Retraites : quelle stratégie pour les Républicains ? - Aurélien Pradié - C à Vous - 15/02/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Est-ce que vous comprenez que vos électeurs ne comprennent plus les positions des LR sur la réforme des retraites ?
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Vos électeurs savent-ils encore à quelle droite se vouer ?
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Mais vous saviez combien il faudrait de durée de cotisation pour équilibrer le système ?
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Et donc de faire du Le Pen en moins bien ?
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Mais qu'est-ce que vous faites encore au sein des LR, alors ?
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Ce qui vous reproche, ce n'est pas d'essayer de mettre de la justice, c'est de ne pas financer vos promesses.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Nos électeurs ? Mais quels électeurs ? Ceux qui ont voté pour nous aux dernières élections présidentielles ? Ils étaient moins de 5%. »
- 0:43Invité politiqueFait
« nous avons toujours complété des mesures d'allongement de départ à la retraite par des mesures de justice sociale. »
- 0:58Invité politiqueFait
« Le système de pénibilité, c'est la droite qui le porte. »
- 1:03Invité politiquePromesse
« Je pense que la bonne réforme des retraites, c'est celle qui joue sur la durée de cotisation. »
- 1:11Invité politiqueFait
« La réforme que le président de la République propose, elle ne joue pas sur la durée de cotisation. Elle joue sur l'âge légal. »
- 1:27PrésentateurChiffre
« il y a à peu près 45 ans de cotisation. »
- 1:31PrésentateurFait
« C'est ce que vous défendiez encore jusqu'en novembre dernier, une réforme avec 45 années de cotisation. »
- 3:06Invité politiqueChiffre
« Savez-vous combien nous consacrons chaque année aux pensions d'invalidité ? 8 milliards d'euros. »
- 6:43PrésentateurChiffre
« Elisabeth Borne avait dit que ça coûterait 10 milliards d'euros. »
- 7:13Invité politiqueChiffre
« Le gouvernement lui-même l'a chiffré à 2 milliards. »
- 7:16Invité politiqueChiffre
« Je pense même qu'en réalité, ça coûte autour d'un milliard d'euros. »
- 9:20Invité politiqueFait
« elle n'aura pas la majorité à l'Assemblée. »
Temps de parole
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Est-ce que vous comprenez que vos électeurs, aujourd'hui, ne comprennent plus rien sur les différentes positions des Républicains sur cette réforme des retraites ? En gros, vos électeurs savent-ils encore à quelle droite se vouer ? Et est-ce que vous n'êtes pas en train de mettre en danger votre parti ?
Nos électeurs ? Mais quels électeurs ? Ceux qui ont voté pour nous aux dernières élections présidentielles ? Ils étaient moins de 5%. Est-ce que vous pensez vraiment qu'on peut résumer l'ADN de la droite depuis la nuit des temps, depuis le général de Gaulle, à la réforme des retraites à 65 ans ? C'est un peu plus que ça, la droite. D'ailleurs, si nous sommes précis depuis 30 ou 35 ans, à chaque fois que la droite a repoussé l'âge légal, au fond, depuis que François Mitterrand l'avait rabaissé largement, nous avons toujours complété des mesures d'allongement de départ à la retraite par des mesures de justice sociale. Le système de pénibilité, c'est la droite qui le porte.
Le système des carrières longues pour lequel je me suis battu constamment et pour lequel nous avons obtenu des avancées, c'est aussi la droite. Ma conviction profonde est la suivante. Je pense que la bonne réforme des retraites, c'est celle qui joue sur la durée de cotisation. Je l'ai toujours dit. Vous pouvez concéder que, au regard de ce que vous avez évoqué à l'instant, je l'ai toujours dit et je n'ai pas varié sur ce sujet et je ne varierai pas. La réforme que le président de la République propose, elle ne joue pas sur la durée de cotisation. Elle joue sur l'âge légal. Je pense que la durée de cotisation est plus juste. Vous commencez tôt, vous finissez tôt.
Ça me paraît être la bonne règle. Je l'ai toujours dit.
Mais vous saviez combien il n'y a pas d'âge légal ? Vous saviez combien il faudrait de durée de cotisation pour équilibrer le système ?
Ce n'est pas si simple que ça en réalité.
Oui, il y a à peu près 45 ans de cotisation.
Pas tout à fait. D'abord, la réalité, c'est qu'aujourd'hui, beaucoup de nos concitoyens...
