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AutreLe Monde (sur YouTube)· 26 octobre 2018 12 minActualité / polémiqueJusticeEurope & internationalInstitutions & élections

Génocide au Rwanda : quel rôle a joué la France ?

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

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    « « Plus de 200 000 morts, peut-être 500 000. » »
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    « « Les Hutu tuent les Tutsi, et apparemment ont décidé de les tuer tous. Ça s’appelle un génocide. » »
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    « « 800 000 Tutsi qui seront assassinés par le pouvoir extrémiste hutu. » »
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    « « En 1993, la DGSE informe l’Elysée d’un « vaste programme de purification ethnique dirigé contre les Tutsi ». » »
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    « « Ce n’est pas la peine de découvrir sur un ton outragé qu’il y a eu des livraisons qui se sont poursuivies, c'est la suite de l'engagement d'avant. » »
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    « « Cette zone humanitaire sûre, elle était surtout sûre pour les génocidaires. » »
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    « « Bisesero est à mon avis un événement clef dans notre intervention au Rwanda. » »

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Dans les journaux télévisés, les Français découvrent ces images : « Plus de 200 000 morts, peut-être 500 000. Le bilan est si lourd au Rwanda que les chiffres n’ont plus la signification qu’ils devraient avoir. » « Les Hutu tuent les Tutsi, et apparemment ont décidé de les tuer tous.

Ça s’appelle un génocide. » Ce génocide, il va durer cent jours. Et, selon l’ONU, ce sont plus de 800 000 Tutsi qui seront assassinés par le pouvoir extrémiste hutu.

Quelques jours plus tard, sur une autre chaîne, un témoin accuse : Les gens qui ont fait la promotion de cette politique du pire d’extermination étaient Et de la part du gouvernement français, on n'a pas entendu une seule condamnation publique claire. Aujourd’hui encore, le rôle de la France dans ce drame est controversé. Des journalistes, des chercheurs, des juristes demandent depuis des années l’ouverture des archives : les notes, les rapports, les télégrammes diplomatiques émis par l’Elysée et les différents organes de l’Etat concernés.

En 2015, François Hollande avait pris l’engagement de les rendre accessibles. On en est loin : l’accès n’est donné que ponctuellement, et partiellement. Ce qui entrave le travail des juges et des historiens.

Mais, alors, de quoi parle-t-on ? Rappelons d’abord le contexte. Tout commence à l’époque de la colonisation belge.

Au sein de la société rwandaise, des Hutu et des Tutsi, un seul et même peuple avec des places différentes dans la société. Les Tutsi sont plutôt des propriétaires de troupeaux, et les Hutu, plutôt des paysans. Les colons belges attisent cette différence.

Ils s’appuient sur l’élite tutsi pour gouverner, ce qui crée des tensions et des frustrations. En 1962, le Rwanda devient indépendant. Les Hutu prennent le pouvoir. 10 000 Tutsi tués, 300 000 autres sont poussés à l’exil.

Dans les décennies qui suivent, certains revendiquent leur droit au retour. Et mènent des attaques régulières sur le territoire. En réponse : les Tutsi de l’intérieur servent de boucs émissaires.

Et, pendant près de trente ans, ils sont violemment réprimés par le pouvoir hutu. L’histoire s’accélère en octobre 1990. Une rébellion, menée par des réfugiés tutsi, entre en force au nord du Rwanda.

C’est le début de la guerre civile. C’est à ce moment-là que la politique de la France devient trouble. Vulnérable, le gouvernement de Kigali demande l’aide de la France.

Paris lui fournit des armes et entraîne l’armée régulière rwandaise. Mais, simultanément, la société rwandaise se radicalise. Une frange extrémiste du pouvoir hutu endoctrine les militaires et les civils.

Avec un but : exterminer les Tutsi. Déjà, des massacres sont commis. Et plusieurs témoins tirent la sonnette d’alarme : « Il s’agit de beaucoup plus que des affrontements ethniques.

C’est une politique organisée. On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crime contre l'humanité. Notre pays, s’il le veut, peut peser sur cette situation. » Dès 1990, l’ambassadeur de France à Kigali rapporte un risque « d’élimination totale des Tutsi ».

En 1993, la DGSE informe l’Elysée d’un « vaste programme de purification ethnique dirigé contre les Tutsi ». Malgré ces avertissements, Paris maintient son soutien au régime de Kigali. Pour la France, la priorité, c’est d’obtenir des accords de paix entre son allié, le pouvoir, et les rebelles du FPR.

Ces négociations finissent par avoir lieu. En août 1993, les accords d’Arusha prévoient le retour des exilés tutsi et le partage du pouvoir. Mais le 6 avril 1994, rebondissement : le président rwandais meurt en plein ciel, son avion abattu par deux missiles.

Les extrémistes hutu saisissent l’occasion pour s’emparer du pouvoir. Le génocide des Tutsi commence. Aussitôt, les premiers Tutsi sont assassinés.

Méthodiquement. Systématiquement. Et, avec eux, les opposants hutu.

Ces massacres, ils sont commis par l’armée rwandaise par des milices, et avec l'aide de la population. Encore aujourd’hui, des zones d’ombres empêchent de comprendre comment les extrémistes ont pu s’emparer du pouvoir : Les circonstances de cet attentat demeurent très opaques. En 2014, une enquête a conclu que le tir venait probablement d’un camp militaire tenu par l’armée.

