Sécheresse : les agriculteurs en état d’alerte - Yannick Jadot - C à Vous - 27/02/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:04OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui ?
- 2:54OuverteRéponse directe
La loi dit quoi sur les priorités pour l'eau ?
- 5:45OuverteRéponse directe
Pourquoi les agriculteurs bio sont-ils maltraités ?
- 6:49FerméeRéponse directe
Vous irez manifester le 25 mars prochain ?
- 7:08OuverteRéponse directe
Et au salon de l'agriculture, vous irez ?
- 7:17OuverteRéponse directe
Et comment vous êtes reçus ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:16Invité politiqueChiffre
« On sait qu'on a des pertes en eau, on a 20% de l'eau qui n'arrive pas. »
- 1:32Invité politiqueChiffre
« En Espagne, 14% de l'eau qui est traitée est réutilisée. En France, c'est seulement 1%. »
- 1:40Invité politiqueChiffre
« L'agriculture c'est 50% de notre consommation d'eau, 80% l'été. »
- 2:45Invité politiqueFait
« Avoir des cultures qui nécessitent beaucoup d'eau dans des régions qui sont aujourd'hui structurellement en déficit, c'est aberrant. »
- 3:36Invité politiqueChiffre
« L'irrigation, c'est 6% de l'agriculture. »
- 6:09Invité politiqueChiffre
« Une famille de 4 personnes, tous les ans, donne 800 euros à l'agriculture. »
- 6:20Invité politiqueChiffre
« En 10 ans, on a perdu 100 000 fermes. »
- 6:22Invité politiqueChiffre
« Vous avez un quart, un tiers des paysans qui n'ont pas le SMIC pour vivre. »
- 6:27Invité politiqueChiffre
« On a 80% des insectes qui ont disparu en 30 ans. »
Temps de parole
- Yannick Jadot72 %
- Présentateur9 %
- Invité6 %
- Invité 23 %
- Invité 33 %
- Invité 43 %
- Invité 52 %
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Il y a la question de la sécheresse qui était aussi d'actualité au Salon de l'Agriculture. Les agriculteurs sont très nombreux et ont craint les effets. Parole d'agriculteurs au micro de Louis Amard et de Drey Payas.
Le niveau des nappes phréatiques n'est pas remonté à son niveau normal, donc forcément on peut être inquiet. On a des moutons, ce sont des animaux qui sont des ruinants, ça mange l'herbe, ça vie d'herbe. Et effectivement la sécheresse impacte beaucoup, surtout quand elle se répète. On a souffert l'été dernier de la sécheresse, du manque de fourrage. Et si la pluie ne revient pas, on risque de souffrir encore plus fort cette année. On va devoir nourrir plus nos animaux avec une alimentation conservée, donc c'est pas ce qu'on cherche non plus.
Nous, en tant qu'humains, on ne mange pas que des conserves tous les jours, manger des produits frais et tout ça c'est important, donc pour nos animaux c'est la même chose. Là le produit frais en l'occurrence c'est l'herbe et la conserve c'est le fourrage. Voilà, c'est ça.
Toujours samedi, le président a plaidé pour un plan de sobriété pour l'eau, comme on l'a vu pour l'énergie. Qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui ? Il faut consommer moins d'eau, renoncer à certaines cultures, trop gourmandes en eau par exemple, interdire les piscines privées ?
Il faut probablement faire un peu de tout ça. Là encore, il n'y a pas une solution. On sait qu'on a des pertes en eau, on a 20% de l'eau qui n'arrive pas. Évidemment, ça c'est un plan d'infrastructure sur les canalisations. On sait qu'on retraite très peu l'eau. En Espagne, 14% de l'eau qui est traitée est réutilisée. En France, c'est seulement 1%. Et puis évidemment, quand l'agriculture c'est 50% de notre consommation d'eau, 80% l'été, 80% l'été, il faut changer de modèle agricole. Il n'y a pas d'alternative. Vous avez toutes les personnes que vous avez montrées dans votre reportage. La plupart sont des éleveurs qui participent de cette agriculture que nous on défend.
Avec des bêtes qui sont dans la pâture. C'est bon pour le climat, c'est bon pour la biodiversité, c'est bon pour la santé. Et ça crée des paysannes et des paysans partout sur notre territoire. Malheureusement, ce gouvernement et notre modèle depuis tant d'années favorisent une surconsommation d'eau avec des cultures qui ne sont plus adaptées là où elles sont cultivées. Quand vous faites du maïs pour faire de l'élevage industriel, non pas cet élevage-là, de l'élevage industriel en Poitou-Charentes...
On somme moins d'eau que les autres céréales. Le maïs consomme de l'eau en été, ce qui est au contraire des autres cultures, mais en tout, le maïs ne consomme pas plus d'eau que les autres cultures.
Avoir des cultures qui nécessitent beaucoup d'eau dans des régions qui sont aujourd'hui structurellement en déficit, c'est aberrant. La loi encore, qu'est-ce qu'elle dit la loi ? Les priorités pour l'eau. Un, la consommation humaine. Beaucoup de départements souffrent aujourd'hui d'accès à l'eau potable. Deux, la biodiversité. L'environnement. C'est-à-dire qu'en fait, de l'eau, ça a besoin de rentrer dans les naffes réatiques pour aller dans les ruisseaux, pour la nature, pour l'ensemble de nos écosystèmes, de notre environnement. Trois, les activités économiques. Et là, vous avez un gouvernement qui privilégie toujours les activités économiques.