C'est ce que vous défendiez encore jusqu'en novembre dernier, une réforme avec 45 années de cotisation.
Pour ceux qui ont commencé tard, la réalité, c'est qu'aujourd'hui, beaucoup de nos concitoyens font 45 annuités pour aller jusqu'à l'âge qui n'est pas l'âge légal, qui est l'âge d'effacement, les 67 ans. Dans tout cela, il y a une hypocrisie folle. Mais ce que je veux vous dire, c'est que moi, j'assume totalement peut-être de rompre avec ce que la droite a pu dire depuis 10 ou 15 ans, qui nous a coupé des Français qui travaillent dur.
Et donc de faire du Le Pen en moins bien ?
Non, pas du Le Pen. D'être juste. Sans financement ? Madame Le Pen, elle propose le retour à la retraite à 60 ans. L'ai-je proposé une seule fois ? Jamais. Ce que j'ai dit, c'est que je n'avais pas de désaccord aujourd'hui sur les 64 ans, que j'aurais préféré une autre réforme sur la durée de cotisation. Mais qu'il n'était pas question... Mon combat, et c'est celui que nous avons en grande partie gagné désormais, il n'était pas question que ceux qui ont commencé à travailler à 17 ans fassent une annuité de cotisation de plus que ceux qui ont commencé à 20 ans. Voilà le combat que j'ai mené constamment. Est-ce qu'il est absurde ? Non. Il est juste ce combat-là.
Mais qu'est-ce que vous faites encore au sein des LR, alors ? Puisque le président Éric Ciotti n'est pas du tout sur la même ligne que vous. Oui, c'est ce que Jean-François Copé aussi. Ce que Jean-François Copé a dit, c'est plus grave que ça. Si on fait la politique de la gauche, ça ne sert à rien d'être chez les LR.
Mais pardon, mais en quoi, ce que je dis, est-il de gauche ? Est-ce que respecter celui qui a commencé à travailler à 17 ans, est-ce que c'est être de gauche ?
Ce qui vous reproche, ce n'est pas d'essayer de mettre de la justice, c'est de ne pas financer vos promesses ou vos mesures.
Alors parlons du financement. Lorsque je me bats pour les carrières longues, pour faire en sorte que ceux qui ont commencé à 17 ans fassent 43 annuités de cotisation, comme les autres, je le finance. Savez-vous combien nous consacrons chaque année aux pensions d'invalidité ? 8 milliards d'euros. 8 milliards d'euros qui, chaque année, vont financer des pensions d'invalidité pour ceux qui ont commencé très tôt, la plupart du temps, dans des métiers très difficiles, et qui, de toute façon, ne peuvent pas aller jusqu'à l'âge légal.
J'affirme que lorsque l'on fait en sorte que ceux qui ont commencé tôt, dont les métiers sont les plus pénibles et les plus difficiles, peuvent partir plus tôt que les autres, en réalité, on fait des économies. Mais tout ce débat-là, on refuse de l'avoir. Vous vous rendez compte qu'on s'arc-boute aujourd'hui sur une date, un âge de départ à la retraite. Alors que le sujet, il est plus grand. Le sujet, c'est le travail. On nous parle de démographie aujourd'hui. Mais le sujet, ce n'est pas la démographie. Le sujet, c'est comment demain, nous travaillons un peu plus tout au long de notre vie, plutôt que de travailler davantage à la fin. Voilà les combats que j'ai menés.
Et je vais vous dire, je ne les ai pas menés pour moi. Je ne sais pas si je pèse 2, 3 milliards d'euros. Mais tout ce que je sais, c'est que ce combat-là, que nous avons mené et que j'ai mené depuis plusieurs semaines, parfois avec beaucoup de moqueries et de sarcasmes, où j'ai eu droit à toutes les caricatures, je suis fier de l'avoir mené pour les Français qui travaillent dur et qui vont en bénéficier.
Mais est-ce que ça va suffire, ces 3 milliards de concessions ? Ou est-ce que ça ne suffira jamais ? Vous allez maintenir le suspens jusqu'au bout et que vous chercherez toujours la petite bête pour ne pas avoir voté cette réforme. Vous n'avez aucun intérêt à vous rallier sur les choses.
