Chevallier remonte le temps : 21 avril 2002, la chute de Lionel Jospin - 24/03
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« Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen remporte 16,86% des suffrages, quand Jospin fait 16,18%. »
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Vous écoutez RMC. L'histoire éclaire notre actualité avec vous, Arthur Chevalier. Hier, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Lionel Jospin est donc mort à l'âge de 88 ans. C'est une figure tutélaire de la gauche, elle a marqué toute une génération. Même si son plus célèbre fait d'armes, c'est une défaite.
Mais oui, qui ne se souvient pas du 21 avril 2002, c'était le premier tour de l'élection présidentielle. La France entière s'attendait à ce que Lionel Jospin passe au second tour. Sauf que rien ne va se passer comme prévu, puisque c'est finalement Jean-Marie Le Pen qui coiffe Jospin au poteau et qui affronte Chirac dans le duel final.
Alors comment expliquer cet échec retentissant ?
Pour comprendre cet échec, il faut remonter un an avant l'élection présidentielle. Lionel Jospin est Premier ministre depuis 4 ans, en cohabitation avec un président de droite un peu vieillissant, Jacques Chirac. La cote de popularité et le bilan de Jospin sont bons, son gouvernement est populaire. Aux yeux de beaucoup, ce Premier ministre, alors qu'il est un peu austère, mais compétent, incarne l'avenir. Bref, tous les voyants sont au vert.
Alors qu'est-ce qui va mal se passer du coup ?
Eh bien d'abord une phrase qui va lui coûter très cher à Paulina. Lionel Jospin méprisé Jacques Chirac. Le problème, c'est qu'en plus de le penser, il va le dire, et pas aux bonnes personnes. À un peu plus d'un mois du premier tour, dans l'avion qui le ramenait d'un déplacement, Lionel Jospin va déclarer à des journalistes à propos de Chirac qu'il est, je cite, « Usé, vieilli, fatigué ». Ses propos mesquins vont faire le tour des médias, qui vont beaucoup choquer la France. Évidemment, Chirac saisit la balle au bon, il se met à faire la victime en dénonçant un délit de sale gueule, une attaque physique. Bref, un point pour Chirac, la campagne était lancée.
Jospin va aussi négliger la multiplication de candidatures à gauche au premier tour.
Eh oui, autre grave erreur à Pauline. Jospin se croyait déjà au deuxième tour, donc il n'a pas fait attention à tous les petits candidats de gauche qui se présentaient, sept au total quand même, ce qui va provoquer une déperdition énorme de voix qui manqueront pour qualifier Jospin pour le deuxième tour.
Et puis, il ne voit pas, mais personne ne voit à ce moment-là, la montée de Jean-Marie Le Pen.
Effectivement, aucun sondage ne donne Jean-Marie Le Pen au deuxième tour, mais alors attention quand même, le conseiller de sondage de Jospin, qui s'appelait Le Gall, constate, lui, un dangereux rapprochement des courbes. À une semaine du premier tour, il alerte les équipes de campagne de Jospin, mais rien n'y fait, personne ne veut en entendre parler. Pour tout le monde, ce scénario est juste impensable.
Personne ne veut en entendre parler, y compris, et d'abord, Lionel Jospin du même.
Eh oui, absolument, quelques jours avant le premier tour, un journaliste demande à Lionel Jospin pour qui il voterait, si lui-même n'était pas au second tour. Et alors là, Jospin explose de rire et il répond, je cite, ça me paraît assez peu vraisemblable, donc je crois qu'on peut passer à la question suivante. Et oui, il y a un peu trop d'arrogance, puisque c'est ce qui va se produire. Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen remporte 16,86% des suffrages, quand Jospin fait 16,18%, 200 000 voix d'écart qui font la différence. C'est le plus grand séisme électoral de la Ve République. Le soir même, Lionel Jospin en tire des conclusions et se retire de la vie politique.
Merci Arthur Chevalier, l'historien d'Apolline Matin.