. C'est parce que vous savez maintenant l'envergure du monde que vous êtes capable d'embrasser, que vous vouliez faire cet album qui commence avec votre naissance, vous vouliez revenir sur votre histoire.
Eh bien, j'ai voulu revenir sur tous les passages de ma vie où j'ai failli mourir, où j'ai vraiment rencontré le monde des esprits. Et ça commence avec ma naissance, parce que ma mère avait un cancer du col de l'utérus quand j'ai été conçue, qui a depuis disparu. Et en fait, j'ai eu beaucoup de passages, de rencontres avec la maladie, etc. Et je suis encore debout, mystérieusement.
Vous avez un jour, vous étiez petite, vous étiez sur une plage au Brésil et une très forte vague vous a emportée. Vous avez cru que vous alliez mourir ce jour-là. Ça vous a inspiré une des chansons de votre dernier album, album qui s'appelle « At my softest, I am most dangerous ». Et cette chanson, c'est Yemaya. Merci beaucoup d'être venue avec votre guitare pour nous l'interpréter. On vous écoute. J'ai l'impression que c'était difficile pour vous à la fin, sur le son de la guitare. Ça, c'est vraiment l'art d'improviser en studio, quasiment, parce qu'on a les conditions des matins d'été. On a très peu de temps pour faire les balances, mais vraiment, merci beaucoup.
Est-ce que vous voulez prendre place à côté de moi, en studio ? Vous êtes d'accord pour venir ? Merci d'avoir donc interprété pour nous ce titre Yemaya, extrait de votre album « At my softest, I am most dangerous ». Cinquième et dernier album, Mélissa Laveau. Merci beaucoup d'ailleurs à Ludovic Auger, qui est venue tout spécialement pour assurer la technique. Allez-y, tranquillement, on va tranquillement, vous et vos fantômes, vous accueillir autour de cette table, puisque vous nous avez dit tout à l'heure que vous chantiez avec des esprits. Excusez-moi, je vous fais courir, pardon. Je ne voulais pas du tout... Voilà, prenez place. Je pensais que vous seriez mieux assise que debout.
Et d'ailleurs, comme vous n'en faites pas mystère, peut-être que je peux dire que vous avez été faite, il y a deux ans, l'annonce d'une sclérose en plaque. Qu'est-ce qui vous fait oublier la douleur quand elle s'annonce, là, par exemple, quand vous chantez ?
La sclérose en plaque est une maladie qui... Les symptômes, ils sont empirés par la chaleur, par exemple. Du coup, je suis du côté de toutes les personnes avec une maladie inflammatoire qui est en train de souffrir en ce moment, cet été. Mais c'est aussi une maladie qui, vu qu'elle est déclenchée par des stress, des stress assez extrêmes, moi, le chant, même si c'est ma carrière, et du coup, c'est quelque chose qui est très important et qui demande énormément de travail, moi, j'ai une énorme joie de performer, de monter sur scène et tout.
Bien que, c'est sûr que, moi, j'ai mis des concerts qui sont assez longs, très bavards, et après deux heures sur scène, c'est vrai que j'ai un peu mal, que je me sens un peu rouillée. Mais sinon, non, j'ai toujours un plaisir à chanter.
Et vous nous disiez tout à l'heure que cet album, c'est à la fois le récit de, je ne sais pas comment il faut dire, de miracles peut-être, ou d'éveils, en tout cas de victoires, tous ces moments où vous avez frôlé la mort et que vous en êtes sortis et que vous nous parliez des esprits avec lesquels vous chantiez. Est-ce que vous chantez les fantômes ? Est-ce que vous chantez pour les fantômes ou est-ce que vous chantez avec les fantômes ?
Moi, je me considère un conteneur pour les fantômes. Parce qu'on me dit souvent que ma voix parlée ne ressemble pas à ma voix de chant. Et je dis parce que ce n'est pas ma voix, en fait. Quand je chante, il y a quelqu'un d'autre qui passe par là. Et vu que j'écris souvent du point de vue de différentes personnes, parfois encore en vie, parfois décédées, il y a une variété, il y a une panoplie de voix qui peuvent sortir et qui peuvent émaner. Et la dernière est celle des Yemanja. Pardon, des Yemanja, de moi. Et ce n'est pas quand j'étais petite, c'était il y a trois ans. Je vous imaginais toute petite. Vous voyez, c'est la musique que je l'imaginais.
Je n'ai pas été au Brésil toute petite parce qu'on n'avait pas vraiment le budget pour aller au Brésil. Vous étiez au Canada avec vos parents. On était au Canada. Le premier avion que j'ai pris était à 12 ans et c'était pour aller en Haïti. On ne prenait que des vacances pour aller voir la famille. Le Brésil, j'y étais grâce à l'Institut français. J'ai eu une tournée il y a trois ans, la même année, où j'ai été dépistée, diagnostiquée pour la skierose en plaques.
Vos parents sont haïtiens. Est-ce que, quand vous parlez de fantômes ou d'esprit, ce sont aussi les zombies qui sont très présents dans la tradition vaudou, encore prégnante en Haïti, enfin qui est prégnante en Haïti ?
Alors, mes parents sont très pieux et très catholiques. C'est pour ça que je parle d'homophobie dans mon album. Du coup, ils ne sont pas du tout vaudouisants. Et les zombies, ils ne sont pas des esprits. Ce sont des corps en chair. La Vierge Noire, par exemple. La Vierge Noire n'est pas un zombie, c'est une divinité. Et c'est aussi... Je ne sais pas si ça vaut la peine de le dire. C'est un saint, c'est les lois. Je comprends avec les lois, les diesses de l'amour, la Vierge Noire. Les zombies, on pourrait vraiment en parler, surtout via le spectre de l'écriture de Franck-Étienne, qui a parlé dans l'astre d'un défi. Justement, de la métaphore du zombie et de l'esclavage.
Alors, il y a plusieurs fantômes en vous. Aussi, celui du jazz, celui du hip-hop, celui des musiques créoles. Est-ce que ces univers se sont ouverts à vous l'un après l'autre ? Ou tous en même temps ?
Un peu tous en même temps, parce que je suis la génération de Napster. Et donc, moi, j'ai découvert la musique brésilienne en même temps que j'ai découvert le hip-hop des années 90 avec mon staff. Et du coup, j'ai un peu eu ma culture musicale un peu d'un coup. Et ça a continué parce qu'arrivée à la fac, j'étais animatrice d'une émission de radio. Et c'est comme ça que j'ai découvert beaucoup des artistes pour lesquels j'ai fait une première partie quand je suis arrivée en France, comme à Roquia Traoré, par exemple.
Merci beaucoup, Mélissa Laveau. C'est déjà la fin et c'est terrible parce que cette partie culture, comme on l'a dit, notre dernière page est toujours très courte. Merci beaucoup d'avoir été avec nous pour reparler de votre dernier album pour l'instant, le cinquième. Son titre, At My Softest, I Am Most Dangerous. Merci, Mélissa Laveau. Merci beaucoup.
Bonne journée.