Je ne sers pas d'intérêt tactique. D'abord, je suis député de la nation. Je tiens profondément à ma liberté. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, y compris quand mes amis politiques ont tenté de m'intimider, parfois même de me menacer, je leur ai gentiment expliqué que je ne cédais à aucune menace. Et c'est vrai que j'ai pris quelques tempêtes depuis quelques semaines. Je me suis dit, mais qui est ce type-là, ce jeune député qui vient ne pas avoir le doigt sur la couture du pantalon ?
Il dit le contraire de ce que le parti a dit depuis des années et des années.
Des années et des années. Qui peut-être, en fait, contribue à faire en sorte que la droite redevienne juste et qu'elle reparle à tous ces Français à qui nous ne parlons plus. Et lorsque je dis cela, c'est une position qui est partagée. Je n'ai jamais varié. Vous me dites, mais vous rajoutez à chaque fois une petite bête. Ce n'est pas des petites bêtes. Pardon, mais ceux qui ont commencé à travailler à 17 ans, à qui demain on aurait demandé de travailler une année de plus. Ce n'est pas une petite bête. Ça va changer leur vie. Et j'ai donc dit une chose simple. Il faut que tous ceux qui sont en carrière longue, avant 21 ans, puissent partir avec 43 annuités de cotisation.
Est-ce que le compte y est aujourd'hui ? Je ne sais pas. Parce que je n'ai pas bien compris ce que la Première ministre a dit.
Hier, elle vous a entendu en tout cas. Elle a encore fait un geste vers vous à l'Assemblée nationale. Et c'est ce qu'elle a annoncé.
Et j'ai d'ailleurs salué le fait que ceux qui désormais ont commencé à 17 ans feront 43 annuités de cotisation. Mais je vous ai amené un petit tableau pour que chacun puisse se comprendre. Vous voyez ce tableau-là ? C'est la durée de cotisation pour les carrières longues. Lorsque vous avez commencé à 16 ans, vous partez avec 44 annuités. Lorsque vous avez commencé à 17 ans, avec 43. À 18 ans, avec 44. Et après 18 ans, avec 43. Est-ce que c'est juste de dire à celui qui a commencé à 16 ans ou à 18 ans qu'il va faire une année de plus que les autres ?
Donc la nouvelle conception d'Elisabeth Borne ne vous suffit pas ?
Ce n'est pas à moi que ça suffit ou pas. Les Français ont compris depuis hier que s'ils étaient en carrière longue, ils partiraient avec 43 annuités de cotisation. Il faut que le gouvernement le clarifie. Vous avez parlé vous-même, Patrick Cohen, il y a quelques semaines ici, de la question des 1 200 euros de retraite minimum. Les Français avaient compris que c'était retraite minimum pour tout le monde. Vous vous rendrez compte à quel point c'est dévastateur pour la confiance politique ? Et je souhaite donc qu'on n'ait pas la même expérience que pour les 1 200 euros.
Si Elisabeth Borne a l'intention de faire en sorte que ceux qui ont commencé à travailler tôt puissent partir avec 43 annuités de cotisation, je soutiendrai la réforme. Maintenant, il faut le clarifier. Pour reprendre, oui, Patrick.
Non, non, à propos de confiance, sur le chiffrage de ce que vous proposez, de votre mesure, Elisabeth Borne avait dit que ça coûterait 10 milliards d'euros. Vous, vous avez dit la semaine dernière à la radio, à France Info, vous avez dit non, ça coûte 2 milliards. Et j'ai une note du gouvernement qui l'approuve et je vais vous la remettre. Et on l'attend toujours.
Non, pas du tout. Je l'ai remise à France Info. Vos confrères de France Info ont cette note. Je vous affirme clairement que la mesure, bien sûr, je la leur ai transmise. Ils ont d'ailleurs interrogé le ministre du Sopte sur ce sujet. Tout ça, ça fait partie de la volonté de ne pas avoir de débat. La mesure que je porte, elle ne concerne pas 10 milliards d'euros. C'est absurde. Ça ne tient pas une seule seconde. Le gouvernement lui-même l'a chiffré à 2 milliards. Je vais aller plus loin. Je pense même qu'en réalité, ça coûte autour d'un milliard d'euros. Et voilà pourquoi j'ai demandé encore tout à l'heure à l'Assemblée que le gouvernement nous donne son évaluation.
Enfin, tout de même, on ne va pas se jeter des milliards au visage sans se demander quel est le bon chiffrage. Je vous affirme que ça ne coûte pas 10 milliards d'euros.