Je ne sais pas si vous avez entendu le ministre de l'Agriculture ce dimanche nous expliquer que l'agriculture a besoin d'eau et qu'en fait, l'agriculture serait 100% irriguée. L'irrigation, c'est 6% de l'agriculture. C'est humiliant, méprisant pour tous les agriculteurs et les agricultrices que vous avez montrés qui n'utilisent pas d'irrigation, qui veulent que la nature corresponde donc à agir pour le climat et puis avoir un modèle agricole qu'on transforme pour s'adapter aux nouvelles conditions, ce que refuse de faire ce gouvernement.
On écoute justement Marc Fénaud, le ministre de l'Agriculture, qui a défendu ce qu'il appelle lui un modèle vertueux, celui des mégabassines. La règle générale, c'est qu'il tombe de l'eau et que les nappes se remplissent entre le 1er novembre et le 1er mars ou le 1er avril. Nous sommes dans une année atypique. On imagine bien que dans des années comme celle-là, quand il y a des retenues d'eau, si elles ne peuvent pas se remplir, elles ne peuvent pas se remplir. C'est pour ça qu'il faut à la fois qu'on ait des retenues d'eau. Les années où on aura de l'eau, et la majorité des cas, c'est dans ces périodes-là qu'on pourra remplir.
Il y a des années où ça sera très atypique, où ça sera très difficile de remplir, et là, on aura des difficultés. Donc il faut aussi préparer notre modèle agricole à cela.
– Soutien donc du ministre au méga-bacide. – Voilà, c'est-à-dire qu'en fait, on est face à une chesteresse, quel est son discours ? C'est de dire en fait que c'est exceptionnel. Donc en fait, on continue le modèle, comme d'habitude, parce qu'on est face à une situation exceptionnelle. Ce qu'il n'arrive pas à comprendre, ou alors, au fond, il défend d'autres intérêts. Ce qu'il n'arrive pas à comprendre, c'est que le dérèglement climatique est en train de s'accélérer, de s'aggraver. C'est ce que disent quand même, vous receviez encore la semaine dernière, une spécialiste des questions climat et d'eau, qui le disait. Si on ne change pas de modèle, et qu'on est toujours sur l'idée que c'est…
– C'est ce que dit aussi le ministre de la Transition énergétique. La France doit sortir du déni.
– Là, ils ne sont pas du tout… Alors, pour le coup, vous avez un ministre de l'Environnement qui dit que c'est dramatique ce qui est en train d'arriver avec la sécheresse, et le ministre de l'Agriculture qui dit non, non. En fait, il suffit qu'il pleuve la semaine prochaine et tout ira bien, ne changeons pas de modèle. Et c'est ça qui est grave, parce que vous avez dans notre pays des agricultrices et des agriculteurs bio qui sont maltraités matin, midi et soir, qui reçoivent une infime partie de l'argent public qu'on met sur l'agriculture. – Pourquoi ils sont maltraités ?
– Ah ben écoutez, ils touchent beaucoup moins de subventions, ils touchent beaucoup moins d'aides, ils sont aujourd'hui en difficulté. C'est la seule filière qui n'est pas aidée. – Ben, ils sont moins rentables. – Non, alors, ils sont moins rentables, ils font moins de rendement, ce qui est un autre truc. Généralement, ils vivent mieux de leur métier que les autres agriculteurs conventionnels. Et surtout, ils vivent de beaucoup moins de subventions. Une famille de 4 personnes, tous les ans, donne 800 euros à l'agriculture. 800 euros, pourquoi ? En 10 ans, on a perdu 100 000 fermes. Plan social, dramatique. Vous avez un quart, un tiers des paysans qui n'ont pas le SMIC pour vivre.
On a 80% des insectes qui ont disparu en 30 ans. Les oiseaux qui disparaissent. On a des problèmes d'obésité, d'alimentation, de désertification de nos territoires. Tout ça en mettant, tous les ans, 13 milliards d'euros. Eh bien, mettons enfin de l'argent sur l'agriculture biologique. C'est bon pour le climat, c'est bon pour les paysans, c'est bon pour notre santé, c'est bon pour la biodiversité.
– Vous irez manifester le 25 mars prochain ? – Oui. – Dans les Deux-Sèvres, à Sainte-Solines ?
– Bien sûr.
– Malgré le fait que fin octobre, vous aviez été pris à partie, vous allez y retourner.
– Mais vous savez, les militantes et les militants qui se battent vraiment pour l'eau, nous n'en ont jamais pris à partie. Ils savent le combat que je mène depuis des années avec elles. – Et au salon de l'agriculture, vous irez ?
– Et que c'est plutôt aux agriculteurs qu'il faut tout changer, oui, c'est vrai ?
– Mais ils le savent, mais vous savez. – Ils vous savent comment ? – Non, mais j'y vais tous les ans au salon de l'agriculture.
– Et comment vous êtes reçus ?
– Mais très bien, en fait. Et moi, je me sens à la maison quand je vais au salon de l'agriculture. Parce que les écologistes sont… Déjà, on a beaucoup de paysannes et de paysans dans nos rangs. Moi, au Parlement européen, j'ai Benoît Biteau, j'ai Claude Gruffat, ancien paysan, Benoît Biteau, qui l'est toujours. Il fait du maïs, mais du maïs population, qui n'a pas besoin d'irrigation. Je veux dire, c'est que la paysannerie, les paysans sont les travailleurs de la nature. On ne fera pas sans eux. Ils savent parfaitement qu'ils doivent changer.
Mais vous avez une minorité qui tient le business et qui pense qu'être toujours plus gros, être toujours plus grand, être toujours plus sur les marchés internationaux, on doit être compétitif avec le Brésil ou avec la Russie, ils pensent qu'ils vont faire de l'argent. Et ben non. Ils sont en train de détruire nos territoires pour une crise agricole qui est dramatique. Merci.
Yannick Jadot