Mais la boîte noire de l’appareil n’a jamais été retrouvée. On sait néanmoins que plusieurs militaires français se sont rendus sur les lieux du crash, dans les quinze minutes qui ont suivi. Plusieurs témoignages laissent penser qu’ils auraient récupéré la boîte noire.

Mais le rapport de mission des militaires n’a jamais été rendu public, même pour la mission parlementaire de 1998. Deuxième zone d’ombre : la formation du gouvernement intérimaire, qui déclenche le génocide. Car ce gouvernement ne s’est pas formé n’importe où : deux jours après l’attentat, les réunions des extrémistes hutu se déroulent au sein même de l’ambassade de France, à Kigali.

L’ambassadeur belge émet des réserves. Pas la France, qui reconnaît ce gouvernement. Elle le présente comme conforme à la logique des accords d’Arusha.

Elle recevra même le nouveau ministre des affaires étrangères, quelques semaines plus tard, à l’Elysée, alors que les massacres sont en cours. Troisième zone d’ombre : « Ce n’est pas la peine de découvrir sur un ton outragé qu’il y a eu des livraisons qui se sont poursuivies, c'est la suite de l'engagement d'avant. Ca n'a jamais été nié ça.

Ce n’est pas la peine de le présenter comme étant une sorte de pratique abominable masquée. » Officiellement, ces armes sont fournies par Paris pour combattre les rebelles tutsi du FPR. Mais le fait de livrer des armes à un gouvernement se livrant à des tueries de masse pose question.

Car, tout du long, l’Elysée était informé de la situation à Kigali. Exemple avec ce document, publié en 2017 par la revue « XXI ». Le 4 mai 1994, les services secrets alertent Paris sur « l’importance des massacres » et recommandent « une condamnation publique sans appel » des génocidaires.

Elle aura lieu mi-mai… « Génocide : “destruction systématique d’un groupe ethnique.” » … Mais sans désigner clairement les responsables. Alors, la France a bien fini par intervenir.

Face au retrait de la communauté internationale, Paris décide d’agir seul. En juin 1994 est lancée l’opération Turquoise. Officiellement, l’objectif est clair : « C’est une opération humanitaire, conduite dans un temps limité, avec l’objectif de sauver tous ceux que nous pourrons sauver des massacres. » Mais, là encore, plusieurs éléments posent question.

D’anciens militaires présents sur place affirment le contraire. C’est le cas de Guillaume Ancel, ex-lieutenant colonel engagé au Rwanda en 1994. « Le premier ordre d’opération que j’ai reçu, qui était un ordre préparatoire, c’était celui de préparer un raid sur Kigali pour remettre en place le gouvernement que nous soutenions.

Ensuite, j’ai été missionné pour déclencher des frappes aériennes contre les ennemis des génocidaires, le FPR, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet. Ça, ces opérations étaient clairement des opérations de soutien aux FAR, qui étaient juste en train de commettre le génocide sous nos yeux. » Deuxième point : Après sa chute, le gouvernement extrémiste hutu a fui au Zaïre, en passant par un territoire contrôlé par la France : la zone humanitaire sûre. « Cette zone humanitaire sûre, elle était surtout sûre pour les génocidaires.

Elle leur a permis de fuir tranquillement. Et ils sont allés se réinstaller tranquillement dans des camps de réfugiés, de l’autre côté de la frontière, pour continuer leur combat. J’ai assisté à une livraison d’armes, on m’a demandé de détourner l’attention de journalistes sur la base de Cyangugu, parce que justement un convoi d’armes partait vers le Zaïre.

Nous étions sous embargo de l’ONU, bien sûr, dans une mission dite humanitaire. Mais ce qu’il faut avoir en tête, c’est que ce ne sont pas mes compagnons d’armes qui ont décidé de livrer des armes. Cet ordre ne pouvait venir que du plus haut niveau de l’Etat. » Dernier point : Bisesero, c’est une chaîne de collines à l’ouest du Rwanda.

Le 27 juin, 2 000 rescapés tutsi y sont découverts par quelques militaires français. Blessés et affaiblis, ils sont toujours menacés de mort par les génocidaires. « Bisesero est à mon avis un événement clef dans notre intervention au Rwanda.

Le 27, mes camarades des FS trouvent des rescapés dans les collines de Bisesero. Et là, au lieu de les aider, ils reçoivent l’ordre de les laisser. Parce que ça n’est pas leur mission d’aider les rescapés.

Leur mission, c’est d’aller stopper les ennemis des génocidaires, le FPR. » De leur côté, les responsables de l’armée française affirment ne pas avoir été alertés avant le 30 juin. Date à laquelle des militaires redécouvrent ces réfugiés, qui seront finalement secourus.

Entre-temps, plus de la moitié ont été massacrés. Alors, est-ce que l’accès aux archives permettra d’éclaircir toutes ces zones d'ombre, une fois pour toutes ? Eh bien, pas nécessairement, puisque l’on ne sait même pas ce qu’il y a dedans.

Il est possible qu’elles révèlent peu d’informations. N’empêche : ouvrir les archives est une action concrète qui permettrait de lever certains doutes. « Il y a un sujet de société : comment est-ce qu’on peut contrôler les opérations qui sont menées en notre nom.

La France est intervenue dans le dernier génocide du XXe siècle sans jamais s’en prendre aux génocidaires et en les aidant. Est-ce que c’est acceptable ? Comment on peut s’assurer que ça ne se reproduise pas ? »