Donc vous confirmez qu'Elisabeth Mande ment publiquement quand elle dit que ça coûtera 10 milliards d'euros ?
En tout cas, elle fait semblant de ne pas comprendre ce que je dis. Mais moi, mon travail de député, c'est de me battre pour mes concitoyens. Et jusqu'au bout, je n'ai cédé à aucune intimidation. Et je suis très heureux aujourd'hui de faire en sorte que celles et ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt, que celles et ceux qui ont des pensions très basses, puissent demain mieux vivre.
Non, mais vous avez varié vous-même dans les détails. Parce qu'au départ, vous disiez qu'un seul trimestre validé avant l'âge de 20 ans ou de 21 ans suffirait à considérer que c'est le point de départ, l'entrée dans la vie active. Ce n'est pas possible. Ça, c'est la réforme que je rêve.
Celle qui consiste à dire, on prend en compte la durée de cotisation. Mais vous savez comme moi que pour partir à la retraite, il vous faut avoir un certain nombre de trimestres, autour de 177. Si vous avez fait un seul trimestre avant vos 21 ans, il vous faudra faire les 176 autres. Après, j'ai eu droit depuis une semaine absolument à toutes les caricatures. Je vous demande simplement une chose. On n'est pas obligé de partager mes convictions. Mais convenez que le rôle d'un député, c'est de faire entendre la voix de nos concitoyens.
Si nous, à l'Assemblée nationale, nous ne sommes pas des députés assez forts, assez solides pour arracher au gouvernement des avancées sociales, alors personne ne le fera. Et je préfère que ce soit des députés raisonnables et sérieux, comme j'essaie de l'être qu'ils le fassent, plutôt que des excités, qui donnent un spectacle épouvantable de la démocratie. C'est le cas de la NUPES, qui n'a rien obtenu pour les Français, sauf l'agitation de la démocratie.
Donc vous irez, si vous n'obtenez pas d'éclaircissement, vous irez jusqu'à refuser de voter ce texte. Combien de députés seraient prêts à vous suivre dans un vote contre cette réforme ?
Je ne sais pas, moi je ne suis pas un chef de caserne. Mais je pense que ce que je dis, y compris de ce chemin d'une droite populaire, qui sûrement rompt avec ce qu'on a pu entendre depuis quelques années, c'est assez partagé. Je peux perturber. Celui qui dit parfois des vérités perturbe un peu plus que les autres. Mais je veux dire à Madame la Première Ministre qu'elle n'imagine pas une seule seconde pouvoir faire voter une réforme des retraites en passage en force. D'abord parce qu'elle n'aura pas la majorité à l'Assemblée. Et qu'ensuite, on ne tord pas le bras au pays. Une réforme des retraites, ce n'est pas une réforme comme les autres.
Vous annoncez qu'elle n'aura pas la majorité à l'Assemblée ? Je suis convaincu que si elle passe en force, si elle ne trouve pas de consensus et de moyens de consensus, cette réforme est vouée à l'échec.
Elle a besoin des voix LR, oui.
Pas seulement. Elle a besoin aussi de convaincre. Elle a besoin d'avancer sur des points qui sont des points d'injustice. Si aujourd'hui nos concitoyens sont rétifs par rapport à cette réforme, ce n'est pas qu'ils refusent toute réforme. Moi-même, je ne refuse pas une réforme des retraites. Ce n'est pas qu'ils veulent le retour à la retraite à 60 ans. Une bonne majorité des Français savent qu'on ne peut pas le faire. C'est simplement qu'ils veulent une réforme qui ait du sens et qui soit plus juste. C'est mon travail de député, avec mes amis, de faire en sorte qu'elle le soit demain.
Vous êtes combien ?
Je pense qu'on est suffisamment nombreux. On est plus que ça, sûrement.
Plus que ça ?
Et les débats au fur et à mesure, y compris sur les 1 200 euros de pension minimum, au fond, le gouvernement a un peu vendu du rêve à tout le monde. Heureusement que les députés sont là pour aller chercher la petite bête, comme vous le disiez tout à l'heure, en disant, mais attention, est-ce que c'est vraiment pour tout le monde ? Parce que sinon, la déception, après, elle sera absolument terrible. Ça, c'est mon travail de député. Je pense même que c'est le travail de la droite de défendre les Français humbles qui, au quotidien, n'ont pas grand monde pour les défendre. Merci.
Aurélien Pradié